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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 07:00










Didier POURQUIÉ
Ficelles
Confluences, 2005














« Je crois que je suis habité par un autre, un autre qui prend ma place et vole ma conscience. »

Ficelles est le premier roman de Didier Pourquié, auteur bordelais, né à Bazas en 1965.
De lui, on ne sait que peu de choses ; professeur au lycée Gustave Eiffel, il écrit aujourd’hui son troisième roman : Cosmogonades qui suit Le Jardin d’Ebène publié en 2007 à l’Arbre vengeur. Un roman inclassable, un polar, un roman comiconirique,  les changements de genres brouillent les pistes et  ne nous permettent pas d’en apprendre plus sur notre auteur.

Non, je ne vous dirai pas que ce livre est drôle. Didier Pourquié nous livre avec Ficelles un roman où la violence, la déraison, la douleur nous guident dans les méandres de l’esprit humain.

Un phrasé et des chapitres courts maintiennent un rythme haletant et une atmosphère lourde, pesante, embrumée qui ne nous permet pas de rester insensible. Insensible à cette quête de la vérité que poursuit l’homme sans nom, sans visage. Un univers sans point de référence, où les personnages n’ont pas d’identité tout comme notre héros, ce qui a permis à certains de qualifier ce roman d’anxiogène.



L’histoire

Un homme sort d’un hôpital psychiatrique. C’est un homme sans visage, sans nom, étranger à lui-même et aux autres. Il semble
ne plus rien ressentir et accomplit les gestes du quotidien compulsivement. Il ne supporte pas les autres, leur compagnie, le bruit qui les entoure, leur odeur. Et quand sa famille vient le récupérer à l’hôpital, c’est en parfait étranger qu’il les considère.

Un seul moment d’humanité s’inscrit régulièrement dans le récit.  C’est celui des absences répétées dont il est victime et qui l’interpellent. Il souhaite comprendre ce qui lui arrive et ne semble terrifié que par ces moments où il  ne contrôle plus rien.

S’ensuit ce qui semble être une quête, la quête de la vérité autour de la mort de sa femme. Se rendant sur les lieux du meurtre, il croisera, sur sa route, une jeune femme. Elle sera son port d’attache, face aux sentiments violents qui vont l’assaillir. L’arrivée sur les lieux du crime est si violente qu’il s’évanouira. Une absence. Pas la première. Elles semblent de plus en plus fréquentes et le laissent fiévreux. Surtout, très vite, il comprend qu’un autre prend sa place.

Ceux qui lui donnent de multiples détails sur la tuerie réveillent en lui l’autre, qui sommeillait ? La violence dont il fait preuve est inhumaine.

« Parce qu’il est impossible de faire du mal à ce qui n’est pas chair, mais minéral, à ce qui n’est pas souffle mais silence et mort. Cet homme était déjà mort, il était la mort. »

Les éléments d’une vendetta se distillent pour, bientôt, ne laisser la place qu’à la vengeance froide et intentionnelle. Elle pousse cet homme vers le dernier acte de son histoire. Le patron du bateau où a été tuée sa femme abrite, en sa demeure, l’homme. Sans savoir qui il est, il lui donne du travail, tente de comprendre et le soigne lors de ses absences. L’autre s’insinue dans la tête de l’homme, prend une place toujours plus grande, ne laissant aucun souvenir lorsque ce dernier reprend conscience.

C’est en pleine possession de lui-même qu’il accomplit la vengeance finale, où les trois hommes en noir sont assassinés de sang froid dans une mise en scène macabre. Accrochés à des cordes, les corps flottent comme ceux de marionnettes que notre homme sait manier.

Retour à l’humanité pour ce monstre ? Débarrassé de ses démons, il décide de se regarder dans un bout de verre qu’il a emporté dans sa poche. Se regarder dans le miroir, c’est s’accepter ; c’est être délivré de l’autre ?

Héros et parfois narrateur, celui que l’on compare souvent au Meursault de Camus hante les pages de ce livre sans jamais nous permettre d’accéder à une véritable réponse. Le roman de Didier Pourquié n’est pas un roman policier, il ne nous donne aucune piste, nous laissant seul juge de celui qui a vécu le pire mais qui commet l’irréparable. Cette absence de réponse nous permet de poursuivre un petit bout de chemin avec celui qui a tout perdu.

Lien Didier Pourquié

http://www.m-e-l.fr/fiche-ecrivain.php?id=554

Mathilde, A.S. Bib.-Méd.













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