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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 06:00

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Mardi 7 février 2012. 10h30. Après de nombreux mails échangés, nous avons enfin rendez-vous avec Éric Moreau, traducteur, la trentaine. C’ est déjà « un vieux routier » et il compte à son actif plus d’une quarantaine de traductions. Il est bordelais d'adoption depuis quelques mois seulement. Il a rejoint, dès son arrivée,  l'ECLA, pour « connaître d'autres traducteurs du coin » mais surtout pour parler de son métier, réaliser des ateliers. Ce n'est pas avec le nombre de salons du livre qui existent en France qu'il le pourra. En effet, très peu ont pour thématique principale la traduction. Le plus connu, et le seul :  l'ATLAS qui a lieu chaque année, en Arles, en partenariat avec  l’ATLF.

Notre interlocuteur a commencé ses études par un DEUG d’anglais puis a fait une licence de traduction littéraire à Paris 7, « au départ c’était un peu par curiosité, par attrait pour la traduction, pour voir un petit peu ». Il postule ensuite au DESS traduction où il est sélectionné comme treize autres personnes, étudiants ou traducteurs professionnels. C’est lors de cette formation qu’il rencontre des traducteurs chevronnés comme celui de James Ellroy, Freddy Michalsky, « une rock star dans le milieu de la traduction » ! Cette rencontre est un élément déclencheur, Eric Moreau est décidé à poursuivre dans cette voie-là, et plus particulièrement, dans celle de la traduction du roman policier, même si celui-ci est encore considéré comme un genre mineur. Il nous avoue que, de sa promotion, peu d’entre eux ont continué dans cette voie. De toute façon, « la traduction n’a jamais été un métier à diplôme ». En effet, beaucoup de traducteurs sont des personnes qui se débrouillent en anglais et ont une bonne plume en français, comme des universitaires par exemple ou d’anciens étudiants de cursus d’anglais ou de lettres. Au terme du DESS, Eric Moreau, tourné vers le polar, est placé chez les éditions du Masque, « vous savez les couvertures jaunes ». Au début, il effectuera, ce qu’il nomme, « les basses besognes » (« attention je ne faisais pas le café ! » mais le collationnement ou le report de corrections d’un traducteur sur un texte). Petit à petit, il fait ses preuves. Elles s’avèrent concluantes. On lui propose le « premier contrat dont un petit traducteur rêve ». C’était il y a douze ans, en 2000. Depuis, il enchaîne les contrats, de manière plus ou moins régulière,, « il y a toujours le débat bien payé/mal payé, des fois vaut mieux être payé un peu moins mais avoir des contrats plus réguliers ou des textes moins prestigieux mais qu’on traduit deux fois plus vite ».



Il nous rappelle qu'un diplôme de traduction n'est pas synonyme de garantie de travail. « Ce n'est pas comme les gens qui font une école de commerce, ou une école prestigieuse, et en général on les appelle pour leur filer du boulot. Nous on ne nous appelle pas ». Les traducteurs, comme les auteurs, sont souvent enfermés dans un genre propre. Il peut être difficile d’en sortir. Une fois le traducteur trouvé, l’étape suivante est le mode de rémunération. Avant, les traducteurs étaient rémunérés au feuillet de traduction (25 lignes de 60 caractères). Maintenant, il faut prendre en compte « la difficulté du texte, la notoriété du traducteur, la langue », entre autres. Selon l’A TLF, le prix au feuillet est compris entre 17 et 21 euros, « c’est très optimiste ». On parlerait plus de 12 euros du feuillet, « et là c’est difficile d’en vivre ou alors il faut traduire très vite et beaucoup ». Une fois le nombre de feuillets déterminé, on applique, le plus souvent, la règle des « un tiers / deux tiers » (« on paie un tiers de la somme à la signature du contrat et les deux tiers, l’à-valoir, à la remise et à l’acceptation de la traduction »). Avec l’arrivée des nouvelles technologies, ce moyen de calcul a été amené à évoluer puisque certains éditeurs prennent désormais en compte le nombre de signes typographiques. On décide ensuite du laps de temps que le traducteur aura pour mener à bien sa mission, « on dit "j’estime à tant de temps", et pour le coup il ne faut pas se planter, faut faire une estimation, c’est comme un devis ». Des royalties, soit des droits d’auteur, peuvent s’ajouter à la rémunération prévue à la base, en fonction du nombre de ventes, « dans 80-90% des titres ca n’arrive jamais parce que ça ne se vend pas assez, il faut que notre pourcentage sur le prix de vente fois x exemplaires, rembourse déjà ce qu’on a touché ».



L’éditeur a pléthore de CV de traducteurs. Pour choisir le bon, le mieux c’est de prendre une personne qu’on a eue en stage ou conseillée par un tiers, le monde de l’édition est fermé ; de fait, il est facile de connaître les « bons » traducteurs pour un type de texte. Une fois que le traducteur a fait ses preuves, il peut être contacté par l’éditeur lui-même, sans aucune démarche préalable. Il est choisi en fonction de ses compétences, « par exemple, il y a des domaines très pointus, sur tout ce qui est maritime, navigation ; alors là, c’est très compliqué. Il y a des traducteurs spécialisés là dedans. En général, ce n’est pas à la portée de tout le monde donc on  a ces traducteurs-là pour maitriser ce domaine ». Éric Moreau est en freelance, « on n’est pas en contrat avec un éditeur, si l’herbe est plus verte ailleurs… c’est à nous d’établir une bonne relation de travail ».

La traduction d'un polar est assez cadrée : pour 300-400 pages, on considère qu'elle prend 3-4 mois, on compte entre 6 et 8 pages par jour. Certaines fois le délai est allongé ; « si on peut, il faut toujours demander un délai un peu plus large, pour pouvoir assurer en cas de pépin ou autre... », quand les textes sont plus littéraires, plus prestigieux, demandent plus de temps de traduction.

Le travail de traduction peut alors commencer. Quand le temps le permet, des recherches en amont sont effectuées pour se documenter sur l'époque. L'arrivée des nouvelles technologies, notamment Internet, facilite ce travail. Eric Moreau « aime bien se lancer dans la traduction assez vite après l'avoir lu, prendre le texte vite puisqu'il est là ». Un premier jet est alors préparé, qu'on affine par la suite, avec des relectures et recherches : « on remet tout ça d'aplomb, on revient sur les passages qui ne nous plaisent pas toujours. Parce que quand on fait huit pages tous les jours, y a forcément des moments où on est un peu moins en forme, concentré, etc., donc on revient dessus, on harmonise le tout ». Il faut régler certaines difficultés propres à la langue. Par exemple, en anglais, le vouvoiement n'existe pas. Il faut donc traduire avec cette difficulté supplémentaire. « Par exemple, la victime et l'autre qui la harcèle, à quel moment est-ce que lui la tutoie ? Elle le tutoie ? À quel moment ? Enfin bref, ça paraît idiot comme ça mais c'est compliqué à gérer ! ». Et enfin, lors de la dernière lecture, on règle tous les problèmes liés à la langue, « la fameuse tâche du report de correction ». Même si Éric travaille sur ordinateur, il préfère quand même relire son texte sur papier. « Ça n'a rien à voir, c'est inscrit dans nos gênes, tout de suite y a des choses qui nous sautent aux yeux ». Ensuite, le texte est soumis à l'éditeur qui le corrige par le biais d'un ou plusieurs correcteurs. Il faut qu'il entre dans les critères du policier français, « c'est-à-dire garder le rythme, surtout que ce soit clair, rythmé, bien travailler les dialogues, les descriptions, que ça coule surtout » pour parler réellement à ce lectorat. Pour cela, le traducteur a une certaine liberté d'exécution, même si «on ne change pas les noms, on ne change pas l'intrigue, on ne coupe pas deux pages parce qu'on trouve que c'est ennuyeux ».

Les correcteurs et l’éditeur permettent d’avoir un avis extérieur, « car quand on est seul face à son texte au bout d’un moment on ne voit plus ». Des suggestions, des modifications s’ensuivent. Il faut savoir que, en cas de désaccord sur une tournure de phrase, un choix de translation, le traducteur a toujours, en théorie, le dernier mot (« ce n’est pas non plus la guerre à savoir qui aura raison ! ») puisque c’est son nom qui est imprimé sur le papier. En cas de mauvaise traduction, on se retournera contre celui-ci non contre les correcteurs, « parce que la personne qui a le texte fini voit le nom du traducteur, il n’y a pas comme dans les films un générique avec marqué "édité par un tel, corrigé par un tel" ». Le but est vraiment de rendre une rédaction de qualité, qui plaise avant tout aux lecteurs. « Le traducteur doit avoir le dernier mot et être responsable de son texte et être carré avec ce qu’il a fait ».

On estime qu'il faut refaire les traductions tous les trente ans, ça s'appelle le rewriting, « pour que les textes soient retravaillés, remis au goût du jour et puis corriger les choses qu'il pouvait y avoir : erreurs de traduction, inexactitudes, rajouter des passages qui avaient été sucrés ».



La question qu'on peut se poser, à juste titre, à force de traduire les textes d'un autre : n'a-t-on pas envie d'écrire un roman ? Éric Moreau nous avoue qu'« à un moment oui, et puis, en fait, c'est vraiment deux disciplines différentes, […] les tentatives n'ont pas été concluantes, il ne suffit pas de maîtriser l'outil d'écriture, il faut avoir les idées et c'est un peu cela qu'il me manquait ».



Il n'a pas eu la chance de rencontrer beaucoup d’auteurs qu'il a traduits. Certaines fois, il les contacte par mail, pour leur demander des renseignements complémentaires ou simplement leur dire qu'il traduit leur livre. Mais l'éditeur les tient au courant s'ils signent sur un salon en France.



Le choix du titre peut être laissé au traducteur, puisque le plus souvent, le titre original n'est pas repris. L'éditeur « demande des titres, il veut des titres ». Ce n'est pas toujours simple pour trouver celui qui correspond parfaitement aux romans. Il faut qu'il soit percutant, qu'il donne envie aux gens de l'acheter (« dans un bouquin on sait ce qui marche : le titre, la couverture, la quatrième »).  Si le traducteur travaille en collaboration avec l'éditeur pour le choix du titre, ce n'est pas le cas de celui de la couverture qui, elle aussi, ne reprend que rarement celle de sa version originale. Des graphistes, dans chaque maison d’édition, sont spécialisés dans ce domaine.



Le débat sourciste/cibliste ? « Ça fait parler dans les formations, écrire des papiers. C'est un vieux débat qui fait bien marrer chez les traducteurs parce qu'on est toujours entre les deux, c’est un compromis permanent où à la fois il faut respecter au maximum le texte original tout en transformant un texte en français bien écrit qui corresponde au critère de l’édition en France et du lectorat français. […]. Le débat sourciste/cibliste, c'est au fond un débat universitaire ». Le traducteur est considéré comme l'homme de l'ombre (moins par manque de reconnaissance que par la solitude qu'entraîne leur métier, l'absence du statut d'auteur), et le passeur, même si pour Eric Moreau« passeur c'est un petit peu prétentieux. Oui, on permet à des gens de lire des textes qu'ils n'auraient pas pu lire autrement ».

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Entretien complet avec Éric MOREAU


Présentation du traducteur

 

Pourquoi être traducteur et comment êtes-vous devenu traducteur ?

Ce n'est pas un hasard. J’ai commencé une fac d’anglais, après le bac. J’avais lu des bouquins comme tout le monde, traduits, sans savoir exactement de quoi il retournait, en voyant vaguement comme ça des noms mais la traduction, ça ne me parlait pas plus que ça… J’ai donc commencé un cursus d’anglais sans trop savoir ce que j’allais en faire après. C’était un DEUG (à l’époque c’était encore un DEUG et pas une licence !). Filière générale, DEUG d’anglais LLCE, littérature peut-être pour être prof… À l'université Paris 7 a été créé le premier DESS, master pro 2 de traduction littéraire sous l’impulsion d’enseignants de l’université et de l’ATLF donc l’Association des traducteurs de littérature de France. Ce qui signifie bien qu’il y avait un désir de formation. Ce DESS se passant dans cette fac-là, ils ont décidé de commencer la filière en amont en commençant à partir de la licence. Il y avait une spécialisation à partir de la licence, ce qui est rare ; en général c’est plutôt à partir de la maîtrise. Il y avait une dominante « Traduction » en licence et au terme du DEUG on nous a parlé de cette nouvelle licence. Certains étudiants avaient possibilité d'y postuler. Alors c’était sur un petit concours d’entrée, il y avait un nombre de places limité puisque tout était calqué sur le DESS. Le DESS, c’était 14 places qui s’adressaient aux étudiants titulaires au moins d’une maîtrise ou aux traducteurs déjà professionnels qui voulaient compléter leur formation. Donc, pour cette licence, quatorze places étaient disponibles aussi tout simplement parce qu’il y avait 14 places en stage en maison d’édition à Paris. Donc on avait un petit test d’entrée avec un ou deux exercices de traduction, traduction de roman, un passage à faire. Un exercice de français puisqu’on appuyait beaucoup sur le français. Donc de fil en aiguille, j'ai fait cette licence puis une maîtrise. Au départ c’était un peu par curiosité, par attrait pour la traduction, pour voir un petit peu. Et au cours de ce cursus on avait des interventions de professionnels, donc de traducteurs chevronnés, dont le traducteur de James Ellroy de l’époque qui s’appelait Michalski. C’était vraiment une rock star dans le milieu de la traduction ! Pour le commun des mortels, il n’était pas forcément connu mais dans le milieu de l’apprenti traducteur, il était connu. Il nous a parlé de son métier, comment il est venu à traduire et à traduire spécifiquement du roman policier. Moi, j’étais déjà tourné vers le roman policier donc ça m’a encouragé dans cette voie-là.



Vous ne traduisez presque que du roman policier. C’est suite à cette rencontre ?

C’est suite à ça, oui. Je voulais déjà aller dans la traduction mais à la fac on regarde souvent le polar comme un genre mineur. Mais ce traducteur a au contraire traduit James Ellroy donc c’est coton, il ne faisait que ça, il n’avait pas envie de traduire autre chose… Mais c’est cette rencontre qui a été un élément déclencheur.



Et les autres personnes qui ont aussi suivi ce cursus-là, ont-elles aussi continué dans la traduction ?

Pas forcément. Quand je vous parle de cet épisode, c’était en licence donc c’était assez tôt dans le cursus. Après il y avait toujours le filtre du test d’entrée en maîtrise, donc ça devient plus difficile. Certains ont suivi cette voie, d’autre ont bifurqué vers des cursus plus standard entre guillemets pour la fac comme en littérature, civilisation… Et dans l’ensemble si on était là c’est qu’on avait envie de faire de la traduction. Il y a le hasard des tests. Si on n’est pas inspiré ce jour-là ... C’est le principe des concours, on prend les quatorze premiers. Tout le monde n’a pas continué, j’ai retrouvé assez peu de monde en DESS. Et de ma promotion, on est une petite moitié à avoir poursuivi mais même pas dans la traduction pure et dure. J’ai une copine de promo qui est éditrice, maintenant…



Alors concrètement comment avez-vous commencé ?

Concrètement, c’est au terme du DESS. Comme c’était une formation professionnelle, on n’avait pas un stage du type alternance. C’était au terme de l’année universitaire qu’on en effectuait un dans une maison d’édition. On attribuait une place en stage chez un éditeur à chacun des étudiants selon les préférences. On m’a mis aux éditions du Masque comme j’aime bien le polar (vous savez les couvertures jaunes quand ils ont commencé en grand format). Et on nous proposait un stage de traduction, c’était le schéma classique où on passait un jour ou deux chez l’éditeur, il nous montrait et nous présentait leur travail. On nous donnait trois chapitres de traduction d’un texte. Puis on rentrait chez soi et le lendemain, on le rendait à l'éditeur qui nous disait si ça allait ou pas. Ce n’était pas très intéressant puisqu’on avait déjà passé l’année à faire ce type d'exercice. On avait déjà un tuteur professionnel, et un autre qui était universitaire – c’était par binôme.

J’ai fait un stage en édition où au début je faisais des basses besognes, mais attention je ne faisais pas le café ! C’était du vrai travail mais par exemple quand une traduction arrivait et avait été corrigée, je faisais le collationnement ou je reportais les corrections d’un traducteur sur un même texte. Et puis de fil en aiguille j’ai appris comment ça se passait, ce qu’on attendait des correcteurs, les signes typographiques aussi. C’était donc vraiment très riche d’enseignement.

Après j’ai corrigé moi-même des traductions : on m’a fait confiance assez vite. Après j’ai rédigé des 4e de couverture, etc. Vraiment c’était très instructif. Ça s’est très bien passé, j’ai sympathisé avec l’équipe… J’ai expliqué que mon objectif était de me diriger vers la traduction, donc évidemment j’ai demandé si je pouvais faire un essai.

Et donc voilà on m’a donné ma chance assez vite. J’ai fait un essai et ça s’est bien passé. J’ai eu le premier contrat dont un petit traducteur rêve. Après j’en ai eu régulièrement, j’ai rencontré du monde… ça s’est fait comme ça et c’est vrai que le stage en traduction c’est un bon pied à l’étrier, plutôt que le démarchage qui consiste à envoyer des CV, des lettres. Quand on n’a rien traduit à part des petits bouts à la fac, il y a déjà assez peu d’éditeurs qui, on le comprend, donnent leurs chances à des gens qui n’ont jamais traduit. Mais en même temps, faut bien commencer un jour ! Donc commencer en maison d’édition, voir comment ça se passe, c’est un bon moyen.



Peut-on être traducteur aujourd’hui sans avoir de diplôme ?

Ah oui, oui, bien sûr ! La traduction n’a jamais été un métier à diplôme. Il y a des forums sur Internet si vous avez besoin d’aide. Un site est réservé aux traducteurs qui travaillent déjà, donc qui ont déjà eu un contrat ou justement aux étudiants de master qui se dirigent vers la traduction ou pour des profs qui essaient de se convertir en complément de leur activité. Et parmi ces gens-là, on est très peu à avoir un diplôme, c’est assez récent en fait. Le premier DESS de Paris 7 doit avoir quinze ans, peut-être un peu plus…C’est tout frais. Et au début, c’était pas spécialement reconnu. Avant, la traduction c’était un peu le hasard. Quelqu’un qui avait fait par exemple des études de lettres. Un profil possible, c’est une personne qui avait fait des études de lettres, qui était enseignant et connaissait plus ou moins l’anglais, à qui l'on disait : « Tiens, tu parles anglais, t’es bon en français, est-ce que tu peux traduire ça ? ». Ce n’était pas toujours comme ça mais avant ça y ressemblait. On venait souvent par hasard à la traduction et on apprenait sur le tas. Il fallait déjà avoir une maîtrise de l’anglais suffisante et puis un don pour le français évidemment puisqu’on s’adresse à un lectorat français. C’est le texte définitif qui compte même s'il prend racine sur l’anglais. Maintenant, ce n’est pas une condition sine qua non, c’est vrai que ça peut aider d’avoir un diplôme, ne serait-ce que pour mettre le pied à l’étrier.



Arrivez-vous à ne vivre que grâce la traduction ?

Oui, oui, ça fait douze ans, maintenant. Mon premier contrat, c’était début 2000. Donc j’en vis, ce n'est pas le cas de tout le monde et ce n’est pas forcément évident. Il faut travailler régulièrement en fait, avoir des contrats réguliers. Là on a toujours le débat bien payé/mal payé, mais des fois il vaut mieux être payé un peu moins mais avoir des contrats plus réguliers ou des textes moins prestigieux mais qu’on traduit deux fois plus vite. Après, de temps en temps, pour le plaisir de la traduction, c’est toujours sympa d’avoir un auteur avec un vrai travail de traduction, avec des textes plus compliqués, où l'on peut passer du temps dessus. Mais il faut réussir à en vivre. Certaines personnes y arrivent en traduisant des titres prestigieux mais c’est quand même un petit groupe assez restreint. Il faut savoir aussi que le volume de traduction dans l’édition aujourd’hui, la littérature dite blanche par opposition au roman noir, représente une petite portion du volume de la publication qu’on a. La maison Arlequin couvre à elle seule un pourcentage très important du volume des publications en France, et ce n’est pas le seul éditeur à faire de la littérature populaire. Après on retrouve toutes les maisons d’édition qui ont leur collection de polar. C'est peut-être un peu moins systématique maintenant, mais à un moment tout le monde montait sa collection de romans policiers, de romans noirs… Moi, les éditeurs pour qui je traduis, par exemple 10/18 ils ont – ça fait longtemps déjà – pris le train en marche et créé une collection qui s’appelle « Grands détectives ». Une grosse partie de leur collection repose sur la reprise de textes déjà traduits ailleurs, les livres de poche. 10/18, c’est le polar historique, le roman victorien. Je traduis chez eux Anne Perry qui marche bien, et puis un peu de toutes les époques, du roman médiéval jusqu’à finalement des histoires assez contemporaines.



Dans le cadre de vos études, ou pour parfaire vos traductions, êtes-vous parti à l’étranger ?

Des séjours courts mais on ne peut pas dire que ca m’ait aidé. Là, c’est pareil, selon les profils, par exemple moi, mes deux tuteurs que j’avais au DESS, sans citer de nom, il y en avait un – les deux étaient des traducteurs très réputés – qui avait vécu longtemps aux États-Unis, qui avait vécu sa vie là-bas et qui était revenu en France – il était aussi éditeur – et pour lui, c’était indispensable de vivre à l’étranger un minimum de temps. C’était peut-être vrai à une époque, la préhistoire avant internet, où avoir des références culturelles, on peut maîtriser la langue par les bouquins, mais maîtriser les références culturelles contemporaines c’est autre chose. Effectivement, c’était vrai à une époque. Maintenant avec internet, même si c’est un plus d’y avoir vécu, on peut s’en passer. Et donc, l’autre avis, c’est celui de mon autre tutrice, qui avait fait ses études et avait vécu quelque temps en Angleterre, mais pas deux ou trois ans, pas de séjour vraiment prolongé. C’était une traductrice très réputée elle aussi, qui n’avait plus rien à prouver. Il se trouve que je me suis lancé dès la licence dans cette voie qu’est la traduction ; il était carrément déconseillé de partir, ce qu’on faisait dans d’autre filières de littérature, civilisation ; on leur conseillait de s’imprégner de la langue, de la culture, d’aller faire un an d’assistanat, dans un pays anglophone et il y en a beaucoup qui sont partis comme ça pendant un an.

Mais nous, on mettait l’accent sur le français, c’est tout. Le but, c’est d’écrire en français et donc on nous le déconseillait. On avait plutôt tendance à nous demander d’améliorer notre français plutôt que d’améliorer notre anglais. Mais quand on a fait deux ans de DEUG d’anglais, qu’on s’est plongé dedans, il fallait plutôt qu’on lise en français, ce qu’on faisait beaucoup moins depuis deux ans pour pratiquer l’anglais. Après, il faut lire les deux pour ne pas perdre le contact avec l’anglais. On se rend compte qu’on prend vite des réflexes et des tics de traducteur. Chaque traducteur a ses tics, chaque auteur a ses tics. Il faut donc renouveler un peu la boîte à outils et donc du coup, comme j’ai fait les trois années de formation de traduction et qu’après j’ai enchaîné tout de suite pendant trois mois avec mon stage en édition. Je n’ai pas eu l’occasion de partir. À mon grand regret, d’ailleurs. Mais je ne désespère pas de le faire un jour parce que du coup j’ai un anglais oral vraiment pitoyable. On se rend compte que c’est une gymnastique de traduire toujours dans le même sens. À part les gens qui ont des amis anglais, qui l’entretiennent, moi, je n’ai jamais l’occasion de parler anglais, et puis on se rend compte que toujours traduire dans le même sens, c’est une gymnastique, des reflexes qu’on prend. Et dès que je dois traduire dans l’autre sens, je trouve cela très dur.



Relations éditeur – traducteur

Comment s’effectue le premier contact entre traducteur et éditeur ?
 
On entre dans la partie technique pure et dure et c’est intéressant aussi. Il faut aussi en vivre. Le premier contact traducteur/éditeurs, c’est pareil, il y a plusieurs configurations. Comme je l’ai expliqué tout à l’heure, par un stage, sinon on démarche, on envoie des CV, on explique ce qu’on traduit. C’est bien de ne pas envoyer à l’aveugle et de cibler : je connais votre collection, et ça m’intéresse. Je ne vais pas envoyer un CV à quelqu’un qui traduit du végétarisme, ce n’est pas du tout mon domaine. On peut se documenter après. On doit être polyvalent. Même dans le polar qui est ciblé, on doit pouvoir traduire dans différents domaines. J’ai dû faire des recherches sur les grottes en Californie, sur des sujets divers, ou historiques. On peut traduire dans le littéraire un peu tout ce qu’on nous donne. Mais sur des domaines très précis, qui sortent du littéraire et de la fiction, là, ça peut être plus compliqué, il ne faut pas faire n’importe quoi. De temps en temps, une fois qu’on est un petit peu installé, ça peut être un éditeur qui nous appelle.

En général, ça sort rarement de nulle part parce que l’édition est un petit monde. C’est un éditeur qui a discuté avec un autre qui lui a dit : « Moi, je connais untel qui cherche du boulot» ou « Moi, je recherche un traducteur, est-ce que tu connais quelqu’un ? ». Il y a plusieurs configurations possibles.



Comment l’éditeur choisit-il un traducteur par rapport à un autre ?
 
Un éditeur choisit un traducteur selon ses compétences, ce qu’il a sous la main ou s’il cherche un domaine particulier. Par exemple, il y a des domaines très pointus, sur tout ce qui est maritime, navigation, alors là c’est très compliqué. Il y a des traducteurs spécialisés là-dedans. En général ce n’est pas à la porté de tout le monde donc on appelle ses traducteurs là pour maîtriser ce domaine.

 

C’est vous qui prenez contact ou c’est l’éditeur qui vous contacte ?

Non ça ne se passe pas exactement comme ça. Alors, une fois qu’on est dans la maison d’édition, qu’on a eu un premier contrat, les éditeurs aiment bien savoir à qui ils ont à faire. Donc tel type de texte ils le donnent en général à tel type de traducteur, moi je suis dans le polar donc la question ne se pose pas trop. Mais voilà, ils vont chercher un traducteur qui est compétent dans un domaine et a fait ses preuves dans ce domaine-là. Après il y a des affinités, même dans le polar. On reste dans un éventail de genres mais il y a le polar historique, le thriller. Alors on a des affinités ; moi, au début j’étais plutôt dans des thrillers, dans du contemporain. Et puis mes goûts de lecture me conduisaient vers ça. Et puis de fil en aiguille, 10/18 m’a contacté parce qu’on leur avait parlé de moi, pour faire du Anne Perry donc du polar victorien. Ils cherchaient un traducteur parce qu’il en manquait à ce moment-là. Et on fait un essai. En fait, tout simplement, on vous demande si ça vous intéresse de traduire ça, et si oui est-ce que vous êtes d’accord pour faire un essai pour voir si ça colle ? Et puis après ils ont une équipe de traducteurs, ils voient ce qu’ils ont sous la main à tel moment et puis si ça correspond pour le bouquin à traduire. Après, pour un bouquin de style très particulier, l’éditeur peut aller chercher un traducteur précis qui a fait un bouquin dans un genre similaire et si le bouquin est bien fait…

C’est rarement le traducteur qui demande. Il faut qu’on ait des contrats régulièrement pour travailler et parfois on peut avoir envie de travailler pour certains éditeurs. Là, récemment, j’ai contacté une collection et donc j’envoie un CV en espérant qu’un jour ça débouchera sur un message ou un coup de fil. Puis les éditeurs ont parfois besoin de nouveaux traducteurs. Sinon c’est plutôt de la gestion de personnel. À tel moment, il y a tel bouquin qu’il faut traduire, quel traducteur est disponible, est-ce que ça colle avec le style et ça se fait comme ça. Mais en général c’est un peu comme les acteurs, on est vite dans une case, c’est rare qu’on ait des traducteurs qui traduisent des genres très différents. En général quand on me propose quelque chose, c’est du polar.



.C’est ce que vous voulez de toute façon.

Oui, moi, c’est par choix ! Même si après on a toujours envie de faire autre chose, et je serais ravi de traduire des auteurs un peu plus contemporains pas forcément de polar, de littérature américaine ou anglophone. Dans un genre différent, soit avec des thématiques différentes c’est toujours intéressant à faire et ça aère un peu la tête aussi.



L’éditeur, il a son mot à dire sur la traduction ?

Oui, bien sûr.



Et si votre traduction vous satisfait, peut-il vous forcer à changer un passage ?

Oui, ça ne m’est jamais arrivé mais bon, c’est pareil, il n’y a pas non plus beaucoup de choix. J’imagine qu’il y a des choix de traduction à faire sur un texte très particulier. Mais souvent on repère les textes qui vont être difficiles, il y a des auteurs connus pour ça et là, le mieux c’est de discuter en amont et de faire un choix entre l’éditeur et le traducteur pour savoir quelle direction on va prendre, quels choix on va faire, ça peut se passer comme ça. Ou en tout cas c’est le traducteur qui la plupart du temps repère certaines difficultés, qui sent qu’il y a un choix à faire, qui le fait lui-même. Après on demande à l’éditeur si ça lui convient. Voilà, on se met d’accord, on va dans cette voie-là. Mais c’est l’éditeur qui décide même s’il fait confiance au traducteur puisque c’est le premier à manipuler le texte original donc à faire des choix et puis à déterminer ce qui est le mieux. Après, on peut discuter sur des détails mais la direction principale c’est quand même le traducteur qui la donne.



Comment s’organise la rémunération ? Touchez-vous un pourcentage sur le nombre de livres vendus ?

Le format standard de rémunération c’est ce qu’on appelle le feuillet de traduction qui date de l’époque de la machine à écrire pour les journalistes, les écrivains. C’est donc 25 lignes de 60 caractères. Un roman de 200-300 pages donne du 500 feuillets. On n’est pas payé au nombre de pages, maintenant. Avant, c’était comme ça, on était rémunéré au feuillet, on faisait une estimation du nombre de feuillets. Selon la difficulté du texte, la notoriété du traducteur, la langue, on n’est pas payé pareil. On est payé tant du feuillet, on a une fourchette, une moyenne entre – selon l’ATLF, étude assez contestée qui n’est pas représentative de tous les traducteurs mais de ceux qui sont à l’ATLF et qui répondent – 17 et 21 euros en anglais. C’est très optimiste. Ça correspond à une certaine frange de traducteur mais ce n’est pas si évident que cela quand on débute, quand on fait de la traduction dans des maisons d’édition qui font du roman populaire et qui paient très mal – on est très loin du compte - , qui paient aussi au forfait. Pour moi, ça serait plutôt, à partir de et encore je suis gentil, de 12 euros du feuillet, et là, c’est difficile d’en vivre ou alors il faut traduire très vite et beaucoup.

Pour le tarif, il faut prendre le nombre de feuillets à l’arrivée, il y a un calcul de calibrage au début de la traduction. Il y a un petit calcul savant pour savoir à peu près combien ça va donner de feuillets. Par exemple, on sait que trois cents pages anglaises donneront 500 pages françaises. On part sur cette base-là. Il y a plusieurs choix. Le plus répandu est la règle des un tiers/deux tiers. On paie un tiers de la somme à la signature du contrat et les deux tiers, l’à-valoir, à la remise et à l’acceptation de la traduction. Il y a d’autres modes de paiement, comme le trois tiers mais c’est de moins en moins répandu : un tiers signature, un tiers remise et un tiers acceptation. Certains éditeurs, plus ou moins filous, disaient les un tiers ou les deux tiers à la publication mais ça il faut refuser absolument. Ça arrive que les textes soient lancés en traduction mais jamais publiés. Le traducteur qui a passé entre trois et cinq mois, si on ne le paie jamais, le manque à gagner est là puisqu’il a passé la moitié de son année pas payé. C’est à éviter. Mais ce n’est pas le plus répandu, heureusement.

Maintenant, avec l’informatique, il ya des modernisations pas forcément appliquées chez tous les éditeurs mais qui se répandent de plus en plus, c’est le comptage au signe informatique, qui est plus précis. Là, ça appelle un vrai calcul du tarif. Il est fait sur un feuillet de traduction assez espacé, plus que du 1500 signes informatiques, alors il faut revaloriser cela et se mettre d’accord. C’est plus équitable pour tout le monde. On peut se baser sur le texte source. Il n’y a pas la question du foisonnement, terme technique, l‘allongement du texte par rapport à l’anglais qui est plus resserré, plus dense, les mots sont plus courts, les tournures plus concises.

Et donc, souvent on compte, selon les traducteurs, entre 10 et 15% ; le texte est plus long à texte égal. Le texte est plus long en allemand parce qu’il y a des textes à rallonge ; quand on traduit de l’allemand vers le français, en général, ça raccourcit. En anglais, on allonge un petit peu. Comme l’éditeur peut trouver à redire, si on allonge trop son texte pour avoir plus de feuillets, on ne le fait pas, on cherche à être concis. Mais on imagine que ça a pu être fait, ça a pu exister que quelqu’un en rajoute un petit peu.

Ce que je vous dis là est de la théorie. Le problème de la technique du comptage au feuillet évite cela. C’est un calcul plus équitable. On peut négocier pour certaines oeuvres une rémunération au forfait : pour tant de pages, on vous propose tant. Je l’ai fait pour des textes différents, pour de la vulgarisation scientifique, pour de la jeunesse. Parce que là c’était très aéré. C’était un livre pop-up pour les gamins sur le corps humain ou l’espace je ne sais plus. Il y a du texte et si on le met en format feuillet, ça ne fait pas beaucoup de feuillets, mais alors le temps passé…. Mais on a des contraintes, comme pour le sous-titrage, de nombre de caractères, de mise en page, d’adaptation pour le coup vu que c’est pour les enfants. Donc là, le temps passé au travail est bien supérieur. On pourrait demander un tarif horaire, mais ça se fait très peu, en tout as dans la traduction ; on négocie un forfait avec l’éditeur. On passe un accord avec l’éditeur, on dit j’estime à tant de temps, et pour le coup il ne faut pas se planter, il faut faire une estimation, c’est comme un devis. Et on se met d’accord avec l’éditeur et puis après on peut plus ou moins s’ajuster. Là, ça peut être un cas où on est payé au forfait. Là-dessus s’ajoutent éventuellement les royalties, les droits d’auteur. Il faut savoir que tout ce que je vous ai expliqué, c’est considéré comme une avance sur droits d’auteur, un à-valoir. Ça nous est acquis quel que soit le nombre des ventes. On a fourni le travail. Et sur le contrat, on définit le tarif au feuillet, une estimation etc. et un pourcentage sur les ventes, sur la première édition, si c’est grand format ou poche, ça se négocie en général autour de 0,4% ; ça peut être entre 0,5 et 1% selon les éditeurs, les traducteurs. Et c’est là qu’arrivent les calculs savants, cette avance qui nous est acquise, pour espérer toucher les droits d’auteur sur les ventes, virtuellement sur le contrat oui, dans 80-90% des titres ca n’arrive jamais parce que ca ne se vend pas assez, il faut que notre pourcentage sur le prix de vente fois x exemplaires, rembourse déjà ce qu’on a touché. En sachant, que la moyenne des tirages dans le polar, la littérature populaire, peut aller entre 3 000 et 5 000 exemplaires. Ce n’est pas énorme. L’éditeur rentre plus ou moins dans ses frais. Il y a des premiers tirages plus ou moins importants, comme Anne Perry qui est à 20 000 exemplaires, et sont retirés après. Donc là on peut espérer. Après il y a des bestsellers qui se vendent par centaines de milliers. Pour les petits chanceux qui traduisent Twilight, Harry Potter, Millénium et compagnie, ils ont touché 10 000 euros pour leur travail ; tout ceci est virtuel je ne sais pas du tout combien ils sont payés, admettons que le prix de vente soit à 20 euros, ils ont 1 % soit 0,20 centimes, eh bien ils touchent 20 centimes fois x exemplaires. S’il y en a 100 000, ça va vite. Et tout ce qui dépasse est pour le traducteur, seulement quand l’à-valoir a été remboursé par les ventes, ce qui arrive je le répète très rarement. On peut toucher de temps en temps quelques centaines d’euros. Ça fait toujours plaisir ! Mais il ne faut pas compter là-dessus pour vivre. Ce qui paie c’est vraiment de traduire le texte. Les royalties, pour une grande majorité de traducteurs, c’est un petit bonus qui tombe. Depuis peu, on a le droit de prêt en bibliothèque, c’est calculé, je crois, sur le nombre de livres achetés par la bibliothèque, pas sur les emprunts. Si le bouquin est acheté par beaucoup de bibliothèques, je ne connais pas les calculs mais il y a un tarif qui s’applique. Ça ne fait pas manger non plus mais ça fait plaisir quand on les touche. Le gros de la rémunération c’est comme ça pour l’édition. On a un pourcentage en fonction du nombre de livres vendus sur le contrat mais ce n’est pas systématique.



Êtes-vous sous contrat avec une maison d’édition pour x romans ?

Pas du tout, on est free lance, indépendant. Normalement, il y a des accords tacites, mais du jour au lendemain tous mes éditeurs peuvent me planter, je ne sais pas ce qui peut m’arriver, soit un changement d’équipe, soit le traducteur ne satisfait plus, ça fait plusieurs traductions qui sont mauvaises, on l’a alerté et il n’y a pas d’amélioration, ça s’est vu aussi. Ou il n’y a pas assez de travail. Il n’y a aucune garantie de la part de l’éditeur à fournir des traductions. C’est tacite parce qu’on s’entend bien, que ça marche bien et il connaît notre situation, sait qu’on doit travailler régulièrement. Mais ils ne sont tenus à rien et nous non plus d’ailleurs. On n’est pas en contrat avec un éditeur ; si l’herbe est plus verte ailleurs… c’est à nous d’établir une bonne relation de travail. Moi, j’ai de la chance, je ne travaille qu’avec des éditeurs sérieux et puis avec qui ça se passe très bien. Je n’ai pas à me plaindre.

Ça n’empêche pas qu’il ya des périodes de trouble. Il ya des moments où je connais mon planning presque un an à l’avance et il y a d’autres cas où on ne sait pas ce qu’il arrive derrière et c’est plus stressant ; il faut relancer les gens, il faut attendre. Ce sont des situations qui peuvent durer un mois, deux mois. C’est à nous de faire que ca dure le moins longtemps possible, démarcher, etc. Comme on a le statut d’auteur, on est assez libre. On peut s’inscrire comme micro-entreprise pour entreprendre des travaux qui sont payés en salaire classique, pas en droit d’auteur, qui permet de cumuler des petits boulots comme les jeux vidéo, internet. On est assez libre, fait ce qu’on veut. La seule contrainte qu’on a vis-à-vis de l’éditeur, c’est écrit noir sur blanc dans le contrat, c’est de rendre la traduction le plus aboutie possible, dans les délais impartis.

Le texte est relu par l’éditeur ca,r quand on est seul face à son texte, au bout d’un moment on ne voit plus. Un regard extérieur est indispensable pour des choses à modifier, des suggestions, des choix ; on discute et puis ne serait-ce que pour des coquilles. Il y a ce qu’on appelle la préparation, qui est la première étape. Une fois qu’on a rendu notre traduction, on déblaie, on fait les indications de mise en page, etc., et on envoie à un correcteur ou deux, en fonction du travail qu’il y a à faire ; en général c’est un, mais s’il y a un gros enjeu sur le texte, il faut que ce soit vraiment nickel, qu’il n’y ait plus rien qui dépasse.



Quelle liberté avez-vous ?

J’ai normalement toute liberté. Je peux contester les corrections. Il y en a qui sont évidentes, évidemment, comme tout ce qui est syntaxe, orthographe, là je ne conteste pas, mais il arrive que sur une tournure de phrase, un choix de traductio,n des correcteurs fassent un peu du zèle et corrigent des choses sur lesquelles on n’est pas d’accord. Donc là, on amorce la question : « si j’ai traduit comme ça c’est qu’en fait… ça sera comme ça et pas autrement », ou alors on discute et on se dit :si ça a attiré l’attention du correcteur, c’est que ce n’est pas clair. Alors on peut discuter, et là on cherche autre chose.



Est-ce que le traducteur a toujours le dernier mot ?

Oui. En fait, ça dépend des relations qu’on a avec les éditeurs mais moi il se trouve que mes éditeurs me laissent, normalement, le dernier mot. Ce n’est pas non plus la guerre à savoir qui aura raison ! si vraiment, il y a un point litigieux, on essaie de trouver une solution. Mais sur le papier, c’est notre nom, donc on est responsable de notre oeuvre. Si la traduction se fait descendre dans un papier, c’est le traducteur qui prend, ce n’est pas le correcteur ou l’éditeur, en tout cas ce n’est pas le correcteur. Parce que la personne qui a le texte fini voit le nom du traducteur, il n’y a pas comme dans les films un générique avec marqué : édité par un tel, corrigé par un tel, donc c’est le nom du traducteur ; s’il n’est pas bien traduit, c’est très compliqué parce qu’il y a pas de mal personnes qui sont intervenues. Le traducteur doit avoir le dernier mot, être responsable de son texte et être carré avec ce qu’il a fait.


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Comment choisit-on le titre ? C’est l’éditeur qui vient vers vous, c’est vous qui allez vers l’éditeur ?

Alors, le titre, c’est amusant à quel point c’est très compliqué ! Certaine fois c'est évident, on ne se pose pas la question, c’est transparent donc c'est facile. Mais souvent ce n’est pas aussi simple ; donc, effectivement, c’est plutôt une adaptation. Après, de toute façon, l’éditeur demande des titres, l'éditeur veut des propositions de titres ! Des fois on trouve quelque chose dans le texte qui fait que c’est évident ; par exemple, j’avais traduit un auteur chez 10/18 toujours, un contemporain des années 40-50, du polar américain. C’étaient des romans un peu rigolos. Là, c’était une histoire de meurtres dans le milieu du cinéma à Hollywood, de gens avec la nuque brisée. Et donc je cherchais une histoire avec le cou… Et on en est arrivé assez vite à « Cou tordu à Hollywood ». Coup tordu et cou tordu : la sonorité faisait qu’il y avait une histoire de cou. Donc ce fut évident comme titre et la preuve, ça a été validé tout de suite !

Des fois c’est plus compliqué que ça. On propose des pistes, en général ça aide, on peut faire un résumé à l’éditeur pour lui montrer ; la quatrième de couverture, en général ça m’aide bien pour trouver des pistes. On cherche le thème, on cherche quelque chose qui va parler, qui est accrocheur surtout. Un livre, on sait ce qui marche : le titre, la couverture et la quatrième. On réfléchit, soit on trouve quelque chose de satisfaisant, l’éditeur valide et voilà. Soit on n’est pas content soi-même et on en parle avec l’éditeur…



Avez-vous votre mot à dire pour la couverture ?
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Non, pas du tout. Il y a quelqu’un dans la maison d’édition qui se consacre à ça, un graphiste… qui fait ça très bien d’ailleurs chez 10/18. C’est assez rare qu’on reprenne la couverture originale. Ça arrive ; là, le dernier que j’ai fait pour la trilogie Guillermo del Toro, comme c’étaient des sorties mondiales, on a repris le graphisme original mais c’est assez rare. Nous, on n’a pas voix au chapitre, là-dessus. À la limite, sur la quatrième de couverture, parfois on nous demande de la rédiger mais de moins en moins souvent. On nous fait juste intervenir sur le titre. Si le traducteur le souhaite, à partir d’un certain nombre de bouquins, il peut faire une petite préface pour expliquer soit le contexte soit certains choix de traduction. Ça reste sur des textes quand même très écrits. Par exemple, ça ne m'est jamais arrivé dans le polar parce que dans ce genre entre guillemets standard, on n'a pas un très gros travail d’écriture. Même si certains auteurs, des grands noms, comme James Ellroy, ont une vraie écriture. Chaque auteur a une petite particularité mais le travail sur l’écriture n'est pas très appuyé et donc en fait on travaille juste pour que ça rentre dans les critères du policier français, du policier en France. C’est-à-dire, garder le rythme, surtout que ce soit assez clair, rythmé, bien travailler les dialogues, les descriptions, que ça coule surtout. En général on répare le texte original, ça arrive que des fois ce soit vraiment mal écrit.



La traduction
 


Vous mettez combien de temps pour traduire un roman ?

Cela dépend vraiment de plusieurs paramètres. Le premier, évidemment c’est la taille du bouquin à traduire ! C’est sûr qu’un bouquin qui fait 150 pages, c’est rapide. Ca dépend aussi de la difficulté ! Bien sûr il y a la taille, la difficulté et le délai qu’on nous donne. En moyenne, dans le polar, c’est assez calibré, on va dire que c’est autour de 300 - 400 pages VO. Il faut compter à peu près trois - quatre mois. Trois mois, c’est bien si on arrive à tenir le rythme. Après c’est toujours pareil, selon la difficulté, on ajuste. Il y a des bouquins qui sont assez faciles à traduire. Moi je découpe en pages par jour. Entre six et huit pages. Quand c’est six pages, ça avance un peu moins vite mais des fois certaines sont un peu plus faciles, on est motivé on en fait huit, on va plus vite. En général c’est ça, minimum trois mois quand même pour une taille standard. Parce que là-dedans, il faut savoir qu’on a le premier jet qui peut être plus ou moins rapide.

Et puis ensuite, il faut se garder une fenêtre pour la relecture. C’est une tache aléatoire, selon qu’on a été inspiré ou pas sur le premier jet. Des fois, on s’est arraché les cheveux toute la journée sur le texte, on se dit « ça va être affreux ! », et puis finalement on a une bonne surprise, ça circule bien on a bien bossé. Parfois, on a des passages où on est moins content et on passe plus de temps sur la relecture, on retravaille plus le texte donc là, on a besoin de plus de temps. C’est pareil, faut se ménager du temps pour ça donc faut bien rajouter dix –- quinze jours pour bien relire, régler les derniers détails, quelques recherches s’il y a besoin et puis la phase laborieuse de report de correction. Comme beaucoup, moi j’aime bien relire sur papier, on travaille directement sur PC maintenant, mais à relire à l’écran on se rend compte que ce n’est pas pareil malgré l’habitude qu’on peut avoir et l’entraînement qu’on peut avoir de travailler sur écran. Sur papier, ça n’a rien à voir. C’est inscrit dans nos gènes, tout de suite il y a des choses qui nous sautent aux yeux. Même avec la même mise en page, c’est autre chose. Donc ça veut dire qu’on travaille sur papier, on peut faire ça dans son canapé, à table avec son café à côté – ça c’est des petits détails techniques – petite anecdote comme ça mais ça veut dire que les corrections qu’on a mises sur papier, il faut les reporter sur le texte… Alors c’est marrant au début, parce qu’on peut écouter de la musique en même temps mais au bout d’une journée c’est vraiment laborieux… Mais c’est pareil, ça prend du temps, ça peut prendre deux – trois jours selon la taille.

Je me souviens à un moment où j’étais moins expérimenté et des délais avaient fait que j’étais serré, je me souviens de fins de traduction un peu marathon où on pensait finir ce fameux report dans la journée et où il a fallu une bonne nuit blanche pour finir et rendre le texte à l’heure le lendemain ! Après, avec l’expérience, on essaie de s’organiser pour être à temps. Surtout quand il faut enchainer avec une autre traduction. Mais oui, il y a des fins de traduction épiques quand on a pris du retard… Il m’est arrivé de passer six mois sur un bouquin ! Parce que j’ai eu un bouquin de 500 – 600 pages anglaises, et en plus c’était aussi au début de mon métier et donc quand on sort de la fac, c’est pareil, il faut qu’on commence ! On n’a pas la même manière de traduire qu’au bout de dix ans quand on a traduit plus de quarante bouquins ! C’est sûr qu’on prend des réflexes, on acquiert de l’expérience, des automatismes, etc. ; on sait ce qu’on attende de nous. Moi pour le genre que je fais, en général c’est assez cadré, on va dire trois –  quatre mois en moyenne.

Mais si vous interrogez des traducteurs qui traduisent des textes plus prestigieux, soit de grande littérature, ou carrément des classiques, ou si on demande ça à des gens qui sont souvent aussi universitaires et qui font autre chose à côté, ça peut durer presque une ou plusieurs années. Par exemple pour Ulysse de Joyce, la dernière traduction qui est sortie au début des années 2000 par Gallimard, ils ont mis une équipe de trois – quatre personnes, des traducteurs professionnels, des universitaires spécialistes de Joyce, etc., parce que c’est un tel monument que traduire ça tout seul c’est un peu compliqué. Et donc là, c’est un cas très particulier mais ça peut arriver comme cela, pour des titres de ce type. Sinon, un traducteur seul à qui l’on confie un classique, s’il est universitaire à côté il va prendre beaucoup de temps et ce n’est pas seulement son seul moyen de subsistance principal. C’est différent. Et puis, un traducteur professionnel comme moi, qui vit de cela, qui traduit des textes plus littéraires, on lui donne un délai souvent plus large aussi parce que traduire une page de Darko Macan, c’est un peu plus compliqué que traduire une page de Michael Connelly. On a juste le style de l’auteur pour traduire la difficulté du texte.



Vous faites des recherches en amont ?

En amont, quand on peut c’est bien, mais on n’a pas toujours le temps… L’idéal, c'est déjà de lire le bouquin une fois pour voir de quoi il parle, et évidemment oui, on essaie de se documenter sur l’époque pour voir de quoi ça parle mais ce n’est pas toujours évident. En général les contrats sont signés avec une date butoir et entre les deux, il faut s’arranger pour faire la traduction et la rendre à l’heure. En plus de rendre une traduction de qualité, la première qualité j’ai envie de dire c’est de la rendre à l’heure, dans le délai imparti. Sinon, la chaîne éditoriale est décalée (la correction, la fabrication) et puis l’éditeur a un planning bien établi qu’il faut respecter. Il y a des contraintes de production, économiques, tout bêtement. Et puis un calendrier. Le traducteur c’est un des premiers maillons de la chaine. Enfin, une fois que le titre est acheté, et que le bouquin est lancé, si le traducteur commence à rendre en retard, c’est problématique. On est humain, on peut tomber malade… Si on peut, il faut toujours demander un délai un peu plus large, pour pouvoir assurer en cas de pépin ou autre… Et on s’arrange pour rattraper le temps perdu. On n’a pas forcément le temps de lire en détail le bouquin, de l’annoter, de faire des recherches…

Mais après, chacun ses techniques. Certains le font peut-être ! Moi en règle générale, j’aime bien me lancer assez vite dans la traduction après l’avoir lu, prendre le texte assez vite puisqu’il est là… Alors soit je fais des recherches en même temps, maintenant avec Internet c’est très facile, et si vraiment c’est un peu plus problématique et que ça demande beaucoup de recherches, là je note dans un carnet quelque part et j’y reviens à un moment ou un autre ; Soit j’ai le temps dans la journée, ou le week-end, le temps que j’affine la recherche et que je puisse faire un premier jet. Là, on traduit le texte comme il vient, on défriche ! C’est un boulot plus ou moins fini mais même si on a déjà lu le bouquin avant, on découvre toujours des difficultés qui apparaissent, que l’on n’avait pas repérées avant. Que ce soit dû au style… Et puis il y a les spécificités du genre propres au polar dans mon cas.

Une fois le premier jet effectué, on termine là en général les recherches à faire ou on les fait à ce moment. Et puis après, on fait une ou deux relectures, plutôt deux pour essayer de rendre une version le plus propre possible. La première relecture est vraiment le moment où l'on resserre le premier jet, où l'on enlève les répétitions, les phrases bancales ... On remet l'ensemble d’aplomb, on revient sur les passages qui ne plaisent pas toujours. Quand on fait huit pages tous les jours, il y a forcément des moments où l'on est un peu moins en forme, concentré, etc., donc on revient dessus, on harmonise le tout… Par exemple les Anglais n’ont pas le tutoiement et le vouvoiement – c’est un exemple comme un autre. Dans un bouquin on se dit à quel moment – c’est toujours la grande question – deux personnages vont commencer à se tutoyer ? Par exemple la victime et l’autre personne qui la harcèle, à quel moment est-ce que lui la tutoie ? elle le tutoie ? Enfin bref, ça paraît idiot comme ça mais c’est compliqué à gérer ! À la relecture, on se rend compte si l'ensemble est cohérent ou au contraire si ça ne va pas, dans quel cas on harmonise tout ça. À la dernière relecture, on essaie de régler tous les problèmes de traduction, de langue.



Avez-vous traduit des livres dont une traduction française avait déjà été réalisée plusieurs années auparavant ?

Ça s’appelle du rewriting. J’en ai fait à mes débuts, mais alors là c’était particulier. 10/18 avait acheté des titres d’un auteur. Et pour lancer la collection, il avait racheté des droits pour des traductions de titres qui avaient déjà été traduits. Un dans les années 50 et l’autre dans les années 60 je crois, où à la fois les critères de traduction, de diction etc. n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Et donc oui ca demandait que les textes soient retravaillés, remis au gout du jour et puis corriger les choses qu’il pouvait y avoir : erreurs de traduction, inexactitude, rajouter des passages qui avaient été enlevés.

A l’époque on prenait beaucoup de libertés surtout avec le polar. Si vous lisez des séries noires des années 30-50, ça devait rentrer d

ans un cadre très précis, tel format, c’était assez peu considéré. Et donc, le traducteur et l’éditeur ne travaillaient pas du tout de la même façon sur ces textes-là qu’aujourd’hui. Le style polar est un peu mieux considéré puisqu’on reconnaît aujourd’hui que les auteurs de polar sont des écrivains à part entière. Le polar devient populaire. On a une certaine liberté puisqu’on doit cibler un lectorat français mais on ne fait pas n’importe quoi avec le texte. On ne change pas les noms, on ne change pas l’intrigue, on ne coupe pas deux pages parce qu’on trouve que c’est ennuyeux. Ca ne marche plus comme ça, alors qu’on faisait ça avant. Là sur les deux bouquins – les deux étaient différents –, il y avait eu beaucoup de boulot de réécriture, de mise à jour aussi pour les références culturelles, parce qu’on estime qu’en gros, même si la VO ne change pas, elle est inscrite dans une époque.

Il faut retraduire en général, on estime, tous les trente ans parce que la langue évolue. Plus la langue est populaire, plus c’est obsolète. L’argot est ce qui change le plus vite. Et dans un policier, l’argot est très important. Rien que pour ca, une traduction des années 70 paraît super datée. L’original non mais alors la traduction… Ça devient vite vieillot. Si le bouquin n’a pas eu plus de succès que ça, que ce n’est pas un classique, on ne se fatigue pas, on ne retraduit pas. Mais quand c’est un texte important, on retraduit, c’est assez fréquent. Sous le volcan de Malcolm Lowry, qui a été traduit à l’époque – c’était juste calamiteux – a dû être retraduit. Mais même un texte bien traduit, peut nécessiter d’être retraduit.



Vous aviez rencontré l’ancien traducteur ?


Alors oui, je crois qu’un était encore vivant, mais je ne l’ai pas rencontré. Je sais que mon éditrice a eu des contacts avec lui. C’était un vieux monsieur qui avait beaucoup travaillé. Il était très content du travail qui avait été fait. Il était tout à fait d’accord et connaissait les contraintes données : à nettoyer, à remettre au gout du jour. J’avais eu des bons échos.



Il vous arrive d’adapter en fait le texte original, quand celui-ci est mal écrit ?

Oui c’est de l’adaptation... En fait, l’adaptation c’est encore autre chose, je parlerais plus d’adaptation pour de la jeunesse par exemple, quand il faut adapter des noms de personnages pour qu'ils parlent au lectorat français. Nous, on est un peu entre les deux. Dans le policier, on redresse un peu, avec nos outils, le texte original. Mais ce n’est pas forcément que ce soit mal écrit, c’est aussi qu’ils n’ont pas les mêmes critères que nous.

Il y a des répétitions qui passent beaucoup mieux en anglais qu’en français ; c’est proscrit. Il faut varier le plus possible et puis chez les auteurs anglophones, en général, les bouquins sont calibrés. Je ne sais pas si vous remarquez mais c’est rare qu’un bouquin fasse 120 pages et celui d’après 350 ! Après on peut jouer sur la mise en page mais on leur demande de rendre tant de pages, etc. Alors des fois ils écrivent un peu au kilomètre. Il faut resserrer tout ça, faire en sorte qu’on ne répète pas quatre fois qu’Untel a refermé la porte et fait démarrer sa voiture rouge. Les Anglais aiment bien et ça passe plus ou moins. En français, quand on a donné une info, on la donne une fois et après on estime que le lecteur a intégré. Si vraiment c’est nécessaire de le rappeler, on peut le faire mais c’est des petits trucs comme ça qui sont des contraintes pour nous.

Mais ça vaut pour le polar, ça vaut pour tous les textes. Donc c’est des particularités du texte anglais qu’il faut travailler. Et parfois il y a des auteurs qui n’ont pas un grand style. La plupart d’ailleurs. Mais c’est bien écrit, ça se traduit bien…

 
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Avez-vous déjà rencontré des auteurs que vous traduisez ?

C’est arrivé que je rencontre Anne Perry au salon du livre mais bon c’était comme ça vite fait et puis comme à l’époque je la traduisais, on avait discuté un petit peu... Non c’est assez rare. Maintenant avec Internet c’est plus facile. Avant il fallait demander l’adresse à l’éditeur… Pour certains, on les trouve sur Internet, on entre en contact s’il y a besoin. Faut pas les enquiquiner à longueur de journée pour demander : là, qu’est-ce que vous avez voulu dire ? Au bout d’un moment ils vont peut-être mal le prendre et ça ne nous donne pas une image positive. Mais oui, en général, quand il y a vraiment un problème sur le texte ou juste pour tirer quelque chose au clair ou demander s’il y a un choix à faire, l’auteur a son avis à donner.

 Ça m’est arrivé de consulter les écrivains. J’aime bien avoir un petit contact par mail, 2-3 mails échangés mais c’est tout. Il ne faut pas non plus de grandes discussions sur notre travail. L’auteur dont je parlais qui a écrit des bouquins sur Berlin, était très sympa, très disponible. Là comme c’était un texte assez compliqué, avec pas mal de références, etc., j’avais vraiment éprouvé le besoin d’avoir des éclaircissements sur certains points. J’avais envoyé une liste de questions assez longues. Il m’avait très gentiment répondu, très content d’ailleurs que je lui pose des questions, tout en me laissant toute liberté pour les solutions à adopter. Donc ça c’était assez plaisant. Avec d’autres aussi ça arrive de temps en temps. Ce n’est pas systématique, parfois ce n’est pas justifié. Là pour le dernier titre que j’ai fait, tout était assez transparent, les éventuels petits problèmes qui ont pu se présenter je les ai résolus moi-même. Pas la peine d’embêter l’auteur avec ça.

Et moi ça ne m’est jamais arrivé mais il paraît que certains auteurs sont réputés pour être vraiment pénibles avec leur traducteur. Certains auteurs qui estiment maîtriser le français veulent intervenir sur la traduction. Ils comprennent le français quand ils le lisent mais en traduction, il ne suffit pas de mettre l’anglais et le français. C’est un exercice, entre les deux il se passe une sorte d’alchimie, c’est particulier. Et les auteurs ne sont pas forcément les plus à même de réussir ça. Ils disent : « ça va pas, là c’est mal traduit… » Une fois, un auteur demandait du mot-à-mot donc c’était affreux à l’arrivée. Alors évidemment, comme c’est un auteur prestigieux on n’allait pas trop non plus l’envoyer paître, le traducteur avait dû s’arranger avec l’éditeur, pour lui expliquer que l’expression si on la calquait ça ne marchait pas. Ça peut empoisonner la vie du traducteur mais bon… je pense que c’est assez rare malgré tout et souvent, moi, de l’expérience que j’ai eu en général, les auteurs sont très contents, déjà d’être traduits, et en plus qu’on s’intéresse à leurs textes.



Vous avez déjà traduit de l’anglais vers le français ?

Non très peu. C’est plus que déconseillé. Le traducteur traduit toujours vers sa langue maternelle. Parce qu’il faut maîtriser au maximum la langue dans laquelle on traduit. Donc ce n’est pas déontologique de traduire dans l’autre sens. Sauf cas particulier de traducteur bilingue. Mais je peux écrire en anglais comme ça pour dépanner en anglais. De façon professionnelle, je l’avoue, je l’ai fait sur des tout petits textes. Mais voilà, début de carrière, sérieux, on n’ose pas dire non. Mais maintenant je refuse parce que si c’est pour rendre un texte dans un anglais bancal, pour qu’il soit publié, qu’il soit sur internet, pourquoi ? Ça peut nous retomber dessus, on est tenu à une qualité de texte à l’arrivée. Ça doit être fait de façon professionnelle et rendre une qualité professionnelle. Donc non.



Questions générales

Un mot sur l’ECLA, avantage ou contrainte ?

Je viens de m’installer à Bordeaux. L’ECLA, je n’ai eu qu’assez peu d’échanges avec eux puisque moi je voudrais bien faire des interventions pour parler de mon métier, ou carrément pour faire des ateliers par exemple parler de la traduction à des lycéens. C’est un peu pour ça que j’ai adhéré à l’ECLA et pour connaitre d’autres traducteurs du coin. Donc l’ECLA, pour l’instant, je ne peux pas en dire grand-chose ; je ne suis pas installé depuis assez longtemps. Contrainte ? Pour l’instant, je ne vois pas de contraintes. Opportunités ? Ça dépend ce qu’on entend par opportunité. Travail ? C’est trop tôt pour le dire, je ne pense pas et ce n’est pas pour cela que je l’ai fait. Pas de travail de traduction en tout cas, parce que pour cela il y a d’autres moyens. Il y a l’annuaire de l’ATLF et leur site internet.



L’ECLA vous permet de rencontrer d’autres traducteurs …

D’autres traducteurs ou avoir des contacts, comme je vous le disais, faire des ateliers, parler du métier de traducteur. Donc, je pense que c’est une bonne initiative, il faudrait que je voie un peu plus ce qu’ils ont à proposer de ce côté-là mais c’est plutôt une opportunité, une occasion de rencontrer des gens.



Comment définissez-vous le rôle du traducteur dans la littérature française ?

C’est un acteur incontournable, bien sûr. On fait partie du paysage de la littérature. On a le statut d’auteur. On est considéré comme auteur. On est rémunéré en droits d’auteur. On n’est pas propriétaire de nos textes, c’est plus compliqué que cela, les droits d’auteurs français (on cède les droits sur nos textes à un éditeur selon des termes bien définis mais on a le statut d’auteur. On est reconnu comme tel. Il est difficile de se passer de traducteur.

En gros, la France est un des pays au monde qui traduit le plus de tous les domaines. C’est par mode. L’anglais représente la majorité des traductions. Mais de plus en plus, les langues scandinaves, asiatiques, espagnole, allemande. Il y a une vraie tradition de traduction en France. Je n’ai pas de chiffres exacts mais c’est au moins moitié-moitié. Le traducteur a ce rôle de rendre accessible au lectorat français des ouvrages étrangers. L’anglais, on en a toujours besoin, il y a beaucoup de gens qui maîtrisent assez bien l’anglais pour lire dans le texte. Et c’est bien. Ça a contribué à la qualité des textes.

Les éditeurs maitrisent bien l’anglais comme les correcteurs d’il y a une dizaine d’années. Avant, ils faisaient une confiance aveugle au traducteur, et la plupart des temps il n’y a pas de problème. Mais on ne peut pas s’étonner que les traductions ne correspondent pas franchement au texte original parce qu’il n’y avait personne pour rectifier le tir. Bon heureusement, c’était rare et ça l’est de plus en plus. Tout éditeur ne maitrise pas toutes les langues, il ya donc toujours un moment où il est obligé de faire confiance. Il peut y avoir des surprises de traductions : très bien tournée, maitrisée, très agréable à lire alors que quand on creuse on se rend compte que la personne avait une très belle plume mais qu’au niveau traduction ca n’était pas exactement ca. L’édition de littérature c’est un peu piège. Dans l’édition française, il y a une relation de confiance entre traducteur et éditeur qui doit se nouer, se construire et une grande responsabilité de qualité par rapport à l’éditeur et au lecteur. Mon but ce n’est pas que l’éditeur soit content mais que le lecteur soit content, que les deux le soient.



Le traducteur, sourciste ou cibliste ?

Ca fait parler dans les formations, écrire des papiers. C’est un vieux débat qui fait bien marrer chez les traducteurs parce qu’on est toujours entre les deux. C’est un compromis permanent où à la fois il faut respecter au maximum le texte original tout en transformant un texte en français bien écrit qui corresponde au critère de l’édition en France et du lectorat français. Parfois on aime bien faire des choix, adapter les références culturelles et puis au niveau du style, respecter au mieux le style de l’auteur, ce qu’il a voulu dire mais il n’y a aucune traduction, mauvaise traduction, qui soit complètement cibliste avec du mot à mot, ça c’est difficile. Ca peut exister les fameuses traductions d’une très belle plume qui ne respecte pas tout à fait le texte original. À la limite, c’est peut être préférable d’avoir un beau texte en français mais il y a aussi le respect de la VO bien tournée en français. Le débat cibliste/sourciste, c’est au fond un débat universitaire.

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La traduction trahit-elle l’œuvre de l’auteur ?

Rien ne vaut jamais la VO parce qu’il ya le fameux « lost in translation » (perdu à la traduction) malgré la qualité de la traduction. Le génie des langues est différent, les sonorités sont différentes et donc on perd toujours un petit peu. Mais après il ya d’excellentes traductions. Et donc on n’est pas là pour trahir mais pour rendre au mieux un texte original dans le meilleur français possible, de notre plus belle plume.



Existe-t-il un salon de la traduction pour rencontrer d’autres traducteurs ?

Il y a plusieurs organismes, associations qui regroupent des traducteurs. La plus connue, c’est l’ATLF, qui ne regroupe pas tous les traducteurs, tout le monde n’y adhère pas forcément, mais une bonne partie. Il y a des assemblées générales de l’association. En partenariat avec l’ATLF, il y a l’ATLAS qui se déroule à Arles, tous les ans Il y a sur plusieurs jours, des ateliers, des conférences où justement les traducteurs peuvent se retrouver, se rencontrer. Il y a carrément, je crois, une résidence. C’est l’association ATLAS, où on peut choisir d’occuper un lieu, je ne sais pas comment ça se passe, si on a besoin de se consacrer à une traduction sans être parasité, on a une résidence comme ça. Il y a des conférences, des ateliers, des rencontres, des repas où des éditeurs font des interventions où on peut participer. Sinon, en France, il y a le Salon du livre où il peut y avoir des ateliers, des interventions sur la traduction, mais ça reste assez marginal.



Quand les auteurs sont invités sur les salons, les traducteurs le sont aussi ?

Oui, en général, l’éditeur nous propose d’y aller pour les rencontrer. C’est ce qui s’est passé avec Anne Perry. Mais ils ne viennent pas forcément très souvent. Moi, c’est la seule, Anne Perry, que j’ai pu rencontrer comme ça. Mais sinon, en généra,l on est invité à les rencontrer.



À force de traduire, vous n’avez pas eu envie d’écrire ?

Un moment oui, et puis en fait c’est vraiment deux disciplines différentes. Il existe des traducteurs qui écrivent. Je vous parlais d’une collègue à moi, écrivain, qui traduit aussi. Puis il y a des traducteurs qui traduisent uniquement sans écrire eux-mêmes. C’est le cas de William Olivier Desmond qui traduit entre autres Stephen King. Et qui écrit un polar publié au Seuil. Forcément, quand on travaille sur l’écriture, on a toujours envie, mais moi les tentatives n’ont pas été concluantes. Il ne suffit pas de maîtriser l’outil d’écriture il faut avoir les idées mais c’est un peu cela qu’il me manquait. Et puis donc je n’ai pas insisté plus que cela. Et pour mon temps libre, j’ai des centres d’intérêt qui me portent vers autre chose. Donc non.



C’est vraiment deux métiers différents ?

Oui, oui. Il n’y a pas de profil type de traducteur, comme je vous le disais tout à l’heure. Il y a le DESS, des diplômes, mais dans la traduction on retrouve de tout, il y a des gens enseignants, des journalistes. Tout peut mener à la traduction. Après il faut faire ses preuves. C’est encore assez libre contrairement à beaucoup d’autres métiers où il faut encore un diplôme avec une spécialité.  Il y a une professionnalisation avec le DESS mais plus au niveau de la formation où on reçoit une formation très solide sur le métier lui-même. Et les côtés pratiques, pour être traducteur et en vivre, il ne suffit pas de bien savoir traduire, il y a un côté bêtement pratique sur les contrats, pour ne pas se faire avoir, et tout ce qu’il y a autour, la question de la fiscalité, ça peut être intéressant de connaître cela aussi. Et même si le socle de la formation concerne la traduction, il y a une professionnalisation sur cet aspect-là. Mais ce n’est pas une garantie de trouver du boulot. Ce n’est pas comme les gens qui font une école de commerce, ou une école prestigieuse, et en général, on les appelle pour leur filer du boulot. Nous on ne nous appelle pas.



Traducteur : homme de l’ombre ou passeur ?

On est les deux. Passeur, c’est un petit peu prétentieux. Oui, on permet à des gens de lire des textes qu’ils n’auraient pas pu lire autrement. De ce côté-là, effectivement, on passe le texte. Là, je vous donne mon avis, et je pense que chaque traducteur en aura un différent. Oui, on fait passer quelque chose du mieux qu’on peut pour que ce soit plus agréable à lire et que le lecteur passe le meilleur moment possible. Passer des références culturelles. Et puis on est dans l’ombre forcément puisqu’on est tout seul devant notre texte. On a notre nom sur le bouquin.



Le traducteur est quand même de plus en plus reconnu, on le met en première page.

Disons qu’on a la satisfaction d’avoir notre nom sur le bouquin, mais ce n’est pas pour être dans la lumière. On a le statut d’auteur. C’est la reconnaissance de notre travail et du texte qu’on a produit en tant qu’auteur. Vous donnez un même texte anglais à dix traducteurs, vous avez dix traductions à la fin qui peuvent être de qualité égale mais qui sont différentes quand même. On n’apprend pas à être traducteur en trois ans à la fac mais depuis le premier livre qu’on lit, on acquiert un bagage littéraire, culturel, etc. C’est comme les écrivains. On n’est pas auteur dans le sens où on ne crée pas l’oeuvre mais on la retranscrit dans une culture. C’est le piège de dire ça, parce qu’on ne doit pas franciser les références culturelles. On est dans l’ombre parce qu’on n’a pas le statut d’auteur. Il n’y a pas de traducteurs qui vont faire le salon du livre et d’ailleurs on ne nous le demande pas et pas beaucoup de traducteurs le souhaitent. On est entre l’auteur et le lectorat. On a une immunité par rapport à l’auteur, qui est le producteur de l’oeuvre, mais on n’a pas à s’effacer complètement, puisqu’un traducteur qui s’efface complètement ne donne pas un texte forcément très sympa à lire. Il faut qu’on mette notre patte. On en revient au compromis entre la cible et la source : notre patte pour faire vivre le texte adapté à notre sauce. On est toujours dans une situation de compromis entre les deux. Entre le texte qu’on me donne et celui qu’on doit produire. Il n’y a pas vraiment de réponse toute faite à cela.


Propos recueillis par Laura COMBET, licence librairie et Cécile WIBAULT, licence bibliothèque

 

 

 

Bibliographie chronologique


Le second fils de Jonathan Rabb et Eric Moreau, 2012

La nuit éternelle de Guillermo Del Toro, Chuck Hogan, Eric Moreau et Jacques Martinache, 2011

La chute de Guillermo Del Toro, Eric Moreau et Jean-Baptiste Bernet, 2011

Rosa de Jonathan Rabb et Eric Moreau, 2011

Il était une fois un crime de Lee Jackson et Eric Moreau, 2011

À vif de Dianne Emley et Eric Moreau, 2011

Jusqu'au sang de Dianne Emley et Eric Moreau, 2011

Un écho dans la nuit de Dianne Emley et Eric Moreau, 2010

Faute de choix de Patricia Wentworth et Eric Moreau, 2010

D'une pierre deux coups de Patricia Wentworth et Eric Moreau, 2010

Galilée : Journal des inventions & découvertes de Peter Riley, David Lawrence et Eric Moreau, 2009

Mr Zero de Patricia Wentworth et Eric Moreau, 2009

Une femme sans peur de Lee Jackson et Eric Moreau, 2009

L'ange de Leather Lane de Lee Jackson et Eric Moreau, 2009

Les secrets de Londres de Lee Jackson et Eric Moreau, 2008

Le jardin des derniers plaisirs de Lee Jackson et Eric Moreau, février 2008

Le Camel club de David Baldacci et Eric Moreau, 2007

Une très mauvaise farce de Stuart Palmer et Eric Moreau, 2006

Les oubliés de Mayerling de Ann Dukthas et Eric Moreau, 2006

Le tueur des ombres de Val McDermid et Eric Moreau, 2005

Royal Flush de Lynda La Plante et Eric Moreau, 2005

Le messager du temps de Ann Dukthas et Eric Moreau, 2005

Délits d'initiés de Stephen Frey et Eric Moreau, 2005

Cous tordus à Hollywood de Stuart Palmer et Eric Moreau, 2005

En mémoire d'un prince de Ann Dukthas et Eric Moreau, 2005

La disparue de Noël de Anne Perry et Eric Moreau, 2005

L'heure du crime de David Baldacci et Eric Moreau, 2005

Esclave du passé de Anne Perry et Eric Moreau, 2004

Mort d'un étranger de Anne Perry et Eric Moreau, 2004

À l'ombre de la guillotine de Anne Perry et Eric Moreau, 2004

L'énigme du persan gris de Stuart Palmer, Marc Voline et Eric Moreau, 2004

Quatre de perdues de Stuart Palmer, Maurice-Bernard Endrèbe et Eric Moreau, 2004

La dynastie Hancock de Stephen Frey et Eric Moreau, 2004

Le Tueur des ombres de Val McDermid et Eric Moreau, 2003

Soleil brûlé de Laurence Shames et Éric Moreau, 2003

 


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Published by Laura et Cécile - dans traduction
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commentaires

Simon 26/06/2017 23:28

Wahouh, géniale cette entrevue!

Merci pour cet article, c'est rare qu'on lise quelque chose d'une telle qualité.

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