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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 19:00
David-Fauquenberg-nullarbor.jpg






David FAUQUEMBERG
Nullarbor

Éditions Hoëbecke, 2007
Folio, 2009
Prix Nicolas Bouvier 2007
Meilleur livre de voyage Lire/RTL 2007


















L’auteur

David Fauquemberg a contracté tôt le virus des voyages. Peut-être à cause d’une enfance dans le bocage normand – il ne se passait pas grand-chose – et de l’ennui, propice aux rêveries et aux évasions immobiles ; peut-être parce que le port, non loin de chez lui, apportait ses rumeurs de voyages. Mais, plus sûrement, c’est la littérature qui a nourri sa pathologie.

Il a toujours tressé ces deux fils, la littérature et le voyage : grand lecteur (il cite volontiers Faulkner, Flaubert, Balzac, Tolstoï, Conrad parmi ses maîtres, mais aussi des écrivains-bourlingueurs comme Cendrars, Hemingway, Chatwin, Bouvier), son amour immodéré de la littérature l’a conduit sur les bancs de l’Ecole Normale Supérieure ; puis, en 1998, il enseigne la philosophie l'espace de quelques mois. Un parcours classique, donc, entrecoupé de voyages, dès l’âge de 18 ans. À 20 ans, il fait une traversée de l'Atlantique à la voile et en solitaire. Suivront la Laponie, la Californie, l’Andalousie, la Patagonie, Cuba. Ou encore l'Australie, où il séjourne plus de deux ans et qui lui inspire son premier roman, Nullarbor, qui a obtenu le premier prix Nicolas Bouvier en 2007, prix qui récompense un écrivain-voyageur.

De retour en France, il a publié plusieurs guides de voyages chez Dakota et Gallimard (dans la collection Géoguide). Il est également traducteur, notamment de l’Écossais James Meek (Un acte d’amour et Nous commençons notre descente, chez Métailié), de l’Américain Willy Vlautin (Motel Life, Plein Nord, chez Albin Michel, collection « Terres d’Amérique »), du Canadien Robert Hunter (Les Combattants de l’Arc-en-Ciel, chez Gallmeister) ou de l’Australien Adrian Hyland (Le dernier rêve de la colombe diamant chez 10/18). Enfin, il est grand reporter pour la revue XXI et le magazine Géo. Son dernier roman, Mal tiempo, est sorti en août 2009 aux éditions Fayard.

Bibliographie

Mal Tiempo, Fayard, 2009
Nullarbor, Hoëbecke, 2007/ folio, 2009
Cuba, Géoguide, Gallimard loisirs, 2009
Argentine, Géoguide, Gallimard loisirs, 2009
Espagne, côte est, Géoguide, Gallimard loisirs, 2009
Andalousie, Géoguide, Gallimard loisirs, 2009
Buenos Aires, Gallimard loisirs, collection Cartoville, 2008

Il a traduit :

Adrian Hyland, Le dernier rêve de la colombe diamant, 10/18, 2009
James Meek, Nous commençons notre descente, Métailié, 2008
James Meek, Un acte d’amour, Métailié, 2007/Points, 2008
Robert Hunter, Les combattants de l'arc-en-ciel : la première expédition de Greenpeace, Gallmeister, 2007
Willy Vlautin, Motel Life, Albin Michel, 2006
 Fred Pearce, Quand meurent les grands fleuves, Calmann-Lévy, 2006


Le livre

« On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait. » (Nicolas Bouvier, L’Usage du monde).

David Fauquemberg ne renierait pas cette phrase de son maître Nicolas Bouvier. C’est bien parce que son voyage de deux ans en Australie l’a défait, qu’il en est rentré cassé et incapable de le digérer, qu’il s’est mis à écrire Nullarbor, son premier roman. Il lui aura fallu sept ans d’écriture et de maturation pour faire de cette aventure un objet littéraire, dont la qualité n’usurpe ni le prix Nicolas-Bouvier, ni la parenté avec Nicolas Bouvier ou Bruce Chatwin.

Nullarbor est un road-trip, de Melbourne jusqu’à Wreck Point, au cœur de l’Australie orientale et de la plaine de Nullarbor, dont le nom – plaine sans arbres – laisse augurer de l’hostilité du milieu environnant.

Ce roman est constitué d’un court avant-propos qui ne dit pas son nom et de cinq chapitres. Dans cet avant-propos, qui fonctionne comme une mise en abyme, le narrateur se réveille, semble-t-il, au milieu de la Nullarbor avec le souvenir intense d’un cauchemar. Ici, David Fauquemberg brouille les cartes : on ne sait pas si ce mauvais rêve est prémonitoire et annonce ce qui va suivre ou si la suite du livre n’est que le récit de son cauchemar.

On ne saura pas non plus pourquoi le narrateur quitte Melbourne, « cette Europe en exil » ; lui-même ne le sait pas vraiment. Mais il part, avec  l’objectif de rejoindre Perth en stop, à 1600 kilomètres de là.

S’ouvre la route, « sa généreuse indifférence », ses rencontres inattendues.

Le narrateur partage un bout de chemin avec Adam, le poète australien et son épave rouillée. Puis, fauché, il s’embarque sur La perle des mers pour une campagne de pêche au gros dans un océan Indien énervé. Là, il va vivre quinze jours d’enfer, quinze jours pendant lesquels la violence des éléments le dispute à celle des hommes de l’équipage. Quinze jours et quinze nuits durant lesquels l’épuisement physique cède le pas à la cruauté pour se terminer par une sarabande cruelle et mortifère dans laquelle le requin devient, pour les hommes de l’équipage, la victime expiatoire de toute la haine et de toutes les frustrations accumulées.


Après cet épisode dont il garde les stigmates jusqu’à Wreck Point, le narrateur reprend la route, fait de nouvelles rencontres : un couple d’amoureux italiens qui vont vers le Nord, puis le conducteur d’un camion chargé d’acide nitrique qu’il est chargé de tenir éveillé deux jours et deux nuits.

Au fur et à mesure, le cauchemar devient plus palpable. Un cyclone est passé par là, la route vers le Nord est fermée pour plusieurs semaines. Le désespoir guette, quand le narrateur est pris en stop par Clare, une jeune femme militaire qui a décidé de rejoindre coûte que coûte son bataillon posté à Darwin. Elle l’emmène jusqu’à Broome où l’attend un spectacle de désolation. Par chance, il fait la connaissance de Noëlle, Gary et Neil qui font de la prospection pour ouvrir les communautés aborigènes au tourisme.

Ils sont accueillis au cœur de la communauté bardi, à Wreck Point, chez Augustus, le chef de la tribu. Là, le narrateur, rebaptisé affectueusement Napoléon par Augustus, fait l’expérience de l’altérité sous la protection de ce dernier qui l’initie à la culture aborigène. Un matin, Augustus disparaît et ne revient pas, probablement parti rejoindre sa femme décédée. Perdu, en colère, le narrateur décide d’affronter cette nature hostile et pleine de dangers sans la protection d’Augustus. C’est une scène onirique qui clôt ce roman : Augustus vient sauver le narrateur des griffes du vieux crocodile et disparaît sous les eaux avec lui.

Analyse

Nullarbor est à la fois une traversée de l’Australie et une traversée du miroir. La culture aborigène entraîne le lecteur, à la suite du narrateur, dans une autre dimension temporelle, rendue par l’étirement de la narration – cette partie-là occupe 116 pages, soit la moitié du roman -–, dans une autre vision du monde où l’homme est puissamment relié à ses ancêtres et à la nature par ses croyances et ses rituels – le dreamtime1 (le temps du rêve) et les pistes chantées (songlines2).

David Fauquemberg nous entraîne dans ce voyage sans jamais être didactique. Pas d’approche anthropologique ou documentaire chez lui comme cela pouvait être le cas chez Bruce Chatwin (Le chant des pistes), aucun de ces éléments de la culture aborigène n’est jamais explicité, juste donné à ressentir, glissé en passant, comme cet aparté d’Augustus sur « la génération volée »3 page 229.

On pense à Kerouac bien sûr pour le motif de la route et cette fuite qui n’a d’autre but qu’elle-même. On pense aussi à Hemingway pour ce qui est du chapitre « Pêcheurs ». On pense enfin à Nicolas Bouvier, au voyage qui fait ou défait. En tant que  lecteur non plus on ne sort pas indemne de ce voyage-ci.


Isabelle Garraud, LP édition

Voir aussi l’entretien avec David Fauquemberg


En savoir plus sur la culture aborigène (
Toutes ces informations proviennent du site http://www.galerie-gondwana.com/culture-histoire-aborigene-australie.html)


Notes

1Le temps du rêve (dreaming ou dreamtime en anglais) est au cœur de la culture aborigène. C'est une croyance relative à la création du monde, de l'univers, mais plus largement qui détermine les relations entre les différents êtres vivants et choses qui peuplent ce monde, Ainsi un certain nombre d'êtres fondateurs ont sillonné le monde, créant et modelant le paysage au fur et à mesure de leurs déplacements et laissant derrière eux un lit de rivière, une colline, un point d'eau (lieu hautement secret et vital dans cette partie du monde), des rochers, etc. Aujourd'hui leurs périples sont encore en mémoire grâce aux fameuses 2 pistes chantées qui peuvent relier plusieurs tribus entre elles.  Ces pistes forment une sorte de cartographie à la fois géographique et spirituelle et impliquent des liens sacrés puissants entre les différentes communautés qu'elles traversent. Mais le temps des rêves n'est pas uniquement le récit de la création, il continue d'exister au quotidien car ces esprits s'attardent encore dans les sites terrestres tout au long des pistes chantées. De ce fait cela devient un lien permanent entre le passé et le présent, le spirituel et le matériel. Tout est étroitement lié et interconnecté, formant ainsi la charpente complexe d'une culture hautement spirituelle.

3 La
génération volée. En 2008, le gouvernement travailliste dirigé par Kevin RUDD, a présenté les excuses de la Nation pour la « génération volée ». Dans les années trente, les gouvernements australiens avaient mis en place des politiques d'assimilation du peuple aborigène. Des dizaines de milliers d'enfants furent enlevés à leurs familles et placés dans des institutions ou des familles blanches. Le témoignage direct des quelque 13 000 survivants sur les mauvais traitements physiques et sexuels dont ils furent victimes a entraîné des poursuites en justice. Ces excuses présentées au parlement interviennent 11 ans après la publication d'un rapport sur la politique d'assimilation qui avait permis d'établir qu'entre un dixième et un tiers des enfants aborigènes avaient été enlevés à leur famille entre 1910 et 1970.Ce rapport préconisait déjà, en 1997, des excuses nationales pour ceux qui avaient été les victimes de cette politique d'assimilation, connues sous l'appellation de « générations volées ».





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