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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 07:00

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Daniel BIYAOULA
Agonies
Présence Africaine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans une banlieue parisienne plutôt sombre, Parqueville, où « vous pouviez vous révolter en même temps que vos yeux se mouillaient », deux tribus se côtoient et se trouvent difficilement, hormis dans dans une histoire d'amour qui fera parler d'elle, entre Gislaine et Camille. Dans un même temps, changement de génération, deux adolescents s'éprennent l’un de l’autre, Maud et Guy que nous suivrons aussi dans ce roman de Daniel Biyaoula.

253 pages fourmillant de personnages qui nous font découvrir le monde complexe de l'immigration. Camille s'est réfugié en France espérant comme tous ceux de sa génération trouver en Elle, Grande France, le pouvoir et l'argent. Il déchante très vite, finissant son itinéraire en France dans la rue... Un noir d'une autre tribu lui viendra en aide, Bernard, ami fidèle pour un temps.

Gislaine s'est retrouvée en France pour d'autres raisons ; elle a suivi sa famille. Elle est attachée à ce pays, elle aime l'indépendance des femmes d'ici, ce qui ne peut que déplaire à sa famille ; la « femme moderne » qui se défrise les cheveux et tente par tous les moyens de se blanchir la peau contrevient aux usages familiaux. Ce qu'implique la modernité pour une femme africaine, « être libre de disposer de sa personne », Gislaine l'a bien compris.

Camille et Gislaine s'attachent l’un à l’autre mais se retrouvent seuls contre tous ; ils ne sont pas faits pour s'aimer, l'un venant de Ntchikafua, l'autre de Kinshaduala... Deux tribus qui s'affrontent depuis toujours au pays comme dans Parqueville. Aloutons-y Nsamu, un troisième personnage, amoureux fou de Gislaine. Un trio mouvant et turbulent, qui ne cessera de nous distraire, en nous entraînant vers un fin rocambolesque.

Pour Guy et Maud, l'histoire est plus complexe. Le père de Maud interdit cet amour d'un Blanc pour sa fille. S'ensuivent de nombreuses ruses pour pouvoir vivre cet amour, même caché. C'était sans compter qu'ils seraient découverts... « Il hurla tout en la ruant de coups. Et pas des gifles ! Mais de ceux qu'il donnerait à un gars ! » Maud est envoyée au pays, réponse simple aux mécontentement familiaux, réponse douloureuse pour celle qui voyait Gislaine comme une amie, qui admirait sa modernité ; Maud est prise au piège de la tradition, elle aussi...

Dans ces deux histoires imbriquées, la différence de culture fait loi, interdit tout mélange et anime tous les débats. Daniel Biyaoula montre avec une plume affûtée la violence des individus entre eux quand il s'agit de traditions. Il ne nous parlera pas ici d'acculturation, mais de conflits d'actualité qui opposent les peuples. La véhémence est partout chez Biyaoula, dans l'écriture, dans l'atmosphère ; dénote-elle un mal de vivre ? C'est dans un bouillonnement de mots, d'enchaînements rapides, de personnages multiples qu'il nous livre son histoire, impétueuse, vivace et forte. L'auteur nous questionne sur les différences, sur l'étranger, sur l'immigration mais il nous révèle surtout un conflit intérieur, celui de l'Africain en France, la difficulté de vivre étranger dans un monde qui nous surprend, étranger d'une modernité nouvelle. Alors ce n'est plus l'Africain qui est étranger, mais tous ceux qui regardent le monde d'une manière ancienne quand il faut se tourner vers l'avenir, le renouveau. On voit combien une génération peut être étrangère à une autre.


Chloé, 1ère année Éd.-Lib.

 


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