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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 08:18

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Don DELILLO
Great Jones Street

traduction

de Marianne Véron

Actes Sud, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Don DeLillo est un écrivain américain né en 1936 à New York dans le Bronx. Une fois diplômé, il va travailler comme concepteur-rédacteur dans une agence de publicité où il passera quelques années à inventer des slogans. C’est seulement en 1971 qu’il publie son premier roman, Americana. Ce sera pour Don DeLillo la première occasion de livrer ses opinions sur une Amérique en perdition...

À partir de là, l’auteur amorce un travail d’écriture critique face à une Amérique en décadence, décrivant avec cynisme l’illusion du rêve américain. Il est également l’auteur d’autres œuvres célèbres : Cosmopolis (2003), Point Omega (2010), L’homme qui tombe (2007).



Un auteur controversé

Pour certains, Don DeLillo est  le plus grand des écrivains américains vivants, il est considéré comme un écrivain culte. Pour d’autres, il n’est qu’une fausse valeur. On dit de lui, qu’il est  le champion d'une littérature élitiste, surestimée, un peu datée et politiquement orientée. Certains critiques vont même jusqu'à le définir comme « un mégalomane bavard, dont les romans boursouflés n'ont au fond guère d'intérêt derrière leur complexité apparente ».

Don DeLillo à travers ces éternels débats reste tout de même une influence pour les auteurs des générations suivantes comme Jonathan Franzen.

Ses thèmes fascinent toujours le public : le complot, le chaos urbain, le terrorisme, les médias et le décorticage du rêve américain.

Finalement, ses œuvres font beaucoup de bruit, à l’inverse de l’auteur. On ne sait pas grand-chose de lui, personne énigmatique à l’image de ses romans.



Résumé

Bucky Wunderlick, 26 ans, star du rock au bout du rouleau, décide de quitter son groupe en pleine gloire alors qu'il enchaîne tournées et succès. Il décide de s’enfermer dans l’appartement  minable de sa copine Opel sur Great Jones Street, au cœur d'East Village. Par là, il veut se détacher du fanatisme de ses admirateurs et de la folie commerciale dont il est le jouet.

Pendant plusieurs jours, alors que les médias se déchaînent pour savoir ce qu’il lui est arrivé, Bucky traîne dans son appartement à la recherche du silence qui pourrait le reconnecter avec lui-même.

Pourtant, il lui est impossible de s’isoler vraiment, puisque tour à tour la moitié de son entourage vient lui rendre visite. Il y a Opel, sa copine, Hanes, un de ses musiciens, et puis Globke, son agent. Mais aussi son voisin du dessus, un écrivain, Fenig, qui cherche un terrain inexploité de la littérature : il s’essaie au porno pour les enfants sans succès, et à une littérature qui s’adresse à la finance, aux entrepreneurs. À l’étage au-dessous, c’est une vieille femme qui cache son enfant défiguré. Sa tentative de le vendre au cirque n’a pas fonctionné. Alors, elle prévient chaque nouvel arrivant que s’il entend du bruit, il ne doit pas s’inquiéter, c’est juste son fils qui rêve.

Au fil du roman, on apprend que Bucky cache chez lui deux paquets. Le premier contient des enregistrements inédits, qu’il a faits seul, dans une maison à la montagne. L’autre renfermet une drogue unique qui s’attaque à la région du cerveau responsable du langage et contraint tout individu qui l’utilise à n’émettre que des sons. Plusieurs personnes sont à la recherche de ces paquets…



Écriture et forme

C’est une écriture assez cryptique, brute, et qui dégage une énergie quasi électrique, troublante, à l’image des dialogues souvent obscurs et désespérés du roman. C’est également une narration assez répétitive, insondable, comme les chansons de Bucky, qui entrecoupent le texte et qui sont traduites en annexe à la fin. Comme un courant électrique, ces images frappent  la rétine.

L’humour et l’ironie accompagnent son écriture. Don DeLillo ne prend pas aux sérieux les paroles de Bucky, il s’en moque même en en faisant une répétition de mots simplets, voire de sons enfantins à la fin. De même que les chapitres nommés «  Le parfait petit kit des médias de contraction mentale » soulignent l’ironie et le décalage que Don Delillo exerce sur cette folie urbaine et culturelle. Ainsi, l’écriture du roman est un savant mélange de genres, on trouve des paroles, des interviews, des extraits de colloques... Don DeLillo crée une poésie citadine et crasseuse, très critique envers le système capitaliste et la condition humaine.



La difficulté d’être

Bucky a l’impression de n’être qu’un objet, réduit à des articles de presse, des paroles, comme s’il ne pouvait exister par lui-même. Il se rend compte qu’il n’est plus qu’une icône, à l’usage de l’industrie de la musique rock.

Cela passe par sa difficulté à s’identifier ; il ne se voit qu’à travers des objets, un miroir, le reflet de lunettes ou le regard de ses proches, et pour finir par la musique. Tout au long du texte, il accumule des pulls sur lui, créant ainsi une épaisseur, une seconde peau, une armure pour se protéger. C’est une personnalité complexe et torturée, qui se perd dans ce monde devenu fou, que nous dessine Don DeLillo.



La conquête du silence

Bucky ne vit que pour le son ; pour lui, le langage est extravagant. On se rend compte ainsi qu’à mesure que sa carrière avance le vocabulaire de ses chansons est de plus en plus incompréhensible, enfantin et dénué de sens.

Sa quête du silence aboutit lorsqu’il prend la fameuse drogue qui fait perdre le langage. Touchant au nirvana, Bucky se croit libre et fort, le temps d’un instant…

À la fin, Bucky est seul, ses proches soit sont morts soit l’ont délaissé. Il a créé le silence autour de lui, il n’y a plus que les sons des rues de NY et ses paroles animales comme présence.



Le monde crapuleux des affaires

Les gens qui gravitent autour de lui, sont intéressés par l’argent qu’il peut leur rapporter. Son manager lui vole ses enregistrements pour récupérer les sommes qu’il lui a fait perdre en arrêtant la tournée et tente de le remettre sur le marché. Il planifie une stratégie marketing pour son retour mais tout se passe à l’insu de l’artiste ; Bucky n’est qu’un pion. Globke est particulièrement crasse, invitant même Bucky à se suicider afin de créer une mort à sa mesure qui ferait un succès commercial, selon lui.

Don Delillo fusille de critiques ces sociétés qui ne pensent qu’à la rentabilité d’un produit, d’une marque, en oubliant qu’ils sont face à des personnes.



Avis

Face à cette œuvre, je suis mitigée. C’’est une lecture déconcertante qui bouscule les codes, elle est innovante dans sa forme et son sujet, car traiter le son sur un support tel que le livre, où le langage est primordial, est un pari audacieux qui m’a intéressée.

Les images d’artistes brisés survolent les pages tels des spectres, Jim Morrison, Dylan, Jimi Hendrix. C’est un clin d’œil à cette époque, d’un côté riche et novatrice au niveau musical, et en mal de vivre de l’autre.

Des échos surréalistes, tout au long de ma lecture, des images, des phrases d’André Breton m’ont accompagnée dans cette plongée au cœur de la tension humaine. En effet, l’exclamation dans L’Amour fou, « La beauté sera convulsive ou ne sera pas », prend  toute sa force ici ; le livre l’illustre, la musique fait vivre et vibrer Bucky, de manière totale, électrique.

J’irai même plus loin en disant que Don Delillo dépasse même Breton quand il dit dans son manifeste : « je veux qu’on se taise quand on cesse de ressentir ». Ici, Bucky, par le silence, atteint des profondeurs et des émotions beaucoup plus fortes et justes, que celles qui passent par le langage.

Au-delà de ces références et de l’originalité de l’œuvre, Great Jones Street reste une lecture difficile. J’ai dû faire des efforts sur plusieurs pages pour rester dans le roman car souvent, on a du mal à suivre les pensées du personnage et à voir où il veut nous amener.

Je n’ai pas été touchée par sa musique, ni par sa mélodie, et c’est finalement avec une petite déception qu’on se rend compte que c’est un livre qui parle très peu, voire pas du tout, de la musique…

Mais cela n’en reste pas moins une expérience de lecture qui nous marque, et qui ne laisse pas indifférent, par son originalité, par le fait qu’on ne la saisisse pas vraiment et qu’elle nous échappe.

Fidèle à l’image des débats qui naissent autour des œuvres de Don Delillo, Great Jones Street déconcerte, fascine ou repousse…

À vos lectures, et forgez votre propre opinion sur cette œuvre énigmatique !


Amélie, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

Don DELILLO sur LITTEXPRESS

 

 

delillo

 

 

 

 

 

 

 

 

Articles de Flora et de Venezia sur L'Homme qui tombe

 

 

 

 

 

 

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article d'Hélène et de Marlène sur l'adaptation de L'Homme qui tombe par le Collectif Crypsum.

 

 

 

 

 

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Article de Benjamin sur Outremonde

 

 

 

 

 

 

 

 

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