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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 07:00

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Ce jour-là au Centre de ressources Montaigne, dans le cadre de notre projet tutoré, nous avons rencontré Éric Moreau. Arrivé par hasard dans notre ville, il découvre l’ECLA et fait souvent des interventions dans les écoles. C’est grâce à Marie, qui mène cette rencontre d’une heure, que nous découvrons Éric Moreau ainsi que son travail.

Qui est-il ? Éric Moreau est avant tout un traducteur de l’anglais. Sa spécialité ? Le roman policier. Il a déjà publié une quarantaine d’œuvres chez 10/18. Il a également traduit quelques histoires de vampires aux Presses de la Cité.

Ainsi, lorsque nous avons contacté  la librairie Le Passeur, il a été choisi de mettre en avant trois œuvres :

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Le dernier d’entre nous de Neil GORDON

 

 

 

 

 

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Les portes de l’interdit de Frank TALLIS

 

 

 

 

 

 

 

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Rosa de Jonathan RABB

 

 

 

 

 

 

 

Tout d’abord, c’est de façon très décontractée et conviviale qu’Éric Moreau nous parle de son parcours universitaire : il a fait une fac d’anglais à Paris 7 puis un master professionnel.

Il évoque ensuite le fait que la catégorisation des traducteurs est quelque chose de très répandu. Chaque traducteur est spécialiste d’un genre et il s’avère extrêmement difficile pour eux d’en sortir. Cependant, Éric Moreau nous confie qu’il apprécierait beaucoup d’avoir la chance de travailler d’autres genres littéraires, notamment la littérature américaine contemporaine.
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Ensuite, nous abordons son métier de traducteur à proprement parler. Il nous explique que, pour concevoir et proposer à l’éditeur une première proposition de traduction, il lui faut environ trois ou quatre mois pour des œuvres originales qui comportent de 300 à 400 pages. Par contre, il faut compter environ six mois pour un livre de plus de 600 pages. « Six mois, ça commence à faire très long pour une traduction et on commence à se lasser », nous avoue-t-il.

Après avoir envoyé le manuscrit à l’éditeur concerné, il y a parfois des propositions de corrections et s’engagent alors de longs débats et discussions afin de rendre la traduction la plus fidèle et en même temps la plus fluide possible pour les lecteurs français. Il existe des cas extrêmes où l’éditeur se permet des modifications sur le texte sans même en informer le traducteur, ce qui engendre alors des tensions.

Vient ensuite la question de la traduction des titres des livres. En effet, comment s’y prendre pour adapter au mieux les titres ? Ceci est une question complexe car c’est généralement l’éditeur qui en décide, avec le traducteur bien entendu. Il s’agit là de s’accorder pour trouver un titre qui donne envie aux gens d’acheter le livre. Le titre, avec la couverture d’un livre, est ce qui différencie l’œuvre d’entre toutes les œuvres. Il faut faire jouer la concurrence et donc se pencher attentivement sur ce problème. Là où il n’y a pas trop de travail de recherche, c’est lorsque le titre est transparent en français ; dans ce cas-là, généralement, on garde le titre de l’œuvre originale.

Selon Éric Moreau, un bon titre, c’est celui qui va droit à l’essentiel pour accrocher le regard du lecteur et susciter sa curiosité. Ce qui est à éviter ? Les jeux de mots, les titres à rallonge…

Pour illustrer ses propos, il nous donne un exemple concret : un titre difficilement transposable, le titre original du livre Le dernier d’entre nous, c’est-à-dire The company you keep en anglais, qui fait allusion aux fréquentations, aux relations que l’on garde et qui est une référence à la guerre de Vietnam, un des sujets du livre. Quelle aurait été la tête du lecteur français si on lui avait présenté un livre dont le titre aurait été « Les fréquentations que l’on garde » ? Mieux vaut être imaginatif et adapter totalement ce titre.

 

Après cela, nous demandons au traducteur quelles relations il a avec les éditeurs et même avec les auteurs qu’il traduit. Sa réponse est simple et précise. Il s’entend généralement très bien avec les éditeurs, notamment 10/18 avec qui il entretient une relation tout à fait amicale : « Il arrive souvent que l’on déjeune ensemble », dit-il. En ce qui concerne les auteurs, il nous explique qu’il les contacte de plus en plus par mails (l’avancée des nouvelles technologies a bien facilité l’échange) ou bien par téléphone.

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Nous laissons maintenant Éric Moreau nous présenter de manière brève, les trois œuvres apportées par la librairie Le Passeur (que nous présenterons à la fin).

Le Dernier d’entre nous de Neil Gordon a eu un franc succès. D’ailleurs il fera l’objet d’une adaptation cinématographique sous le titre Sous surveillance, accentuant ainsi le penchant thriller de l’œuvre. Ce livre, très engagé politiquement et socialement, plaira à tous les férus d’histoire américaine et de complots angoissants.

Rosa de Jonathan Rabb est, en plus d’un livre d’enquête, une trilogie berlinoise tout à faut savoureuse qui se déroule au lendemain de la Seconde Guerre mondiale dans une ville ravagée où regorgent les tueurs en série. Comme le précédent, c’est une œuvre très documentée et politique. Le titre fait référence à Rosa Luxembourg, retrouvée morte trois mois après sa disparition mais dont le corps est bizarrement bien conservé, presque sans traces.

Enfin, Les portes de l’interdit de F. Tallis nous embarque dans un registre gothique et fantastique, au cœur de la capitale parisienne et de la cathédrale de Notre Dame où les gargouilles prennent vie. Ceux qui s’intéressent aux mystères de la psychanalyse, de la mort imminente,  aux exorcismes, au vaudou ou encore aux légendes des enfers, héritées de Dante seront servis. Tout cela dans un style très agréable où la tension, voire la folie, est à son paroxysme.

 

Les questions de la fin

Arrive-t-il parfois que vous refusiez des traductions ?

Il ne refuse pratiquement jamais de traductions ; c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il parvient à en vivre. « Seuls quelques traducteurs peuvent se permettre de refuser des contrats car ils ont trop de travail, ce sont les traducteurs d’écrivains reconnus  et qui font du chiffre », dit-il.

 

Avez- vous déjà eu l’occasion de proposer vous-même une traduction ?

Non, jamais. Il aurait bien aimé, notamment pour un auteur de SF qu’il appréciait tout particulièrement, mais à chaque fois, les droits avaient déjà été négociés.

 

Comment faites-vous pour comprendre et traduire toutes les références d’une langue à l’autre ?

Il faut tout d’abord posséder un énorme bagage culturel et linguistique. De plus, il faut être apte à dénicher les références dans les textes originaux, repérer les tournures inhabituelles par exemple. De plus, une fine maîtrise de la langue française est nécessaire. On tombe souvent sur des problèmes de cohérence car le langage évolue vite. « Par exemple, une fois, j’ai dû traduire une œuvre où le personnage s’exprimait dans un argot que l’on parlait à Belfast dans les années 80 et je me suis demandé : mais comment vas-tu faire pour retranscrire cela ? C’était effectivement très difficile. Idéalement, il faudrait qu’une traduction soit révisée tous les 30 ou 40 ans. Les versions originales, elles, vieillissent beaucoup mieux. »

 

Une fois les questions posées, Ingrid Lafon est venue présenter Le Passeur, la librairie qu’elle a créée avec Martin Peix.
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Cette librairie s’est ouverte récemment, en décembre dernier (2012) sur la rive droite de Bordeaux à La Bastide. C’est une librairie généraliste pour adultes avec des fictions dont de la SF et des BD, mais aussi un fonds régional. Il a fallu attendre quelques années avant l’ouverture de la librairie. En effet, les deux fondateurs de cette dernière recherchaient un endroit bien précis à proximité de la place Stalingrad, ce qui limitait grandement les recherches.

Cette librairie jeune et dynamique apporte un souffle nouveau à la rive droite. Celle-ci était en déficit culturel et la librairie vient combler ce vide. Elle répond à une demande et vient apporter du lien social dans ce quartier. Certes, elle possède moins de références que la librairie Mollat, mais elle peut commander tout ce que le client veut.

En somme, une librairie à voir et à revoir.


Camille, Marie, Marion & Suzy, lp.

 

 

Liens

http://www.ericmoreau.net/

http://www.librairie-lepasseur.fr/

https://www.facebook.com/pages/Librairie-Le-Passeur/375893742499294

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Published by Camille, Marie, Marion & Suzy - dans traduction
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