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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 19:00











Entretien avec Brigitte GIRAUD
pour Une année étrangère


















Née en Algérie en 1960, Brigitte Giraud fait des études d’anglais et d’allemand. Elle exercera plusieurs métiers, journaliste, libraire, traductrice mais c’est en tant qu’auteure qu’elle s’impose avec de nombreux romans et nouvelles :

La chambre des parents, Fayard, 1997.
Nico, Stock, 1999 ; Livre de poche en 2001.
A présent, Stock, 2001 ; Livre de poche en 2003.
Marée noire, Stock, 2004 ; Livre de poche en 2005.
J’apprends, Stock, 2005 ; Livre de poche en 2007.
L’amour est très surestimé, Stock, 2007.
Avec les garçons, Éditions Alphabet de l’espace, 2009.
Une année étrangère, Stock, 2009.


Une année étrangère

Laura, une jeune Française de dix-sept ans décide de partir en Allemagne en tant que fille au pair. Elle intègre la famille des Bergen mais au départ, sa mission est mal expliquée ; Laura a du mal à comprendre l’ensemble des conversations et n’est pas très expressive. Pour compenser ce manque, elle va faire le maximum des tâches dans la maison, va seconder Madame Bergen qui, apprend-on plus tard, a un cancer du sein. Chaque matin, elle accompagne Susanne, la cadette de neuf ans pour l’école, prépare les petits déjeuners, repasse le linge, promène le chien et s’ennuie. Ses maigres sorties, dans cette petite ville du nord de l’Allemagne, l’amènent à la bibliothèque où elle entreprend la lecture de la Montagne Magique de Thomas Mann. Petit à petit, elle se rapproche de Thomas, l’autre enfant des Bergen, qui représente le frère qu’elle a perdu. Finalement, cet exil n’est qu’un prétexte pour échapper à sa famille qui se déchire en France. Le mensonge sera omniprésent, à la fois envers sa famille et envers ceux qui l’accueillent. L’éloignement d’une part et l’incompréhension d’autre part sont véritablement les causes de ces mensonges. Un jour, elle rencontre le père de Monsieur Bergen, un ancien soldat allemand qui a vécu à Paris quelque temps et qui parle en français à Laura. Cette rencontre ne la laissera pas indifférente. Par la suite, elle viendra même remplacer totalement Madame Bergen quand celle-ci se fait hospitaliser, d’abord dans la voiture à la place du passager, auprès des enfants, et finalement dans la maison avec Monsieur Bergen.



Entretien

Depuis votre deuxième roman, Nico, vous publiez vos livres dans la collection «la Bleue » chez Stock. Quels sont vos rapports avec cette maison d’édition et comment êtes-vous entrée en contact avec elle ?


Je suis toujours fidèle à Stock, j’ai envoyé mes manuscrits dès le début et je n’ai pas du tout l’intention de quitter cette maison. Le directeur de la collection, Jean-Marc Roberts est vraiment très présent pour ses auteurs et on est très bien traité, il n’y a aucune raison de partir.

Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire Une année étrangère ? Quelle est votre source d’inspiration ?

J’ai été moi-même jeune fille au pair en Allemagne au début des années 1980. Et j’ai étudié l’anglais et l’allemand à l’université ; donc la question de la langue était très importante pour moi. C’est l’idée et le pouvoir des mots que je retranscris dans ce livre.

Y a-t-il une part autobiographique dans ce roman ?

Très peu, c’est surtout le contexte.  C'est-à-dire des choses qui pourraient parler de ce dont je parle parce que j’ai vraiment vécu cette situation de jeune fille au pair. C’est la barrière de la langue, le dépaysement, le sentiment d’être étranger, la difficulté à communiquer, et c’était dans l’Allemagne avant la chute du mur, ça c’est important. Par contre, ce que je raconte après dans le livre, c’est un roman et c’est inventé à partir de cette expérience.

Il y a quelque chose qui m’a beaucoup intriguée, c’est que votre personnage principal lise Mein Kampf ; c’est quand même quelque chose d’assez « tabou » entre la France et l’Allemagne et là vous en parlez sur plusieurs paragraphes de façon libre. Est-ce que c’était important pour vous de connaître les racines de l’Allemagne ?

J’étais dans cette famille et j’avais trouvé un exemplaire de Mein Kampf ; donc j’avais commencé à le lire mais c’était en allemand gothique enfin c’était très difficile à déchiffrer et je m’étais promis un jour, plus tard, une fois adulte de lire Mein Kampf en intégralité. Donc j’étais quand même très liée au personnage et je ne pouvais pas me permettre de parler d’un livre que je n’avais pas lu. Je l’ai lu en parallèle avec l’écriture du livre. J’avais besoin de comprendre aussi comment un pays comme l’Allemagne passe d’une pensée humaniste de Thomas Mann à l’idéologie d’Adolphe Hitler, de l’Allemagne nazie. Et aussi simplement, parce que Mein Kampf est dans pratiquement toutes les familles allemandes. Comme je dis dans le livre, l’Etat l’a offert quasiment à tout le monde, et moi je ne savais pas dans la famille où j’étais, s’il fallait que j’en tire des conclusions ou pas, et dans le livre j’ai eu envie que Laura se pose les mêmes questions. Il faut savoir que le livre est interdit en Allemagne alors qu’il est en vente libre en France mais le libraire n’a pas le droit de le montrer.

Est-ce que vous écrivez pour faire passer des idées, ou un message ?

Pas directement, parce que quand je commence un roman, je ne sais pas exactement où je vais mais là, dans ce livre, c’était important pour moi d’essayer de comprendre ce que c’est d’être étranger. C’était important aussi de poser la question de tout ce qui est en lien avec l’idéologie nazie c'est-à-dire qu’est ce que c’est que ce livre, dès le départ, et le livre pose la question finalement : aujourd’hui est-ce qu’il faut lire le livre ? Moi je suis de l’avis qu’il faut lire le livre, il faut le lire absolument si on veut retirer des enseignements. Parce que dans Mein Kampf il ne parle pas que du racisme mais aussi comment manipuler le peuple. C’est presque un manuel, une méthode et je crois que c’est important.

Vous êtes sur la liste du prix Fémina, qu’est-ce que cela représente pour vous ?



J’avais déjà eu un livre qui était sur la liste du prix Fémina, c’était A présent, je ne l’avais pas eu. C’est important pour moi, même s’il n’ira probablement pas jusqu’au bout puisque c’est Jean-Louis Fournier, un auteur Stock qui l’a eu l’an dernier. Mais cela me fait plaisir de sortir des 645 romans de la rentrée littéraire. Mon précédent livre avait eu le prix Goncourt de la nouvelle aussi.




Vous êtes partenaire d’un salon du livre ?

En fait, oui, j’ai travaillé longtemps pour une manifestation littéraire dans la région lyonnaise qui s’appelle la Fête du livre de Bron, j’étais chargée de programmation pendant plus de quinze ans ; là je travaille toujours avec eux. J’ai travaillé avec des personnes comme vous qui faisaient l’Iut de Grenoble. J’ai eu plusieurs stagiaires donc je connais bien cette formation. Aujourd’hui, je participe au salon comme conseiller littéraire c'est-à-dire un petit plus en retrait puisque là j’avais besoin de temps pour terminer l’écriture de ce livre.

Comment se passent les rencontres avec vos lecteurs ? Est-ce important pour vous ?

Je suis un peu « sauvage » (dit-elle en rigolant) c'est-à-dire que quand j’écris un livre j’ai besoin de solitude, d’isolement, de concentration, de doutes. Et là, quand un livre paraît, là c’est la première fois que j’accompagne vraiment un livre puisqu’avant je travaillais beaucoup, je n’avais pas le temps, mais en fait c’est la seule occasion pour échanger avec les lecteurs, qu’ils me disent ce qu’ils en pensent ; donc finalement je découvre mon livre, je vois des choses que je n’avais pas vues en l’écrivant.

Est-ce que vous avez des idées pour votre prochain roman, des pistes ?

Oui, mais je ne peux pas encore vous dire lesquelles. J’ai plusieurs possibilités, là ca va faire pratiquement un an que je n’ai pas écrit de livres, que j’ai rendu mon livre et j’ai besoin de repos avant de commencer un autre livre. Le prochain commence à vivre de façon mentale, c’est important avant d’entamer le processus d’écriture. Cela me fait très peur de commencer à écrire, être confronté à soi-même. J’ai exprimé ce sentiment pour le blog de Martine Laval, cette peur de la première phrase. [http://www.telerama.fr/livre/brigitte-giraud-la-couette-manosque-une-nouvelle-inedite,47212.php]

Comment vous positionnez-vous par rapport au livre numérique en tant que libraire mais aussi en tant qu’auteure ?

Cela ne m’emballe pas. Si les auteurs n’arrivent plus à avoir leurs droits d’auteurs, il n’y a plus de livres ! Il faut absolument protéger le droit d’auteur.



Cet entretien fut suivi d’une conférence et voici quelques mots supplémentaires
de l’auteure  :

Ce livre aurait pu s’appeler « Les Mots étrangers » mais le titre était déjà pris par un auteur franco-grec.

S’il n’y a pas de chapitres, c’est parce que pour moi entrer dans l’écriture c’est vivre avec le rythme. Il n’y a pas forcément de chapitre dans notre vie. Laura vit et ne sait pas ce qu’elle fera le lendemain.

Laura a le même prénom que la sœur de Nico (dans Nico), car la Laura de Nico je ne m’en étais pas détachée totalement. Elle reviendra peut-être dans un prochain roman.

Je n’écris pas avec des idées, je n’écris pas avec la tête mais de façon intuitive, de l’ordre du corps. « Comment vivre ensemble ? » c’est le thème de tous mes livres ou comment trouver sa place. Ce sont des questions qui m’animent.

Entretien réalisé par Charlotte, Licence professionnelle

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Published by Charlotte - dans Entretiens
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