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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 07:00

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Dennis LEHANE
Prières pour la pluie
traduit de l'anglais

par Isabelle Maillet

Rivages, 2004
Rivages/ Noir, 2006

 

 

 

 

 

Et si toutes les personnes de votre entourage, ceux en qui vous croyez, qui ont votre entière confiance, n'étaient que traîtres et manipulateurs, lâches et dissimulateurs ?

Plongez dans le monde terrifiant édifié par Lehane …

 

 

 

Dennis Lehane

Auteur à succès, c'est le moins qu'on puisse dire. Nous ne chercherons pas ici le pourquoi du comment à ce phénomène international ; certains ont une plume, un style et des intrigues efficaces, Lehane fait partie de ces écrivains... Vous ne serez probablement pas sans savoir qu'il est l'auteur de Mystic River et de Shutter Island, tous deux adaptés avec réussite au cinéma. Cela dit, si Dennis Lehane est connu pour ces deux succès, il a par ailleurs écrit une série, elle aussi connue et reconnue, où il trace le parcours d'une équipe éclectique de détectives, six tomes durant. De Un dernier verre avant la guerre (1994) à Moonlight mile (2010), en passant par Prière pour la pluie, avant-dernier et sujet de notre présentation.

Lehane est américain, d'origine irlandaise, tout comme son protagoniste, Patrick Kenzie. Avant de pouvoir se consacrer entièrement à l'écriture, il a effectué divers petits boulots, l'un d'entre eux retenant notre attention : éducateur spécialisé pour enfants. Durant son activité, il exerçait avec des jeunes maltraités, aux histoires douloureuses et aux psychologies fragiles. Cette expérience semble l'avoir marqué, c'est en tout cas ce qui nous vient à l'esprit face à son écriture et à son récit. En effet il semble se plaire à inventer mille et une horreurs et autres fabuleux tourments terriblement sordides, tous plus effrayants les uns que les autres. Les péripéties, aux ressorts psychologiques finement recherchés, pourraient être vus comme une déformation professionnelle, une manie spécifique à Lehane.

 

 

 

Résumé

Dans le tome précédent, Patrick Kenzie s'est séparé de sa collègue et compagne, Angela Gennaro. Mais lorsqu'il sentira qu'il patauge et perd pied dans l'affaire qu'il traite durant ce tome, Angie n'hésitera pas à revenir pour lui prêter main forte. Quant à Bubba, l'ami de toujours de Kenzie, il reste fidèle à lui-même, bagarreur, pas très malin et clairement dérangé.

Prière pour la pluie est centré sur l'histoire d'une jeune femme, Karen ; c'est autour d'elle que tout se joue. Au début du polar, elle vient demander les services de Patrick pour une affaire à première vue plutôt simple : un homme la harcèle sexuellement depuis quelque temps à son club de gym ; elle souhaite qu'il soit intimidé afin qu'il les laisse en paix, son fiancé et elle. Tous deux sont follement amoureux et ont une vie agréable, bien rangée. Sans se poser trop de questions, Kenzie et le massif Bubba intimident efficacement l'homme en s'introduisant chez lui, ils l'effraient, le séquestrent un peu (rien d'inhabituel pour le détective et son colosse d'ami), et le tour semble joué...

Mais quelques mois plus tard, notre détective découvre avec effroi que Karen s'est jetée nue du haut d'un immeuble, après des semaines de prostitution et d'addiction aux drogues dures. Un monde entre la jeune femme parfaite qu'il avait rencontrée et le cadavre de junkie retrouvé en morceaux.

La véritable intrigue démarre ici pour Kenzie ; il décide de mener cette enquête à titre personnel, pour rendre justice à Karen et comprendre ce qui a bien pu se passer, s'en voulant terriblement de ne pas avoir su l'aider correctement auparavant.

Au fur et à mesure que le récit avance, nous démêlons péniblement la sinistre histoire familiale de la jeune femme. Le plus effrayant dans ce destin tragique c'est que, de fil en aiguille, nous découvrons que durant toute sa vie elle aura été victime de machinations. Elle n'aura jamais eu l'occasion de maîtriser son destin. Le détective, usant de toute sa puissance réflexive, et de ses poings pour des interrogatoires serrés, fera tout ce qui est en son pouvoir pour coincer le manipulateur à l'origine de tout. L'identité de ce dernier ne sera réellement dévoilée qu'à l'ultime chapitre. Jusqu'au bout Lehane nous tient en haleine, maintenant un cruel manque de certitude et un suspense infatigable.

Voici, dans un extrait raccourci, ce qui arrivera à l'un des sous-fifres du chef d'orchestre de cette monstrueuse manipulation, charmant spectacle mis en place pour intimider Kenzie, qui commence à cerner trop distinctement la situation... Âmes sensibles, s'abstenir :

« Le bâillon dans sa bouche était assombri par le sang qui jaillissait aux coins de ses lèvres et dégoulinait le long de son menton. Ses bras et ses jambes n'étaient pas entravés, et ses talons martelaient les lattes du plancher tandis qu'il se contorsionnait contre le bloc de métal. Ses bras cependant, demeuraient inertes, et il ne risquait pas de s'en servir pour se libérer, car Miles n'avait plus de mains. […] J'ai retiré le bâillon d'entre ses lèvres et fait un bond en arrière quand un flot de sang rouge foncé a coulé sur sa poitrine. […] Miles Lovell, en état de choc ou non, agonisant ou non, ne répondrait pas à mes questions. Il ne répondrait plus aux questions de personne pendant très, très longtemps. […] Miles Lovell avait non seulement perdu ses mains, mais aussi sa langue. »

Détails incisifs, on ne peut plus fournis, Lehane ne nous épargne rien. Pour le meilleur et pour le pire, nous faisons face à des descriptions précises et très imagées ; si parfois ce sont de beaux paysages, ce sont régulièrement des scènes barbares. Univers sans pitié aucune, glauque et violent, où pour tout dire les « méchants » sont franchement fous et névrosés, et les supposés « gentils »... eh bien, pas franchement sains d'esprit non plus. Ici pas de tout blanc ou tout noir, seulement des nuances plus ou moins sombres... C'est un véritable hard boiled, saignant et dérangeant.



Ce qu'on en retient

Certes, Lehane n'est pas toujours fin psychologue, mais simple auteur de polar, qui plus est appréciant peut-être un peu trop les drames très sombres. Il possède heureusement quelques atouts, un délicieux cynisme et un humour noir efficace. Des personnages plutôt intéressants, dont les personnalités, psychologies et histoires personnelles sont bien ficelées. Un renversement de situation plus ou moins inattendu, qui en tout les cas nous tient en haleine pendant quasiment 500 pages.

Ses descriptions, l'une d'entre elles vue précédemment, sont très fournies. Parfois trop ? On nous soumet une dizaine de lignes précises sur la voiture de chaque nouveau personnage, en relation avec sa personnalité, de la même manière que seront peintes sans délicatesse aucune (et très longuement) les scènes de torture... Disons que c'est un roman noir, pas de place pour les lecteurs sensibles. Enfin, nous comprenons aisément que plusieurs de ses écrits aient été adaptés cinématographiquement ; outre leurs autres qualités, ces romans sont de véritables scénarios et notes d'intentions, tout étant raconté dans le moindre détail, chaque paysage, déplacement, chaque scène est méthodiquement décrite.

Pour les fans du genre, je pense que c'est une belle réussite.

 

 

Joanie, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

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Published by Joanie - dans polar - thriller
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