Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 juillet 2010 7 25 /07 /juillet /2010 07:00

Hilsenrath-Fuck-America.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Edgar HILSENRATH

Fuck America
éditions Attila, 2009

Points, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques mots sur l’auteur.

Né en 1926 dans une famille de juifs allemands, Edgar Hilsenrath voit sa vie vite bouleversée par la guerre ; obligé de fuir puis de se séparer de sa famille, il mène une vie de vagabond et n’a aucune attache ; il visite la Roumanie, la Palestine puis les États-Unis. Son premier roman, La Nuit, a du mal a être édité à cause de son écriture très controversée. C’est son deuxième roman qui le fait connaître, Le Nazi et le Barbier  ; en 1975, Edgar Hilsenrath retourne définitivement en Allemagne pour retrouver ses racines et sa langue maternelle.

 

L’œuvre

Juste avant la Seconde Guerre mondiale, Nathan Bronsky, un juif allemand, écrit au consul des Etats-Unis afin d’obtenir l’asile pour lui et sa famille. La réponse négative les condamnes tous à l’holocauste. Treize ans après, le fils Jacob Bronsky, obtient enfin son passeport pour l’Amérique. C’est avec un humour corrosif que l’auteur raconte son passage aux États-Unis ; le narrateur enchaîne les petits boulots pour avoir de quoi survivre en travaillant le moins possible car il est occupé à écrire la nuit dans une cantine mal famée ; il écrit chapitre après chapitre Le Branleur  pour chercher dans sa mémoire ce qui s’est passé en Europe, pour se souvenirs des 6 millions de morts. Les situations cocasses et déjantées se succèdent au point que le protagoniste se retrouve à pousser le fauteuil roulant du consul…

 


Analyse

Fuck America est un roman inspiré ouvertement de la vie de l’auteur mais qui reste très romancé. L’auteur a une écriture très crue qui choque et qui est qualifiée de « diabolique » par les éditeurs en 1980 (année d’écriture du texte). L’auteur, en manque de souvenirs de la Shoah, en manque de sexe, mais aussi en manque d’amour essaye de purger tout cela dans son livre qu’il écrit la nuit dans les quartiers les plus mal famés possibles. Une mise en abyme très subtile : le Branleur est en vérité le premier roman qu’a écrit Edgar Hilsenrath, (renommé La Nuit) qui raconte les camps de concentration. Le parallèle entre l’auteur et le narrateur est très troublant ; sans cesse le lecteur est confronté au doute sur ce qui s’est réellement passé et ce qui est romancé ; parfois l’absurde est poussé à ses limites, et c’est avec tant de cruauté qu’est racontée l’Amérique que le lecteur est dérangé.

Jacob Bronsky est un personnage très torturé, sans cesse dans le mouvement et la remise en question. Son seul point d’attache, c’est ce livre qu’il doit finir pour se libérer de l’holocauste. Comme une thérapie le narrateur va y mettre toutes ses émotions, la culpabilité du survivant et l’amnésie d’une personne qui a vécu l’enfer. Les méandres de son esprit vont lui jouer des tours jusqu’à qu’il se retrouve interrogé par lui-même à la façon des shows télévisés

L’auteur marginal n’hésite pas à employer des mots barbares pour définir la vie américaine et le désespoir total du narrateur.



Citations

« Très cher Monsieur le Consul Général,

Depuis hier, ils brûlent nos synagogues. Les nazis ont détruit mon magasin, pillé mon bureau, chassé mes enfants de l'école, mis le feu à mon appartement, violé ma femme, écrasé mes testicules, saisi ma fortune et clôturé mon compte bancaire. Nous devons émigrer. Il ne nous reste rien d'autre à faire. Les choses vont encore empirer. Le temps presse. Seriez-vous en mesure, très cher Monsieur le Consul Général, de me procurer sous trois jours des visas d'immigration pour les Etats-Unis ? »

  « Je voudrais toucher un mot au Consul Général, dit Nathan Bronsky.Mais je ne parle pas anglais.
Tu sais bien deux mots, dit sa femme.
Oui, très juste, dit Nathan Bronsky. Je sais deux mots.
 Deux mots d'anglais, dit sa femme. [...]
– Fuck America.»

« J'ai encore d'autres problèmes, des problèmes plus concrets et qui n'ont rien à voir avec ma peur originelle.
 Quels problèmes ?
 Les problèmes concrets d'un écrivain inconnu et crève-la-faim, mais surtout les problèmes d'un écrivain allemand d'origine juive dans un pays étranger, un pays que je ne comprends pas et qui ne me comprend pas. »


Laura, 1ère année Éd.-Lib.

 


Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives