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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 07:00

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La troisième édition du Festival International des littératures policières a eu lieu à Toulouse les 6, 7, 8 et 9 octobre 2011, sous l’égide de l’association Toulouse Polars du Sud. Le lieu principal de la manifestation était la librairie de la Renaissance, partenaire privilégié depuis les débuts du Festival, mais des rencontres étaient également prévues hors les murs, notamment avec les établissements scolaires de Midi-Pyrénées et les étudiants de l’Université du Mirail, ou encore une projection cinématographique à l’Utopia de Tournefeuille.

Fort de ses deux précédentes éditions, le Festival des littératures policières a permis à un public toujours plus nombreux (près de 4 000 visiteurs) de sortir des traditionnelles dédicaces figées, pour rencontrer des auteurs dynamiques, assister à des conférences dont les sujets étaient très variés, et à des tables rondes qui ont permis aux auteurs de proposer un nouveau regard sur leurs œuvres. Loin d’un Festival à visée commerciale où les auteurs signeraient à la chaîne des livres sans même regarder leurs interlocuteurs, on se retrouve plongé dans un univers où les invités côtoient leurs lecteurs en toute convivialité. La diversité des auteurs, —  Paco Ignacio Taibo II, mexicain, et Brigitte Aubert, française étaient invités d’honneur —, a permis de séduire un large public qui a été conquis par de chaleureux écrivains du monde entier.
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image-2.JPGLe dimanche matin, une conférence particulière a retenu mon attention. En effet, la différence entre écrire pour les adultes et pour la jeunesse concerne aussi genre du polar, et c’est lors d’une conférence ayant pour thème « Qu’est-ce qu’écrire du polar pour la jeunesse ? » que cette question a été abordée.

Nathalie Beunat, directrice de la collection Souris Noire, chez Syros, a animé cette table ronde à laquelle une trentaine de personnes sont venues assister. Trois auteurs de polar jeunesse étaient invités, Stéphanie Benson (Une épine dans le pied, Shooting Star), Julien Guérif (Le petit sommeil, Quand la banlieue dort), et Benoît Séverac (Silence). Des auteurs aux pratiques très différentes, avec notamment l’écriture à quatre mains de Julien Guérif (avec son frère Benjamin Guérif), ou le tout premier roman jeunesse de Benoît Séverac, qui s’était auparavant illustré dans le roman noir adulte.



Cette conférence d’une heure a permis de mettre en valeur différents éléments : tous les auteurs n’ont pas le même rapport au public et leurs points de vue peuvent être différents voire radicalement opposés.

Les auteurs ont toutefois tous été d’accord sur le fait qu’aujourd’hui, les enfants (adolescents compris) sont bombardés d’informations en permanence, informations qu’ils ne comprennent pas forcément, et surtout peut-être pas intégralement. Pour eux, le devoir d’un livre jeunesse est vraiment de rendre toutes ces informations brutes intelligibles, abordables, et, dans le cadre du polar, de pouvoir aborder la violence sous un aspect constructif.
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Julien Guérif va plus loin, en montrant au travers de ses livres que les gens autour de nous possèdent une façade et que les enfants et les adolescents sont bien loin d’imaginer tout ce qui peut se cacher derrière, bien que, et tous les auteurs sont d’accord là-dessus, un enfant sente quand il y a un secret, même s’il ne parvient pas à deviner de quoi il s’agit. Pour Julien Guérif, il s’agit vraiment de présenter les failles de la société aux enfants, de leur montrer que ce qu’ils voient n’est pas la réalité, mais une façade construite grâce à ce qui est prêché et qui est censée cacher ce qui se passe effectivement.

Benoît Séverac pense lui que les polars jeunesse ne doivent pas chercher à culpabiliser l’enfant ou l’adolescent, mais à le responsabiliser. Il aborde dans son livre Silence un sujet maintes fois traité, la drogue, et pourtant sans devenir ennuyeux, car à aucun moment un discours moralisateur n'apparaît. Pour cet auteur, le roman noir cherche à montrer aux jeunes leur monde, de façon claire, intelligible, honnête.

Les auteurs partagent l’idée qu’ il s’agit donc de faire tomber les murs entre le prêché et le réel.


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Par rapport au lien avec le public, Nathalie Beunat pose une question essentielle, et qui fait débat encore aujourd’hui dans tous les milieux : pour qui écrit-on un livre ?

Sur ce point, les trois auteurs ont des avis divergents, avec Julien Guérif qui pense qu’ « on écrit avant tout pour soi-même », et Stéphanie Benson qui, elle, estime qu’elle écrit « d’abord pour le lecteur », car l'on doit savoir pour qui l'on écrit, et quelle est la maturité affective et intellectuelle que l'on peut attendre du lecteur. Ces deux points de vue différents permettent de mettre en lumière la complexité de l’écriture, et le fait que les auteurs ressentent les choses très différemment selon leur mode de travail. Benoît Séverac se pose en médiateur, et pour lui on s'adresse à un public, mais également à soi, et les romans jeunesse sont une occasion de se réconcilier avec sa propre enfance.

 

Nathalie Beunat poursuit cette table ronde avec une interrogation sur les limites que les auteurs posent dans leurs publications adolescentes. Les auteurs sont tous d'accord sur le fait qu'ils n'ont pas conscience de ces limites lorsqu'ils écrivent, mais plutôt qu'ils sont limités par la crédibilité et la vraisemblance de leur histoire. C'est donc la logique qui va dicter inconsciemment ou volontairement leurs limites. C'est donc tout à fait intuitivement que les injures ne se posent pas sur le papier, mais également que les meurtres sont le plus souvent commis hors champ. Comme les auteurs le disent eux-mêmes, il n'y a aucun intérêt à décrire à un enfant le découpage à la tronçonneuse d'un corps humain.

Les limites posées par la loi – à savoir un contrôle des publications au préalable, pour interdire les ouvrages prônant le banditisme, la paresse, le mensonge, etc. – ne sont donc pas prioritaires pour les auteurs (certains ignoraient même leur existence), qui privilégient la vraisemblance et la logique, dans le but d'offrir aux lecteurs des romans cohérents.

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    À la fin de la table ronde, des questions ont été posées par le public, et l’une d’elles a particulièrement retenu l'attention des auteurs : pourquoi le « happy end » dans les polars jeunesse ? Les auteurs, unanimes, l'ont fortement contredite, en affirmant que dans les polars jeunesse, ou du moins les leurs, il n'y avait pas de « happy end ». Si les fins peuvent être adoucies par rapport à une fin adulte, Benoît Séverac précise que c'est probablement parce que, inconsciemment, on refuse de donner une fin totalement noire à l'histoire, mais qu'à aucun moment un réel « happy end » n'est envisagé.



Cette conférence, qui s'est déroulée dans une grande convivialité, a donné des clefs essentielles à la compréhension des romans polars jeunesse. Bien que certaines idées restent très personnelles, on voit clairement que les auteurs s'accordent sur des choses importantes, comme la fin d'une histoire, l'importance de la cohérence globale, mais aussi le devoir d'aider les enfants et adolescents à traduire les informations qu'ils reçoivent, et à comprendre dans quel monde ils se trouvent.

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Laure Salesse, AS Bib.

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Published by littexpress - dans jeunesse
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