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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 19:00
Daniel Arasse On n'y voit rien Denoel














Daniel ARASSE
On n’y voit rien

Descriptions
Denoël, 2000
Gallimard, Folio Essais, 2003
Denoël Médiations, 2005













Avant toute chose, quelques mots sur Daniel Arasse ; ceux qui le connaissaient intimement excuseront ces longueurs. Historien de l’art et « italomaniaque », dit-il, de la seconde moitié du XXe siècle. Ecole Normale Supérieure, agrégation de lettres classiques, y a-t-il un destin possible hors des murs de Sainte Geneviève ? Son parcours scolaire s’achève avec une thèse sur l'art italien de la Renaissance.

Que veut-il ? Dévoiler le quattrocento.
Bernard Comment, dans son introduction à l'ouvrage Histoires de peintures d’Arasse, parle d’« un souci permanent de transmettre et de convaincre ».

C’est dans cette veine humaniste qu’il écrit On n’y voit rien, recueil d’analyses qu’il a faites de cinq tableaux :

     – Mars et Venus surpris par Vulcain, de Tintoretto,
     – L’Annonciation, de Francesco del Cossa,
     – L’Adoration des Mages, de Brueg(h)el l’Ancien,
     – La Vénus d’Urbin, de Titien, et quelques mots sur l’Olympia,
     – Les Ménines, de Vélàzquez.

II ménage la matière grise de ses lecteurs en mettant en scène différentes situations de communication pour présenter ses théories :

      – une lettre polémique à une amie et collègue :
     « cette lettre […] risque de t’irriter »

     – un dialogue imaginaire avec le lecteur :
     « Je vous vois venir, vous allez encore dire que j’exagère, que je me fais plaisir mais que je surinterprète »
 
     – un récit du cheminement de sa réflexion vu par un narrateur omniscient :
     « D’abord, quand il a vu à la National Gallery de Londres L’Adoration des Mages de Bruegel, il a reconnu ce qu’il savait. »
 
     – un débat avec un confrère :
     « - Une pin-up ?
       - Et rien d’autre. Une pin-up, purement et simplement.
       - Tout dépend de ce que vous voulez dire par là. »

Pour ce qui est des Ménines, il a l’air de vouloir combattre un public qui considère que le sujet est épuisé.
« Les Ménines ! Encore ? Non ! Non ! Par pitié ! Ca suffit avec Les Ménines ! »

Arasse ajoute à son album une analyse d’un genre un peu différent qu’il appelle La Toison de Madeleine. Il reprend et explique la genèse du personnage multifacettes de Madeleine, et ceci à partir de sa chevelure.

Ni verbosité, ni politiquement correct. L’auteur-professeur veut nous apprendre à voir au-delà de ce que l’on pense savoir. N’allons pas jusqu’à le comparer à un Socrate du XXe siècle, pour qui le chemin du savoir n’est accessible qu’à celui qui regarde tout avec un oeil nouveau. Mais il bouscule quelques préjugés chers au cœur des historiens et théoriciens de l’art, et tout en proposant ses propres interprétations hors-piste, guide le lecteur dans la voie d’un examen personnel de la peinture du XIVe siècle.

On m’a dit : « Lis ca, j’ai eu une révélation ». J’ai lu. « De quel ordre, cette révélation ? » « La peinture du quattrocento, ça peut être intéressant ». Qu’est-ce que je veux dire ? Deux choses. La première : pour une fois, avec ce type d’essai, pas besoin d’avoir passé haut la main le concours de l’Ecole du Louvres pour pouvoir franchir le cap de la page 1. La deuxième : si on est novice, c’est encore plus profitable. Dans ma plus tendre enfance, je souffrais d’une insensibilité totale à la Peinture. Et puis l’illumination : j’ai assisté à une présentation des Tricheurs du Caravage. L’intérêt du tableau, c’est le sens que lui donne son créateur, et ses facéties. Au début, se laisser initier par les explications des connaisseurs, puis se lancer dans de timides tentatives d’observations critiques. Le génie pédagogique d’Arasse est de savoir guider et satisfaire ces deux attentes en même temps.

Cyrielle, 1ère année Ed.-Lib.


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