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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 12:00

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Emmanuel DONGALA
Le Feu des origines

Albin Michel, 1987

éditions du Rocher

Collection Motifs, 1983


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Feu des origines, comme le titre le laisse deviner, dépeint au lecteur l'Afrique Noire, traditionnelle. L'Afrique Noire des terres, qui a très peu de contact avec l'extérieur hormis les rivalités avec les tribus alentour. Quasiment rien ne change, les ancêtres sont toujours invoqués pour la maladie, les mariages, les serments. La semaine a toujours quatre jours ce qui fait que, bien sûr, les habitant du village vivent plus longtemps. En effet sur cette terre, le temps s'étire jusqu'à n'être qu'une succession heureuse de saisons sèches et de pluie, de naissances et de morts, de crue et de décrue du fleuve.

Seulement, ce n'est pas cela que veut nous montrer Emmanuel Dongala. Ce ne sont que les derniers instants de cette société traditionnelle : les événements vont s'enchaîner pour piétiner cette culture qui se transmettait par l'histoire des familles, les traditions et le Vieux Lukeni – pilier de cette microsociété.

Le premier mouvement à contre-courant de la société : la naissance du héros Mandala Mankunku (pour ne citer que deux de ses prénoms). Il naît un jour de saison sèche, au cœur d'une palmeraie déserte. Sa mère a pour premier geste de l'emballer dans une feuille de palmier qui deviendra son symbole, une sorte d'Excalibur pour provoquer les puissants du monde. Il est dit héritier d'un de ses ancêtres qui avait bravé les puissants et la tradition.

Comme elle a accouché seule, peu de personnes du village croient en la naissance de l'enfant. Un enfant qui a le double malheur d'avoir les yeux pers. L'enfant est rejeté : il ne ferait pas partie du commun des mortels ; s'il n'y a pas de naissance, alors il n'y a pas d'existence. Mandala Mankunku hésite même quant au fait qu'il lui soit possible de mourir. Cet épiphénomène aurait pu paraître une simple erreur de la Nature et la vie aurait continué son cours.

Cependant ce peuple de l'intérieur des terres va rencontrer l'Homme Blanc, élément destructeur majeur. Le colonialisme va bouleverser tous les équilibres. Le premier colon répète qu'il ne souhaite que la paix – et un peu de caoutchouc. Caoutchouc qui deviendra l'or de ces terres à explorer. Les chefs de clans tentent de résister mais beaucoup d'entre eux acceptent les broutilles ramenées par l'Européen comme des trésors et laissent leur peuple se faire exploiter. Après tout, du caoutchouc contre de cette eau vie qui fait tout oublier, l'alcool ? L'échange malsain leur paraît alors raisonnable.

Mandala, comme beaucoup d'autres, fait partie de ces hommes qui travaillèrent de force à l'exploitation du caoutchouc dans un premier temps puis à la construction des voies de chemin de fer par la suite. La résignation du chef du village de Mankunku, qui est son oncle maternel, révolte le jeune homme aux yeux pers. La confrontation est violente ; Mankunku (comme Œdipe tua son père) tue le chef du clan et accomplit ainsi son Destin. Il doit fuir son village, qui l'acceptait déjà avec peine. Une destination s'impose à lui : la ville.

La ville révèle au jeune homme bien des avantages : il se fond dans la masse, il est libre. Mandala Mankunku trouve un travail, celui de conducteur de locomotive, en écho à son passé de forçat. Le voilà entré dans le monde moderne. Le XXe siècle porte les derniers coups à ce qui fut un jour le monde de Mankunku. Cependant l'Homme Blanc n'est pas à l'abri de chuter de son piédestal. Les guerres, la décolonisation, autant d'événements qui promettent des changements irrémédiables.



Emmanuel Dongala a un style très délié, facile à aborder et pourtant très riche. Les premières pages sont envoûtantes ; on perçoit la chaleur de ce jour de saison sèche où Mandala vient au monde, les couleurs vives de la nature luxuriante. Sans plonger dans l'exotisme c'est un voyage réussi dans une Afrique perdue et qu'en tant qu'Européen on recherche toujours un peu. L'amour qu'Emmanuel Dongala porte à son pays permet d'aimer ce continent que, de nos jours, on aurait trop tendance à associer à la violence, à la corruption et à la misère.

Le plus grand talent de Dongala, à mes yeux, est de rétablir ce que l'on pourrait appeler un « équilibre historique » en redonnant à chacun son rôle dans l'histoire de la colonisation : le Blanc n'est pas tout noir et le Noir n'est pas tout blanc dans les changements brutaux de la fin du XIXe siècle. Personne n'en porte seul le poids : aucun portrait à charge n'est fait. Chacun doit porter une part de responsabilité, l'Histoire s'écrit à plusieurs. Même si le protagoniste est africain, son regard tend à être impartial puisqu'il est en partie rejeté par les siens et ne comprend pas les nouvelles règles du jeu colonial.

Il ne s'inscrit pas toujours dans la lutte, sa position première dans le monde est celle d'observateur.   Il est la figure du scientifique par excellence qui ne peut pas s'intégrer toujours au jeu politique et qui reste en retrait. C'est donc un regard profondément attachant que nous propose l'auteur. La vision de Mandala est celle de l'Homme, il n'y a de parti pris que pour l'Humanité. Notre protagoniste est sensible au monde qui l'entoure et croit avec ferveur que tout s'équilibre, il y a toujours poison et contrepoison. Même si Mandala peut apparaître au lecteur comme un personnage pessimiste en ce qu'il n'aime ni le passé ni l'avenir, il est un vecteur d'espoir. L'espoir d'un monde plus équilibré, où la compréhension du monde importe avant toute autre chose.  Il faut chercher la cohabitation de toutes les forces du monde.

Cependant, Mandala naît à un moment de bouleversements politiques qui font que l'héritage supposé de son ancêtre Mankunku reprend le dessus dans ses actes : Mandala devient alors une figure de résistance au pouvoir, mais au pouvoir sous toutes ses formes, dans toutes ses incarnations. Contre son oncle, contre l'impérialisme européen, contre les extrémistes.

En plus de sa position dans le jeu social, Mankunku est aussi un personnage inscrit dès sa naissance dans l'histoire, dans le temps. Il a une position de charnière, il naît pendant le passage d'une époque à l'autre. Le personnage principal est une mise en abyme de l’œuvre entière et même de l'histoire de l'Afrique : il connaît tous les changements, toutes les ruptures. Sa vie et l'Histoire ne font plus qu'un.

Sur un plan stylistique, dans le Feu des origines, nous abordons l'histoire avec un ton très proche de celui du conte. Emmanuel Dongala dédramatise la cruauté de ce qui arrive même si les mots restent efficaces. La tonalité du conte permet de s'approcher au plus près de la vision du personnage, assez naïf sur ce qui se passe dans sa vie, le bon comme le mauvais : certaines choses se passent sans qu'on veuille les changer et d'autres provoquent un émerveillement sans fin.

Le Feu des origines est un voyage historique très juste et surtout très poétique.


Clotilde P., 1ère année Éd/Lib

 

 

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