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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 07:00

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Corinne Maier, l’auteur de No kid, a accepté de répondre à mes questions sur son ouvrage qui a fait polémique lors de sa sortie. Paru en 2007, No kid est un essai articulé en 40 points qui sont en fait des raisons de ne pas avoir d’enfants


Mère de deux enfants, elle dénonce les diktats de la parentalité parfaite et le culte de l’enfant roi qui inondent la société actuelle. L’enfant est ennuyeux, l’enfant coûte cher, l’enfant tue l’amour (…et l’environnement !), et ne parlons pas du milieu qui l’entoure, comme l’école.


Jugé comme politiquement incorrect voire immoral, ce pamphlet renverse toutes les idées communément admises et transmises sur le bien-fondé de faire des enfants. C’est avec humour et bonne humeur qu’elle revient sur son ouvrage et sur le conflit qui l’oppose, elle et plusieurs professionnels du secteur du livre, aux éditions Michalon.

 

 

 

 

Pour ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter ?


De genre féminin, née en Suisse en 1963. Plusieurs nationalités, excellente santé. Psychanalyste, auteure, et de façon générale loser.

 


No kid est plutôt une critique des enfants, des parents, du culte de l’ « enfant roi », de la médiatisation encourageant à la natalité et à la parentalité parfaite ou d’un tout ?


Tout ça, tout ça... Et une critique de la société d'aujourd'hui, en plus. Pour seulement 13 euros ! Attention, je ne fais pas de promo, car je n'ai pas perçu un seul centime sur les ventes de ce livre. Aussi, je conseille de l'emprunter en bibliothèque.

 


Est-ce un cercle vicieux  selon vous ?

 

Ne pas être payé (je plaisante) ? Dans le monde du livre et plus généralement de la culture, c'est hélas fréquent.

 


Vous êtes-vous servie d’aspects psychanalytiques pour l’écriture de ce livre ?


Absolument pas. Cela dit, la psychanalyse n'est aucunement nataliste. Ceux qui tentent de faire croire le contraire (j'en connais) sont, au mieux, des mauvais lecteurs, au pire des imposteurs.

 


Trois ans se sont écoulés depuis la parution de No kid . vos enfants l’ont-ils « enfin » lu ?

 

Oui ; ma fille a ri, mon fils m'a dit qu'il n'était "pas assez méchant" à son goût. Je lui ai répondu : c'est bientôt ton tour de prendre la plume, mon gars, si ça se trouve tu seras pire que ta mère. Au travail !

 

 

Lors de votre apparition à l’émission de Ruquier (vidéo disponible sur Internet en quelques clics…) vous déclarez dans les dernières minutes : « La société telle qu’elle est ne m’intéresse pas ». Cette phrase m’avait beaucoup marquée ! Quelle société vous intéresserait ?


Disons que la société dans laquelle je vis me révulse. Je la hais. Mais elle m'intéresse beaucoup. J'essaie de la comprendre, et surtout d'anticiper le moment où tout va s'effondrer, comme un château de cartes. J'espère pouvoir vivre ce moment, même si ça risque de déménager grave — on n'a rien sans rien... S'il le faut, je vivrai centenaire !

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Pour sa sortie aux Etats-Unis durant l’été 2009, le texte et la couverture de votre livre ont été modifiés. Pour quelles raisons précisément ?


Je ne suis pas sûre que mon côté "no future", à vrai dire très européen, puisse être apprécié par tous les Américains... La couverture de la version américaine (parue chez McLelland&Stewart) est beaucoup plus souriante et décontractée que celles de ses sœurs européennes.

 


Avez-vous lu la traduction ?

 

Oui. Elle n'est pas mal faite. Elle est bien adaptée au public nord-américain, en ce sens que les exemples ont été transposés. Plus concrètement, par exemple au lieu de parler de Chiara Mastroianni, il est question d'Angelina Jolie.

 

 

Compte-tenu de l’esprit conservateur de certains Américains (peut-être est-ce un cliché…), les réactions étaient-elles plus houleuses qu’en France ?


Ben non. Plutôt plus calmes. J'ai même été invitée sur Fox News pour faire la promo du livre, ils étaient nettement plus sympas que chez Ruquier. Notre France nataliste a été contaminée par la sale graine pétainiste : faites des enfants, rien n'est plus important, le pays vous en sera reconnaissant !

 

 

J’ai lu sur votre blog que les éditions Michalon ont eu quelques problèmes financiers (avec 3 millions d’euros de dettes, c’est rien de le dire) et ont fermé boutique. On peut lire sur votre site plusieurs témoignages d’auteurs « arnaqués » par Michalon, pouvez-vous m’en dire plus ? Combien de personnes sont touchées ?


Des dizaines de personnes, et ce sur plusieurs années. Correcteurs, auteurs, investisseurs, directeurs de collection, que de gens floués ! Hélas, l'omerta règne dans les milieux feutrés du livre. Mais là, l'affaire est tellement grosse que la riposte s'organise. D'autant que Michalon continue à publier !



Est-ce que cette affaire a évolué depuis le dîner de « cons » de Michalon du 30 mars ?

 

Bien sûr. Des témoignages, nombreux, ont été mis en ligne sur Internet. Chez Michalon, ils sont très ennuyés, je peux vous le dire... Et il y a d'autres choses en cours, mais je ne peux rien dire car l'effet de surprise sera décisif. Les "michalonnés" se rebiffent !

« Apprentis éditeurs, un livre à lire d’urgence : tous les trucs pour ne payer personne et pour faire figure dans le PIF (paysage intellectuel français). On s’arrache déjà "Tirage de tête" (208 pages, 20 euros franco de port). Le commander sur : http://touchalon.free.fr » (citation tirée du blog de Corinne Maier)

 


Le conseilleriez-vous à mes collègues qui se destinent à l’édition ?

 

Mais oui ! Ce livre de Clément Maraud, qui a travaillé très longtemps dans les métiers du livre, contient tous les trucs pour faire semblant d'être un éditeur, enfumer tout le monde et ne payer personne : bien plus utile qu'un bac+5 ! A commander en ligne d'urgence !

 


Après ces déboires, avez-vous tout de même un nouveau projet d’écriture ?


Oui. Un pamphlet sur la France... J'espère qu'il sera assez méchant pour plaire à mon fils.



Vous m’avez avoué avoir une « passion pour les bibliothèques ». Qu’est ce qui vous plaît dans ces lieux ?


Les livres ! J'adore lire et j'ai commencé à aller en bibli à l'âge de 8 ans. Je n'ai jamais levé le pied, et j'y suis comme chez moi. J'y ai lu Balzac, Flaubert, Zola, Henry James, Faulkner, Tolstoï, Nabokov, Céline, Proust, Cervantès, Shakespeare... Et d'autres, beaucoup d'autres. Mon dernier emprunt : les oeuvres de Swift en Pléiade, à la bibliothèque Marguerite Yourcenar du 15e arrondissement de Paris. Je n'aime pas posséder les livres, une fois que j'en ai lu un, c'est un peu comme si je l'avais détruit, ou dévoré, alors je préfère rendre le trognon. Pour le dire autrement, l'objet "livre" ne m'intéresse pas en lui-même, mais par ce qu'il contient. Donc, les bibliothèques, c'est idéal. Comme je souhaite vivre jusqu'à la fin du monde (voir plus haut), autant que je m'occupe en attendant. J'ai calculé que si je vivais jusqu'à 98 ans, j'aurais le temps de lire environ 15 000 livres dans les 50 prochaines années. Youpii !

Propos recueillis par Lucie, L.P.

 

 

 

Le site web de Corinne Maier

www.corinnemaier.info

Le blog de Corinne Maier pour suivre l’affaire Michalon et se régaler de posts
http://corinnemaier.blogspot.com/

Actualités

Envie de partager votre non-désir d’enfants dans la bonne humeur ? La première édition française de la fête des « non-parents » aura lieu le 15 mai 2010  au Comptoir Général à Paris. Au menu cette année, le côté écologique de la non-parentalité ! Fête, rencontres, rires en présence de Corinne Maier, Noël Godin (le célèbre entarteur) et Laure Noualhat (journaliste à Libération et Siné-Hebdo)


Bibliographie de Corinne Maier sur Mollat.com

 

 

 


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Published by littexpress - dans Entretiens
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