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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 07:00

par la compagnie Présence

le 16 novembre 2012

Sous la direction de Michel Cahuzac, la Compagnie Présence reprend jusqu’au 27 novembre Dom Juan de Molière au théâtre de la Pergola à Bordeaux.

La mise en scène traditionnelle en costumes d’époque décidée par le metteur en scène ne livre pas une interprétation novatrice de la pièce, ne la re-contextualise pas comme a pu le faire récemment Jean-Claude Raymond : la représentation apparaît très convenue.

Les différentes facettes de Dom Juan sont mises en valeur par des allusions à d’autres figures mythiques. Ainsi ce dernier est d’abord présenté grimé en Louis XIV, plumes, dorures et rubans se disputant l’attention du spectateur. Maître tyrannique, excessif, sardonique, il imprime sa volonté sur un Sganarelle qui tout au long de la pièce oscillera entre gloussement et prostration en bord de scène ne sachant trop s’il doit collaborer aux crimes qui le fascinent ou contrecarrer les manigances de son maître. À l’acte III, le Roi Soleil laisse place à un Dom Juan qui se veut plus distant. Un détail cependant surprend : sa cape noire pailletée. Un problème budgétaire est-il survenu, se demande-t-on au premier abord ? Le choix est-il délibéré ? Il semble que oui, car plusieurs postures du personnage, croisant les bras en empoignant sa cape, créent une allusion visuelle à Dracula.  Dom Juan est donc présenté comme un jouisseur, un séducteur mortifère qui se repaît du désir de ses victimes. L’image est rappelée dans l’acte suivant par une coupe de vin rouge remplie à plusieurs reprises qui insiste sur l’aspect vampirique d’un personnage ivre de débauche.

Le jeu d’acteur, enfin, ne me semble pas apte à rendre l’émotion qui habite le personnage malgré, il faut le dire, une grande maîtrise de la diction du rôle principal. L’intrépidité du personnage est bridée par une retenue qui m’a laissée sur ma faim. Pour être parfaitement honnête, ce constat n’a pas été unanime : la salle de spectacle, massivement investie de personnes âgées, a semblé apprécier le débit que j’oserais qualifier de récitatif par moment.

Il faut pourtant souligner que l’acte II et les personnages paysans sont particulièrement bien campés. Le patois répétitif de Pierrot est mis en valeur par un comique de geste mesuré, une expression claire et une maîtrise de l’accent provincial qui met en valeur le texte, servant la caricature sans l’alourdir. L’opposition animée de Charlotte et Mathurine vire au combat de coqs entre une rêveuse crédule et une brute mal dégrossie dont la robe de velours rouge appuie un contraste comique avec son comportement bestial.

L’aspect comique prend le pas sur le dramatique : le jeu respecte le texte, mais sans chercher à le transcender. Peu d’indications sont données par l’auteur en ce qui concerne le décor ; en conséquence seuls les deux derniers actes, censés se déroulés dans la demeure de Dom Juan, font appel à un mobilier diversifié quand les trois autres se contentaient d’offrir aux comédiens tantôt une brouette en bois, tantôt un banc de pierre pour s’asseoir et se confier. Les effets utilisés sont peu nombreux. La fumée, qui envahit la scène dès le début du spectacle pour appuyer le discours sur les bienfaits du tabac et la foudre, manifestation sonore de Dieu, qui avertit Dom Juan plusieurs fois que ses propos ne lui siéent guère, appartient elle aussi au domaine du comique. Même si elles répondent à la fin tragique qui les réunit : la manifestation sonore se matérialise avec le commandeur et la fumée qui était source de plaisir devient conséquence du « feu invisible » qui ronge le corps pécheur. Le cercle vicieux des manigances de Dom Juan est ainsi représenté, mais tout cela ne sort pas de l’ordinaire. La morale mise en valeur par ces deux biais adjointe au soin prodigué à l’intermède comique me pousse à suggérer que le public visé par la représentation est avant tout scolaire : ce spectacle, par sa simplicité est en effet une façon accessible d’aborder le théâtre. Mais le minimalisme de la recherche scénique est regrettable.

Le rendu global est donc en demi-teinte pour une interprétation classique qui manque de caractère.


Amandine, AS éd.-lib. 2012-2013

 

 

 

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Published by Amandine - dans théâtre
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