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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 07:00

Edith-Wharton-Le-triomphe-de-la-nuit.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Edith WHARTON

Le Triomphe de la nuit, volume 1, 1973,

Titre original

The Ghost Stories of Edith Wharton

Traduction

Florence Lévy-Paoloni

Terrain Vague, 1990

Réédition Joëlle Losfeld, 2001

 

     

 

 

 

 


Derrière l’œuvre, une auteure : Edith Wharton

 

Edith Wharton, de son nom de jeune fille Newbold Jones, naît le 24 janvier 1862 à New York. Issue d’une famille de la haute société, elle effectue dès son plus jeune âge de nombreux voyages en Europe et fait, très tôt, preuve d’une grande intelligence et d’un esprit critique à l’égard du monde doré dans lequel elle évolue. Son goût pour l’écriture est nourri par toutes ses lectures, par l’éducation qu’elle reçoit et également par les voyages. Elle se fait connaître grâce au recueil de poèmes Verses (1878). Mariée par obligation à un homme qu’elle n’aime pas, elle divorce en 1913. Son amitié avec Henry James débute autour des années 1900 : la correspondance qu’elle entretient avec l’écrivain ainsi que les conseils de ce dernier influeront sur l’œuvre d’Edith Wharton. Pour son engagement durant la Première Guerre mondiale au sein des hôpitaux, elle reçoit la Légion d’honneur. En 1921, elle remporte le prix Pulitzer pour son roman Le temps de l’innocence (1920, The Age of Innocence), devenant ainsi la première femme à recevoir ce prix dans cette catégorie. Deux ans plus tard, elle devient la première femme à recevoir un doctorat honorifique en lettres par l’Université de Yale. Sa vie, ponctuée par de nombreux succès, tels qu’Ethan Frome (1911), Le temps de l’innocence (1920) ou encore Chez les heureux du monde (1905, The House of Mirth), s’achève en France, le 11 août 1937. Elle est enterrée à Versailles au cimetière des Gonards.

 

Aujourd’hui, sa maison de Lenox, The Mount, accueille les touristes et est le théâtre de conférences, d’expositions et autres événements en rapport avec sa personne et son œuvre.

 

 

 

La préface du Triomphe de la nuit : un rôle important dans la façon d’appréhender les nouvelles.

 

« Croyez-vous aux fantômes ? » Ainsi commence la préface du recueil. Cette question nous confronte soudainement au thème prédominant des nouvelles et permet à Edith Wharton de donner son ressenti, sa vision par rapport à la question du fantôme. En effet, pour elle, il ne s’agit point de croire ou pas aux fantômes, mais plutôt de ressentir leurs présence, de laisser faire l’inconscient pour mieux appréhender le sujet. À travers les premières lignes se cache un conseil de lecture à peine dissimulé de la part de l’auteure.

 

Elle insiste ensuite sur le fait qu’il n’importe pas qu’une histoire soit vraie dès lors qu’elle en a l’air et qu’on la reçoit comme telle. « Celles qui sont bonnes témoignent d’elles-mêmes de leur appartenance au monde des esprits. » écrit-elle à ce sujet, et de cette façon, nous incite presque à penser : « Et les miennes, sont-elles bonnes ? », une fois la lecture achevée.

 

De plus, Edith Wharton donne aux lecteurs un autre conseil des plus précieux afin de mieux lire et de mieux comprendre ses nouvelles : il faut « combler les vides qu’elle laisse » par « des sensations et des divinations semblables aux siennes », autrement dit nos émotions.

 

Ses considérations l’amènent à un constat sur la société de son époque, qui est, à mon sens, plus que jamais d’actualité : les hommes rêvent de moins en moins, imaginent de moins en moins. Elle impute cela à l’émergence de nouveaux médias tels que la TSF et le cinéma.

 

À cela s’ajoute la difficulté de faire percevoir à un tiers un fantôme, en particulier à un lecteur car il faut réussir à décrire sans trop en dire. Il faut « laisser la nature faire le reste ». Elle conclut cette préface en écrivant que pour que la magie opère chez le lecteur, elle doit d’abord opérer sur l’auteur.

 

Au travers de ces lignes, Edith Wharton nous donne les clés de son recueil avec humour et intelligence et, à l’issue de la préface, il ne nous est presque plus possible de douter de la présence des esprits.

 

 

 

Une œuvre qui a ses caractéristiques : les points communs entre les nouvelles et leurs différences

 

Certaines des nouvelles de fantômes d’Edith Wharton, dont « Les yeux », sont parues sous le titre de Tales of Men and Ghosts en 1910 ; puis en 1937, deux mois après la mort de la romancière, les nouvelles du Triomphe de la nuit sont cette fois-ci parues sous le titre raccourci mais non moins évocateur de Ghosts. Il est composé de cinq nouvelles : « La cloche de la femme de chambre », « Les yeux », « Plus tard », « Kerfol », et « Le triomphe de la nuit ». Ces nouvelles, consacrées aux fantômes, mettent en avant une atmosphère oscillant entre un sentiment de réconfort apparent et une inquiétude tacite mais non moins oppressante.

 

De manière commune, chacune des nouvelles met en scène une situation plutôt paisible, rassurante, perturbée par la présence d’un esprit, le plus souvent vengeur et pour le cas de la première nouvelle,« La cloche de la femme de chambre », détenteur d’un message de prévention, d’avertissement (la cloche figurant un signal de détresse, d’alarme).

 

La fin des nouvelles nous laisse incrédules, nous poussant parfois à une relecture plus détaillée au cours de laquelle, comme dans un tour de magie, on veut saisir le « truc », le secret, la clef de l’énigme. C’est sans doute un tort que de vouloir mieux cerner, car le mystère qui subsiste est loin d’avoir un goût d’âpreté car il sied formidablement bien au style envoûtant de ces nouvelles fantastiques.

 

Cependant, les situations et la manière de témoigner du surnaturel sont différentes d’un récit à l’autre, ce qui ne fait qu’enrichir le recueil car cela le dynamise et propose forcément une nouvelle qui conviendra à chaque lecteur (si tant est qu’il soit friand du genre ou du moins, que les histoires de fantômes ne le rebutent en rien).

 

 

 

Afin d’illustrer cet exposé, j’ai choisi de résumer la dernière histoire du recueil, celle d’où il tire son nom, car c’est celle qui m’a le plus transportée.

 

Le protagoniste, George Faxon, est un homme qui arrive de Boston car il a trouvé un travail de secrétaire particulier. À la gare où personne n’est venu le chercher, il rencontre Frank Rainer, un jeune homme au physique maladif. Ce dernier se propose de l’héberger chez son oncle, un homme d’affaires riche et connu, John Lavington. Sur place, Faxon assiste à la rédaction du testament du jeune Rainer et une fois le testament signé par l’intéressé, Faxon est le seul à voir, glacé d’effroi, le double de Lavington derrière le fauteuil de ce dernier, une expression malsaine sur le visage à l’inverse de l’oncle bienveillant. Le fantôme réapparaît au cours du dîner quand l’assistance convient qu’il est plus raisonnable pour Rainer d’aller se faire soigner dans un endroit moins humide et plus approprié à une guérison. À cet instant, le fantôme a vraiment un visage maléfique. Faxon s’enfuit, soudainement effrayé par cette vision. Malgré le froid, Rainer le retrouve et sur le chemin qui les reconduit vers la maison, Faxon comprend qu’il est le seul à pouvoir protéger le jeune homme d’un sort funeste. Malheureusement, celui-ci meurt brutalement alors qu’ils avaient atteint la loge du gardien.

 

Cinq mois se sont écoulés depuis le drame et nous retrouvons Faxon en Malaisie, où il guérit lentement d’une dépression nerveuse, tentant d’oublier la tragédie qu’il a vécue. Cependant, il tombe sur un vieil article de journal dans lequel il apprend que John Lavington souhaite réinjecter des fonds dans son entreprise qui en a besoin afin de l’empêcher de péricliter. À cet instant, Faxon comprend que Lavington n’a pas pu trouver l’argent nécessaire à son projet ailleurs que dans l’héritage ô combien opportun pour lui de son neveu Rainer.

 

Dans cette nouvelle, Edith Wharton nous emmène avec brio vers les vicissitudes de la vie et vers un questionnement ininterrompu qui ne fait qu’épaissir le mystère.

 

Car tel est le génie de cette auteure hors du commun qui, par une savante construction, un jeu de miroirs et d’ombres, nous étreint le cœur d’effroi et d’émerveillement devant ces nouvelles fantastiques.

 

 

 

La citation de la fin

 

« On peut répandre la lumière de deux façon : être la bougie, ou le miroir qui la reflète ». Cette citation d’Edith Wharton met en avant la question du reflet qui est, à mon sens, à l’image du recueil qui oscille entre zones d’ombre et de lumière, entre réalité et reflet de la réalité.

 

 

Manon, 1ère année éd.-lib.

 

Sources


– La page Wikipédia de l’auteure : http://fr.wikipedia.org/wiki/Edith_Wharton

– La page Babelio de l’auteure :http://www.babelio.com/auteur/Edith-Wharton/2833

– Le site de The Mount, la maison de Lenox d’Edith Wharton : http://www.edithwharton.org/

– The Edith Wharton Society : http://public.wsu.edu/~campbelld/wharton/

 

Pour les relations entre Edith Wharton et Henry James :

 

http://www.npg.si.edu/exh/wharton/hjames.htm

 

http://www.history.com/this-day-in-history/henry-james-and-edith-wharton-begin-corresponding


 

Pour une présentation détaillée des cinq nouvelles, lire aussi la fiche de C.C.

 

 

 


 

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Published by Manon - dans Nouvelle
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