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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 07:00

écrivain et éditeur du domaine étranger aux Éditions Phébus.

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À propos de la littérature américaine…

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Comment la littérature américaine a-t-elle été absorbée et découverte par les éditeurs français ? Aujourd’hui, comment s’occupe-t-on des auteurs américains ? Car ils sont très nombreux, et ils couvrent énormément de genres différents… j’aimerais savoir comment vous l’abordez, ici, chez Phébus.

La littérature américaine ?



Oui, par exemple, quelle image avez-vous de cette littérature ? Car finalement vous n’en publiez qu’une partie…

Oui puis ce n’est pas vraiment ce que je publie le plus. De toute façon je ne publie pas un auteur américain, ou un auteur irlandais…

 

 

 

Vous publiez son livre.

Voilà, un livre qui me plaît. Alors, oui, il est américain, mais nous n’avons pas du tout la même approche si c’est un livre rwandais ou américain, l’histoire du pays n’est pas la même, et même dans certains pays, si c’est un homme ou une femme… Il y a des pays ou il faut du courage pour écrire certains livres. Dans les littératures contemporaines, quand j’avais quinze ou seize ans, c’était la littérature américaine qui m’attirait. C’était une génération où on était encore très imbibés de Steinbeck, Hemingway. Fitzgerald pas tellement, cela commençait, graduellement il prenait de plus en plus la place qu’il devait gagner un peu plus tard. Et surtout Faulkner, moi c’était Faulkner. Et Steinbeck qui est très oublié maintenant, qu’on met très de côté…



Il revient au théâtre un peu…

Oui il revient un peu… Des souris et des hommes revient au théâtre mais le roman n’est pas très lu. Les raisins de la colère a été complètement oublié…



Cela n’intéresse plus notre société… ce milieu ouvrier ne touche plus personne…

Oui mais les gens font attention au décor et non pas à la profondeur, ce sont quand même des gens qui luttent contre un système, cela devrait être beaucoup lu maintenant, même si le décor est différent. Il y a une énergie dans la révolte qui devrait être nécessaire à notre époque. Donc beaucoup de choses sont une affaire de forme, et non de fond. Le monde change mais reste un noyau extrêmement récalcitrant et c’est cela qui est bien. Et puis après il y a eu tous les Faulkner ; après, quand j’ai eu 25 ans, j’ai découvert Flannery O’Connor…



Et vous les lisiez grâce à qui ?

Parce que j’étais libraire, et puis on parlait des livres, et c’était la grande vogue du féminisme donc on redécouvrait tous les auteurs féminins. Virginia Woolf était un peu en sommeil d’une certaine manière. Et après, je n’ai pas fait d’études, quand je me suis mis aux langues j’avais 35 ans, c’était quand même assez tard, pour lire Woolf dans le texte. Après cela a été Pavese et ensuite… Mais donc au début aucun Américain. Faulkner est quand même resté mon écrivain préféré. Quand j’ai monté une petite maison d’édition, on a fait une réédition d’un roman de George Sand, Consuelo, qui est un des rares romans épiques français, et puis John Mac Gahern qui est un écrivain irlandais, toujours…



Et pourquoi cet engouement pour les Américains dès votre plus jeune âge ?

Parce qu’il y a une force de frappe grâce aux agents, des gens très efficaces, et puis les conséquences historiques, avec la Seconde Guerre mondiale.



C’était une deuxième invasion …

Je suis né au début des années 50, les gens lisaient des romans américains, des polars américains, la Série Noire, et les films américains... L’Europe avait été assoiffée de films américains, et le jazz ! Les gens allaient écouter du jazz, les festivals de Montreux, d’Antibes, c’était incroyable. Maintenant on n’en parle plus mais c’étaient des manifestations presque au même niveau que Cannes, pour la musique. Donc c’est vrai qu’on était complètement pris par cela…



Par l’ambiance…

Oui voilà, c’étaient les sauveurs, c‘était toute une nouvelle vie, c’était de l’autre côté de la mer. La liberté, un monde complètement différent après avoir été privé d’horizons, et surtout après avoir échappé à la mort pour beaucoup. Je pense qu’il y a cela, doublé de la force de frappe des agents.



Et par rapport au style, pourquoi cela plaît-il autant aux Français ? Car c’est quand même moins tourné vers la personnalité profonde des « héros », des réflexions sur nous-mêmes… ce sont plus des histoires, des épopées…

Oui, en effet, mais je crois que dans les années 50, Steinbeck joignait d’une certaine manière tous les courants intellectuels, les lecteurs et autres. C’était quand même très à gauche, cela rejoignait les Sartre, les Camus, les gens comme cela, même si ce n’était pas tout à fait la même idéologie, c’était très proche. Je pense que l’auteur qui a été très important pour les écrivains français a été Truman Capote avec De sang-froid. Et puis plus tard on a eu un rejet de du concept de l’histoire dans les années 60, avec le Nouveau Roman. On a été moins proches, d’une certaine manière, du roman américain qui s’est à nouveau vendu très bien. Dans les années 60 on découvrait vraiment Faulkner, beaucoup plus qu’avant-guerre. Gallimard a mis douze ans pour écouler deux mille exemplaires du Bruit et la Fureur.



Il a eu du succès parce qu’il était en opposition avec le Nouveau Roman ?

Non, il y avait une recherche…



Oui, sur le style mais…

Tout était éclaté…



Donc il était dans la continuité.

Oui, ils se répondaient, cela faisait écho, avec des différences mais… Après est revenu le goût de l’histoire, de l’intrigue suivie. Le marketing a été de plus en plus fort, le modèle américain s’est propagé. Même les mouvements hippies venaient des Etats-Unis ; même s’ils refusaient tout, ils prenaient part à une idéologie qui était très américaine.

Ce qui est très intéressant, aujourd’hui, c’est que quatre ans plus tôt j’avais à peu près 85 % des livres qui étaient amenés par les agents, et évidemment là-dessus il y avait 70 % d’Américains, ou d’Anglo-saxons. Et là, en quatre ans, c’est un des effets de la crise, je suis passé à 50 % de livres présentés par les agents. Les livres me sont aussi amenés par les traducteurs et traductrices mais toujours avec beaucoup moins d’Américains et Anglo-saxons. Maintenant c’est 25% à peine.



Parce que les Américains arrêtent d’écrire ?

Non mais parce que d’abord je trouve qu’il y a un fléchissement de leur qualité, ils sont en train de payer le côté atelier d’écriture. Alors il n’y a plus de livres comme il y a dix, quinze, vingt ans où on pouvait dire : « Oui, c’est nul ! » Maintenant non, c’est tiède, c’est pas mal foutu, c’est pas mal construit…



Parce qu’on leur apprend les ficelles !

Il y a cela, et le fait qu’en Europe il y a encore de vrais éditeurs, alors qu’aux États-Unis l’éditeur est en train de disparaître. Il perd son importance. Aujourd’hui sur leurs manuscrits il y a au moins cent pages de trop. Il y a des choses qui ne sont pas exploitées, des côtés de l’intrigue qui passent à la trappe. Ce manque me permet de me lancer dans les littératures nordiques, turque, serbe… Toutes les autres. Et je lis beaucoup moins de littérature américaine.



Aujourd’hui vous en avez fini avec elle ?

Oui elle est emmerdante, elle est toujours sur le même modèle, il n’y a plus d’invention. Ceux qui inventent encore des choses, c’est les vieux de la vieille ! Celui que je considère comme un génie c’est DeLillo.  Outremonde est pour moi le À la recherche du temps perdu de la fin du XXe. C’est un livre sublime à tous les niveaux. Il y a tout, les personnages, les histoires, une invention sur le plan de la structure, dans le langage. Il fout trois adjectifs et la manière dont il les a arrangés et le choix de ces trois ouvre sur un point de vue tout à fait moderne, complètement neuf



Donc ils sont en train de stagner, c’est cela ?

C’est-à-dire que tout est un peu sur le même modèle, c’est barbant. Je ne suis ni pour ni contre l’histoire, ni pour ni contre une révolution sur le plan du style, de l’écriture… il y a des romans où il y a beaucoup de recherche stylistique et ils sont complètement ratés et vice versa… Et sur l’histoire c’est pareil. D’une certaine manière celle-ci n’est pas grand-chose. C’est ce qu’on en fait qui compte. Le monde change, les choses se modifient mais il y a très peu de thèmes. Vous en avez cinq « grands » : la vie, la mort, l’amour… Et puis les sept péchés capitaux. Avec l’envie plus forte que la jalousie. Tout est une histoire de point de vue, et là je trouve qu’il n’y a plus tellement de point de vue, d’opinion. C’est mou, c’est people, cela se regarde, cela lorgne vers le cinéma.
Elizabeth-Crane.gif


Donc tout ceci, c’est ce que vous proposent les agents, mais est-ce qu’il n’y aurait pas quelque chose derrière qui resterait aux États-Unis ?

Eh bien en tout cas, mes lecteurs et lectrices, depuis un an et demi, il n’y en a pas un seul qui m’ait amené un grand bouquin américain. Ou mis de côté. Peu sont amenés par les agents et quasiment pas d’Américains. Ou alors Elizabeth Crane, seul de l’année, que je trouve sublime. Il y a quatre ans il y en avait six ! Je ne trouve pas de choses intéressantes.

 


Ce que vous aimez disparaît ?

Cette année, sur quatorze nouveautés, seulement deux Américains. Vous vous rendez compte. Cela a commencé il y a quatre ans et cela n’a fait que s’amplifier. Alors je préfère m’ouvrir à d’autres perspectives. Le plus souvent, des bouquins que Phébus aurait pu se permettre d’acheter il y a quatre ou cinq ans, de nos jours les Américains en font monter les prix de manière délirante. Mais c’est n’est pas tellement dû à cela finalement, car on trouve des choses bonnes grâce aux traducteurs. C’est vraiment à cause de la crise : les agents représentent certains auteurs dont ils ne s’occupent pas parce que c’est beaucoup de travail pour vendre un livre à trois mille euros, tandis qu’ils mettent toute leur énergie pour les livres dont ils savent qu’ils les vendront à plus de quinze mille euros.



Donc ils font déjà un tri ?

Absolument. Et c’est le fric. C’est tout. Comme ils ont souvent réduit leur personnel, ils disent que cela ne vaut plus la peine de se fatiguer pour gagner deux mille cinq cents euros.



Et on retrouve cette situation partout, ou c’est propre à Phébus ?

Non, dans quasiment toutes les maisons c’est la même chose. Mais chez nous, on est obligé de fonctionner comme cela car je ne suis jamais à Francfort ni ailleurs, sur les coups. Je ne l’ai jamais été. Mais en plus les agents aujourd’hui savent moins quoi me proposer.



Ils ne vous proposent que quelque chose qui est susceptible de vous plaire ?

Quand je leur donne la liste des auteurs publiés ils regardent à la va-vite, comme des veaux, et en général, après, c’est comme s’ils n’avaient rien lu. Ils ne font pas leur boulot, ils voient juste que c’est très littéraire et puis voilà… Leur opinion est faite.



Donc c’est au petit bonheur la chance…

Ils mettent n’importe quoi !



Mais dans ce cas, cela veut aussi dire qu’ils ne vous mettent pas tout, vous passez à côté de certaines choses.

Oui mais on passe toujours à côté de livres. On peut toujours refuser quelque chose et se tromper.



Oui mais dans ce cas on vous l’a tout de même soumis. Tandis que là si en plus vous n’en entendez jamais parler…

Dans ces cas-là c’est souvent acheté par Belfond, ils ne nous l’ont pas proposé car c’est tout de suite à vingt-cinq mille ou trente mille euros, ou parce qu’ils n’ont pas lu le livre et n’ont pas saisi que cela pouvait être pour nous.



Il y a eu une montée des prix, mais est-ce que les plus chers sont aussi les plus intéressants ?

Pas forcément, ce sont ceux qui ont un plus grand capital de vente. Ce sont des livres dont, même si l’auteur n’est pas connu, ils vous les vendent cinquante mille à cent mille euros, et ils demandent souvent une garantie de promotion, cela peut être dans le contrat ou non. Ou celui qui achète dit ne pas proposer plus de cinquante mille mais promet de mettre cent mille de publicité. Là, cela change tout.Elif-Shafak-Soufi-mon-amour.gif



Et donc ils continuent de publier autant d’Américains.

Un jour si on se fait voler Elif Shafak ce sera à cause de cela. Le jour où je ne serai plus là, Françoise Triffaux [éditrice du domaine étranger de Belfond] ne se gênera pas. Et elle proposera cent cinquante mille de pub !



Et donc par rapport au public, est-ce que les auteurs américains attirent plus, juste par leur nom ?

Oui, toujours, et surtout au niveau des journalistes. Dans les grands journaux, vous en avez trois qui sont intéressés par la littérature anglo-saxonne et un autre qui couvre les littératures espagnole, portugaise et brésilienne ! Il y a moins de place pour ceux-là.



Puisqu’il y a moins d’Américains chez Phébus, cela se ressent sur les ventes ou non ?
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Il n’y a jamais eu énormément de ventes…



Les gens font confiance à Phébus ?
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Oui on arrive à s’en sortir, avec Ana Matute qui a eu le prix Cervantès, les critiques nous ont suivis. Sur le plan de la presse nous avons pas mal de fidèles. Pas pour tout, mais quand même. Et puis l’esprit Phébus c’est aussi, quelque chose que je soutiens, dans une année, sur douze livres, quatre classiques et huit contemporains. Herman Bang, c’est un classique. Cela change les perspectives dans nos choix.

 

Pour en revenir aux classiques américains, pourquoi ce sont eux qui plaisent le plus ?

Parce que c’est les grandes histoires, c’est facile à lire, on est beaucoup moins dans l’écriture. Il faut être objectif, sauf certains. Julie Otsuka c’est un chef-d’œuvre, mais c’est cent quarante pages en huit ans. Ou Elizabeth Crane, cela faisait quatre ans que je ne l’avais pas publiée…

Julie-Otsuka-Quand-l-empereur-etait-un-dieu.gif

 
Donc les gens les attendent puis les oublient.

Mais on se dit aussi qu’un jour ou l’autre, beaucoup de maisons d’édition, avec l’importance du domaine commercial, vont dire que certains auteurs trop peu vendeurs sont à arrêter. Ici j’ai de la chance je peux encore me bagarrer. Avec Vera [Michalski, détentrice du groupe Libella] nous avons encore une volonté de publier une œuvre et non pas un livre. Un auteur est une œuvre. Je trouve que, de plus en plus, chez les Américains, l’idée d’œuvre disparaît. Il y a un livre qui marche, mais se souvient-on de l’auteur ?



Y-a-t-il des auteurs américains que vous aimeriez avoir, et qui sont ailleurs ?

Les Heures de Cunningham ; le reste, je ne trouve pas cela très bon, et Harlem Quartet de Baldwin, un chef-d’œuvre sur l’humanité, cela vous arrache le cœur, il y a tout, il a la structure, la langue, il en change au long du livre, mais on le lit comme cela, c’est intellectuel mais pas tant que cela, c’est humain.



Il y a des auteurs français qui arrivent à rendre cela ?

C’est très différent, on ne peut pas la comparer, c’est très difficile pour eux de construire des monuments. Ils arrivent à construire des œuvres, mais pas des monuments. Proust a canalisé en un seul livre tout le génie français. Il y a toute l’histoire de la littérature française…



Du coup tout le monde est complexé.

Eh bien, il a fallu passer à autre chose, mais c’est très dur. Chez les Américains je pense qu’ils arrivent à faire d’un livre un très grand livre à lui tout seul. Chez les Français il y a des œuvres. C’est une fragmentation des choses pour les Français tandis qu’outre-Atlantique ils ont moins le culte du personnage. Mais le fait est que contrairement aux Français ils font de plus en plus de politiquement correct…



De la fausse provocation.

C’est cela, et ainsi beaucoup de Français aujourd’hui m’intéressent plus. Ils sont moins pressurés par l’agent.



Ils écrivent encore parce qu’ils en ont besoin… Aux États-Unis peut-être que le premier livre d’un auteur est sincère mais le reste sera soumis à la loi de l’argent…

Oui, c’est très souvent le cas. Pour les Américains il y a un fléchissement… c’est dû à une fermeture. Le fait qu’ils n’étudient quasiment plus les langues, plus aucune littérature étrangère, cela crée des eaux stagnantes, ils sont en train de le payer, cela croupit. C’est cela qui est terrible. Il faut s’ouvrir, faire passer les courants des autres littératures… Ils ont un besoin d’être reconnus immédiatement, que cela marche tout de suite… le marché est contraire à la littérature. Qu’ils relisent le journal de Virginia Woolf ! Elle dit qu’au bout d’un an et demi elle a vendu mille cinq cents exemplaires de la Promenade au phare, et elle va pouvoir faire installer une salle de bains. Eh bien cela remet les pendules à l’heure. C’est elle qui le dit, et cent ans après on la lit toujours ! Mais je n’ai aucun a priori. Il faut vraiment que j’aie un coup de foudre.

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Vous prenez ce que vous aimez… quand vous êtes arrivé chez Phébus… vous proposiez ce que vous aimiez ou ce qui était proche des attentes de la maison ?

Non, j’ai proposé ce que j’aimais, mais c’est vrai que ce que j’aimais pouvait s’adapter tout au moins au catalogue Phébus. Et après j’ai proposé des Irlandais (Hugo Hamilton) et le bol c’est qu’ils ont eu le Femina. Tout cela parce que pas mal d’agents m’ont proposé des livres qui étaient à la fois littéraires mais aussi grand public. C’est la chance.

 


Proposiez-vous des choses qui ne vous avaient pas forcément plu mais dont vous saviez qu’elles conviendraient à la maison. Cela doit faire plaisir de voir son livre accepté ?

Oui évidemment… Est-ce que cela m’est vraiment arrivé… j’ai eu assez de chance. Il n’y avait pas de catalogue d’auteurs contemporains, donc je l’ai un peu créé. Les choses se sont inversées.
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Comme vous étiez le premier vous ne vous sentiez pas obligé de respecter une ligne…

Comme il y a eu le Femina, l’ancien directeur m’a fait confiance et il m’a permis de publier des livres qu’il détestait, lui, en revanche. Avec le machisme qui l’accompagnait, il me disait que Crane, c’est de la « tripaille de femelle ». Je ne répliquais pas car je me serais énervé… Et à un moment je lui ai proposé un Américain, Matthew Klam, Sam the Cat, et d’ailleurs je ne sais pas, il n’a plus rien écrit depuis dix ans… bref monsieur Sicre de me demander ce que c’était, et moi, de la « tripaille masculine »… il m’a regardé comme cela, et il m’a foutu une couverture nulle, avec un chat quasiment victorien, un gros pépère avec des rubans partout, cela n’allait pas du tout. La couverture américaine c’était un type pris en photo dont on voyait seulement le haut du pantalon, mais qui voulait bien dire ce que cela voulait dire. Et il fallait reprendre cela, la photo était extraordinaire, elle disait tout. J’ai cru devenir dingue. C’est un des auteurs américains que j’aurais vraiment aimé suivre.
 


Pour publier, il faut que j’entende une voix, je suis un peu le Jeanne d’Arc de l’édition. Les trois-quarts des agents sont des businesswomen, elles n’ont lu aucun des livres qu’elles représentent. J’essaie de travailler avec les vraies lectrices. Et en général celles-ci ne se trompent pas dans ce qu’elles me proposent.



Mais quand elles vous les conseillent, dans ces moments-là vous n’avez pas un peu l’impression qu’elles vous volent un peu votre travail ?

Ah non, pas du tout ! Au contraire, elles font leur travail, je prends cela comme un nouveau chemin, je vais découvrir un auteur. C’est comme avec un libraire. Mais leur vrai rôle serait plutôt de faire connaître aux éditeurs des auteurs qui sans leurs agents resteraient inconnus. Mais cela c’est fini. À part les petits agents… C’est « fric fric fric ». Ils laissent tomber ce qui ne marche pas. Ils font monter les enchères pour un livre, celui-ci ne marche pas, et après l’auteur est out. Ils l’abandonnent.



Donc pour les Américains qui n’ont plus d’agent, il y a un moyen pour prendre contact avec eux ?

Non, ils sont morts. Sauf Victoria Lancelotta dont j’ai publié deux livres qui ne sont pas sortis aux États-Unis. Elle n’avait ni agent ni éditeur, car elle ne se vendait plus. Et c’est très courant d’avoir des Américains plus populaires en France que chez eux.

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Vos traducteurs ou agents, comment choisissent-ils ce qu’ils lisent ? Ils font leur marché en librairie ?

Non pas forcément, ils ont souvent été aux États-Unis, ou en Irlande, et ils m’envoient en général trente pages du livre dans la langue d’origine et trente pages traduites.


AL, 2e année Éd.-Lib.

 

 

 


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Published by AL - dans Entretiens
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