Dimanche 26 décembre 7 26 /12 /Déc 19:00

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David B.
L’Ascension du Haut-Mal
L’Association collection Éperluette, 1996-2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Intro

David B est un indépendant avant tout, un expérimental. Scénariste et dessinateur, son œuvre est plurielle. Résumer ses créations, du Haut Mal au Roi rose, et le moteur de celles-ci n’est guère envisageable. Je vais tâcher de vous présenter de façon ouverte ses livres, pour ensuite vous parler du plus instructif de tous, l’Ascension du Haut Mal.


David-B-jpg L’auteur, sa biographie

Il naquit dans le froid de février de l’année 1959, le neuf pour être précis. Pierre-François Beauchard. David, comme vous le devinez, étant son deuxième prénom. Inutile de vous dire ce que représente le B. Pour l’anecdote, ses deux premières œuvres furent publiées sous le pseudonyme de David Beauchard, il trouva cela trop long. Le B apparut lors de la troisième publication. « Il choisit de suivre les cours de publicité de l'école des Arts appliqués Duperré à Paris, car Georges Pichard y enseignait. »1  (Auteur clairement pour adultes, mais qui attirait les foules par ses aplats noirs. Il attira également Gotlib, Bernar, Blum… sans doute pour la même raison que les foules.) David B s’essaye pour la première fois à la bande-dessinée en écrivant un scénario pour Olivier Legan (Pas de samba pour capitaine Tonnerre, Glénat). Il poursuit en tant que dessinateur du Timbre Maudit pour Okapi. Cette bande-dessinée sera éditée par Bayard en 1986. Il travaille ensuite pour un certain nombre de revues, telles Chic, Zèbre, À Suivre… En 89, il réalise des illustrations et des récits complets didactiques ("Les premiers escaliers mécaniques", "Le P'tit Lu : un biscuit moderne", "Géronimo", "Duel pour le Pôle Nord", "L'invention de l'aérosol", etc.) pour Tintin Reporter. En 1990 commence l’aventure d’une vie, si je puis me permettre : il fonde l’Association, éditeur de BD indépendante, il s’y livre à de la recherche graphique dans sa revue Lapin et par le biais des ouvrages pour le moins hors norme que publie cette coopérative d’auteurs parisiens. Ses compagnons de route dans la création de cette maison d’édition sont : Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim, Mattt Konture, Patrice Killoffer, Stanislas et Mokeït. « La plupart de ses publications des années 90 furent regroupées dans le Cheval blême et les Incidents de la nuit. »2  04-roi_rose.jpg

Par la suite il ne cessera de publier nombre d’ouvrages, que ce soit chez L’Association ou chez d’autres éditeurs. Il se séparera d’ailleurs de l’Association en 2005. Divergences de point de vue avec Menu et croissance non adaptée à la renommé de ses auteurs font mauvais ménage. Sans oublier l’ego de chacun des artistes qui n’arrange pas les choses. Il travaille avec d’autres auteurs, en tant que scénariste, tels Blain, Sfar, Guibert, ou encore Micol.

L’inspiration de son trait vient d’un peu partout. Le noir et blanc restant sa principale façon de travailler, citons Tardi, Munoz, Pratt, et Pichard. Grand admirateur de Pierre Mac Orlan, il s’inscrira dans sa veine pour certains de ses scénarios, il adapta d’ailleurs Le Roi Rose.

 

 

Le Roi rose

 

 

 

Son œuvre

« Entre 1996 et 2003, il créa L'Ascension du Haut Mal, une série autobiographique de 6 tomes.»3

« Sans être exhaustif, David B. signala en 1996 l'éventail des revues auxquelles il collabora : Circus, Chic, Okapi, À Suivre, L'Écho des savanes, Viper, Rare et cher, Labo, Lapin, Strappazin (Suisse), Kaiser (Allemagne), Nosotros las muertas (Espagne), El Building, Baraka, Fusée, Révolution, La Vie ouvrière, Fripounet, Perlin, Info-Junior.

En 1997, la collection « Roman B.D. » de Dargaud propose son Tengû carré, tandis qu'il scénarise pour Christophe Blain Les Singulières aventures d'Hiram Lowatt et Placido pour ce même éditeur. Les deux titres de cette série sont  « La Révolte de Hop-Frog », puis « Les Ogres ». On découvre ensuite d'autres facettes de son talent dans la collection Aire Libre des éditions Dupuis. Il développe en avril 2000 l'univers de l'écrivain Marcel Schwob dans Le capitaine écarlate, un récit fantastique dans la veine de Pierre Mac Orlan, illustré par Emmanuel Guibert, puis il s'attaque à une allégorie personnelle sur la guerre et ses destructions dans La Lecture des ruines (2001). Pour cette dernière œuvre d'une grande puissance graphique, les couleurs claires ou éclatantes de Tomasine viendront soutenir son incomparable maîtrise du noir et blanc sans la diluer. »4
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L’Ascension du Haut Mal, tome I

Il semblerait que cette œuvre ait eu un certain succès et soit centrale dans l’œuvre générale de David B. La mort est très présente dans cet ouvrage qui traite de son enfance et surtout des crises d’épilepsie de son frère. Dans le plus pur style graphique de l’auteur, en aplats noirs, la bande-dessinée est autobiographique, ou bien est-ce de l’autofiction ? Selon l’auteur pas vraiment car les souvenirs d’enfance sont toujours transformés. David B. ne se cantonne pas à un découpage classique, faisant interagir le jeune Pierre-François et le David dessinateur (ce qui n’est pas sans rappeler le style de Federman), faisant des sauts dans le temps pour raconter l’histoire de ses grands-parents, de ses arrière-grands-parents, s’y introduisant même parfois. Dans ces six tomes, au-delà de la mort, il aborde la métaphysique, l’univers du rêve, le fantastique… David B. cherche à évoquer à la fois des éléments oniriques et biographiques, en partant de sa jeunesse.

Les six tomes de cette série reçurent de « multiples nominations comme au Festival d'Angoulême : en 2000, où le tome 4 reçut l'Alph'art du meilleur scénario et en 1998 et 2004, les tomes 2 et 6 furent nominés pour le Prix du meilleur album. Enfin le 6e volume, gagna le Prix International de la Ville de Genève en 2003. »5
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Reprenons depuis le départ et réfléchissons.


«  Je voulais raconter trois choses : la maladie de mon frère, la construction de mon imaginaire, et la vie de ma famille, avec les parents, les grands-parents, etc. » Voilà comment David B. voit l’AdHM. L’autobiographie est parfois mise à mal tant les éléments extérieurs empiètent sur sa vie. L’ensemble est harmonisé par la maladie de son frère plus que par David lui-même. La projection de son inconscient (très visible sur les couvertures, avec l’ascension des figures oniriques noires au fil des tomes, la perte du sourire et le vieillissement des personnages) nous éloigne parfois de la vie même de l’auteur, à moins qu’elle nous y plonge plus profondément encore. 06-copie-1.jpg

Comment est-il arrivé à ces six tomes ? Comment le Haut Mal, qui figure au-delà de la maladie de son frère tous les maux de la famille selon Renaud Pasquier dans son article « Le Sommeil du monstre », peut-il être représenté par ce dessinateur, et pourquoi ? Il nous donne lui-même la réponse dans l’entretien avec Gilles Ciment et Thierry Groensteen : « Cette rage qui me prenait quand on me disait qu’on n’avait pas d’explication pour ce phénomène, ni de solution crédible et efficace à proposer. »

Alors David créa le Monstre. Je ne vais pas vous parler du Monstre, présent dans le Haut Mal, et dans la plupart des œuvres de l’auteur. Il joue un rôle symbolique majeur. Digresser sur ce point m’obligerait à faire un mémoire, ce qui n’est ni le sujet ni le but. Toujours est-il que la maladie est représentée par le Monstre, mais le Monstre est présent  réellement chez son frère. Pulsions dictatoriales, monde du cauchemar, côtoiement singulier avec ces êtres étranges, figure récurrente d’Hitler, et autres persécuteurs célèbres, la famille Beauchard semble pleine de problèmes. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’auteur ne parle plus à ses parents depuis le tome 3, ceux-ci refusant de le considérer comme leur fils depuis la publication. Sa sœur, qui a écrit la préface, joue alors le rôle de la mémoire, prenant leur suite, confrontant ses souvenirs aux siens. Au reproche d’avoir écrit une semi-autobiographie, David B. répond qu’elle est de toute façon difficile. Ainsi ses parents très présents dans les premiers tomes pouvaient raconter le même événement de façon différente, l’interprétation changeant, le souvenir s’effaçant ou s’augmentant de détails nouveaux.


Conclusion

Je pourrais continuer pendant longtemps encore à discourir sur la vie de cet auteur, parfois névrosé. Je tomberais peut-être dans une analyse de la société. Je terminerai sur ces quelques mots. Les six tomes de l’Ascension du Haut Mal nous donnent un aperçu de la société du XXe dans une famille lambda vivant un drame, nous découvrons en même tant que les protagonistes l’apparition des médecines occultes, celles qui seront considérées comme faisant partie de la vague New-Age, l’apparition aussi de mai 68, de la haine des « Bicots », du traumatisme de la guerre d’Algérie, nous découvrons comment un jeune, puis moins jeune, garçon interprète ces faits, ces passages de vie quotidienne, et quelle fut la vie de l’époque chez Monsieur Tout-le-monde. L’onirisme surprésent nous fait comprendre combien l’ésotérisme, les légendes, les mythes, ont joué un rôle déterminant dans la vie de l’auteur. Les cauchemars traduisant son inconscient nous renvoient à nos propres inquiétudes, voire névroses. Comment parler d’une œuvre, alors qu’elle éclaire les autres ? Comment ne pas parler du reste de la  création de l’auteur ? Le cheval blême et les Incidents de la nuit prennent leur sens, Par les chemins noirs devient lumineux, Le cercueil de course se conçoit, la dispute avec l’Association se comprend, le travail avec certains auteurs s’explique … Pour lire David B. il ne suffit pas d’une bd, il faut l’intégralité de son travail, et, si vous me permettez un poncif, il faut avoir vécu.


Je terminerai sur cette phrase : « Je dessine des monstres, je produis des monstres.»6

Éloi, 2e année Éd.-Lib.

Notes

1. Source : Edition Dargaud
2. Source : Wikipédia
3. Source : Wikipédia
4. Source Editions Dargaud.
5. Source Wikipedia
6. L’Ascension du Haut Mal, tome VI.


Par Eloi - Publié dans : bande dessinée
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