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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 07:00

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Dominique de Saint Mars est née au Maroc. D'abord sociologue, puis journaliste spécialisée dans les questions liées à la famille et à l'enfance, c'est une femme et un auteur engagé pour la cause des enfants et contre la souffrance. Elle est l'auteur  des aventures de Max et Lili, chez Calligram, avec Serge Bloch. En 1988, les histoires de Max et Lili sont récompensées par le Prix de la Fondation pour l'Enfance.

 

 

Cécile Fauconnet : qu'est qui a fait qu'un jour la sociologue ait eu envie de s'adresser aux enfants ?

Dominique de Saint Mars : J'ai trouvé un travail de journaliste à Astrapi il y a très longtemps, il y a trente-cinq ans à peu près, et après j'ai pris l'habitude d'écrire pour les enfants.
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J'ai eu l'idée de créer cette collection Max et Lili, parce que je travaillais avec Serge Bloch à Astrapi, j'adorais son dessin et donc j'avais envie que ce soit lui qui dessine, et j'avais envie de faire cette collection pour les enfants qui souffrent, les enfants qui sont tristes. Au départ c'était ça, Max et Lili. Maintenant ça intéresse tout le monde, même les enfants qui sont bien dans leur peau mais mon idée c'est quand même d'atteindre les enfants qui ont des problèmes, qui sont tristes, qui n'arrivent pas à bien s'entendre.

Je suis très contente qu'elle ait beaucoup de succès maintenant, et le dernier c'est Lili est harcelée.



S'adresser aux enfants nécessite-t-il un « parler-enfant » ? Est-ce qu'il faut écrire d'une certaine manière ? Comment définiriez-vous votre ton, votre style ?

J'ai appris à faire court, à ne pas dire trop de mots pour la même chose. Je crois qu'il faut être vrai, il faut être juste, il faut être simple en fait, et aussi intelligent que les enfants ; c'est ça qui est difficile parce que quand on devient grand on devient moins immédiat que les enfants. On va moins à l'essentiel, je pense, donc il faut redevenir un peu enfant, dans l’intelligence des enfants. Et il faut être drôle aussi, parce que les enfants aiment jouer, aiment rire, donc il faut retrouver aussi le sens de l'humour des enfants. Et au moins leur faire passer des informations, qui les rendent plus intelligents, qui leur apprennent à se défendre, tout en étant drôle et en étant émouvant, parce que les enfants aiment bien les émotions. Ils aiment bien avoir peur, ils aiment bien rire. Donc il faut que ces informations intelligentes, qui leur servent à vivre passent dans des mots un peu drôles, des situations un peu drôles.


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Quand les Max et Lili sont arrivés en librairie, il y a vingt ans, aviez-vous fait le constat à l'époque qu'il n'existait rien de ce genre-là, qu'il n'y avait pas de « petite encyclopédie de la famille au quotidien » à partager entre enfants, parents (parce que Max et Lili ça s'adresse aussi aux parents) ?

C'est vrai qu'il y a vingt ans il n'y avait pas de livres qui parlaient de sujets graves comme la sexualité, la mort, et c'est vrai que le livre Le grand père de Max et Lili est mort, au début, les gens me disaient : « Il ne faut pas dire des choses aussi tristes sur la couverture des livres » ; et moi, je disais : « Mais au contraire, il faut que le titre soit très grave, très dur, très difficile et fasse peur, pour qu'à la fin de l'histoire, on ne soit pas comme le titre ».

Le livre Lili a peur de la mort, par exemple, on n'aurait pas pu l'écrire il y a 20 ans, je pense. Lili a été suivie pour des abus sexuels, je l'ai écrit il y a 20 ans, et c'est vrai que c'était au début de la collection et il était passé totalement inaperçu parce que la collection n'avait pas beaucoup de succès. Et au moment de l'affaire d’Outreau, les pédophiles, les parents ont cherché un livre qui parle de ça pour ne pas inquiéter leurs enfants, et ils ont trouvé ce livre qui existait déjà depuis trois ans. Mais ça aussi c'était un combat de parler de ça, on l'a évoqué quand même.

Maintenant on ne parle plus des choses aux enfants d'une façon qui ne soit pas anxiogène,c'est-à-dire qui ne les angoisse pas, qui ne leur donne pas de cauchemars. Les livres de la série en général ne donnent pas de cauchemars aux enfants alors qu'on parle de sujets graves.


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Justement est-ce qu'il y a des sujets dont on aurait pas pu traiter il y a vingt ans ou est-ce qu'il y a des sujets qui sont devenus dépassés aujourd'hui ?

Le premier livre que j'ai écrit, c'est Lili ne veut pas se coucher dans la collection, et c'est vrai que maintenant je vois beaucoup d'enfants qui n'arrivent pas à s'endormir, pour différentes raisons. Peut-être parce que les parents sont plus « cool » et que les enfants ont envie de rester avec eux, mais c'est vrai que peut-être je l'écrirais différemment maintenant, ce livre-là.

Sinon il y a le livre Lili se fait piéger sur Internet ; on n'aurait pas pu l'écrire il y a vingt ans.

Il a des sujets sur lesquels je n'ai pas encore écrit dans la série mais que je ferai un jour, bientôt.



Est-ce qu'il y a des Max et Lili qui ont choqué ?
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Oui, justement, Lili se fait piéger sur Internet, pour les premiers tirages. Dans Lili se fait piéger sur Internet, j'avais imaginé que Max et Lili tombaient sur une image porno, une image de sexualité un peu choquante. Et j'avais dit à Serge : « Tu dessines une femme toute nue sur un lit ». Quand le dessin est arrivé en noir et blanc (puisqu'avant la couleur il y a le noir), c'était très joli, c'était très beau cette femme nue. Et puis quand j'ai vu après le livre avec la couleur, je me suis dit que c'était un peu choquant. Et donc j'ai demandé à des enfants ce qu'ils en pensaient, et il y a un petit garçon au salon du livre de Genève qui m'a dit : « Moi ce livre ça me gêne de voir une photo, nue, d'une femme, pour le lire avec ma maman ». Je me suis dit, c'est la limite. Donc j'ai demandé à l'éditeur d'enlever cette image où on voyait cette femme nue, trop sexy, parce que ça gênait ce petit garçon de lire ce livre avec sa maman. Et finalement dans le dessin, vous verrez, il y a un gribouillis que Serge Bloch a fait.



J'ai lu quelque part que vous étiez la maman de papier de Max et Lili, et Serge Bloch lui est le papa de crayon ; comment en êtes-vous arrivés tous les deux à mettre au monde Max et Lili ?

C'est-à-dire que Serge, je l'ai connu à Astrapi, il était directeur artistique. C'est un grand dessinateur, et moi j'avais très envie de faire cette collection. Je l'ai supplié à genoux d'être mon dessinateur. Lui, ça ne l'intéressait pas beaucoup la bande dessinée, il trouvait que c'était trop lourd, trop long, et lui, ce qui l'intéresse c'est les dessins d'humour, quand ça va vite. Il a accepté parce qu'il m'aimait bien, et qu'il voyait que j'avais envie de cette collection et il a accepté de me suivre. Et ça fait quand même vingt ans que je le supplie à chaque fois de continuer.

C'est vrai que je n'arrivais pas à trouver le nom de la collection. Je cherchais deux prénoms, un garçon une fille, et je cherchais avec Tom et Lola, j'avais trouvé Léo et Marcelline, Paul et Sophie... Je n'arrivais pas à trouver les noms. Un jour j'ai dit à Serge que je n'arrivais pas à trouver de noms, de cette collection que je voulais faire. Et il m'a dit : « Tu sais dans la vie, quand on ne doute pas, ça devient plus simple ». Il y a un prénom dans la littérature enfantine qui est très utilisé, il y a plein de bouquins pour enfants qui s'appellent Max. Et il me dit « Si on ne trouve pas on n'a qu'à prendre un prénom très basique, classique, que tout le monde a déjà utilisé, on n'a qu'à l'appeler Max ». Et je lui ai dit : « Moi ma meilleure amie s'appelait Élisabeth, et on l'appelait Lili ». Et on a gardé Max et Lili.



Comment se passe votre collaboration ? Vous dites que c'est un moment magique quand vous recevez le « crayonné » d'un scénario que vous avez envoyé à Serge, pourquoi c'est magique ?

Je fais le scénario, c'est-à-dire que j'écris l'histoire, je décris l'image, je dis la taille de l'image. J'écris par exemple « Max est sous le lit en train de chercher son maillot de bain et Lili est à la porte ». J'invente des images, je les décris sur le papier, et je dis si c'est une petite image, une moyenne image ou une grande image. Je décris tout ce qu'il y a dans l'image et je l'envoie à Serge. Serge se met à sa table et il dessine, un brouillon, au crayon à papier. Et il m'envoie le brouillon, par Internet. Mais je ne travaille pas avec Serge. Je lui donne toutes les indications et il fait ce que je lui demande. Comme il est formidable et qu'il dessine très vite, il aime bien que je lui donne des choses très très précises, comme ça cela lui permet de dessiner très vite. Et il adore dessiner très vite. C'est vrai qu'il est très bon pour trouver l'émotion : la peur, la tristesse, la joie... Sans lui Max et Lili n'existerait pas.



Est-ce qu'il y a des numéros qui ont été plus difficiles à illuster ?

Il faut qu'ils soient drôles. Parce que quand ce n'est pas drôle il s'ennuie, et donc il n'aime pas dessiner quand ce n'est pas drôle.



Le format de la collection, le traitement du sujet par différents biais, la petite bande dessinée, les questions à la fin, la quatrième de couverture : le traitement des sujets est un peu particulier, comment cela s'est-il fait ?

L'éditeur avait l'idée d'un tout petit format, et puis on l'a agrandi après parce qu'il était perdu dans la librarie. Et le fait que ce soit en bande dessinée : j'avais très envie que ce soit en bande dessinée parce que c'est drôle et qu'on fait passer des choses très facilement par l'image. Une bande dessinée c'est très vite lu, et donc c'est intéressant qu'il y ait des questions à la fin pour ne pas être obligé de se dire : « Moi je suis comme Max » ou « Je suis comme Lili ». La quatrième de couverture avec le résumé à la fin, cela permet de dire les choses d'une autre manière.



Dans la petite présentation qui est faite dans chacun des Max et Lili, il est écrit que vous avez interviewé plus d'un million d'enfants, est-ce comme cela que vous trouvez les sujets ?

Au début, j'ai commencé comme cela. Maintenant, j’interviewe moins d'enfants, mais au début j'avais peur de mettre des mots de mes histoires à moi, ma propre histoire familiale qui était quand même assez difficile, et je voulais que Max et Lili soient le reflet de tous les enfants. C'est pour cela que j'avais envie de parler avec beaucoup d'enfants. Et je le fais toujours, j'aime beaucoup écouter les enfants, et je pense que les parents aussi doivent écouter leurs enfants. Quand on écoute un enfant, on lui dit : « Tu es capable de t'exprimer, je t'écoute, j'entends ce que tu dis, tu es digne de confiance » et après l'enfant aura appris à s'exprimer lui-même. C'est pour cela que je voulais faire des bandes dessinées, avec des dialogues.



Est-ce que les journaux, la presse, la télé, Internet vous inspirent ?
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Oui, tout m'inspire. Les adultes, les enfants, les chiens, les chats... Là, par exemple, je suis en train d'écrire le numéro 104, Max et Lili veulent devenir populaires. Je me suis dit que c'était peut-être un petit peu en avance, mais pour la rentrée scolaire je me suis dit que c'était possible comme sujet et de traiter le fait d'avoir envie d'avoir des amis, d'être reconnu, d'être admiré. Quelquefois ce sont des enfants dans les écoles qui sont tristes, qui ne vont pas bien, qui viennent me voir après les rencontres pour me dire qu'ils ont un problème.



Parmi les bientôt cent titres,est-ce que vous avez des préférés ?

Il y en a un que j'aurais aimé avoir quand j'étais petite, c'est Les parents de Zoé divorcent. Mes parents ont divorcé quand j'étais enfant et j'étais la seule de l'école ; c'est vrai que c'était dur et j'aurais bien aimé avoir un livre où on parlait de cela, où on donnait des explications, qui aurait pu faire rire ma mère peut-être sur ce sujet là. Ce livre-là, j'aurais bien aimé l'avoir.

 

 

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L.F., 2e année Bibliothèques


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Published by LF - dans jeunesse
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