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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 07:00

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Emma DONOGHUE
Égarés
titre original : Astray
traduit de l’anglais (Canada)
par Virginie Buhl
La Cosmopolite Nouvelles, Stock
septembre 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme elle nous le raconte de manière un peu romanesque dans sa préface, Emma Donoghue est née en Irlande à Dublin en 1969 avant de partir quelques années plus tard pour vivre au Canada dans une ville de «  trois cent mille âmes » (London, Ontario). C’est avec son dernier roman Room également aux éditions Stock, que j’ai connu cet auteur. Son roman qui racontait l’histoire incroyable d’un petit garçon de cinq ans enfermé depuis sa naissance dans une pièce de quelques mètres carrés avec sa mère était écrit de manière particulière et m’avait déjà beaucoup plu. Room avait d’ailleurs reçu le Commonwealth Writers’ Prize en 2011.

 C’est ce qui m’a donné envie de continuer à lire cet auteur et de présenter son dernier livre.

Égarés est un recueil de quatorze nouvelles dont le thème central est le voyage, thème qui m’a particulièrement attiré. Les nouvelles sont réparties en trois sections :

 

– Partir

– En Route

– La Fin du voyage et l’après.

 

 

 

Chaque nouvelle est unique et très particulière puisqu’elles sont toutes tirées de faits réels. En effet Emma Donoghue s’est inspiré pour chacune des nouvelles, d’extraits de journaux de l’époque (Times, The New York Weekly Journal, Tucson Star...), de correspondances, d’archives ou encore de biographies. Tout cela donne bien sûr un effet très authentique aux nouvelles et nous plonge totalement dans un autre monde, une autre époque. Les nouvelles s’étalent du XVIIème au XXème siècle et se déroulent aux États-Unis, au Canada et en Angleterre. Elles sont complètement ancrées dans le réel et on retrouve  des périodes historiques célèbres telles que la guerre de Sécession, la ruée vers l’or ou encore l’esclavage.

Ma section favorite reste la première, « Départ », parce que chaque nouvelle se termine sur une note d’espoir, espoir d’un nouveau départ, d’une vie meilleure, d’un « autre chose » tant espéré qui semble alors si accessible, proche. Dans les autres sections, plusieurs nouvelles peuvent parfois se faire écho, aborder le même thème mais dans cette section, les quatre nouvelles sont bien distinctes.

 

La première nouvelle du recueil, « L’Homme et l’enfant », raconte l’histoire émouvante et attachante d’un homme et de son éléphant dans un zoo. Le lecteur a l’impression d’avoir affaire à une relation père/fils tout au long de la nouvelle. C’est au moment où on apprend que l’animal est sur le point d’être transféré dans un autre zoo que l’on comprend la force de leur relation, ils ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre. La nouvelle a un petit côté étrange et est difficile à croire mais montre bien que l’amour dépasse un grand nombre de choses. Le récit se termine donc sur une note d’espoir ; l’homme réussit à se faire embaucher dans le même cirque que l’éléphant et ils s’offrent ainsi un nouveau départ, ensemble.

C’est ce qui m’a particulièrement plu dans ces nouvelles : avoir la possibilité de connaître la fin, car même si la nouvelle finit comme presque toute les nouvelles de manière évasive, l’auteur nous raconte la fin à travers ses notes après chaque nouvelle, elle nous raconte ce qu’elle a pu retrouver dans les archives et nous donne donc un aperçu de ce qui s’est passé après.

 

La seconde nouvelle, qui s’intitule « De l’avant », relate l’histoire de Fred et Caroline, frère et sœur, et de la fille de Caroline : Pet. Tous trois ont du mal à joindre les deux bouts, mais font leur possible pour se rendre la vie plus facile, et surtout pour que la petite fille ne manque de rien. Pour cela Caroline est prête à tout, elle se prostitue, pendant que son frère fait un métier qui ne lui plaît pas. Mais ce n’est pas une vie, ils ne peuvent pas continuer comme cela. Caroline a de plus en plus de mal à supporter tous ces va-et-vient et à voir son frère malheureux. Mais comment faire pour survivre sans ça, pour gagner de l’argent autrement ? Elle a bien essayé autre chose, mais en vain, elle n’a jamais réussi à gagner autant d’argent que maintenant. Eh oui, elle a honte, mais c’est le seul moyen. Alors quand son frère rentre de sa journée de travail, en lui annonçant qu’il a peut-être une solution, elle se met à rêver naïvement que sa vie pourrait changer, qu’elle pourrait peut-être même s’améliorer. Il suffirait de « vendre son histoire au lieu de vendre son corps ». Fred connaît quelqu’un qui pourrait les aider... On apprend ensuite dans la note de l’auteur, que ce serait au Canada qu’ils auraient trouvé refuge en quête d’un nouveau départ.

 

La nouvelle suivante, « La bonne fortune de la veuve », joue moins sur le côté dramatique, et est même plutôt amusante. Le personnage principal est un avocat, romantique, naïf, à la limite de la niaiserie, qui va se faire berner par une femme prétendant que son mari est mort pour obtenir l’héritage. Tout au long de la nouvelle, l’homme est persuadé que cette cliente ressent quelque chose pour lui et il se met à imaginer des scénarios un peu fous dans lesquels il se voit déjà l’épouser. C’est la manière dont les pensées du personnage sont retranscrites que j’ai particulièrement appréciée ; il est dans un autre monde et passe complètement à côté de la réalité. La femme, elle, réussit son coup, obtient ce qu’elle désirait, et s’enfuit, loin de tous ces gens qu’elle ne pouvait supporter, vers d’autres horizons, pour encore une fois prendre un nouveau départ. L’homme, lui, perd tout espoir de retomber amoureux mais on ne se fait pas trop de soucis pour lui...

 

Enfin la dernière nouvelle de cette section qui s’intitule « Le Dernier repas de Brown » raconte l’histoire touchante d’un esclave en 1864 au Texas. Ce dernier, bon cuisinier, s’entend bien avec la maîtresse de maison mais il apprend par elle que son maître souhaite le vendre. L’esclave et l’épouse malheureuse se lancent alors dans un périple pour trouver une solution. Mais la seule solution est la fuite. Tous deux espérant poursuivre leurs rêves, décident de faire un dernier repas. L’esclave en profite pour empoisonner le plat de son maître et ils réussissent à s’enfuir tout les deux d’abord ensemble puis plus tard dans des directions différentes...

 

À travers ces quatre nouvelles, l’auteur parvient à nous faire ressentir les sentiments des personnages, le lecteur arrive à les comprendre et à se mettre à leur place. Les nouvelles sont fluides, entraÏnantes et surtout elles redonnent de l’espoir, on y croit vraiment. Je dirais même un peu naïvement que ces nouvelles sont comme un courant d’air frais en pleine chaleur d’été. Pour quelque instants, l’auteur arrive à nous faire prendre confiance en nous, à nous faire croire en nos rêves, à la possibilité d’un nouveau départ, à l’existence d’une échappatoire si la vie que l’on mène n’est pas celle que l’on veut.

La suite du recueil est tout aussi étonnante, les nouvelles mettent très souvent en scène des couples – un homme et une femme, deux hommes ou deux femmes – et abordent de nombreux sujets dont certains qui reviennent un peu plus comme les chercheurs d’or, l’ambiance Far West, la guerre...

Enfin je pense que cet extrait de la préface du recueil, résume bien (s’il est possible de le faire) les nouvelles et la façon de penser de l’auteur :

 

« Malaise. Émerveillement. Mélancolie. Irritation. Soulagement. Honte. Distraction. Nostalgie. Indignation morale. Culpabilité. Les voyageurs sont confrontés à un concentré de sentiments confus qui font la condition humaine. La migration est une forme de mort, une démangeaison que l’on ne peut pas soulager. Peut-être parce que l’éloignement d’un lieu donné souligne simplement à quel point être né quelque part, dans un corps bien particulier constitue un point de départ arbitraire, tout comme notre identité et la contingence de notre existence.

Écrire est ma façon de soulager cette démangeaison, d’échapper à la claustrophobie de mon individualité. Cela me permet, au moins pour un temps, de vivre plus d’une vie, d’explorer plusieurs chemins.

Lire, bien sûr, peut aussi servir à cela. »

 

 

Estelle, 1ère année éd-lib.

 

 

Autres œuvres d’Emma Donoghue

 

Room

Long Courrier

Cara et moi


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Published by Estelle - dans Nouvelle
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