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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 07:10

à la librairie BD Fugue
Bruno-Loth-bd-Fugue.JPGPhoto Bd fugue

 

Auteur du cycle de bande dessinée Ermo, il se consacre aujourd’hui à l’histoire de son père dans Apprenti et Ouvrier. Au programme : couleur, anarchisme et autoédition.



Comment vous est venue l’envie de faire de la BD ? Comment passe-t-on de l’univers de la publicité à celui de la BD ?

Depuis tout petit, j’ai eu envie de faire de la BD. Vers l’âge de 22 ans, grâce à des projets de bandes dessinées, je suis entré dans des agences de pub, jusqu'à 40 ans. J’ai passé pratiquement 20 ans à me « prostituer pour le grand capital ».
 
En 1999, il y a eu la grande tempête, ça fait un peu vieux combattant de raconter ça, et ma maison a été inondée : plein d’originaux ont été détruits, j’étais complétement déprimé. Plein de gens du village où j’habite n’avaient pas été inondés et sont venus chez moi, pour m’aider à nettoyer. À ce moment-là, j’ai senti qu’il y avait un bouleversement dans ma vie. Toute cette générosité, je la ressentais tellement que j’avais besoin de la retransmettre ; j’avais besoin de changer ma vie, d’arrêter de travailler pour la pub. Je me suis dit : « il faut que je fasse ce que j’ai toujours aimé, c'est-à-dire de la bande dessinée ».

 

Vous avez créé votre propre maison d’édition, Libre d’images, pouvez-en dire plus sur votre démarche ?

Ermo a été ma première BD autoéditée. Je n’avais pas du tout envie de retourner au grand capital, c'est-à-dire aller voir des éditeurs. En plus, Ermo, c’est une bande  dessinée qui parle d’anarchistes catalans. Donc, j’ai lu beaucoup de bouquins sur l’anarchie, et je me suis dit qu’il y avait peut être d’autres choses à essayer et d’autres voies que celle du capitalisme. Je me suis lancé dans une autoédition : je diffusais moi-même, sans passer par les libraires, mais en passant par des salons de BD. Je vendais en direct, j’avais un accès direct au public et non pas à travers le libraire.

Il faut savoir qu’avant le libraire il y a les diffuseurs, les distributeurs, toute une chaîne qui est assez lourde quand tu montes une maison d’édition. C’est 60% de ton prix de vente qui part là-dedans. Moi je n’avais pas les moyens de faire ça et pas l’envie, j’avais envie de passer par d’autres chemins, l’autoédition en était un.

 

Pourtant Apprenti et Ouvrier sont diffusés en partenariat avec la Boîte à bulles ?

Oui, c’est une coédition avec la Boîte à bulles. Ce qui m’embête chez les éditeurs c’est l’exploitation des auteurs. Si on peut éviter d’être exploité c’est pas mal, ce n’est pas les exploitants qui vont arrêter d’eux-mêmes.

Quand la Boîte à Bulles sont venus me voir pour éditer le tome 3 d’Ermo, j’ai dit non, parce qu’il n’avait pas à être chez un éditeur et je n’étais moi-même pas prêt à être chez un éditeur.

Deux ans plus tard, la Boîte à Bulles est revenue en me disant : « si tu as un autre projet, on est preneur ». J’avais justement un autre projet, celui d’Apprenti, j’ai demandé quelle forme de contrat ils me proposaient. Je n’avais pas envie d’être exploité comme le sont les auteurs notamment chez les petits éditeurs. Ils ne peuvent pas faire autrement que de ne pas payer les auteurs : c’est un cercle vicieux. Ils aimeraient bien, mais ils ne peuvent pas parce qu’ils n’ont pas de bénéfices suffisants sur chaque album, ou du moins ils ne s’en donnent pas les moyens. Avec Apprenti, j’ai fait un contrat de coédition qui me permet de dégager plus pour moi-même.

 

Donc vous n’avez pas le projet d’éditer quelqu’un d’autre ?

Si, mais ça se ferait dans l’aide à l’édition. Si je peux donner un jour un coup de pouce à quelqu’un pour qu’il fasse son propre album et qu’il s’autoédite, pourquoi pas. Mais éditer moi quelqu’un, je ne pourrais pas, je ne saurais pas vendre ces livres aussi bien que mes propres livres. C’est une question de savoir-faire. Je ne sais vendre que mes livres parce que j’en suis passionné et que je peux en parler, répondre au gens en faisant des dédicaces. Mais vendre le bouquin d’un autre je ne suis pas sûr de savoir le faire. C’est un métier différent.

 

Plusieurs membres de votre famille sont des artistes en herbe, à commencer par votre père que l’on voit sans cesse en train de dessiner. Votre famille vous a-t-elle communiqué cet amour de l’art ?

Oui, tout à fait. D’ailleurs, dans Ouvrier, on parle de l’oncle Raoul, un sacré gus, qui avait fait de la peinture aux Beaux-Arts. Moi même, j’ai une fille qui vient d’être diplômée des Beaux-Arts. Quand on est petit et qu’on voit les autres dessiner, mais c’est aussi valable pour d’autres formes d’art, comme la musique, on devient soi-même un artiste, un musicien, même si on n’en fait pas véritablement une carrière, mais au moins on aime la musique.

entretien-Bruno-Loth-1.jpg 

Ce goût pour la BD vous a également été communiqué par votre famille ? Quelles sont d’ailleurs vos influences ?

Oui, je suis tombé tout petit dedans. La BD est un peu liée à Apprenti et Ouvrier, puisque c’est du travail que mon père me ramenait des BD de la bibliothèque du CE. C’est comme ça que j’ai découvert mes premières bandes dessinées, Astérix, Tintin ; j’étais aussi abonné à PIF, les classiques. À l’époque, il n’y avait pas autre chose. C’est à l’adolescence que j’ai découvert des bandes dessinées dans des revues comme Métal Hurlant et À suivre. Ça a été un choc. Grâce à À suivre, j’ai eu accès aux BD de Tardi qui m’a beaucoup influencé, au niveau graphique mais aussi finalement au niveau politique, puisque Tardi est proche des anarchistes et moi aussi…

 

 

 

             (Ouvrier, p. 7)

 

Plusieurs de vos personnages évoquent leur vision de l’art ; est-ce une manière d’exposer votre point de vue par l’intermédiaire de leur voix ?

C’est difficile à expliquer, c’est ce que j’imagine qu’ils pouvaient se dire. Mon père ne se rappelle pas les dialogues de l’époque, ou ce dont ils parlaient. Je sais qu’ils parlaient beaucoup de peinture, mon père me l’avait dit. J’ai refait des dialogues au travers de ce que pouvaient penser Raoul, Marceau ou mon père. Ils sont très influencés par leur oncle. Quand ils étaient tout petits, ils passaient du temps à regarder leur oncle peindre ou dessiner.

 

entretien-Bruno-Loth-2.jpg(Ouvrier, p. 99)

Et pour ce qui est de cette planche, où Jacques et Marceau évoquent l’importance de la couleur…

 

C’est vraiment une moquerie des dires de mon père. Mon père pense que tout s’apprend, on ne peut pas faire des trucs par soi-même. Avant de pouvoir faire de la peinture, il a lu dix bouquins théoriques sur la peinture. Il en parle avec l’oncle à un moment : «  Tu sais, tonton, j’ai lu pas mal de bouquins sur la peinture ». L’oncle lui répond : « les bouquins, c’est bien mais il faut avant tout avoir l’œil ». Moi, je suis plus proche de l’oncle Raoul : je suis entièrement autodidacte et instinctif dans ce domaine-là.
 

 

entretien-Bruno-Loth-3.jpg(Apprenti, p. 25)
 

 

Pourquoi avoir choisi le noir et blanc et l’ajout de rares touches de couleurs ? J’ai lu dans un entretien que vous vous étiez inspiré de Guernica de Picasso…

C’est une anecdote, ça ! J’avais fait Ermo entièrement en couleur, et je trouvais que ça n’allait pas dans l’ambiance du contexte de la guerre d’Espagne. J’ai eu l’idée de supprimer les couleurs et d’arriver à une BD grise, à laquelle j’ai rajouté du rouge. Sur le moment, je n’ai pas pensé à l’histoire de Guernica. Quand il a voulu créer Guernica, Picasso n’a eu accès qu’à des images en noir et blanc. Ensuite il s’est fait sa propre image de Guernica en noir et blanc et il voulait rajouter une larme de rouge, mais il a renoncé. C’est là qu’en plaisantant je dis que je suis plus fort que Picasso, parce que j’ai réussi à rajouter du rouge. Je plaisante. Sa démarche est intéressante parce que je me suis dis que pour replacer l’histoire dans le contexte de la guerre et dans le temps passé, le faire en noir et blanc, c’est significatif. Au niveau graphique, quand on voit du noir et blanc, on se situe toujours dans le passé. Une espèce de reflexe de Pavlov.

 

Comment choisissez-vous la couleur à insérer dans un dessin ? Quelle symbolique attachez-vous à la couleur ?

J’ai toujours une idée cachée derrière la tête par rapport à la couleur. Dans Apprenti et Ouvrier, il y a plusieurs parties. Dans les parties qui se passent à l’usine c’est des couleurs froides à dominante bleue, avec du gris. Mon père me disait que quand il était à l‘usine, pour lui, c’était la froideur de la mort. Dès qu’il sortait de l’usine, il tirait le rideau, c’était la joie de vivre qui revenait. Là on est dans les couleurs marron. Le troisième passage est celui avec le Front Populaire et les manifestations, la colère : là il y a du rouge qui apparaît. C’est toujours symbolique. Comme dans Ermo avec le rouge et noir, couleurs des anarchistes de la C.N.T. – F.A.I., de la guerre d’Espagne.

 

Pourquoi ne pas être resté à ces couleurs ? Dans Ermo, on voit dans le tome 4 et 5 d’autres couleurs apparaître, comme l’orange, le violet ou le jaune ?

Ça m’a démangé de rajouter des couleurs symboliques. C’est toujours pareil, c’est dans le symbole. Je voulais rajouter les couleurs du drapeau espagnol républicain que personne ne connaît. Rouge, or et violet. Dans les premiers tomes, comme je n’avais pas mis de jaune et de violet, le drapeau espagnol apparaît rouge, blanc et noir. Personne ne le voit, ce drapeau. Quand je suis passé au tome 4, j’avais cette volonté de mettre le drapeau en couleur. D’ailleurs au début du tome 5, la première page, c’est une marionnette qui représente l’Espagne, drapée dans le drapeau espagnol. 

 

entretien-Bruno-Loth-4.jpg(Ermo, t. 5, p. 03)


On sent une évolution dans le dessin entre Ermo et Apprenti, notamment Franco…

C’est tout bête, c’est une question de technique. J’ai fait l’encrage d’Ermo au porte-plume et l’encrage d’Apprenti a été fait au pinceau. Mais il y a quand même une évolution dans Ermo du premier au dernier. D’ailleurs dans le tome 6, je reviens à la tête d’Ermo du tome 1. Ce n’est pas voulu. En dessinant petit à petit, je suis poussé vers une forme de réalisme. Dans le dernier, je me suis fait violence pour revenir au début d’Ermo.


entretien-Bruno-Loth-6.jpgentretien Bruno Loth 5

 

(Ermo, t. 5 p. 05 et Ouvrier, p. 31)

 

 

Comment travaillez-vous le dessin à proprement parler ? À partir de photos, d’archives ou d’après votre imagination ?

Il n’y a que de l’imagination, enfin… J’ai pris de la documentation, des vieilles photos et je redessine certaines choses. Je ne pourrasi pas faire un décor en me disant : c’est complétement inventé. J’invente par rapport à des données que je sais exactes dans le disque dur de mon cerveau. Je sais qu’à cette époque c’était comme ça même si la rue n’a pas vraiment existé ; c’est une rue des années 30, ça ne serait pas une rue de 2012.

Pour l’Espagne c’est pareil, je vais chercher des photos dans des bouquins sur l’Espagne des années 30, mais je vais aussi sur place. Une ville comme Bordeaux ou Barcelone, ça se sent de l’intérieur, il faut y être, s’y balader pour que ça soit crédible. Je crois que c’est ça qui est important, il ne suffit pas de prendre une photo, de la décalquer et puis hop, on a la vue qui apparaît. On reconnaîtra certainement un monument ou un truc comme ça mais pas l’ambiance d’une ville, elle doit être vécue de l’intérieur. En plus, à Madrid ou Barcelone, il y a énormément de choses de cette époque qui sont restées.

 

Justement, il y a une scène très marquante dans Ermo, sur une place de Barcelone, avec le bruit des mitrailleuses…

C’est la scène qui se passe autour de la statue de Colomb ? J’ai été touché par ce lieu. En allant à Barcelone, j‘avais prévu de faire cette scène, j’avais tous mes plans. Quand j’ai vu les bâtiments autour et la statue de Colomb, je me suis aperçu qu’il y avait encore des impacts de balles de l’histoire que j’allais raconter.

entretien-Bruno-Loth-7.jpg(Ermo, t. 2 p. 40)

Vous avez des personnages très marqués : l’oncle Raoul dans Ouvrier, Bertin et la troupe de copains, mais surtout dans Ermo, notamment Fina, Luz, Sidi… Quelles ont été vos sources d’inspiration pour ces hommes et ces femmes pleins de caractère ?

 Ce sont des femmes espagnoles qui sont le contraire de la majorité des femmes de l’époque parce qu’elles sont engagées. Avant le coup d’état et la révolution anarchiste, la soumission était le propre de beaucoup de femmes. Celles que l’on voit dans Ermo ne ferment pas leur bouche, elle ont des idées et ont envie de les transmettre. Autant Fina, Luz que Carmen, l’ancienne prostituée qui devient militante, des mujeres libres ou Frederica Montseny, première femme ministre en Europe (sans compter la Russie) sont des femmes de caractère. Ça m’a plu de raconter ça parce que c’est contraire de l’image soumise de la femme en Espagne. L’émancipation de la femme était une des choses que demandaient les anarchistes, même si parmi ces anarchistes il y avait beaucoup de machos et beaucoup de femmes se sont battues pour se faire reconnaître.

entretien Bruno Loth 8entretien-Bruno-Loth-9.jpg

 

(Ermo, t. 4 p. 35 et 36)

 

 


 
Comment vous est venu l’envie de faire un livre sur votre père ? Comment est né ce projet ?

J’ai fait Ermo après la mort de mon beau-père. C’était un hommage aux républicains espagnols. Je n’avais jamais eu l’idée de faire une BD sur mon père. Jusqu’au jour  où mon père, qui avait 82 ans à l’époque, me dit : « j’en ai marre de vivre, je n’ai plus de but dans ma vie ». Ça ne m’a pas plu du tout d’entendre ca. J’ai eu envie de le secouer, de lui trouver un but. Puisque j’avais fait un hommage à mon beau-père pourquoi pas en faire un à mon père.

Je lui ai proposé de raconter ses histoires, ses anecdotes qu’il racontait tous les dimanches lors des repas de famille, sur la guerre et le front populaire, les histoires de famille avec Raoul, Marcel. Ces histoires je les connaissais par cœur, sans vraiment les connaître puisque je ne les remettais pas dans le contexte.

Quand je lui ai dit que j’allais raconter son histoire pendant le Front populaire, il m’a répondu que l’histoire d’un ouvrier n’allait jamais intéresser personne. En partant de ce constat,  j’ai voulu lui prouver que sa vie était aussi intéressante.

 

Ce sont des souvenirs assez personnels qui se gardent généralement dans la famille, pourquoi avoir rendu cela public ?

Je voulais faire la BD, je ne me suis pas posé la question de la publication parce que pour moi c’était logique comme pour Ermo.

 

Comment s’est déroulé le travail avec lui ? Comment avez vous fait le tri dans les souvenirs qu’il vous a racontés ?

 C’était génial de travailler avec mon père. Pour le tri dans les anecdotes, j’ai fait ce que j’ai voulu. Je voulais que les anecdotes racontent une histoire. Donc, je suis parti de la trame de l’Histoire, du Front populaire à Bordeaux qu’il fallait mettre en fond, et après j’ai essayé de caser toutes les histoires dans une chronologie qui n’est pas forcément réelle : je changeais l’ordre des anecdotes si une histoire passait mieux avant une autre. En plus de ça, je n’avais pas forcement le datage de toutes ses anecdotes.

 

Vous dessinez les souvenirs de votre père d’après l’idée/l’image que vous vous en faites, quelle a été sa réaction lorsqu’il a vu la BD ? Est ce qu’il ne s’est pas senti trahi par le rendu ? N’y a t-il pas eu d’ailleurs cette peur de trahir ses souvenirs ?

Le scénario a évolué petit à petit. Je montrais des bouts à mon père au fur et à mesure que je faisais des pages ; je lui faisais constater si c’était bien comme il avait vécu les événements. Bien souvent, il y a eu des modifications de sa part quand il y avait des choses qui n’allaient pas. Comme il dessine, il a pu me dessiner des éléments comme les machines-outils : je suis parti de croquis qu’il m’avait faits et de photos.

entretien-Bruno-Loth-10.jpg(Apprenti, p 11)

L’engagement social et politique est très présent dans votre œuvre, avez vous envie de faire passer un message, ou de susciter des vocations  ?

Ça ne m’intéresse pas de faire une BD sans engagement social. Avec ma compagne, on a vu pas mal de films belges. Autant dans le cinéma des frères Dardenne que dans celui de Delépine, on trouve toujours derrière un engagement social qui me paraît important de nos jours. Moi j’ai envie de faire une BD en faisant passer un message, j’ai envie qu’à la fin, la personne qui l’ait lue se sente concerné, qu’elle ait appris quelque chose si ça concerne l’Histoire.

 

Au fond pourriez vous faire une BD sans évoquer l’engagement social, politique ? Est-ce que vous avez des projets de travaux issus tout droits de votre imagination, sans appui sur la famille ?
 
Mon prochain projet c’est une histoire encore plus tournée vers la politique, toujours dans les années 30. Ça fait un bon moment que j’étudie les rapports entre Buenaventura Durruti, le leader anarchiste espagnol, et Makhno, leader anarchiste ukrainien dont la plus grande victoire a été de conquérir toute l’Ukraine en 1917, lors de la révolution inconnue, une révolution anarchiste. Tous les deux se sont rencontrés à Paris ; Durruti travaillait comme mécanicien aux usines Renault et Makhno sortait de prison. C’est cette rencontre que je voudrais raconter.


Marine L., AS Bibliothèque

 

 

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 Entretien avec Bruno Loth réalisé en 2008

 

 


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Published by Marine - dans Entretiens
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