Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 07:00

Aline Weil est traductrice de romans, articles et essais de l’anglais et l’allemand vers le français, notamment pour les éditions Actes Sud, Calmann-Lévy ou encore  Siloë.  Nous n’avons pas pu la rencontrer directement car elle vit à Paris mais elle a accepté de répondre à nos questions par courriel.
bzn-okri-la-route-de-la-faim.jpg

Quel est votre parcours ? Avez-vous fait des études en lien avec la traduction ?
   
J'ai obtenu un baccalauréat A5 (trois langues vivantes) à Paris en 1977, et fait un DEUG de langues étrangères appliquées (allemand-espagnol) à la Sorbonne, en parallèle avec des études de théâtre. J'ai renoncé à faire du théâtre pour des raisons de santé, et après des études d'orthophonie, que j'ai laissées tomber, je me suis lancée dans la traduction.

Ruth-Rendell-Tu-accoucheras-dans-la-douleur.gif
L’anglais est-il votre langue maternelle ?
   
La langue que je traduis le plus (l'anglais - je traduis assez peu de l'allemand) n'est pas ma langue maternelle. La plupart des traducteurs traduisent vers leur langue maternelle (pour moi, le français) et non pas l'inverse, car un maniement aisé de la langue dite d'arrivée (ou cible) est aussi important, voire davantage, qu'une bonne connaissance de la langue de départ (ou source).


Est-ce votre profession « à part entière » ? Arrivez-vous à en vivre ?
   
Oui, la traduction est mon métier à part entière. J'arrive à en vivre, mais cela demande une discipline de fer, car c'est une profession assez mal payée qui nécessite de longues heures de travail pour être rentable. Il faut donc aimer ça et avoir la foi du charbonnier !


Sigmund-Freud-Malaise-dans-la-civilisation.gifChoisissez-vous les œuvres que vous traduisez ? Si oui, quels sont vos critères de sélection ? Y a-t-il des genres plus faciles à traduire pour vous ?
   
J'ai assez peu de marge de manœuvre pour choisir les œuvres que je traduis. Je n'ai pas suffisamment de propositions pour cela. Disons que je choisis plutôt les domaines dans lesquels je traduis : en ce moment, je me partage entre les romans policiers et de nouvelles traductions de Freud (c'est un peu un grand écart !). Les éditeurs pour lesquels je travaille me « proposent » des ouvrages à traduire, et en ce qui concerne Freud, j'ai choisi, certes, les livres que j'acceptais de traduire, mais mes critères de sélection étaient, en l'occurrence, basés sur la difficulté du texte (j'ai refusé tout ce que j'estimais trop difficile ou trop technique) ou sur sa qualité littéraire (on sait assez peu que Freud a un réel talent d'écriture).
   
Pour ce qui est des romans — pas seulement policiers, mais la littérature en général — je peux aussi choisir en fonction de mes coups de cœur. Une œuvre bien écrite, avec un sujet passionnant, est toujours plus agréable et plus facile à traduire (même quand elle est complexe), qu'un livre médiocre, avec une intrigue faible, et une écriture sans grand intérêt. On se trouve parfois dans la situation paradoxale où on traduit plus aisément un ouvrage très ardu, parce qu'on est porté par le style de l'auteur.

Parfois aussi, quand il faut bien vivre, la question du choix ne se pose pas. On accepte les propositions qui sont là, car elles ont le mérite d'exister.

Toutefois, on peut (et ça m'arrive de plus en plus) refuser un texte « qu'on ne sent pas », parce qu'on a la conviction qu'on ne pourrait pas le traduire au mieux et qu'il vaut mieux en laisser la traduction à un autre collègue.


Êtes-vous auteur vous-même ?

Non.
Alison-Weir-Alienor-d-Aquitaine.gif

N’est-ce pas trop difficile de devoir parler, écrire à la façon d’un autre ?

Non. En fait, c'est un travail d'interprétation, comme celui d'un artiste avec un morceau de musique. On peut aussi jouer sur des niveaux de langue très différents, et c'est un vrai plaisir.


Lorsque vous traduisez un texte, un roman par exemple, vous permettez-vous la réécriture de certains passages, ou suivez-vous scrupuleusement le texte ainsi que le style ?

Tout dépend de la qualité du texte. Comme je l'ai indiqué plus tôt, quand on a affaire à un texte de haute volée, il vous porte et on n'a qu'à suivre le style de l'auteur.

Mais face à un texte moyen, voire mauvais, on est obligé de réécrire certaines choses, pour pouvoir rehausser le niveau du livre. Plus un livre est médiocre, plus on réécrit.


Y a-t-il un travail fait en parallèle avec l’auteur, la possibilité de lui poser certaines questions, éclaircir certains points, ou faites-vous tout le travail seule ?

Le travail de traduction comporte souvent beaucoup de recherches. L'idée de base est qu'on doit les réaliser seul. Cela dit, quand certaines questions ne peuvent être adressées qu'à l'auteur, il arrive assez souvent qu'on le contacte. La plupart des auteurs sont tout à fait disposés à répondre à nos questions, et on peut, à la faveur de ces contacts, nouer avec eux des relations agréables, voire de vraies amitiés.


Trouvez-vous que le métier de traducteur soit vraiment reconnu en France, du fait qu’il ne soit pas cité sur les couvertures des livres par exemple ?
 

 

En fait, le nom du traducteur figure généralement sur la 4e de couverture. Il y a même une loi qui le stipule.

Pour ce qui est de la reconnaissance de ce métier, c'est un vaste sujet. La reconnaissance financière n'est certainement pas au rendez-vous. Mais il y a peu de métiers dans lesquels ce soit vraiment le cas.

Quant à la reconnaissance du travail en soi, le problème est complexe. Tous les traducteurs y ont réfléchi et, pour ma part, je dirais la chose suivante :

Il y a très peu de gens qui, de l'extérieur, comprennent vraiment ce qu'est une traduction : toutes les heures de travail, le fait que même si c'est un métier qui comporte des ficelles, des trucs et des techniques, il repose essentiellement sur l'intuition, l'empathie, le feeling et un certain talent artistique (je n'ai pas peur des mots).

De plus, la plupart des lecteurs peuvent difficilement se placer dans la situation schizophrénique dans laquelle ils sont à même de reconnaître deux auteurs à un texte. Quand on aime un roman, on a envie d'apprécier uniquement le talent de l'auteur. Le fait qu'un écrivaillon inconnu ait effectué le travail de passeur ingrat et impalpable qui consiste à transmettre le plus fidèlement possible l'âme et le style d'un texte est une chose qu'on n'a pas envie de savoir, ni d'apprécier, car on pense (même si on a tort) que cela diminuerait l'admiration que l'on porte à l'écrivain étranger.

Voilà pourquoi je pense (mais ça ne regarde que moi), que le traducteur, qui est par définition, un travailleur de l'ombre, n'obtiendra jamais la reconnaissance à laquelle il pourrait prétendre. Il faut donc en prendre son parti, et avoir une nature qui se prête à accepter cet état de fait.


Propos recueillis par Marion Guillouzouic et Laura Chantoin.

 

 

 

Bibliographie

 

 

Liste des ouvrages traduits de l’anglais

Romans

 La Route de la Faim, de Ben Okri (Nigeria - Booker Prize, 1991. Traduction nominée pour le prix Médicis étranger). Éditions Julliard, 1994. Collection Pavillons, Robert Laffont,  mars 1997.
Découvertes, d'Elspeth Sandys (Nouvelle-Zélande). Éditions Actes Sud, 1997.
L'Hiver du fer sacré, de Joseph Marshall III (États-Unis). Éditions du Rocher, 1997.
La Trace de l'ours, de Don Coldsmith (États-Unis). Éditions du Rocher, 1998.
Apprendre à voler, de Susan Johnson (Australie). Éditions Actes Sud, 1998.
Espèces protégées, de Ruth Rendell (Angleterre). Éditions Calmann-Lévy, 1999.
L'Ombre du loup, de Harry James Plumlee (États-Unis). Éditions du Rocher, 1999.
Sans dommage apparent, de Ruth Rendell (Angleterre). Éditions Calmann-Lévy, 2001.
Médecine blanche pour Crazy Horse, de Dan O'Brien (États-Unis). Éditions du Rocher, 2002.
Les Pavots rouges, d'Alai (États-Unis).  Éditions du Rocher, 2003.
Une coupe de lumière, de Nicole Mones (États-Unis). Éditions du Rocher, juin 2004.
La Forêt offensée, de Sallie Bissell (États-Unis). Éditions du Rocher, juin 2005.
Promenons-nous dans  les bois, de Ruth Rendell (Angleterre). Éditions Calmann-Lévy,  2005.
L’Agent indien, de Dan O’Brien (Etats-Unis). Éditions du Rocher,  2006.
La Justice des ténèbres, de Sallie Bissell (Etats-Unis). Éditions du Rocher, 2006.
Les Effets de lumière, de Miranda Beverly-Whittemore (Etats-Unis), Éditions du Rocher, 2007.
Le Pont suspendu, de Ramabai Espinet (Canada). Éditions du Rocher, 2007.
Appelle le diable par son nom le plus ancien, de Sallie Bissell (Etats-Unis). Éditions du Rocher,  mai 2008.
Heureux au jeu, de Lawrence Block (Etats-Unis). Éditions du Seuil, mars 2009.
Zone de tir libre, de C. J. Box (Etats-Unis), Éditions du Seuil, octobre 2009.
Tu accoucheras dans la douleur, de Ruth Rendell (Angleterre), Éditions des Deux Terres, octobre 2009.
Le Prédateur, de C. J. Box (États-Unis), Éditions du  Seuil, octobre 2010.
 

Biographies

Otto Rank : La Volonté en Acte, de E. James Lieberman. Presses Universitaires de France, 1991.
Louise Brooks, de Barry Paris. Presses Universitaires de France, 1993. (Traduction couronnée par le prix de la critique de cinéma et nominée pour le prix Maurice Edgar Coindreau).
Dostoïevski, les années miraculeuses 1865-1871, de Joseph Frank, Éditions Actes Sud, 1998. (Biographie littéraire de Dostoïevski consacrée aux années les plus productives de l’écrivain.)
Red Cloud, de Robert Larson. Éditions du Rocher, 2002.
Le Souvenir de tout ça. Amours, politique et cinéma. (Les mémoires de Betsy Blair, actrice et première femme de Gene Kelly). Éditions Alvik, 2004.
Aliénor d’Aquitaine. Reine de cœur et de colère, d’Alison Weir. Éditions Siloë, 2005.
La Lutte pour l'indépendance arabe. Riad et Solh et la naissance du moyen-orient moderne, de Patrick Seale, Éditions Fayard, février 2010. (Traduction réalisée en collaboration avec Dominique Letellier.)


Essais

Art

Dans les royaumes de l'irréel, de John M. MacGregor (La vie et l'oeuvre d'un artiste brut de Chicago). Édité par le Musée d’Art Brut de Lausanne.
Paul Signac, Réunion des Musées Nationaux, février 2001.
A table au XIXème siècle, de Bruno Girveau. Éditions des Musées Nationaux — Flammarion, Paris, octobre 2001.
Manet-Vélàzquez, Réunion des Musées Nationaux. Septembre 2002.
From Art School to Professional Pratice, Éditions AICA  Press, 2007.

 

 

Histoire

La Magie au Moyen Age, de Richard Kiechefer. A paraître aux éditions Eshel.
Histoire des Sioux. II. Conflits sur les réserves, de George E. Hyde. Éditions du Rocher, 1996.
Après un tel savoir, d’Eva Hoffman. Calmann-Lévy, Collection du Mémorial de la Shoah, 2005.
Relégué en page 7. Quand le New York Times fermait les yeux sur la Shoah, de Laurel Leff. Éditions Calmann-Lévy, Collection du Mémorial de la Shoah, 2007.


Psychanalyse

Pourquoi les enfants mentent, de Paul Ekman. Éditions Rivages, collection « Psychanalyse », 1991 (réédité sous le titre Les mensonges des enfants dans La Petite Collection Payot en 2007).
Les Forces de la destinée, de Christopher Bollas. Éditions Calmann-Lévy, 1996.
Dora s'en va, de Patrick Mahony. Éditions du Seuil, Les Empêcheurs de penser en rond, 2001.
Au-delà de la dépression : Deuil et mélancolie aujourd'hui, de Darian Leader. Éditions Payot, février  2010.

 

 

Sociologie politique

Désirs d'Irlande. Traduction de quatre articles : « L'immigré de l'intérieur », de Bob Quinn; « Langue, histoires et guérison », d'Angela Bourke; « L'art irlandais : un art du voyage et des bouleversements », de Liam Kelly; « Tu ne tueras point », de John Banville. Éditions Actes Sud, 1996.
Que sont les Indiens devenus ? de Ward Churchill. Éditions du Rocher, 1996.
Au nom du loup et des premiers peuples, de Joseph Marshal III. Éditions du Rocher, 1999.


 Articles

Art

Collaboration régulière  avec Beaux-Arts magazine  et l’Association Internationale des Critiques d’art.

 

 

Cinéma

« Réflexions sur notre temps », Milos Forman, La Revue des deux mondes, octobre 2000.

 

Ecologie

« Espèces en voie de disparition : le processus s'emballe », de Edward O. Wilson, Courrier de l'Unesco, mai 2000.

 

 

Histoire

« FBI contre Hippies », « Abbie Hoffmann et le procès de Chicago, 1969-1970 », de Sam Leff ; « Hippies, années 60 », de Robert Skippon; « Mao Zedong - Révolution sans fin », de Philip Short. Parus dans Le siècle rebelle, d'Emmanuel de Waresquiel, aux éditions Larousse en mars 1999.

 

 

Poésie

« L'esprit du futur », de Ben Okri, paru en 1994 dans Le Nouvel Observateur, album anniversaire 1964-1994, « 240 écrivains racontent une journée dans le monde ».

 

 

Psychanalyse

« Utopie et certitude ou le doux-leurre de la certitude », de Miguel Benasayag. Paru dans Matériaux pour l'histoire de notre Temps, janvier-mars 1987, Bibliothèque de documentation internationale contemporaine. (Traduction de l'espagnol en français.)

 

 

Psychiatrie

« Incidence de la présence du caractère dépressif de la mère sur la relation mère-enfant ». Devenir, Revue Européenne du Développement de l'Enfant.

 

 

Sociologie

« A chacun son instruction », de Jeff Archer, Courrier de l'Unesco, juin 2000.

 

Liste des ouvrages traduits de l’allemand

Histoire du roman policier allemand, 1995.
Morceaux choisis du Tableau biographique de deux mondes (Ein Lebensbild aus zwei Weltteilen, Springer, Berlin, 1880) de Justus Erich Bollmann, in : Talleyrand, le prince immobile, d'Emmanuel de Waresquiel, Éditions Fayard, 2003.
Malaise dans la civilisation, de Sigmund Freud. Éditions Payot, septembre 2010.
Deuil et mélancolie, de Sigmund Freud, à paraître aux Éditions Payot en janvier 2011.

 

 

 

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Marion et Laura - dans traduction
commenter cet article

commentaires

did 01/01/2012 15:46

bonjour
si cela est dans vos projet
qu en pensez vous traduire un nouveau livre de c.j.box
étant fan des aventures nature whritting de picket

merci pour les traductions déjà effectué

Recherche

Archives