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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 07:00

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Edogawa RANPO

江戸川 乱歩
Le Lézard noir

黒蜥蜴
Kuro-tokage, 1929
traduit du japonais
par Rose-Marie Makino-Fayolle
Picquier, 1993
Picquier poche, 2000


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Edogawa Ranpo (1894 – 1965)
Voir biographie sur le site La Littérature japonaise.

 

 

 

Le Lézard noir

Monsieur Shōei Iwase est un riche bijoutier de Tōkyō. Il n’a qu’une fille, Sanae, qu’il souhaite voir épouser un fils de famille distinguée. Il reçoit un jour une lettre lui recommandant de faire attention à sa fille. N’y croyant pas d’abord, il commence à réfléchir ensuite quand il reçoit plusieurs lettres du même type. Il demande donc à Akeshi Kogorō, détective privé, d’assurer la protection de sa fille. Ainsi commence l’histoire du Lézard noir, cambrioleuse intelligente, maniant l’art du déguisement à la perfection et possédant une imagination débordante. Elle souhaite posséder l’ « Étoile égyptienne », diamant brillant de mille éclats et trésor national du Japon. Le Lézard noir va donc tenter d’enlever Sanae pour l’échanger ensuite contre la pierre précieuse qui est justement en la possession de monsieur Iwase. S’engage alors une course poursuite entre la belle voleuse et le détective privé.

Dans ce roman, Ranpo ne laisse aucune place à la description et à la compréhension de chaque personnage. C’est-à-dire que tout se passe rapidement. Il n’y a pas de temps mort. Cet aspect peut au départ dérouter car on peut donc moins s’attacher ou se retrouver dans un des personnages. Mais cette distance permet aussi de recentrer l’attention sur la succession d’énigmes.

Le personnage du Lézard noir, bien que certains aspects de sa personnalité et de son histoire restent flous, est très intéressant et mérite que l’on s’y attarde. C’est le personnage caricatural de « la méchante ». C’est-à-dire qu’elle possède toute la classe, la subtilité, la ruse et ce grain de folie attribué à tous les « méchants ». Elle est sans scrupules, manipulatrice et collectionneuse. Affreusement collectionneuse. C’est une pulsion irrépressible chez elle. Le Lézard noir adore berner de la police, joue « au chat et à la souris » très souvent avec Akeshi et n’hésite pas à se mettre en danger juste pour pouvoir continuer ce petit jeu. Ce personnage me rappelle beaucoup celui de Catwoman. Ce sentiment d’attirance entre le lézard noir et Akeshi ressemble à celui qui existe entre Batman et Catwoman, une voleuse elle aussi.

« Mais, madame, en quoi cette affaire vous passionne-t-elle ? lui demandait alors le détective en la regardant droit dans les yeux.

– J’adore les romans policiers. J’ai été absolument fascinée par l’histoire que m’a racontée la fille de M. Iwase, c’est tellement romanesque ! Et puis, quand je pense qu’un célèbre détective comme vous y est mêlé, j’ai l’impression d’être devenue moi-même un personnage de roman, si vous voyez ce que je veux dire », répondit la femme en noir.

Notre lézard noir, qui connaissait M. Iwase, s’était progressivement rapproché de lui et de sa fille et, avec son sens étonnant des relations sociales, n’avait pas mis longtemps à nouer des relations d’amitié avec Sanae au point de devenir sa confidente. »



Akeshi recourt autant aux déguisements que le Lézard noir. Cet aspect renvoie d’abord au changement de costumes dans une pièce de théâtre mais aussi à bien plus que cela. Quand un des personnages principaux se déguise, ce n’est pas seulement pour changer de vêtements et échapper à la police ou approcher de plus près son ennemi mais c’est avant tout pour changer totalement. Lorsque le Lézard noir se transforme, elle devient le personnage dont elle revêt l’apparence.

« Le Lézard noir descendit l’escalier à toute vitesse mais, au lieu de se diriger vers la sortie, entra dans sa chambre.

Trois minutes, il ne lui fallut pas plus de trois minutes.

Quand la porte s’ouvrit, ce fut pour laisser passer un jeune dandy. En chapeau mou et veston, des lorgnons prétentieux au nez, avec une épaisse moustache, il portait dans la main droite une canne en bois de couleuvre et sur le bras gauche un pardessus.

La transformation n’avait pas duré plus de trois minutes. Un véritable tour d’adresse, au même titre que la danse des sept transformations d’O-Some. »



Dans ce roman, on peut aussi déceler une tonalité fantastique. C’est un peu la « signature » d’Edogawa Ranpo. Toujours mélanger le réalisme et un sentiment d’incongruité, d’absurde qui peut mettre mal à l’aise, qui crée une certaine tension, la volonté de savoir ce qui se passe et donc de « dévorer » au plus vite l’histoire.

« Regardez comme ils sont bien faits… C’est presque trop, non ? Approchez-vous donc un peu plus de la vitre. Tenez, voyez-vous le fin duvet sur leur corps ? On n’a jamais entendu dire que des mannequins de cette sorte possédaient un duvet.

Sanae, soudain piquée par la curiosité, se rapprocha de la vitre. Ces poupées avaient un charme tellement étrange… C’est qu’il y avait vraiment du duvet. Et puis, pouvait-il exister des mannequins de cire avec une telle couleur de peau et des ridules tellement fines qu’elles en étaient criantes de vérité ?

« Mademoiselle Sanae, croyez-vous vraiment que ce soient des mannequins de cire ? »



Avis personnel

J’ai bien aimé ce roman. Notamment pour le personnage du Lézard noir qui m’a surprise à chacune de ses actions, de ses paroles, par sa façon d’être. J’avoue que j’ai malgré tout eu un peu de mal en ce qui concerne les énigmes et les changements de costumes. On se perd un peu. Il m’a fallu relire trois ou quatre fois la fin car tout se précipite vraiment et à un moment on se perd totalement dans les personnages. J’ai aussi apprécié l’idée que le personnage d’Akeshi se mettait un peu à la place du Lézard noir pour contrer ses plans. Ces deux personnages, me semble-t-il, font vraiment la paire bien qu’ils soient ennemis.


Alice. L., 2e Année Bib-Méd-Pat.

 

 

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Le roman a été adapté au cinéma par Yukio Mishima ; le film a été réalisé par Kinji Fukusaku en 1969.

 

 

 

 

 

 

Edogawa Ranpo sur LITTEXPRESS

 

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Article d'Hélène sur L'île panorama

 

 

 

 

 

edogawa ranpo la bete aveugle 01

 

 

 

Article de Valentin sur La Bête aveugle.


 

 

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