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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 07:00

Eduardo-Mendoza-Les-aventures-miraculeuses-de-pomponius-fla.gif






 

 

 

 

 

 

Eduardo MENDOZA
Les aventures miraculeuses de Pomponius Flatus
traduit de l'espagnol
par François Maspero.
Seuil, 2009
Points, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans ce roman de l’écrivain catalan Eduardo Mendoza intitulé Les aventures miraculeuses de Pomponius Flatus, l’auteur nous invite à suivre les péripéties du philosophe et citoyen romain susnommé, en quête d'une source censée apporter la sagesse à celui qui en boit.
 
Nous suivons donc Pomponius dans le désert accompagné de son fardeau gastrique et diarrhéique hérité de ses diverses découvertes plus douloureuses que miraculeuses, le menant de Bédouins en Romains jusqu'au tribun Appius Pulcher en route pour Nazareth afin de superviser l’exécution d'un juif accusé d'assassinat.

 En effet, Epulon, un riche et mystérieux notable de Nazareth, fut retrouvé assassiné dans sa bibliothèque et le désigné coupable est un nommé Joseph, unique charpentier de la ville, par conséquent chargé de construire l'instrument de son supplice sous la forme d'une croix en bois.

Les poches vides tout comme son ventre, Pomponius qui n’a que faire de cette histoire est approché par un enfant du nom de Jésus qui lui propose d'innocenter son père Joseph contre rétribution. Ce duo d'âges, de confessions religieuses et de cultures opposés mène l'enquête croisant des personnages plus insolites les uns que les autres, de l'éphèbe grec Philippe au décharné Lazare, en passant par la lascive pécheresse publique Zara la Samaritaine.

Le temps leur est compté mais les projets immobiliers secrets du tribun Appius Pulcher de mèche avec le Grand Prêtre Ananie l'amènent à repousser l'exécution de Joseph ; mieux, elle sera agrémentée de deux autres croix dédiées à Jean, cousin de Jésus, et à un inconnu nommé Judas pour réprimer les menaces grandissantes de remise en cause de la tutelle romaine : « D’après eux [le Sanhédrin], trois croix en haut d’une colline forment un tableau très joliment composé. » (p. 125)

De meurtres en résurrections, l'enquête prend des tournures inattendues ; reste à savoir si Pomponius et son jeune acolyte arriveront à innocenter Joseph et révéler la vérité sur cette affaire.
 
Oscillant entre roman à énigme et roman d'aventure, cette histoire est construite autour d'un personnage central, Pomponius, autour duquel gravite une foule de personnages singuliers, tous liés plus ou moins directement au meurtre d’Epulon. Cette multiplicité des personnages rend l’enquête complexe et amène le lecteur à y prendre part à mesure que Pomponius découvre de nouveaux éléments, un peu comme si nous lisions un Hercule Poirot en Terre Sainte au début de notre ère.

 

Un humour… sacrément efficace
 
Mais ce qui fait aussi et surtout la substance de ce roman réside d’une part dans les références nombreuses et plus ou moins insidieuses au Nouveau Testament, à l’histoire grecque ou romaine, et d’autre part à l’humour et la subtilité de l’écriture :

« Quand cela arrivait, Jésus m'attrapait par la manche ou la toge en me pressant de me relever et de poursuivre.

– Quand tu seras grand, lui dis-je, tu verras ce que c'est que de gravir un chemin escarpé sans qu'on te laisse le temps de respirer. » (p. 130)

Clin d’œil évident au chemin de croix qui attend Jésus quelques années plus tard…

Cet humour est omniprésent sans pour autant altérer le suspens de l’histoire et en faire une simple caricature, d’autant qu’il sait se faire oublier lors des circonstances tragiques ou sérieuses pour toujours mieux réapparaître et dédramatiser ces situations.
 
Nous pouvons rencontrer un humour parfois provocant à l’image de la description du peuple juif et de sa religion par Pomponius :

 

« Chaque fois que le sort leur est contraire, c'est-à-dire toujours, les Juifs allèguent que c’est Yahvé qui les a punis, soit pour leur impiété, soit pour avoir enfreint les lois qu’il leur a données. […] aujourd’hui le corpus juridique constitue un galimatias tellement inextricable et si minutieux que c’est impossible de ne pas être continuellement en faute. » (p. 23)

 

Et parfois un humour légèrement licencieux :

« Les deux animaux restent un moment silencieux, et finalement le corbeau demande à son compagnon :

–  Et si au lieu de lui donner mon fromage, je lui prenais le cul ?

–  Quand donc a-t-on vu un corbeau faire pareille chose ? dit le renard. » (p. 86)

 

 Eduardo-Mendoza-Les-aventures-miraculeuses-de-pomp-copie-1.gif

Clins d’œil bibliques
 
Il est amusant de rechercher les références bibliques et historiques disséminées dans le texte qui n’apparaissent pas forcément à la première lecture tant elles sont parfois subtiles. Révélons néanmoins deux références aisément identifiables.
 
Un mendiant nommé Lazare auquel Pomponius a affaire pour obtenir des renseignements, pouvant manger à la table du riche Epulon jusqu’à ce que dernier soit assassiné, présente un aspect assez déplorable : « son aspect était terrible et sa menace eût paralysé un héros de l’Antiquité […]. » (p. 69) Plus loin ce fameux mendiant dit à Pomponius : « Les derniers seront les premiers. » (p. 71)

Ceci fait écho à une parabole biblique, celle du méchant riche et du pauvre Lazare où un mendiant du nom de Lazare, couvert d’ulcères, dans un état pitoyable, stagnait sur le pas-de-porte de la maison d’un riche dans l’espoir de recueillir les miettes de ses repas. Chose vaine, si bien qu’il finit par mourir, tout comme le riche. Alors que Lazare est transporté au paradis dans le sein d’Abraham, le riche est envoyé directement en enfer où il est torturé au sein d’une flamme au travers de laquelle il peut voir le paradis. Il quémande à Abraham un peu d’eau compte tenu de son environnement torride mais Abraham répond par la négative arguant du fait que Lazare a souffert durant sa vie, lui souffrira durant sa mort… Le premier a fini le dernier.

 
Autre personnage qui revient plusieurs fois dans l’histoire, Jean, cousin de Jésus, décrit dans une conversation entre Marie et Pomponius :

 

 « Jésus a un cousin appelé Jean. Quand nous sommes revenus à Nazareth après une longue absence, il a fait entrer Jésus dans une bande d’adolescents, presque des enfants, sensibles, pieux, et un peu passionnés. Ils pourraient lui avoir mis des idées singulières dans la tête. » (p. 107)

 

 Il faut savoir que Jean a pour parents le prêtre Zacharie et Elisabeth, cousine de Marie, stérile de surcroît. À force de prières de la part de Zacharie, Elisabeth finit par tomber enceinte malgré sa stérilité et son âge avancé, et met au monde un enfant qui sera nommé Jean, rempli de l’Esprit Saint. Cet atout fera de lui quelques années plus tard le prédicateur de la venue du messie, incarné dans Jésus, et de ce fait s’écarte de la religion officielle, pour prêcher sa parole à ses brebis et les baptiser dans le Jourdain. Sa description et ses représentations artistiques lui donnent l’image d’un jeune homme le plus souvent revêtu d’une peau de bête, une houlette de berger ou une bannière à la main, avec un aspect souvent plus sauvage que celui de Jésus, d’où le côté cavernicole que lui trouve Pomponius.

 On pourra également déceler dans le roman des épisodes à venir de la vie de Jésus et des personnages qui graviteront autour de lui, comme le futur apôtre Matthieu ou la Marie Madeleine en devenir.

 

Nous pouvons y voir en arrière plan une critique des sociétés actuelles comme passées menées par des individus en quête de pouvoir, de richesse mais surtout, en grossissant les traits des personnages bibliques, les faisant passer pour des délinquants, pour des personnes trop naïves ou fatalistes, l’auteur nous les rend attachants et tout simplement humains.
 
Cette histoire amusante mais agrémentée d’une réflexion dialectique entre monothéisme et polythéisme, entre accepter fatalement son destin ou le prendre en main, confère finement une profondeur au roman qui lui permet de dépasser son aspect divertissant voire provocant pour en faire un livre également intéressant.
 

Bruno Manciet, AS Bibliothèques 2012-2013

 

Eduardo MENDOZA sur LITTEXPRESS

 

 

mendoza Sans nouvelles de Gurb

 

 

 

 

 

 Article de Gaëlle sur Sans nouvelles de Gurb.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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