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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 19:00
emmanuel dongala johnny chien mechant





Emmanuel DONGALA
Johnny chien méchant

Le serpent à plumes
Collection Motifs n°211
Mars 2007


   


















Nous sommes au Congo, terre africaine ravagée par les conflits, les milices d’enfants-soldats, et un pouvoir corrompu. Il fait chaud, la vie s’est arrêtée, chacun n’ayant autre but que de sauver sa peau, voire celle de sa famille, du moins ce qu’il peut en rester.
   
Deux visions de cette ambiance sinistre nous sont livrées à travers les yeux de deux adolescents, d’une part une jeune fille d’une quinzaine d’années, Laokolé, qui avec philosophie se bat pour survivre à ces massacres répétés, fuyant avec son jeune frère et sa mère amputée des deux jambes qu’elle transporte dans une brouette. On la suit dans cette fuite vers l’inconnu, échappant à des massacres, puis protégée par un organisme pour réfugiés, assistant ensuite à des événements d’une violence inhumaine. De l’autre côté, on découvre Johnny, dit Matiti Mabé, ou encore Chien Méchant, enfant-soldat du gang des Mata-Mata, qui pille, viole, tue tout ce qui se dresse sur son chemin, et cela sans aucun état d’âme. Pensant être un intellectuel, ce dernier trace sa route d’enfant-soldat avec une vision bien singulière des choses : il se créé ses propres lois, impose sa vision du respect ; c’est un enfant et pourtant il n’a d’autre choix que d’évoluer dans une atmosphère malsaine, agissant avec insouciance et immaturité.

  
 A plusieurs reprises ces deux adolescents vont se retrouver au même endroit, face aux mêmes situations ; ils nous livreront pourtant des récits bien différents, celui de la victime et celui du bourreau, mais toujours avec leur regard d’enfant impuissant face à une telle misère. C’est dans la scène finale que l’on assiste au face à face de ces deux victimes de la guerre. Qui sera le plus humain ? Qui sera le plus « intelligent » ?
   
Seul au monde, sans informations sur l’évolution de la situation, voici le chaos dans lequel le lecteur est embarqué aux côtés des milliers de victimes de ces guerres « tribales », mais la compassion n’y peut rien, c’est bien la réalité qui nous est décrite, sans extravagance, sans exagération. On comprend que les organismes humanitaires présents sur place sont dans l’impossibilité de prendre en charge cette masse de blessés, d’orphelins et de démunis. Un sentiment d’impuissance généralisée se fait sentir, comme si personne ne pouvait rien à ces massacres, et que seul le temps pouvait y mettre un terme. Une belle leçon de vie, ou plutôt de survie, pour nous, Occidentaux, qui ne pouvons pas imaginer un quart de ce que ces personnes ont pu vivre.

Emmanuel Dongala est un auteur au parcours singulier et aux activités diverses ; né en République Centrafricaine, il grandit au Congo, puis part faire des études en France et aux Etats-Unis. Il revient au Congo où il devient professeur de chimie à Brazzaville, mais les conflits le poussent à fuir à la fin des années 90. Il s’installe alors définitivement aux Etats-Unis où il enseigne la chimie et la littérature africaine francophone.

Eva Nonclercq, L..P. librairie


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