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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:00






Douglas KENNEDY,

Quitter le monde,

traduit de l'américain
par Bernard Cohen
Belfond, 2009



















7 mai 2009...

Quitter le monde, le dernier roman en date de Douglas Kennedy, fait irruption sur les tables des librairies!  La sortie du livre ne passe pas inaperçue : une pléthore d'articles dans la presse a déjà mâché le travail de prescription. L'auteur a, dès lors, de multiples séances de dédicaces prévues, un peu partout en France. Bien sûr, il a déjà offert aux Éditions Belfond un beau succès commercial et plus, avec ses incontournables L'homme qui voulait vivre sa vie, À la poursuite du bonheur ou encore Les charmes discrets de la vie conjugale.

Au regard de la production, on peut penser que chaque auteur de littérature, qu'il soit contemporain ou classique, teinte ses pages d'une couleur spécifique. En effet, la subjectivité de l'artiste, nécessairement présente dans toutes tentatives de création, nourrit son œuvre, celle-ci étant souvent traversée par des interrogations récurrentes. Kennedy n'échappe pas à cette règle. Davantage que chez ses confrères, ses romans s'enchaînent toujours dans une même logique : un personnage, issu d'un milieu bourgeois et cultivé, court après ses rêves. Une fois le succès escompté au rendez-vous, le protagoniste voit la tendance s'inverser. À l'argent, la gloire, l'amour, se substitue une longue descente aux Enfers, sous l'influence d'un entourage mal intentionné.. Douglas Kennedy affirme son style au fur et à mesure de ses publications : une expression simple et tonique ; un regard acerbe voire certaines fois désenchanté ; un ton ironique que l'on pourrait aisément prendre pour de la suffisance, à travers la multiplicité de références culturelles dont regorgent les pages.

Quitter le monde s'inscrit dans cette veine : A treize ans, Jane Howard, marquée par la rupture culpabilisante de ses parents, se promet de ne jamais fonder un foyer, par peur de reproduire le schéma familial dans lequel elle a grandi. Des années plus tard, elle s'épanouit dans des études littéraires au cours desquelles elle rencontre un mentor doublé d' un amant.

Malgré tout, Jane ne cesse d'être hantée par ses fantômes. Bien qu'elle veuille apparemment s'en affranchir, ses parents lui rappellent à chaque instant l'enfant qu'elle fut, lui refusant tout dialogue. Comment grandir lorsque notre passé nous rattrape inlassablement ? Chaque nouvelle expérience qu'entreprend Jane se solde par un échec... Contre-coup du sort ou simple conditionnement social ? De désillusion en désillusion, l'héroïne s'empêtre dans une souffrance qui, très vite, ne semble avoir qu'une seule issue : quitter le monde.

Que celui qui se pique d'être fin connaisseur de l'œuvre kennedienne tente des hypothèses... Dans la logique du feuilleton aux multiples rebondissements, s'enchaîne alors une série de drames qui tient en haleine le lecteur à la fin de chaque chapitre. Tout au long du livre, on découvre Jane s'essayant aux métiers de tradeuse, de professeur ou encore de bibliothécaire. On l'accompagne dans ses relations sentimentales tumultueuses ou encore dans ses voyages. Surtout, on fait nôtre le flux constant de ses pensées : Comment survivre à la mort de ses proches, à l'incompréhension des uns, à la trahison des autres ?

Entre drame psychologique et road-movie, entre portrait social de l'Amérique et roman policier, Kennedy convoque différents genres au service d'une question quelque peu simpliste : sommes-nous sujets au destin ? Que l'on se préserve alors d'affronter une existence semblable à celle de l'héroïne : celle-ci, éternelle victime (tant qu'on parvient difficilement à s'y attacher), aurait gagné en relief, si le récit cultivait davantage la complexité qui habite chaque être humain. Si certains apprécient toujours le divertissement qu'offre la lecture de ce dernier opus, on pourrait quand même relever un certain essoufflement chez Kennedy.

Pourtant, l'auteur a su exercer son talent de conteur une fois encore : il sait nous emmener dans son monde, quelques heures durant, en multipliant les intrigues et créant la surprise. Le travail de documentation et de précision qu'il entreprend, quant aux lieux, aux coutumes ou aux structures professionnelles, participe, lui aussi, à nous convaincre. Surtout, on s'amuse à relever, çà et là, des éléments qui semblent outrepasser la fiction. En effet, la figure de Kennedy transparaît à d'innombrables reprises : chaque événement ponctuant la vie de son héroïne est prétexte à faire valoir la culture de l'auteur, que ce soit à travers des citations ou la multiplicité d'œuvres artistiques dont il se fait l'écho. Le lecteur averti peut alors se flatter d'avoir su reconnaître la référence et s'ensuit le sentiment d'une connivence (quelque peu superficielle) que l'on partage avec Kennedy. Quitter le monde se lit vite, certes, et sait divertir son lecteur. Cependant, une fois le livre refermé, il est difficile de le faire sien, ne serait-ce que parce qu'il peine à s'imposer comme une œuvre novatrice, bousculant nos aprioris.

Bien sûr, le succès en librairie de Quitter le monde prouve que Kennedy a su s'attacher un lectorat. Empreint de réalisme, ce roman plaît, notamment, parce qu'il fait directement écho à notre monde et qu'il arrive que l'on se reconnaisse dans la détresse qui atteint ses personnages. Seulement, le lecteur, désireux de retrouver ce qu'il a aimé dans les romans précédents (ces éléments qui participent à la cohérence de l'œuvre kennedienne), peut oublier d'apprécier ce qui fait mystère à la lecture, ce contre quoi il bute au premier abord, ce qu'il ne comprend pas d'emblée.

Il me semble que le véritable artiste est celui qui se renouvelle et s'aventure hors des sentiers battus. Dans cette optique, Douglas Kennedy ne gagnerait-il pas à conquérir de nouveaux mondes ?
Logiquement, ses fidèles lecteurs sont au rendez-vous puisque, très vite, les piles de livres s'amenuisent. Est-ce ce que l'on nomme trivialement un « best-seller » ?

Chloé Samain, A.S. Éd-Lib 2009-2010

Douglas KENNEDY sur LITTEXPRESS




Article d'Eva sur Piège nuptial

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