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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 07:00

Emmanuel Dongala Jazz et vin de palme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emmanuel DONGALA
Jazz et vin de palme
Hatier, 1982
Le Serpent à plumes, 2003
Collection Motifs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emmanuel-Dongala.jpgJazz et vin de palme est un recueil écrit par l'écrivain congolais Emmanuel Dongala. Il a été publié en 1982 aux éditions Hatier dans la collection Monde Noir Poche. Il faut attendre 1996 pour que les éditions du Serpent à Plumes le rééditent. L'édition que l'on trouve aujourd'hui généralement en librairie est celle des Éditions du Rocher, dans la collection Motifs. Le recueil est composé de huit nouvelles réparties entre le Congo et New York.

Nous pouvons distinguer nouvelles congolaises et nouvelles new-yorkaises. Les cinq premières se déroulent toutes sous le soleil du Congo dans une période s'écoulant sur une période d'une dizaine d'années. On y trouve des thèmes récurrents concernant la nature du pouvoir en place (la corruption, la répression, l'inconsistance des militants du Parti...) mais aussi le rapport entre celui-ci et les croyances congolaises traditionnelles .

 

 

 « L'étonnante et dialectique déchéance du camarade Kali Tchikati »

Cette première nouvelle nous raconte la rencontre entre le narrateur et l'une de ses anciennes connaissances dans un bar de Pointe Noire. Celui-ci fut un ancien dignitaire de l'État, chargé de la propagande et de l'idéologie, particulièrement dédié à la lutte contre les cultes. Différents événements paranormaux vont petit à petit remettre en cause ses convictions matérialistes, ce qui va entraîner par ailleurs la perte de sa crédibilité dans l'appareil d'État. Confronté à l'infertilité de son couple, à des hallucinations aux conséquences tragiques, Kali Tchikati va finalement se tourner vers les sciences occultes

Cette nouvelle ouvrant le recueil pose un thème qui va être récurrent tout au long de notre lecture. E. Dongala cible l'idéologie matérialiste mise en place par le gouvernement de Marien Ngouabi. Mysticisme ou scepticisme ; au début, le narrateur « se cantonne dans ce territoire flou où le croire et le non-croire n'arrivent pas à se partager, comme chez la plupart des gens qui reconnaissent les limites de leur connaissance. » Ce territoire flou est maintenu tout au long de la nouvelle puisque l'on ne sait pas réellement si les faits surnaturels relatés dans cette nouvelle sont le fruit de l'imagination de Kali Tchikati ou se réalisent vraiment. La nouvelle se conclut toutefois sur ces mots : « Je n'en doutais plus, l'Afrique avait ses mystères ».

 

 

 

 « Une journée dans la vie d'Augustine Amaya »

Augustine Amaya est une commerçante, mère célibataire de nombreux enfants. Tous les jours, elle traverse le fleuve pour se rendre au Zaïre et y acheter les marchandises qu'elle revendra ensuite sur l'autre rive. Suite à un changement des règles douanières, les autorités égarent ses papiers d'identité. Comme les jours précédents, Augustine se rend au poste de police afin de récupérer son moyen de subsistance. Elle se retrouve aux prises avec la bureaucratie et l'indifférence du fonctionnaire de police.

C'est une nouvelle que nous pouvons qualifier d'humaniste, trait commun à plusieurs nouvelles du recueil. En abordant la condition précaire de cette femme dont l'existence est suspendue au bon vouloir d'un fonctionnaire, l'auteur met en scène sa dignité face aux violences physiques et morales (notamment par son statut de femme divorcée) qu'elle subit. C'est aussi dans cette nouvelle que l'on retrouve une figure humoristique récurrente dans le recueil : il s'agit de l'image de l'immortel président mort ou assassiné, en référence au statut du président de la république (voir ci-dessous). Dans cette nouvelle, l'auteur aborde aussi le thème de la routine. La routine de l'attente au poste de police a remplacé celle de la traversée du fleuve.



« Le procès du père Likibi »

Un village est victime d'une longue période de sécheresse qui menace de se transformer sous peu en famine. Un paysan accuse le Père Likibi d'avoir arrêté la pluie au cours de la cérémonie de mariage de sa fille. Le pouvoir, alerté par le chef du village, organise un procès contre le Père Likibi pour son utilisation des sciences occultes. Zacharie Koninbua, membre du Comité Central, issu de ce village, est le président de ce procès.

Dans cette longue nouvelle, on retrouve le thème de la répression vis-à-vis de la sorcellerie, thème qui avait déjà été effleuré dans la première nouvelle. On retrouve encore l'ambiguïté sur l’efficacité réelle ou supposée de la magie. Le Père Likibi est-il réellement responsable de la sécheresse ? Ou est-ce un concours de circonstances ? Ici, le tribunal se trouve confronté à une contradiction. En effet, comment juger un acte qui est censé ne pas exister ? Par ailleurs, cette nouvelle est abordée avec un certain humour malgré son dénouement tragique. E. Dongala tourne en ridicule les membres du parti, personnifié ici par Zacharie Koninbua ; de ce dernier on dit « qu'il était professeur agrégé mais certains mauvais esprits prétendaient qu'il n'avait que son brevet d'étude ». Le Chef Mouko, chef du village et par ailleurs membre du parti s'illustre lui aussi : « Il fait chaud n'est-ce pas ? », question suivie de cette remarque du narrateur : « comme si en énonçant une évidence, l'évidence de sa propre sagesse ne serait que plus éclatante. » On retrouve la même figure quelques lignes plus loin : « Je vois que quelque chose te tracasse, continua le chef Mouko, utilisant encore l'évidence pour prouver sa sagacité de chef spirituel ». L'humour est aussi présent dans le décalage entre la personnalité de l'accusé et celle du président du tribunal. Le Père Likibi ayant côtoyé « Koninboua prénommé Zacharie » lorsque ce dernier était enfant, il règne une certaine confusion ; comment faut-il l’appeler : Fils ? Camarade ? Président ?

 

 

 « L'Homme »

Un homme s'est faufilé dans l'enceinte du palais présidentiel et a assassiné le président. La traque pour le retrouver est un échec mais son village est localisé, l'armée arrive...

Cette courte nouvelle aux accents tragiques est une dénonciation de la répression aveugle mais est aussi un hommage à la résistance du peuple et une nouvelle illustration de l'humanisme d'Emmanuel Dongala : « "L'homme", espoir d'une nation et d'un peuple qui dit NON, et qui veille... ». Nous nous trouvons encore une fois à la frontière du surnaturel avec cet homme insaisissable qui a réussi à s'infiltrer dans la forteresse qu'est le palais présidentiel. 
 

 

 

«  La Cérémonie »

Le narrateur, militant modèle, nous raconte les efforts qu'il a consentis pour gagner sa place de nouveau directeur de l'usine mais aussi sa déception lorsqu'il a appris qu'il n’occuperait pas cette fonction. Pour montrer toutefois sa dévotion, il réussit à être porte-micro pour l'intronisation du nouveau directeur. L'éclatement du pneu d'un taxi va changer sa destinée.

« La Cérémonie » est la nouvelle la plus longue du recueil. Ici encore l'humour est très présent malgré les thèmes graves qui y sont abordés. Le militant zélé est caricaturé ; il répète et interprète avec dévotion ce qu'on lui dit sans forcément tout comprendre, mélangeant les termes marxistes, tout cela avec pour seul but d'évoluer dans la hiérarchie. On trouve ici encore la dénonciation de la corruption, de la répression, mais aussi de la soumission aux élites qui ont changé mais qui se comportent de la même manière que les élites précédentes. 



 « Jazz et vin de palme »

Admettons que les extraterrestres débarquent sur la terre et la colonisent, que les membres de l'ONU aient à se creuser la tête pour réagir à cette invasion, que les extraterrestres se découvrent une passion pour le vin de palme et pour le jazz, et enfin, que la solution pour se débarrasser d'eux se trouve justement dans le jazz de John Coltrane et de Sun Râ. C'est ce que propose cette nouvelle éponyme.

C'est dans cette nouvelle que le jazz, musique de prédilection d'Emmanuel Dongala fait son apparition. C'est d'ailleurs le jazz qui constitue la solution à la colonisation extraterrestre. Solution que l'assemblée de l'ONU a été incapable de trouver auparavant. Nous pouvons trouver ici une illustration de l'apolitisme de ce recueil ; là où la politique n'a pas réussi à résoudre un problème, la musique y est arrivée. L'assemblée de l'ONU est d'ailleurs copieusement caricaturée, chaque représentant de chaque nation y va de sa proposition. Les États-Unis envisagent la stratégie du « tapis de bombes », tandis que l'Afrique du Sud propose de parquer les extraterrestres ainsi que « tous les noirs, tous les arabes, tous les Chinois, tous les Indiens d'Amérique et d'Asie, tous les Papous, tous les Malais, tous les esquimaux... », c'est-à-dire les trois-quarts de l'humanité comme le lui fait remarquer le délégué de la Namibie. C‘est encore une illustration de l'humour présent dans ce recueil mais nous pouvons aussi remarquer que le dernier mot revient au délégué kenyan qui propose de réunir les « anciens » extraterrestres et les « anciens » humains dans la tradition africaine. C'est une nouvelle charnière dont l'optimisme contraste avec les nouvelles précédentes.

 

 

 

Le recueil se termine sur deux nouvelles se déroulant à New York. Malgré des événements généralement moins tragiques que dans la majorité des nouvelles précédentes, l'ambiance y est plus sombre et l'humour moins présent.

 

« Mon métro fantôme »

Cette première nouvelle se déroulant à New-York nous plonge dans l'atmosphère poisseuse d'une station de métro remplie de personnages indifférents et anonymes, de distributeurs de Coca-Cola qui rendent sociable et de sentiments contradictoires.

Bien que très courte, cette nouvelle est représentative de l'atmosphère d'éternel recommencement qui se dégage du recueil. Tout d'abord par les allées et venues du narrateur dans la station de métro, mais surtout par ce métro qui ne s'arrête jamais : « Le train roule, j'ai peur, c'est un train express, un métro fantôme, il ne s'arrête pas, il ne s'arrête pas, il continue à descendre de cercle en cercle, à rouler, à rouler, à rouler... »
  


 « A love supreme »

John-Coltrane.jpgNous sommes en 1967. Le célèbre saxophoniste John Coltrane (J.C. comme il est désigné) vient de mourir. Le narrateur se remémore les moments passés avec lui en concert ou en discussion, sa descente aux enfers, son retour au succès.
 
Après avoir été béatifié par le pape dans la nouvelle Jazz et vin de palme, John Coltrane refait une apparition dans le recueil. Cette fois-ci, la relation décrite est bien plus intime. La musique a réussi à donner une « source de vie, un moyen d'élever les hommes pour qu'ils réalisent ce qu'ils souhaitent, mis en opposition avec le militantisme au sein du mouvement Black Power du narrateur, de sa femme et de ses amis. Tout au long de la nouvelle il est appelé J.C., nous pouvons voir ici une référence très claire à Jésus-Christ. Les termes utilisés, « créateur » ; par exemple, sont aussi des références transparentes au côté messianique. La création musicale de Coltrane est présentée par lui-même comme une « mission ». On ressort avec l'impression que tout comme il y a eu un avant et un après Jésus-Christ, il y a eu un avant John Coltrane et il y aura un après John Coltrane. Mais tout cela n'empêche pas l'histoire de se répéter, en écho au militantisme du narrateur contre les violences policières et dans le mouvement Black Power dans les années 60 ; la nouvelle se conclut ainsi : « Je fus ébloui un instant, non pas par le soleil, mais par le pare-brise d'une voiture de police qui précédait une ambulance : en face, un garçon noir de treize ans venait d'être tué par un agent de police blanc qui était en d'invoquer devant la foule de Noirs hostiles la légitime défense. »



Pour résumer

— Ce recueil est basé sur un humour souvent noir qui joue parfois sur le décalage et les retournements de situation (« Le procès du père Likibi », « la cérémonie »).

— L'humour est aussi utilisé comme une arme contre le pouvoir et le parti unique (« Le procès du père Likibi », « La cérémonie »...)

— Le comique de répétition y prend une place importante (« La cérémonie », l'image du président immortel mort ...).

— Ce recueil est aussi un recueil de la répétition et de la routine illustrées par la nouvelle « Mon métro fantôme ». Mais elle raconte plus globalement des fragments de vie, souvent tragiques ; après, la vie continue sans amélioration (« Une journée dans la vie d'Augustine Amaya », « A love supreme »...).

— Les croyances africaines tiennent une place importante dans l'intrigue (« L'étonnante et dialectique déchéance du camarade Kali Tchikati », « Le procès du père Likibi », « Jazz et vin de palme »).

— On trouve dans ce texte une tonalité humaniste (« Une journée dans la vie d'Augustine Amaya », « l'Homme »...)

Les nouvelles entre parenthèses ne sont que des exemples, tous ces traits sont régulièrement présents dans l’ensemble du recueil.

 

 

Romain, 1ère année Bib.-Méd.

 

 

Liens

Biographie d’Emmanuel Dongala :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_dongala
Biographie de Marien Ngouabi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Marien_Ngouabi

 

 

 

 

Emmanuel DONGALA sur LITTEXPRESS

 

 

Emmanuel Dongala Jazz et vin de palme

 

 

 

 

 

 Article de Camille sur Jazz et vin de palme.

 

 

 

 

emmanuel dongala johnny chien mechant

 

 

 Article d'Eva sur Johnny chien méchant

 

 

 

 

 

 

 

 

dej litt1

 

 

 

 

 

 

 

Déjeuner littéraire africain

aux Capucins (mars 2010)

 

 

 

 

 

 

 


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