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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 07:07

Dashiell-Hammett-Meurtres-a-Chinatown.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

Dashiell HAMMETT
Meurtres à Chinatown
Titre original :
Dead Yellow Women
Date de parution originale : 1925
Présente édition : 2003
Présentation, traduction et notes
par Natalie Beunat.
Pocket, Langues pour Tous


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Présentation

Meurtres à Chinatown (anciennement appelé Crime en jaune, et de son titre original Dead Yellow Women) est une longue nouvelle (85 pages) écrite à la première personne. Elle paraît dans Black Mask en novembre 1925. On y trouve déjà tout ce qui fera le succès des cinq romans à venir de Dashiell Hammett. Toutes les recettes sont là et se développent, germent pour atteindre leur apogée quelques années plus tard dans La Moisson rouge et Le Faucon maltais, notamment.

Nous allons observer plus en détails deux aspects fondamentaux de l'oeuvre de Hammett en nous basant sur cette nouvelle : l'image nouvelle du détective – le Vengeur masqué – et le cadre urbain du roman hard-boiled, initié par Hammett.



L'histoire

Le récit commence avec la rencontre entre le héros et sa future cliente, Lillian Shan, dans les bureaux de la Continental, l'agence de détectives privés pour laquelle il travaille à San Francisco.

Alors que Mlle Shan tentait de rentrer chez elle avec sa femme de chambre, de retour d'un voyage à New York, un jeune Chinois lui avait bloqué la porte puis les avait toutes deux ligotées et enfermées dans un placard. Deux heures plus tard, alors qu'elle parvient à se détacher, Lillian Shan découvre que sa servante, Wang Ma, et sa cuisinière, Wan Lan, sont mortes et que ses deux domestiques – Hoo Lun et Yin Hung – ont disparu. Insatisfaite du travail de la police locale, elle se tourne vers la Continental pour faire avancer l'enquête plus rapidement.

Dès lors, notre héros met en place plusieurs réseaux d'informateurs pour en apprendre plus. Il demande à son ami Cipriano de se promener du côté de Chinatown pour découvrir ce qui s'y trame et embauche Dick Foley, as de la filature.

Il entend rapidement parler de deux hommes : Chang Li Ching et Nick Conyers, a.k.a le Whistler.

La première présentation de Chang Li Ching laisse planer un certain mystère sur sa véritable activité dans Chinatown :


«  – Peut-être vous pourriez aller là-bas en vous rendant à la maison de Chang Li Ching dans la rue d'à côté – Spofford Alley.

– Ah bon ? Et qui est ce Chang Li Ching ?

– Je ne sais pas mais c'est là qu'il vit. Personne le voit, mais tous les bridés, y disent que c'est un grand homme.

– Ah bon ? Et sa maison est dans Spofford Alley ?

– Oui, monsieur, une maison avec une porte rouge et des marches rouges. C'est facile à trouver, mais vaut mieux pas trop plaisanter avec Chang Li Ching. »


En ce qui concerne le Whistler, on apprend qu'il a passé une bonne partie de son adolescence et de son jeune âge adulte à monter des coups à travers les Etats-Unis. Il est aujourd'hui le propriétaire du très « select » hôtel Irvington. C'est lui que doit filer Dick Foley.

Le héros rend une première visite à Chang Li Ching, au cours de laquelle il est reçu de manière très courtoise, et se fait sauver la vie par les hommes du Chinois alors qu'il allait se faire abattre. Afin de retrouver les deux domestiques, dont on suspecte la complicité, on décide d'organiser un faux recrutement de majordomes non loin de chez Lillian Shan. Ce stratagème s'avère payant, Yin Hung s'y présente et est arrêté.

Un peu plus tard dans la soirée, alors qu'il se rend chez Mlle Shan, le détective se trouve face au shériff adjoint, qui possède un mandat d'arrêt pour meurtres au nom de Lillian Shan. C'est à ce moment qu'on aperçoit John Garthorne, petit ami de Lily, qui panique ; à tel point que dès que l'Op se dirige vers lui, il lui avoue une partie jusqu'alors méconnue de l'histoire : en manque d'argent, John Garthorne accepte de travailler dans la contrebande d'alcool pour le Whistler. Sa mission est de devenir ami avec une certaine Lillian Shan, dont il faudrait utiliser la maison pour stocker l'alcool importé. C'est ce que fait John. Un jour, alors que Lillian part pendant plusieurs jours, il prévient le Whistler que la maison sera libre. Malheureusement, elle rentre plus tôt que prévu et interrompt la transaction. Elle est donc ligotée avec sa servante.

Le lendemain, il interroge beaucoup plus brutalement Lillian Shan et découvre qu'elle avait en fait passé un marché avec Chang Li Ching pour le stockage d'alcools, tous deux faisant partie du mouvement anti-Japonais (voir plus bas). On découvre cependant qu'elle s'est fait rouler parce que le Whistler fait passer des armes en Chine, mais en ramène secrètement des coolies et de l'opium. Avec toutes ces informations, il suffit à notre détective de se retrouver en présence à la fois de Chang Li Ching et du Whistler pour les monter l'un contre l'autre. C'est ce qui arrive quelques heures plus tard. Il pousse alors Ching à faire lui-même abattre le Whistler et certains de ses hommes.

Le récit se clôt sur l'enfermement à perpétuité, deux jours plus tard, de la plupart des Chinois impliqués dans l'histoire.

 Dashiell-Hammett-Dead-Yellow-Woman.jpg

Le Continental Op

Avec Dashiell Hammett apparaît une nouvelle image du détective.

Il n'est pas désigné par son nom et reste toujours « le Continental Op ». A ce propos, Dashiell Hammett déclare lui-même dans une lettre adressée au rédacteur en chef de Black Mask :

 

« Je ne suis pas sûr qu'il mérite un nom. Il représente plus ou moins un certain type, celui du détective privé qui réussit généralement ses enquêtes. Ce n'est ni la tête de bois en chapeau melon et les ripatons écartés d'une certaine école de fiction, ni le génie infaillible et omniscient de l'autre. »

Tzvetan Todorov, dans sa Typologie du roman policier, explique que la distinction fondamentale entre le roman policier classique et celui créé par Hammett réside dans la vulnérabilité du héros : « On ne peut pas imaginer Hercule Poirot ou Philo Vance (S. S. Van Dine) menacés d'un danger, attaqués, blessés, et, à plus forte raison, tués. » On remarque également que « le succès du détective est éphémère » (B. Ardusse, Le Monde, 1994). Son rôle n'est pas de préserver la paix et de garantir la sécurité du quartier dans lequel il opère.

A la fin du récit, le Continental Op se retire de Chinatown considérant que sa mission est terminée, à juste titre puisque les meurtriers de Wang Ma et Wang Lan ont été arrêtés. Cependant, il conclut le roman par ces mots :

« Ça ne me gêne nullement de reconnaître que j'ai cessé de manger dans les restaurants chinois, et […] si jamais je suis obligé d'aller à nouveau traîner du côté de Chinatown, le plus tard sera le mieux. »

En terminant le récit ainsi, le narrateur admet non seulement qu'il laisse le quartier dans un état d'insécurité aussi élevé qu'avant son « intervention », mais également qu'il craint la mafia chinoise à laquelle il a été confrontée. Impossible d'imaginer Conan Doyle boucler un récit sur une telle déclaration.

Le seul objectif du Continental Op est de remplir la mission qui lui est confiée, sans tenir compte de règles morales externes. Dans Meurtres à Chinatown, le Continental Op n'hésite pas à utiliser Chang Li Ching pour obtenir des informations. Il collabore d'ailleurs avec lui et le pousse à tuer lui-même le Whistler au moyen d'une photo truquée.

Il est ici doublement « amoral » : il utilise une photo truquée, un montage laissant entendre que le Whistler a sévi dans l'armée japonaise, et il collabore avec Chang Li Ching pour obtenir la mort du Whistler. N'imaginons pas pour autant que c'est un mercenaire sans foi ni loi. Dans les notes de cette édition Pocket Bilingue, Natalie Beunat déclare :

« Au-delà de la figure archétypale du héros détective sans état d'âme, efficace, souvent violent et entièrement dévoué à son travail, émerge avec Dead Yellow Women un nouvel aspect du personnage. C'est celui de l'enquêteur compassionnel. […] Cette évolution du héros dans la fiction hard-boiled est à porter au crédit de Dashiell Hammett qui a en quelque sorte transcendé le genre qu'il avait créé. »

En effet, au cours d'une de ses visites chez Chang Li Ching, à Spofford Alley, il observe une agitation le long du mur, derrière un rideau. Il y découvre une petite fille : « elle ne mesurait pas plus d'un mètre trente – un objet décoratif pour une étagère ». Cette rencontre nous permet de rencontrer le héros sous un nouvel angle, plus émotif :

«  – ' Tu veux que je t'emmène hors d'ici ? '

Elle hocha la tête en signe d'affirmation, et sur son visage, à hauteur de mon menton, sa bouche comme une fleur rouge esquissa un sourire qui fit passer tous les autres sourires dont je pouvais me souvenir pour vulgaires. »



Le langage du Continental Op

Le Continental Op maîtrise parfaitement l'argot des villes et de leurs bas-fonds. Dans ses enquêtes, l'intimidation verbale est une arme essentielle. Les années que Hammett a passées à la Pinkerton lui permettent de reproduire ce jargon avec une authenticité admirable ; cela a fortement contribué à la crédibilité de ses récits et, par conséquent, à son succès.

Natalie Beunat toujours, dans son ouvrage Dashiell Hammett, parcours d'une oeuvre, déclare :

« Dans le roman policier classique, la vérité s'élabore à partir de témoignages recueillis çà et là par un enquêteur dont l'habilité et la ruse sont d'ordre verbal. La confession du criminel qui clôt généralement ce type de récit n'est que le résultat de patients interrogatoires, véritables filets dans lesquels le coupable vient, en toute logique, se perdre. Dans le roman hard-boiled, le langage du héros reflète la violence de son univers. » (p.55)

Dans Meurtres à Chinatown, Hammett profite du fait que le récit soit écrit à la première personne et raconté du point de vue du héros pour reproduire ce langage à l'intérieur de ses pensées et nous transmettre ainsi l'intégralité du récit par ce biais. La simple description d'un personnage est émaillée d'expressions violentes et masculines. De cette façon, l'aspect brut et violent de l'atmosphère du récit s'impose au lecteur en permanence. Mais ces réflexions sont souvent dotées d'ironie :

« La porte fut ouverte par un autre Chinois. Mais celui-ci n'avait rien à voir avec vos nabots cantonais. C'était un homme immense, le genre lutteur cannibale – avec un cou de taureau, des épaules comme des montagnes, des bras de gorille, une peau comme du cuir. Le dieu qui l'avait créé avait eu quantité de matière à sa disposition et n'avait pas lésiné. »

Dans ses échanges avec les autres personnages, il n'hésite pas à imposer un style directif par lequel il se désigne comme celui qui décide :

« – Emmenez Hsiu Hsiu dans la pièce du dessus, et faites en sorte qu'elle se tienne tranquille, même si vous devez l'étrangler. Je dois parler à Mademoiselle Shan. »

Cependant, on constante dans Meurtres à Chinatown, que ce n'est pas une règle absolue à laquelle le Continental Op obéit sans réfléchir. La particularité de Chang Li Ching est qu'il s'adresse au détective dans un langage très « vaudevillesque » comme le décrit le héros. Pour répondre à ces longues tirades, il sait s'adapter à son interlocuteur et adopter son mode d'échange :

«  – Si la Terreur des Infâmes veut bien honorer l'un de mes méprisables sièges en reposant dessus sa divine personne, je peux lui certifier que ce siège sera brûlé par la suite, de manière à ce qu'aucun être de médiocre condition ne s'en serve. Ou le Prince des pourfendeurs-de-voleurs me permettra-t-il d'envoyer un serviteur à son palais pour y chercher un fauteuil digne de lui ?

[…]

–  C'est seulement parce que la crainte du puissant Chang Li Ching me rend lâche que j'ose m'asseoir. »

Là encore on remarque l'ironie dans les dialogues. Ces deux personnages communiqueront comme cela tout au long du récit, ce qui crée une relation assez mystérieuse dans laquelle on ne peut jamais clairement distinguer une menace d'un compliment.

 Dashiell Hammett Crime en jaune

La Jungle urbaine

Bertrand Ardusse déclare, dans Le Monde, en 1994, à l'occasion du centenaire de la naissance de Dashiell Hammett :

« Pour le détective hard-boiled, le crime n'est plus ce phénomène isolé, produit d'un esprit égaré ; il fait partie intégrante d'une société où la violence et la corruption sont devenues instruments de pouvoir. Face à ce monde, le succès du détective est éphémère. »

Les descriptions des différents quartiers de San Francisco sont d'une très grande précision, ce qui appuie une fois de plus la crédibilité du récit qui se passe, d'après le narrateur, dans des rues fréquentées par tous. La fille de Dashiell Hammet, Jo, déclare dans son livre Album de famille que Dead Yellow Women est sa nouvelle préférée, « non pas tant pour son intérêt d'un point de vue stylistique, mais parce qu'elle a capté avec ironie l'atmosphère de Chinatown ».

Dans Meurtres à Chinatown, on s'intéresse, logiquement, au quartier chinois de San Francisco. Hammett consacre les premières pages du chapitre IV à décrire brièvement le quartier et les rencontres qui peuvent s'y produire. Il commence par décrire le grand Chinatown, connu, puis s'en éloigne et nous amène vers des rues plus obscures :

« Si vous quittez les artères principales et les attractions touristiques, et que vous commencez à traîner dans les allées et les recoins sombres, et que rien ne vous arrive, il y a des chances pour que vous y trouviez des choses intéressantes – quoique certaines pourraient vous déplaire. »

Natalie Beunat déclare : « Chinatown est présenté comme un dédale architectural, avec d'un côté l'image exotique du ghetto intégré au centre ville, et de l'autre la vision menaçante de ses sociétés secrètes. »

On retrouve plutôt cette « vision menaçante » de Chinatown dans le récit. On imaginerait presque une ville post-apocalyptique. Peu de gens circulent dans ces ruelles et des hommes armés surveillent les bâtiments dans lesquels le Continental Op tente d'entrer. Le terme de « société secrète » est d'ailleurs bien choisi pour le cas de Meurtres à Chinatown, puisque l'intrigue est fondée sur un phénomène historique très précis, qui est celui du mouvement anti-Japonais.



Le contexte historique

Le mouvement anti-Japonais est au centre de cette longue nouvelle. C'est lui qui régit et provoque les relations entre plusieurs personnages essentiels à l'histoire : Chang Li Ching, le Whistler et Lillian Shan. Dans l'édition Pocket, en note, le mouvement anti-Japonais est présenté de cette façon :

« Depuis la fin du XIXe siècle, le Japon avait été un pays fortement expansionniste : victoire militaire en 1894 pour le contrôle de Formose – Taïwan –, attaque de la flotte russe à Port-Arthur en 1904 en vue d'annexer la Mandchourie. Le Japon sortit victorieux de la guerre russo-japonaise et la Chine en resta humiliée. Tout cela exacerba le nationalisme chinois. Le soulèvement du 10 octbre 1911 renversa la dynastie mandchoue, vieille de 250 ans. Les insurgés proclamèrent la République et Sun Yat-Sen en fut le président durant quelques mois. »

Sun Yat-Sen repart en exil suite à l'échec de la révolution de 1911 et devient « le père de la République » dans l'esprit des Chinois, pour lesquels il continue à être une inspiration après sa mort en 1925.

Chang Li Ching est en fait l'un des dirigeants du mouvement anti-Japonais en Chine. Depuis la mort de Sun Yat-Sen, les Japonais ont renforcé leur domination face à l'absence de leader charismatique du côté chinois. Chang Li Ching et ses hommes cherchent à perpétuer l'oeuvre de Sun Yat-Sen.

« Leur propre gouvernement est contre eux, aussi leur urgence est d'armer assez de patriotes pour résister à l'agression japonaise le temps venu. [Voilà à quoi sert la maison de Lillian Shan]. Des fusils et des munitions sont chargés sur des bateaux là-bas et convoyés vers des navires qui se tiennent au large. Cet homme que vous appelez le Whistler est le propriétaire des navires qui transportent ces armes en Chine. »



L'auteur
 Dashiell-Hammett.jpg
Dashiell Hammett (1894 – 1961) est un écrivain américain. Il est considéré comme le père fondateur du roman noir américain et est reconnu par Hemingway ou Chandler comme une influence majeure. Il travaille six ans à la Pinkerton avant de se lancer dans l'écriture de nouvelles, de romans et de scénarios à Hollywood.

A l'occasion du centenaire de sa naissance, Jean-Pierre Delox déclare :

« Il y a cent ans, le 27 mai 1894, naissait Dashiell Hammett qui allait non seulement briser le carcan et les règles de la littérature policière traditionnelle, inventer un nouveau genre, le roman noir américain, […] créer une nouvelle écriture et un nouveau langage mieux adaptés à la violence thématique et au réalisme du propos […], mais encore bouleverser les lettres américaines et la littérature occidentale par son dépouillement formel et la force de son propos contestataire. »

 

 

Loïk, 1ère année Éd.-Lib.

 

Dashiell Hammett sur Littexpress

 

HAMMETT moisson rouge couv

 

 

 

 

 

 Article de Thomas sur Moisson rouge.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dashiell Hammett Le Faucon de Malte

 

 

 

 

 

 

Article de Chloé sur Le Faucon de Malte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dashiell-Hammett-la-cle-de-verre.gif






Article de Lucie sur La Clé de verre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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commentaires

Loïk Maille 18/07/2011 23:01


Bonjour Mr Bondil,
Tout d'abord, merci.
Je n'avais pas remarqué ses erreurs de traduction et m'en étonne d'ailleurs, puisque c'est Natalie Beunat, la traductrice de cet ouvrage, qui a écrit Dashiell Hammett, Parcours d'une oeuvre sur
lequel j'ai basé la plupart de mes recherches pour cette fiche. Son ouvrage est très bien fait et très pertinent.
Suite à votre proposition, j'aurais effectivement quelques questions à vous poser.
Je vous donne mon adresse mail si vous souhaitez me répondre de façon plus "privée" : lennonmccartney@hotmail.fr

Merci. A très bientôt.

Cordialement,

Loïk Maille


pierre bondil 08/05/2011 18:03


Bonjour, Loïk

Félicitations pour votre travail qui est très sérieux, bien documenté et réfléchi. Le mauvais point que je vais signaler ne vous est pas imputable. Ceux qui conçoivent vos programmes ne devraient
pas vous faire travailler sur des textes contestables. La traduction de "Meurtres à Chinatown" est tellement pleine de fautes (jusqu'à quatre contre-sens en deux pages) que son auteure, qui vient
de réunir dans "Coup de feu dans la nuit", toutes les nouvelles de Hammett (il y en aurait d'autres jamais publiées) n'a pas signé la traduction de ce texte qui est reparu sous l'ancien titre,
"Crime en jaune", et signée par quelqu'un d'autre. Une nouvelles traduction dans laquelle comme par hasard les 4 contre-sens (dont je vous ai parlé ci-dessus et que j'ai analysé notamment sur
internet) ont disparu. Hélas le nouveau traducteur n'a pas vu tous ceux dont je n'avais pas parlé. Quand on sait que la version sur laquelle on vous a fait travailler date de 2003, ainsi que vous
le signalez, et qu'elle est "fidèle et intégrale, accompagnée de nombreuses notes", comme le dit la quatrième de couverture, il y a de quoi crier au scandale.
Un exemple, p.66, "unplaned", la note n'ajoute rien à la traduction, elle justifie seulement le contre-sens car "a plane" étant aussi un rabot, cela signifie que ces marches sont en bois brut, mal
équarries, pas poncées.
Dans un des extraits que vous citez, ("Si vous quittez les artères principales...") "...traîner dans les allées et recoin" est plus qu'impropre car "poke around" signifie aller fouiner quelque
part, mettre son nez quelque part, ce qui a un sens intrusif que traîner n'a pas (même chose à la dernière ligne de la nouvelle : traduire "to visit" pas "aller traîner" est pour le moins
désinvolte.
Néanmoins, je le répète, vous avez fait du très bon travail sur un texte français qui ne fait pas honneur, loin de là, au talent littéraire de Hammett.
Cordialement
Pierre Bondil
PS Je demeure à votre disposition pour répondre aux questions que vous pourriez vous poser.


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