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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 07:00

Oe Kenzaburo Une famille en voie de guérison

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ŌE Kenzaburō
大江 健三郎
Une famille en voie de guérison
恢復する家族
Kaifuku suru kazoku (1995)
A Healing Family (1996)
Traduction de Jean Pavans
Gallimard, 1998







 

 

 

 

 

Biographie

Ōe Kenzaburō est né en 1935 dans un village de montagne sur l'île de Shikoku, la plus petite des quatre îles principales du Japon, où sa famille avait vécu pendant des siècles.


Ses études

Il a étudié la littérature française à l'Université de Tokyo et a reçu son diplôme en 1959. Sa thèse de fin d'études portait sur l'écrivain français Jean-Paul Sartre.


Sa famille et son fils

Il s'est marié en 1960 avec Itami Yakari avec laquelle il a eu trois enfants, dont Hikari qui est né avec une anomalie congénitale du crâne. Les médecins lui avaient conseillé de le laisser mourir mais il ne les a pas écoutés. La naissance d'Hikari a été un tournant dans sa vie et dans sa carrière littéraire. Une grande partie de ses dernières œuvres décrivent la relation entre les personnes handicapées et la société. Hikari est devenu un surdoué de la musique l'un des compositeurs les plus célèbres au Japon.

L'auteur a également beaucoup voyagé à l'étranger.


Ses prix

En 1967, Ōe Kenzaburō remporte le Prix Tanizaki pour son livre Le jeu du siècle. Il remportera de nombreux prix littéraires durant sa carrière comme le Prix Noma en 1973, le Prix Osaragi Jiro en 1983, le Prix Europalia en 1989 et bien sûr le Prix Nobel de littérature en 1994.



Une famille en voie de guérison

Ce livre est paru en 1995 au Japon et en 1998 pour la traduction française, qui a d'ailleurs été réalisée à partir de la traduction anglaise, à la demande de l'auteur.


Cet ouvrage est l'un des derniers de Ōe Kenzaburō ; l'auteur est âgé d'une soixantaine d'années lorsqu'il paraît  et se considère comme étant « à l'automne de la vie ».

Ce livre est une oeuvre autobiographique et non de la fiction. L'auteur parle de lui à la première personne. Il y a bien un récit, qui donne un aperçu de la vie quotidienne de sa famille, mais l'oeuvre est surtout centrée sur les pensées de l'auteur vis-à-vis des personnes handicapées et de leur place dans notre société, ainsi que sur le langage et la littérature.

L'auteur nous raconte des événements de sa vie de famille avec Hikari, son fils handicapé, avec des mots simples. Il nous raconte aussi des souvenirs et des anecdotes dont il se souvient au moment où il écrit, ce qui donne au texte un aspect assez décousu. On a parfois l'impression de perdre le fil. On se trouve au cœur des réflexions de l'auteur, au cœur de ses pensées. Il va, à de nombreuses reprises, citer des passages de ses conférences, souvent sur le thème du handicap, sûrement pour nous donner les mots exacts qu'il avait utilisés à ce moment-là de sa propre histoire.

Ces réflexions sont dues au fait que son enfant Hikari est né handicapé. L'auteur avait alors 28 ans et n'était pas vraiment prêt à vivre une telle expérience. Son premier mouvement a été de fuir, ce qui peut sembler horrible mais reste humain. Il ressent beaucoup de culpabilité par rapport à cette réaction mais il a su ensuite l'accepter. Il donne des explications dans une conférence regroupant des experts internationaux dans le domaine du handicap, sur cette « acceptation » qui est importante non seulement pour la personne handicapée mais aussi pour ses proches. On voit qu'il a beaucoup réfléchi sur le sujet, que celui-ci est un thème central dans sa vie.

Il prononce, à la fin de sa conférence, les mots suivants : « afin de nous accepter tous ensemble comme un handicapé et comme une famille d'handicapés ». Ces mots correspondent bien au titre du roman Une famille en voie de guérison car ils expliquent qu'il n'y a pas que la personne handicapée qui vit ce processus de guérison, mais aussi toute sa famille.

L'auteur va beaucoup s'intéresser à la place des personnes handicapées dans la société et notamment dans la société japonaise, il va faire le lien avec le triste épisode d'Hiroshima. Le docteur Shigeto, qui était le médecin de la famille et celui qui s'est occupé d'Hikari, envers qui toute la famille est très reconnaissante, a raconté à l'auteur ses souvenirs concernant la période ayant suivi le bombardement. Ōé Kenzaburō raconte donc comment le docteur a essayé de rassurer les malades et de leur donner les premiers soins, même s’ils étaient condamnés à mourir ou, dans tous les cas, à ne pas vivre très longtemps.

L'auteur raconte ensuite des événements assez ordinaires de sa vie, des moments où il éprouvait de la colère envers Hikari. Il dit se rendre compte aujourd'hui, que ces moments étaient ridicules et que sa famille devait faire des efforts pour s'empêcher de rire, tellement leur colère à tous les deux ne semblait avoir était provoquée par aucune raison valable si ce n'est de tous petits événements agaçants de la vie quotidienne. Ce sont des moments ordinaires et des sentiments humains. Il y a une incompréhension entre les gens dans ces moments-là, et cette incompréhension peut-être d'autant plus grande entre un père et son fils handicapé. Mais ces moments de colère de ce père contre son enfant sont totalement naturels, même s'il semble en éprouver une certaine honte malgré tout.

Ce qui domine dans le texte, c'est l'amour de l'auteur mais aussi de toute sa famille pour Hikari. Il est expliqué plusieurs fois que c'est Hikari qui maintient l'unité familiale. Il a un lien très fort avec tous, notamment sa grand-mère qui est vieille et malade et ils se sentent très proches en raison de leurs infirmités respectives.

Hikari, cet enfant qui n'est pas comme les autres, a un don bien particulier pour la musique. Il est comme dans un autre monde lorsqu'il compose des morceaux. Il est difficile de toujours saisir le sens de ce qu'il essaie d'exprimer avec des mots, mais il arrive à le faire par un autre biais : la musique.

L'auteur explique à de nombreuses reprises que cet art est le moyen d'expression favori d'Hikari, il sait saisir une émotion, un instant de sa vie à travers un morceau. Et l'auteur explique qu'en écoutant ce morceau il arrive parfaitement à revivre le moment qu'Hikari a souhaité exprimer. Aussi bien les images que cela provoque en lui que les émotions exactes qu'il avait ressenties à ce moment-là.

Hikari a donc beaucoup plus de difficultés à s'exprimer par la parole à cause de son handicap et l'auteur va beaucoup s'intéresser à son expression, à sa façon de parler et de choisir ses mots qui est si particulière. Cela le conduit à un certain nombre de réflexions sur le langage et la littérature.

Il explique par exemple un terme qu'il trouve intéressant et qui a été « forgé », comme il l'explique, par un romancier en réunissant deux caractères chinois qui d'ordinaire ne s'assemblent pas mais qui, une fois réunis, forment une expression : yūjō. Cette expression traduite littéralement signifierait « d'une douce sorte d'humanité ». Il va trouver de nombreux exemples littéraires ou de sa vie personnelle pour illustrer cette expression, et il pousse sa réflexion plus loin encore sur le fait de choisir « les bons mots ».

Cela va rejoindre le fait qu'Hikari choisisse des titres pour ses morceaux qui correspondent parfaitement à ses oeuvres et à ce qu'elles illustrent. Ainsi, un jour, alors qu'ils sont en train d'écouter des enregistrements de violonistes, Hikari va déclarer en parlant d'une jeune violoniste : « je ne sais pas à quoi sa voix ressemble ». Suit une anecdote : un écrivain, Ooka, qui avait l'habitude de leur téléphoner, et qui avait toujours un ton enjoué et un mot gentil pour Hikari, va appeler et Hikari va dire avant de passer le téléphone à ses parents : « Monsieur Ooka est un ton plus bas aujourd'hui. ». Il avait en fait su saisir à l'intonation de sa voix qu'il n'allait pas bien et il avait raison : M. Ooka devait passer des examens à l'hôpital et il est mort quelques heures après d'une crise cardiaque.

Cette œuvre illustre bien le souci de l'auteur de défendre son fils, par exemple dans un discours avant un concert, contre un voisin qui accuse Hikari d'être célèbre seulement parce que son père est un écrivain renommé et qu'il s'est fait connaître de cette seule manière. L'ouvrage se termine après ce discours sur un court paragraphe où l'on sent la fierté de l'auteur pour son fils ; il pense à sa mort, quand il ne sera plus là, et est soulagé de voir que celui-ci arrivera à se débrouiller sans lui.

L'auteur utilise des mots simples et on a ici une sorte de discours plutôt autobiographique et non un récit de type romanesque. Ses réflexions sur le monde, sur le handicap, sur la musique, sur le langage ou encore la littérature sont très intéressantes et réellement approfondies. Je trouve ses phrases vraiment très bien construites, et les mots bien choisis ; cela donne quelque chose de très agréable à lire et on retrouve ici la beauté de l'écriture japonaise à mon goût.


Chloé, 2e année bibliothèques

 

Ōe Kenzaburō sur Littexpress.

 



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Sur Gibier d'élevage, articles de Jean-Baptiste.et de Camille







Oedites-nous.jpg

Article de N.O. sur Agwii, le monstre des nuages

Article de Valentine sur Dites-nous comment survivre à notre folie.

 

 

 

 

 

Oe Kenzaburo Une affaire personnelle

 

 

Article d'Hafed sur Une affaire personnelle.

 

 

 

 

 

 

 

 


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