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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 06:00

Compte rendu du déjeuner littéraire du 24 mars 2010
organisé par les étudiantes

de l’IUT Michel de Montaigne Bordeaux 3 filière Bibliothèque

au Restaurant Universitaire des Capucins

 


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    « Essayez donc de nous connaître comme nous vous connaissons. »

 


Belle invitation que celle d’Abasse Ndione ; apprenons à connaître les Africains aussi bien qu’ils nous connaissent… Et pourquoi ne pas commencer par leur littérature, aussi riche que surprenante ?


C'est dans le cadre d'un projet tutoré des plus agréables que nous avons découvert (ou redécouvert) l’œuvre littéraire de quatre grands auteurs invités à la Biennale des littératures d’Afrique noire, organisée par l'Association de Médiation Culturelle des Pays du Sahel, présidée par Madame Safiatou Faure.


Notre mission a été de délocaliser la manifestation, essentiellement prévue à St Médard en Jalles, au centre de Bordeaux, tout cela à moindre coût. Mission accomplie avec  l'aide de M. Marin, directeur du Restaurant Universitaire des Capucins à Bordeaux, qui a gentiment accepté de nous prêter ses locaux et nous a mijoté un menu africain. Ne restait plus qu'à… avertir les agences de com, lancer les invitations puis, pour notre côté créatif, rédiger des biographies et bibliographies d’auteurs, concevoir affiches, flyers et compagnie et enfin se procurer à gauche à droite du matériel d'enregistrement, micros, haut-parleurs, sans oublier la décoration de la salle… Et nous voici prêtes à accueillir nos quatre hôtes !


C’est ainsi que nous avons eu le plaisir de recevoir M. Emmanuel Dongala, homme discret et efficace au sourire humble. Il évoquera avec nous sa passion pour l’écriture, à laquelle il consacre les rares moments libres que lui concèdent ses fonctions de professeur de chimie dans le Massachusetts et son engagement pour la littérature africaine francophone.


C’est le cœur serré qu’il nous confie la tragique histoire de son pays, une guerre abominable  dont il fut témoin et qui a fait de lui une plume des plus précieuses du Congo. On lui doit Jazz et vin de palme,  Johnny chien méchant et bientôt chez tous les bons libraires Photo de groupe au bord du fleuve.

Vêtu d’un superbe boubou aux reflets violets, armé d’une canne artisanale sénégalaise, des yeux rieurs et une voix chaleureuse, vous l'aurez reconnu, le grand Abasse Ndione était parmi nous et nous a révélé à la manière des grands conteurs la passionnante histoire qui l’a mené vers l’écriture. Pour sûr, pas seulement une révélation mais un don, qui l’a poussé à quitter une carrière d’infirmier longue de plus de trente ans durant laquelle il côtoie la corruption et les injustices qui ravagent son pays. Abasse Ndione se dit désolé de voir les jeunes fuir devant les difficultés d’un pays aux multiples richesses, pour un avenir incertain dans une Europe trop divinisée. Lui préfère son petit village de pêcheurs près de Rufisque, au bord du fleuve Sénégal, sa première source d’inspiration.   
   

Turban coloré sur la tête assorti au boubou, une voix qui porte et fait vibrer les cœurs, elle est venue nous raconter son  combat  acharné  pour sauver le patrimoine littéraire de son pays : le Bénin. Directrice des Éditions Ruisseaux d’Afrique, Béatrice Lalinon Gbado nous a fait l’honneur de sa présence. Issue du Centre de formation à l’édition et à la distribution (CAFED) de Tunis, le but de l’éditrice est clair : structurer un réseau de distribution efficace sur tout le continent africain pour offrir à chaque citoyen demandeur de lecture l’opportunité de découvrir l’art et le talent découlant en premier lieu des natifs. Mais à l’heure actuelle, plusieurs obstacles freinent la diffusion du livre en Afrique, à commencer par son prix. En effet, les livres qui circulent en Afrique viennent d’Europe,  plus généralement de France et sont vendus au prix fixé par l’éditeur, et donc aucunement adapté au niveau de vie local. Le livre reste une denrée rare qui circule généreusement, comme la presse, de main en main jusqu’à l’épuisement. Pour contrecarrer cette difficulté, le débat a soulevé l’impérieuse nécessité pour l’Etat de soutenir une politique en faveur du livre et souligné un début de prise de conscience dans certains pays.


Ah, l'invité surprise ! qui tombe à pic pour débattre des problèmes de diffusion du livre en Afrique, en tant que  directeur de la langue française et de la diversité linguistique à l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), avec pour objectif d'aider la création en soutenant les jeunes auteurs francophones, d’aider l'édition d'œuvres africaines et de soutenir la diffusion au sud comme au nord, j’ai nommé : Julien Kilanga Musinde.

Et le grand absent du moment,
Moussa Konaté, à qui nous souhaitons un bon rétablissement. Ses ouvrages furent tout de même présentés et son nom évoqué à plusieurs reprises !

On remercie chaleureusement nos 5 artistes, Madame Faure et nos professeurs, sans qui rien n'aurait pu être fait.
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Après une brève présentation de chacun d’eux, les auteurs ont répondu à nos questions.

 

 

Pour écrire de quoi / de qui vous inspirez-vous ? Ramata, l’héroïne de votre roman du même nom a-t-elle vraiment existé ou est-elle pure imagination ?


Abasse Ndione. — Non, Ramata n’existe pas en tant que telle. Mes textes sont tirés d’un ensemble d’anecdotes. J’ai été le témoin de beaucoup de choses ne serait-ce que par le biais de mes fonctions à l’hôpital, j’ai assisté à des maltraitances, des actes d’injustice...

 


Que faites-vous quand vous n’écrivez pas ?

 
Emmanuel Dongala
. — En réalité, je ne suis pas un professionnel de l’écriture, j’ai d’autres activités qui ne me laissent pas le temps d’écrire. C’est pour cela que je mets toujours un certain temps à faire paraître mes livres. Le seul livre que j’ai vite terminé, c’est Johnny chien méchant, mais c’est  le besoin d’écrire, de dénoncer, de partager mes sentiments suite à la terrible guerre civile du Congo qui me tiraillait ; néanmoins je l’ai écrit au calme aux USA et avec une certaine distance.

 

 

Le polar a-t-il le même succès en Afrique qu’en France ?


Abasse Ndione. — Nous ne sommes pas coupés de l’Europe, toute l’Afrique vit au même rythme qu’ici. Au Sénégal tout le monde suit les événements en France, ce qui se passe en France concerne chaque Africain, ce qui malheureusement n’est pas réciproque. Essayez donc de nous connaître comme nous vous connaissons.

 

 

Que pouvez-vous nous dire sur les difficultés de l’édition en Afrique ? Et selon vous quelles solutions peuvent être proposées ?


Béatrice Lalinon.
— Avant de répondre à cette question j’aimerais présenter la maison d’édition que je dirige ; j’ai fait le choix pour lutter contre la méconnaissance de l’Afrique d’éditer des beaux-livres qui ont trait au patrimoine, des livres qui font découvrir les richesses des Africains, sur l’art culinaire par exemple, l’artisanat sénégalais, etc.


Le premier obstacle de l’édition est que nos marchés sont restreints, il y a un problème de distribution, la première chose à faire serait d’établir un réseau, pour se faire connaitre, créer des collections pour fidéliser les lecteurs.


Le deuxième frein à la lecture rencontré est celui du prix du livre qui reste inaccessible à la majorité des Africains. Mais ce problème est dû à ce que les livres qui circulent en Afrique sont des livres édités en France et donc adaptés au citoyen français. Pour résoudre cette difficulté il faudrait que les auteurs africains soient édités en premier lieu en Afrique. Pourquoi Abasse Ndione devrait-il publier d’abord en France ? La démarche devrait être inverse, le marché local est un marché qui s’élargit, il faudrait que ce soit l’Etat qui achète les droits pour publier ses auteurs.


Abasse Ndione. — Le plus gros problème en Afrique c’est que le livre africain ne se vend pas, les livres ne sont lus que s’ils viennent de France car le livre africain est trop peu promu. Il n’existe qu’une seule manifestation littéraire et c’est à Bamako, le « Festival des écrivains voyageurs » et la foire du livre qui a lieu tous les deux ans au Sénégal.


Julien Kilanga. — Ce qu’il faut surtout, c’est former les professionnels du livre. Pour l’instant une seule institution existe, il s’agit du Centre de Formation des Éditeurs à Tunis, duquel est issue la plupart des éditeurs africains dont Béatrice Lalinon, ce qui est bien trop peu. Tout reste à faire de ce côté-ci.

 

 

Mais au final lit-on suffisamment en Afrique ?

 

Abasse Ndione. — En Afrique un livre équivaut à un sac de riz capable de nourrir une famille pendant 15 jours. Les Africains lisent mais l’accès au livre n’est pas facile ; là-bas un même livre peut servir à vingt / trente personnes car c’est une denrée rare, il passe de mains en mains à travers tout un village.


Béatrice Lalinon. — C’est pour cela qu’il est important que l’Etat prenne en charge ce fardeau et s’occupe de financer la lecture publique. Au Sénégal, ils ont réglé en partie ce problème en ouvrant des
bibliothèques municipales. Il y a aussi le problème du taux d’alphabétisation ; sur 8 millions de Béninois seuls 2.5 sont capables de lire. Mais les « nouvelles technologies » font apparaître un besoin de lecture grandissant, les Béninois sont demandeurs de lecture. Et j’ai remarqué aussi dans mes activités que lorsque je proposais aux enfants des éditions françaises et des éditions africaines, ils avaient tendance à choisir l’édition de leur pays, il y a ce besoin de s’abreuver à sa propre source d’abord.



L’État a-t-il conscience de la nécessité de son soutien à la lecture ?

 
Béatrice Lalinon. — Dans certains pays oui. Peu à peu des subventions sont dégagées pour la lecture publique. Le drame est que lorsque émerge un nouveau président qui souhaite avancer et soutenir le livre, il est tout de suite freiné par certains hauts dirigeants.

 


 Quel discours tenir aux jeunes qui veulent émigrer à tout prix en Europe ?


Abasse Ndione. — Je leur dis de rester au pays (rires). Ce sont les jeunes qui construisent un pays, comment le pays avancerait si tous les jeunes s’en vont ? Qui va cultiver les terres, qui va s’occuper de toutes les richesses existantes là-bas ? La situation va devenir de plus en plus insoutenable, ce ne sont pas les vieux comme moi qui allons nous en occuper !

 

 

Êtes-vous toujours en lien avec les nombreuses associations dont vous faisiez partie ?


Abasse Ndione. — Oui bien sûr, je suis toujours en lien avec les jeunes qui s’en occupent ; moi j’ai vieilli, ce n’est plus ma place. Mais souvent ils m’appellent pour un conseil.


   

Votre livre Johnny chien méchant ne serait-il pas un règlement de compte avec ceux qui prennent les armes ?


Emmanuel Dongala. — Non, non, pour régler les comptes je n’écris pas un roman mais je publie des articles dans la presse, je le dis à la radio. Le travail d’un écrivain n’est pas celui du journaliste.

 

 

Anaïs, Élodie, Kadija, Manon, Nathalie, Rachida, Yolaine

 

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Lien

 

Plus d'informations sur la biennale et les littératures africaines surle site que nous venons de créer à cet effet :


http://deslitteraturesafricaines.wifeo.com/



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Published by littexpress - dans Littératures africaines
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