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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 07:00

traducteur de comics.

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À l’occasion d’un petit mais fort sympathique festival de BD, nous sommes allés à la rencontre d’Edmond Tourriol. Scénariste de BD et d’euromanga, il est également traducteur de comics et lettreur. Nous lui devons la traduction du célèbre titre Walking Dead. C’est en sa qualité de traducteur que nous nous sommes intéressés à son travail et au studio Makma.
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 Le studio Makma a été fondé en 2001 par Stefan Boschat et Edmond Tourriol. Il est spécialisé dans l’image et la bande dessinée. Les artistes de l’équipe interviennent à tous les niveaux de la création : scénario, encrage, crayonné, couleur, lettrage… Ce studio rassemble une quarantaine d’auteurs de BD du monde entier exerçant dans tous les styles (franco-belge, comics, manga…). Parmi quelques projets, on peut citer Banc de touche, Zeitnot, Urban Rivals qui sont les plus connus.

Makma s’occupe aussi de traduction, notamment Walkind Dead, mais aussi Invincible, Wonder Woman, Green Lantern et autres superhéros.



Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?
 
Lorsque j’étais petit je lisais de nombreux magazines de super-héros, qui publiaient les versions françaises des comics américains. J’ai tout de suite été très emporté par ce genre. J’ai d’ailleurs appris à lire dans ces bouquins-là, avant même de savoir lire à l’école. En somme, à l’âge ou d’autres voulaient être pompiers ou princesses, je voulais être scénariste.
 
En grandissant, j’ai suivi un cursus simple, comme tout le monde. À savoir, j’ai passé mon bac et je suis allé à la fac jusqu’à obtenir un niveau de licence en communication.
 
Après mon service militaire et mon mariage, j’ai lancé ma propre société,  les studios Makma. Cependant, ils ne marchaient pas. J’ai alors travaillé au Quick et fait les vendanges pour m'assurer un salaire. Ça ne me plaisait pas, je ne voulais pas avoir un métier physique, je voulais raconter mes histoires. Pendant un temps, j’ai fait de la BD en amateur. Avec des amis, on faisait des fanzines, et on les vendait sur des salons de BD, ce qui nous a permis de connaître des professionnels et nous construire un premier réseau.

C’étaient des fanzines du type comics américains et on les faisait avec le studio associatif Climax. Au total, on en a fait une cinquantaine, et ça m’a permis d’apprendre sur le tas.
 
Un ami, Jérôme Vicky, était déjà traducteur et rédacteur- traducteur dans une agence de presse. Surmené avec les événements du 11 septembre et leur médiatisation, il m’a délégué quelques-unes de ses traductions de comics. Il travaillait alors avec Semic. Le personnel de Semic m’avait déjà repéré grâce à mon activité sur les salons. On a fait un essai et cela a fonctionné.
 
En 2001, j’ai fait mon premier test de traduction. J’ai traduit des séries « mineures », telles que celle de l’univers de CrossGen, au début pour un petit éditeur qui avait beaucoup d’ambition. Cet éditeur s’était lancé aux États-Unis avec beaucoup de moyens mais s’est planté en France, et du coup tout s’est arrêté. Pour moi ce n’était pas grave puisque j’avais une petite réputation. J’ai continué à faire des traductions chez DC Comics, Semic ou d'autres. J'ai d'ailleurs fait une première traduction de Walking Dead, qui a fait un bide chez Semic. Ce qui montre leurs faiblesses. Plus tard, Delcourt a racheté à Semic les droits de certaines séries de comics. Ils ont notamment décidé de relancer Walking Dead, et Invincible, les deux grands titres du scénariste Robert Kirkman. Lorsqu'ils m'ont demandé si je voulais continuer à traduire ces séries, j'ai tout de suite accepté. J’avais assez peu de ressources en tant que traducteur, et cela m’a permis de relancer ma carrière de scénariste. Ainsi pendant deux ans, j’ai traduit uniquement Walking Dead et Invincible pour Delcourt. Cela me laissa du temps pour la création de scénario, ma volonté première.

La crise a ensuite fait que les éditeurs ont préféré traduire que créer, car cela coûte moins cher de racheter des droits. D'ailleurs cet élément compte pour mon entreprise actuelle. Au studio Makma, on est plusieurs à faire des activités de traduction, de création de scénarios et de lettrage. Notre pluridisciplinarité nous permet de répondre à des  demandes variées, ce qui nous donne une bonne image.
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Du point de vue des activités scénaristiques, nous avons publié le premier tome de la série Banc de Touche et d'autres titres aux éditions Kantik. En décembre 2011, ces éditions ont mis la clé sous la porte. Au-delà des droits d’auteurs impayés (ce 1er tome avait bien cartonné), la conséquence la plus dramatique pour ma carrière a été que tous mes contrats de scénariste sont tombés à l’eau. Ainsi, pas de suite pour Urban Rivals. Pas de spécial PSG ou Euro 2012 pour Banc de Touche. Pas de deuxième tome pour Morsures. Bref, tout ce que j’avais prévu comme activité pour 2012 a été annulé.

Malgré tout, je m’en tire bien. Si on ne me paye plus pour écrire mes histoires, j’ai toujours celles des autres à traduire. Et cette année, c’est l’explosion. Avec mes collègues et amis du studio Makma, nous travaillons désormais pour la quasi-totalité des éditeurs de comics VF : Delcourt, Urban Comics, Glénat, Panini… À titre personnel, je me suis retrouvé, entre autres, aux commandes des adaptations de Walking Dead, Invincible, Green Lantern (les trois séries publiées dans le mensuel GL Saga), Aquaman, Wolf-Man

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Quelle est la spécificité du lettering. La traduction semble très en lien avec le graphisme ?
 
Il y a deux manières de considérer le lettrage. Le réel travail de lettrage est le lettrage à l’américaine, c’est l’art de positionner les lettres de telle sorte que la lecture soit naturelle. Quand un Occidental lit, son œil occidental fait un « z », un mouvement du haut en bas, de la gauche vers la droite.



La problématique du genre implique-t-elle une difficulté particulière pour le traducteur ?
 
Oui, on retrouve notamment le lien que tu évoquais avec le graphisme. En moyenne, un texte français prend 20% de place de plus qu’un texte anglais. Pour que le texte soit adapté à la taille des bulles, le traducteur est souvent contraint de réduire son volume. En ce sens, quand tu traduis une bande dessinée, la contrainte est plus forte qu’en littérature.

Il faut aussi corriger les onomatopées, traduire des détails (des journaux, des lettres qui sont dans le coin d'une bulle), travailler le graphisme. Le graphisme est très important, mais Makma est cool pour ça.

Puis, en tant que traducteur de comics américains, je suis souvent obligé de traduire des dialogues comportant des mots fourre-tout dont le plus bel exemple est le mot cool. À propos, un site récemment lancé par le Ministère de la Culture est dédié à l’adaptation française du jargon anglo-saxon qui fleurit un peu partout, sur les blogs, dans les émissions de télé-réalité ou chez votre voisine. C'est vraiment intéressant.
 
Autre chose, on a souvent des surprises lorsqu’on traduit un comics. Hé oui, si. En général, quand on traduit un bouquin, on le lit de préférence avant. Dans notre cas, c'est souvent impossible. Si la parution n’est pas finie, cela influe sur la traduction et le choix de certains termes. Par exemple, on peut avoir des personnages que nous croyons être des hommes alors que ce sont des femmes. En quelque sorte, il faut bosser en flux tendu, ce qui peut faire émerger des contresens.


 
Quels sont vos conseils pour quelqu’un qui voudrait être traducteur ?
 
Le plus important, c’est de travailler son réseau professionnel. Tes connaissances et tes capacités te permettent de garder ton boulot mais pas de le trouver. Il faut être présent et visible sur Internet. Il faut faire une activité de critique de BD sur Internet, gagner son image sur Internet. Par exemple, le scan trad, bon déjà c'est illégal, mais surtout j'ai l'impression que ceux qui le font traduisent le plus vite possible sans songer à la qualité. Pourvu qu'ils soient les premiers à inscrire leur signature sur leur travail. Enfin, il faut choisir ses stages et être cohérent, pas aller chez papa et maman.


 
Combien étiez-vous dans le fanzine ?
 
On était une vingtaine, c’était un fanzine de heavy-métal. On a interviewé des groupes de métal. C’est comme ca que j’ai appris la maquette.
 


À quoi ressemble la journée idéale d’un traducteur ?
 
Je travaille à la maison et je jongle avec les horaires de mes enfants.
 


Avez-vous des rapports avec les auteurs ?
 
Si je peux, oui. Par exemple, Robert Kirkman est très difficile à joindre, il est à la fois sur l’adaptation de sa série et sur la suite de Walking Dead, sans oublier les à-côtés. Sinon, pour la traduction de Firik Ouest pour Glénat, je suis en contact avec le dessinateur, le coloriste, et le scénariste. J’essaie de contacter les partenaires si j’en ai la possibilité.


Propos recueillis par Clémence, Roxane et Alexis, lp bibliothécaire


Bibliographie d’Edmond Tourriol en tant que traducteur

Avengers X-Men : Les Liens du sang. Panini comics 2012.

DC comics : les super-héros s'affichent : 100 couvertures mythiques détachables. Huginn & Muninn : 2010

BEATTY, Scott. Wonder Woman, l’encyclopédie de la princesse amazone. Semic éditions : 2004

BLACK, Holly. Le Cercle, Vol. 1. Les Liens du sang. Milady : 2011

CLAREMONT, Chritopher. X-Men : L’Intégrale. 1989, Vol. 1. Panini comics : 2013

DEFALCO, Tom. Hulk : l’encyclopédie du titan vert. Semic : 2003

ELLIS, Warren. Anna Mercury, Vol. 1. Sur le fil du rasoir. Glénat : 2012

FAERBER, Jay. Dynamo 5. Merluche : 2010

GEOFF, Johns. Flash, Vol. 1. Semic : 2004

GEOFF, Johns. Green Lantern, Vol. 1. Sinestro. Urban Comics : 2012

GEOFF, Johns. Justice League, Vol. 1 et 2. Urban Comics : 2013

JOHNSTON, Anthony. Daredevil. Panini Comics : 2013

JURGENS, Dan. Heure zéro : Crise temporelle. Semic : 2004

JURGENS, Dan. Superman : Jour de deuil. Semic : 2004

KANE, Bob. Batman : 1939-1941. Semic : 2005

KIRKMAN, Robert. Invincible : Vol. 1 à 7. Delcourt : 2006

KIRKMAN, Robert. Walking Dead : Vol. 1 à 17. Delcourt : 2013

KIRKMAN, Robert. Walking Dead : Vol. 1 : La Mort en marche. Delcourt : 2005

KIRKMAN, Robert. Wolf-Man : Vol. 1 à 4. Glénat : 2012

LEE, Stan. Starborn Vol 1 et 2. EP Emmanuel Proust éditions : 2011

LOEB, Jeph. Batman : Silence, Vol. 1à 3. Semic : 2005

LOEB, Jeph. Superman-Batman Vol. 1. Semic : 2005

MARZ, Ron. La Voie du samouraï, Vol. 1 à 3. Semic : 2003

MARZ, Ron. Sojourn, Vol. 2. Semic : 2004

MOORE, Steve. Hercule, Vol.1 et 2. Milady : 2011

MUNNIN. Alan Moore : une biographie illustrée. Mediatoon Publishing : 2011

SIEGEL, Jerry. Superman : 1939-1940. Semic : 2005

 

 

WALLACE, Daniel. Batman : l’encyclopédie. Huggin & Muninn : 2012

 

Liens 

 

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Published by Clémence, Roxane et Alexis - dans traduction
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