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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 07:00

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Eduardo BERTI
L'inoubliable

Titre original   
Lo Inolvidable
traducteur

Jean-Marie Saint-Lu

Actes Sud, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Né à Buenos Aires en 1964, Eduardo Berti a participé à la vie littéraire de l'Argentine, notamment en collaborant à de nombreux journaux comme La Nación. Il est aussi l'instigateur d'une des premières radios indépendantes argentines. Dans les années 1990, il réalise plusieurs documentaires télévisuels sur sa passion : le tango. Il crée sa propre maison d'édition hispano-argentine nommée  La Compañia, mais est aussi critique littéraire et traducteur. C'est donc un auteur qui connaît très bien le monde de l'édition et de l'écriture. Ayant vécu jusqu'en 2006 à Paris, il habite désormais Madrid, où il continue d'écrire.

Son premier livre édité en France est Le désordre électrique publié chez Grasset en 1999. Peu après, c'est Actes Sud qui reprend ses droits, et publie alors la majeure partie de ses œuvres comme La vie impossible (2003), ou encore L'ombre du boxeur (2009).

Mais c'est pour son roman Madame Wakefield, publié en 2000 par Grasset, qu'Eduardo Berti connaît le succès. C'est une réécriture d'un conte de Nathaniel Hawthorne, que Borges considère comme une préfiguration de Melville et de Kafka. Ce roman a figuré parmi les meilleurs livres de l'année 2000 et a été sélectionné pour le prix Fémina étranger en 2001.

On peut sentir une très grande influence de Borges dans les thèmes abordés comme la mémoire, le cycle... qui sont aussi très présents dans son œuvre.



L'Inoubliable est l'ouvrage le plus récent d'Eduardo Berti, sorti en librairie en 2011. C'est un recueil constitué de douze nouvelles assez courtes. Le fil conducteur de ces dernières n'est pas un personnage ou encore une histoire commune, mais le souci de la mémoire. En effet, l'auteur développe les différents aspects que peut avoir la mémoire, qui peut être omniprésente, fuyante, trompeuse, ou même parfois blessante. Mais il l'envisage aussi sous le point de vue de la postérité.

Par exemple, dans « Formes d'oubli », on suit un grand maestro du tango, Avella, au plus haut de sa renommée qui oublie tout à coup comment jouer du piano. Un jour, un homme nommé Marmonti propose un marché à Avella qui consiste à faire un échange de la reconnaissance d'Avella contre le don pour la musique de Marmonti. Au seuil de la mort, Avella accepte, et retrouve miraculeusement son don pour la musique. Seulement, plus personne ne se souvient de lui, mais de Marmonti. Ce dernier sera à son tour frappé d'une « amnésie musicale » à la fin de la nouvelle.

Dans « Éclats d'Ataminski », la mémoire est insidieuse, elle se faufile à travers le corps d'Ataminski, rescapé de guerre dont le corps est parsemé d'éclats d'obus. Chaque nuit, les éclats remuent dans la chair de cet homme, et le font souffrir, comme s'ils ne voulaient pas que ce dernier oublie les horreurs auxquelles il a assisté : « il avait des dizaines d'éclats dans la chair. Et pour une raison étrange, qui fascinait grand-père, ils se livraient bataille quand le polonais dormait. » (p. 17).

La mémoire devient alors le personnage central des nouvelles, qui se teintent de magie. En effet, le réalisme magique est un élément central des nouvelles, car toutes contiennent au moins un élément fantastique. Mais les personnages ne sont en général aucunement effrayés par ce surnaturel qui surgit dans leur vie.

La nouvelle « L'Inoubliable » est à mon avis la plus poétique ainsi que la plus joyeuse du recueil, car elle montre comment une vieille femme peut retrouver la joie de vivre grâce à la littérature oubliée. Elvira Rial, veuve de 74 ans, vit seule une vie paisible dans son appartement. Mais un jour, son dentier se met à parler la nuit, à réciter des phrases de romans, pièces de théâtre ou poèmes ayant tous un rapport avec les dents. Elvira va alors se mettre à chercher d'où viennent ces phrases, se rend compte qu'elle a oublié tous les livres d'où sont tirées ces citations. Son dentier lui permet donc de redécouvrir la richesse de sa bibliothèque, mais un jour il se tait. Elvira décide alors de sortir pour chercher des livres ayant un quelconque rapport avec les dents, les ré-oublie, et réécoute son dentier parler.

Eduardo Berti est un auteur qui apprécie le mélange des genres, c'est pourquoi aucune de ses nouvelles n'est écrite de la même manière. Il se donne volontairement des contraintes afin de travailler son récit de toutes les manières possibles. Par exemple, aucune des nouvelles n'est écrite uniquement à la première ou la troisième personne du singulier. Ainsi, il peut donner différentes impression à la lecture, qui n'apparaissent pas forcément selon la personne employée pour narrer le récit.

Mais l'auteur se concentre notamment sur le principe du cycle. En effet, ceci est un thème récurrent dans l'œuvre de Berti, c'est-à-dire que toute action recommence sans arrêt, que tout n'est qu'infini. Dans sa nouvelle « Hugh Williams », basée sur une trame policière, on suit l'histoire d'un collectionneur d'armes anciennes qui rencontre un certain Williams, avide de mourir. Le héros se retrouve embarqué sur un bateau pour le tuer quand un naufrage les frappe. Le seul survivant est le héros, qui hérite malgré lui de l'identité de Hugh Williams. Mais ce fait n'est pas unique en son genre : depuis plusieurs siècles, de nombreux naufrages ont eu lieu où le seul survivant portait ce nom.

Une autre contrainte qu'apprécie Eduardo Berti est de créer une chute à la fin de ses nouvelles. Souvent inattendue, elle contribue au rythme au récit, et impose des contraintes particulières à l'auteur. Dans « La copie », une jeune femme achète la reproduction d'un tableau de maître, mais se retrouve prise sous un orage sur le chemin du retour. N'ayant que le tableau pour se protéger, elle le sacrifie à la pluie, et celui-ci redevient totalement blanc. Mais de retour chez elle, elle reçoit un appel du peintre qui lui annonce que le tableau qu'on lui a donné était en fait l'original. Tout au long du récit, l'auteur nous persuade que cette toile est une reproduction, et donc que cela n'a pas d'importance s'il est détruit, mais toutes nos certitudes se brisent lors du dernier paragraphe.



Ce recueil est donc un mélange de genres et de styles qui donnent un caractère original à l'écriture de l'auteur. On peut y voir l'attachement de Berti pour la culture et les arts, quels qu'ils soient, mais aussi les influences, particulièrement des écrivains américains, dans son œuvre, ce qui la rend encore plus riche.


Alice Andro, 2° année Éd.-Lib.

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Published by Alice - dans Nouvelle
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