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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 07:00

IL ÉTAIT UNE FOIS À…

hautefaye.JPG


RÉSUMÉ DES FAITS

 

16 août 1870, Hautefaye, petit hameau de dix maisons au nord de la Dordogne. C’est le jour de la grande foire annuelle aux bestiaux et aux marchandises, tous les paysans de la région s’y sont donné rendez-vous, mais les conditions sont réunies pour assister à un drame inhumain : canicule, sécheresse, affaires infructueuses, alcool, malentendus et surtout la guerre et les défaites qui s’accumulent.


Des paysans présents ce jour, pour la plupart charentais, commencent à discuter de la situation actuelle, des rumeurs circulent sur l’arrivée des républicains dans les campagnes attachées à l’Empire. Clairement pro-bonapartistes, ils ruminent contre les révolutionnaires républicains, mettant dans le même panier les châtelains qui donneraient de l’argent aux Prussiens. Les esprits s’échauffent, on part à la recherche de ces hobereaux qui mettent à mal l’Empire français. Le premier à se confronter à ces hommes sera Camille de Maillard, fils du maire de Beaussac, cousin d’Alain de Monéys : après quelques injures de la foule et une altercation vive avec les meneurs, il sera forcé et contraint, bien que totalement d’accord, de crier « Vive l’empereur, vive Napoléon ». Cependant les hommes sont bornés et persuadés qu’il n’est pas sincère, ils l’invectivent de plus belle mais Camille de Maillard arrive à prendre la fuite.


Un peu plus tard, Alain de Monéys quitte ses cousins de Poutignac, chez qui il a déjeuné, pour rejoindre la foire de Hautefaye et faire ses adieux avant de partir au front. Arrivé à l’entrée du foirail, il est alors encerclé par la foule en délire, traité de Prussien ; on lui demande de crier la même chose que son cousin. Il a beau clamer qu’il n’est pas un Prussien et qu’il va partir défendre l’Empire, ses propos sont pris à contre-sens, et la foule de crier : « Mort au Prussien » ; s’ensuit alors un long calvaire pour cet homme de 34 ans. Celui qui était connu de tous pour sa bonté et sa générosité envers les habitants des environs est alors traité comme un ennemi du peuple. Il sera traîné dans tout le village, battu, torturé dans l’atelier du forgeron (qui n’est autre que le maire), écartelé, pendu, puis brûlé vif. Cinq ou six hommes, amis du pauvre Alain, ont bien essayé de le sauver de cette horde de loups assoiffés de sang prussien, mais à six contre des centaines, le combat était perdu d’avance.


Le lendemain, une atmosphère plus que pesante règne sur Hautefaye et ses environs. Certains se vantent d’avoir réduit en cendres un Prussien, mais une bonne partie commence à se demander quelle folie s’est emparée de ces hommes, eux-mêmes, pour s’en prendre à cet homme dont  personne n’a jamais, et n’aurait jamais eu à se plaindre.


Un procès sera conduit contre vingt-et-un accusés présents ce jour funeste ; quatre seront condamnés à mort, exécutés sur la place du village, les autres seront condamnés soit à perpétuité, soit pour une durée déterminée, soit mis en réclusion ou en maison de correction pour les plus jeunes.

 

 

CONTEXTE HISTORIQUE D’APRÈS LE LIVRE DE GEORGES MARBECK

L’Empire français est dirigé par Napoléon III depuis 1852 — Déclaration de guerre contre la Prusse — Tirage au sort des conscrits dans toutes les communes.


1870
Mai : Plébiscite de Napoléon III pour renforcer l’Empire et réduire les mouvements républicains.
8 mai : Vote à Hautefaye, 100 % de oui en faveur de l’empereur.
3 juillet : Tentative d’alliance entre l’Espagne et l’Empire prussien, la France serait alors cernée par ses ennemis. Napoléon renonce à déclarer la guerre, mais sa compagne Marie Eugénie insiste (« c’est ma guerre »), le conseil des ministres approuve.
14 juillet : Guerre proclamée contre la Prusse, appel de soldats en renfort.
11 août : Alain de Monéys, malgré sa réforme, prend la décision d’aller rejoindre le front avec son cheval.
16 août : Foire annuelle aux bestiaux et aux marchandises à Hautefaye. Canicule depuis cinq mois, affluence de paysans de toutes les communes alentour jusqu’en Charente. Mélange d’alcool, de chaleur, d’affaires infructueuses, décès des enfants du pays au front, soutien farouche à l’Empire et à Napoléon III, crainte de l’arrivée de la république dans les campagnes… S’ensuit le crime contre Alain de Monéys, châtelain de la commune, ami d’un bon nombre de paysans du coin.
24 août : Le maire de Hautefaye, Bernard Mathieu, est révoqué, Elie Mondout, l’aubergiste, est choisi pour le remplacer.
1er septembre : Sedan, Napoléon III est battu, l’Empire français capitule.
4 septembre : La République est proclamée, avec Gambetta et Favre à sa tête.
26 septembre : Assises spéciales pour l’affaire de Hautefaye, vingt-et-un inculpés, dont cinq originaires des environs de Hautefaye.
28 septembre : Strasbourg capitule.
27 octobre : Metz capitule.
5 novembre : La mère d’Alain de Monéys meurt de désespoir et de chagrin.
9 décembre : Le gouvernement français s’installe à Bordeaux.
13 au 21 décembre : Procès des meurtriers d’Alain de Monéys à Périgueux. Quatre des accusés sont condamnés à mort : Chambord, Buisson, Piarrouty et Mazière, avec exécution sur la place du village de Hautefaye. Travaux forcés à perpétuité, à durée déterminée, réclusion ou maison de correction pour les autres inculpés.

 

 

1871
28 janvier : Paris capitule, armistice de vingt-et-un jours signé par Favre et Bismarck.
7 février : Jour d’exécution à Hautefaye, quatre têtes tombent.
10 février : La fille d’Élie Mondout, Anna meurt à 18 ans, en état de choc depuis l’exécution ; sa tante découvre qu’elle était  enceinte mais tait son secret.
1953 : Le dernier témoin du drame, Noémie Lavaud, petite-fille Mondout, décède à 92 ans.
1970 : 100 ans après le drame, une messe du pardon est dite à l’église de Hautefaye, avec les descendants de la victime, Alain de Monéys, et des meurtriers.

cartehautefaye.jpg

 

TRAJET ET CALVAIRE D’ALAIN DE MONÉYSalaindemoneys.JPG
Départ de Poutignac, chez ses cousins de Maillard.
Montée vers Hautefaye, muret et champs de luzerne : altercation, premiers coups.
Dans le bourg d’Hautefaye, vers la mairie pour le mettre à l’abri.
Dans une ruelle vers la place, devant l’auberge Mondout sur la place : passage à tabac par la foule.
Devant la cour du presbytère, face à la ruelle du maire : tentative de pendaison aux branches d’un cerisier.
Diversion du curé pour inviter la foule à boire le vin de messe à l’église.
Emmené devant la mairie, le maire refuse de prendre part et s’enferme chez lui.
Traîné à l’atelier de forge du maire, Monéys est torturé, on lui arrache un ongle de pied.
Emmené sous bonne escorte dans un réduit de l’étable, on tente de « l’arranger » un peu.
Traîné à nouveau sur le foirail, il est écartelé.
Retour au point de départ près des champs de luzerne.
On le traîne au lac desséché pour le brûler vif, sa graisse sera recueillie, étalée sur des tranches de pain et régalera les esprits échauffés.

 

 

teule-mangez-le-si-vous-voulez.gif  Mangez-le si vous voulez , Jean Teulé

 

Ce court récit de Jean Teulé prétend retranscrire un drame humain effroyable, la mise à mort d’un habitant de la région périgourdine, Alain de Monéys, par des villageois poussés à bout par la sécheresse, la guerre et l’alcool. Accablés par la canicule, ils laisseront leur violence se déchaîner. Désireux d’en arriver rapidement à l’exécution d’Alain, Teulé se précipite à partir de quelques détails et accumule des renseignements historiques qu’il survole. Ainsi, il ne développe pas la psychologie des personnages, et s’attarde peu sur la réalité du chemin de croix de la victime. Même si l’effort de présenter un plan qui facilite la lecture est réel, en lisant le livre de Georges Marbeck, on découvre que ces éléments sont finalement factices.


Cet ouvrage se présente comme la réécriture romancée d’un fait réel. Or, une question éthique se pose dès le début du récit : sommes-nous réellement face à une réappropriation de ce fait divers par un écrivain, ou seulement face à un exercice de style quelque peu bâclé ? En effet, la volonté de Teulé ne semble pas d’expliquer ce drame, ni même de lui donner valeur de symbole. Il paraît juste vouloir exciter nos sens en appuyant lourdement sur l’horreur de ce drame, le rendant plus sanguinolent que de raison, et en y ajoutant des « affaires de sexe ».


Georges Marbeck a fait un véritable travail de recherche historique ainsi qu’une étude sociologique des mouvements de foule. L’écriture du drame par Georges Marbeck permet de développer des caractéristiques de la psychologie de masse qui se cachent derrière un acte de barbarie isolé. A contrario, Mangez-le si vous voulez
laisse un goût quelque peu amer : la reconstitution historique n’importe pas à Teulé ; ce fait divers est seulement pour lui le prétexte à un énième livre, court et facile à vendre.

 

 

Entretien avec Georges Marbeck,
auteur de Hautefaye, l’année terrible

marbeck.jpg

Après nous être passionnées pour cette histoire terrible, et avoir préparé de nombreuses questions, rendez-vous est pris : samedi 1er mai, 15h00, au domicile de l’auteur. Nous découvrons alors une belle et vieille demeure périgourdine, une odeur de cire et d’encens dans la grande cage d’escalier, et, au deuxième étage, un bureau derrière un rideau de velours, une bibliothèque d’ouvrages reliés, couverture de cuir… Et l’histoire commence, sans presque aucune intervention de notre part ;  il nous délivre son récit. Les intitulés des questions ont donc hautefaye_lannee_terrible.JPGété ajoutés pour une meilleure lisibilité de l’entretien retranscrit.

 

Élise, Elsa, Éva : Comment avez-vous eu connaissance de cet événement ?


Georges Marbeck : Tout à fait par hasard, j’en avais entendu parler par ma famille, notamment par ma mère qui parlait de ce village comme d’un lieu maudit à éviter. Un réel mystère planait sur Hautefaye. Lors d’un séjour en Dordogne, en voiture avec un habitant de la région, nous avons traversé le bourg de Hautefaye. Et à la sortie, il m’a dit : « C’est ici qu’ils ont brûlé Alain de Monéys ! ». Etonné, j’ai répondu : « Oui, au Moyen-Âge ? » «Non en 1870 ! m’a-t-il répondu, une journée terrible dont mon grand-père fut témoin. »  C’est à cette époque que j’ai débuté mes recherches sur l’affaire de Hautefaye.

 


E.E.E. : Quelle était votre volonté de départ ?
 

G.M. : L’idée de départ n’était pas un livre mais plutôt un projet de film. J’avais commencé à écrire un scénario à partir de cette histoire, de ce contraste entre l’horreur du meurtre commis dans la chaleur de l’été et le châtiment donné en plein hiver, sous la neige, de cette guillotine qui vient de Bordeaux… Mais ce projet était un vrai serpent de mer, il a été repris plusieurs fois, notamment par Yves Boisset, réalisateur qui est venu à Hautefaye il y a trois ans, mais le film n’a jamais abouti.

 


E.E.E. : Pourquoi décider d’en faire un livre ?


G.M. : Lorsque j’ai commencé mes recherches, je suis tombé sur un ouvrage de M. Galet, Meurtre à Hautefaye. Après l’avoir lu et rencontré son auteur, je n’étais pas satisfait par les explications qui m’était données, ni les raisons profondes de cette frénésie meurtrière. J’ai alors entrepris mes propres recherches de documentation sur l’époque, toujours dans l’optique d’en faire un film. Quelque temps plus tard, je dînais avec un ami qui travaillait aux éditions Robert Laffont, je lui raconte alors mon idée de scénario, il m’affirme qu’il y a là un livre à écrire. Les jours passent et je reçois un coup de téléphone du directeur littéraire des éditions Robert Laffont, qui me dit que mon histoire est formidable. Le contrat est signé, je perçois une avance sur mes droits d’auteur et il m’accorde un an pour écrire le livre. Paru en 1982, il est tiré à 50 000 exemplaires, dont 3 600 vendus en Dordogne, il est aussi réédité dans une version « Grand livre du mois ». Pour ce qui est de l’illustration de la version originale, il s’agit d’un tableau d’un ami peintre représentant l’atelier d’époque du maire de Hautefaye. D’autres esquisses ont été réalisées et exposées à Paris.


Quant au titre, ou plutôt au sous-titre, j’avais au départ une autre idée plus représentative, telle que « le crime des braves gens », « L’Année terrible » étant un titre déjà utilisé par Victor Hugo, je le trouvais moins parlant sur le sujet, mais on ne pouvait pas mettre seulement le titre « Hautefaye ».


 

E.E.E. : Comment vous-êtes vous documenté sur les faits de l’époque étant donné la profusion d’éléments historiques, politiques et climatiques qui sont exposés dans ce récit ?

 

G.M. : Ma volonté première était d’être au plus près de la réalité ; j’ai donc cherché, fouillé, et trouvé des archives et des documents divers. Parmi ces archives, celles d’un écrivain périgourdin qui avait écrit un feuilleton sur Hautefaye dans les années 30 ; ce dernier avait à l’époque fait une enquête minutieuse sur l’affaire, sur les habitants et les descendants des familles concernées. On y trouve des informations sur Anna Mondout, cette jeune bergère retrouvée morte et enceinte dans la neige le lendemain de l’exécution capitale, on apprend qu’elle avait un fiancé, parti à la guerre. Je suis aussi rentré en contact avec un historien de Périgueux qui avait acheté, ou peut-être trouvé, une série de documents qui avaient servi à la rédaction du feuilleton précédent. Il les avait alors donnés aux archives de la ville de Périgueux ; j’y suis donc allé et j’ai cherché parmi les cartons afin de retrouver des traces des habitants de l’époque et vérifier la véracité des éléments accumulés jusqu’alors. J’avais aussi un ami juge d’instruction au tribunal de Périgueux ; ce dernier m’a permis de parcourir les archives poussiéreuses entassées dans le grenier du palais ; cependant les trois quarts des documents juridiques de cette affaire avaient disparu, mis à part certains documents  journalistiques. J’ai vécu cette recherche de documents comme une véritable aventure, bien que bouleversante.


 

E.E.E. : Comment avez-vous pensé la part de réalité et la part de fiction étant donné l’aspect historique et anecdotique de ce roman ?

G. M. : Grâce aux archives accumulées sur l’affaire et sur les habitants de l’époque, j’ai pu retranscrire l’histoire de façon à être au plus près de la réalité. Un seul personnage a été inventé de toutes pièces, il s’agit de Rougier Le Rouge ; il représente la figure républicaine. En quelque sorte il incarne le non au plébiscite de Napoléon dans le village de Hautefaye. Je me suis donc inspiré de personnages républicains présents dans les ouvrages d’Eugène Le Roy, notamment dans Les gens d’Auberoque. J’ai aussi mis en valeur le personnage d’Anna Mondout, c’est un des seuls personnages féminins du récit dont j’ai fait le fil conducteur de l’histoire. Bien que bergère, elle est sensible et ouverte, ce qui lui permet de traverser les différentes classes sociales ; par ailleurs elle est dans toute cette affaire aussi bien témoin que victime.

 

 

E.E.E. : Comment, selon vous, en est-on arrivé aux faits qui se sont déroulés ce 16 août 1870 ?


G. M. : Un historien de Limoges, Yves-Marie Bercé, a écrit un ouvrage, Croquant et va-nu-pieds, à propos des jacqueries, et selon lui, le drame de Hautefaye serait la dernière jacquerie du Périgord. La révolution n’étant pas si loin, les paysans des contrées profondes entretenaient encore des rapports tendus avec les châtelains, comme la famille de Monéys, d’autant plus qu’ils étaient séparés par la barrière de la langue, les uns parlant le français et les autres l’occitan. Le comble de cet affreux drame, c’est que celui que l’on a traité comme un Prussien n’était autre qu’un innocent, qui s’était engagé pour partir à la guerre malgré sa réforme. Je me suis d’ailleurs passionné pour la façon dont les paysans étaient de fervents adorateurs de Louis-Napoléon Bonaparte, qui était perçu comme le descendant de celui qui, après la Révolution, avait donné aux paysans la propriété de leurs terres. Cette histoire m’a bouleversé ; j’avais l’impression de remuer des horreurs. C’est pour moi la pire des choses qu’une foule qui s’acharne sur un innocent, prise d’une folie collective extraordinaire. « Un brave homme torturé et brûlé par de braves gens ! Tel est bien le visage singulier qu’offre le crime de Hautefaye. »

 

 

E.E.E. : Dans quelles circonstances est paru l’ouvrage des cent documents sur le drame de Hautefaye ?

 
G. M. : Alain Bressy, mon ami juge d’instruction à Périgueux, qui organisait des manifestations culturelles dans une salle de Trélissac, m’a demandé si l’on pouvait faire une exposition sur l’affaire de Hautefaye, avec les différents documents que j’avais accumulés. C’est à cette occasion qu’est sorti ce livre, catalogue de l’exposition qui proposait des photographies de l’époque, des documents journalistiques, des dessins, et encore plus insolite, la porte de la mairie de Hautefaye. Cette dernière avait été achetée par un collectionneur qui l’a prêtée pour la durée de l’exposition ; c’est un élément symbolique puisque c’est cette porte qui est restée tragiquement fermée le jour du drame.

 

 

E.E.E. : Comment avez-vous reçu le livre de Jean Teulé, Mangez-le si vous voulez ?

 

G. M. : J’ai dans un premier temps été surpris de cette parution survenue si rapidement ; il était venu me voir quelques mois auparavant parce qu’il s’intéressait à l’époque à cette vieille histoire. Il voulait alors tenter d’en écrire un livre. Il a donc repris les faits en s’appuyant sur mon ouvrage et notre petit entretien pour reconstruire l’histoire à sa façon, en cent dix pages et de façon totalement approximative. Suite à cette parution et à son traitement médiatique, une des descendantes de la famille de Monéys m’a appelé, furieuse ; elle voulait savoir qui était cet homme qui se permettait de raconter des choses pareilles, et savoir si je l’avais rencontré. Cette parution a été perçue comme une atteinte par les habitants de la région et les descendants des différentes familles, cela parce que Teulé a dénaturé les faits réels et les personnages tout en laissant leurs véritables identités.

 

 

E.E.E. : Dans quelles circonstances avez-vous rencontré Jean Teulé ? Que pensez-vous après coup du traitement des informations qu’il a puisées auprès de vous et de votre livre ?


G. M. : Il m’a contacté sur Paris afin que nous nous rencontrions ; il avait apprécié Hautefaye, l’année terrible et voulait en savoir plus sur la part de fiction et de réel dans mon récit, avec peut-être l’idée d’en faire un livre par la suite. Nous avons donc dîné ensemble ; je lui ai parlé du seul personnage inventé et des recherches que j’avais effectuées à l’époque. Ce fut un bref entretien, aussi bref que le temps qu’il a pu mettre pour écrire son livre et le faire paraître, ce qui explique sûrement le fait que le contexte soit si bâclé. On ressent dans son livre un réel manque de connaissance sur le monde paysan, et sur l’époque du Second Empire. Je l’ai d’ailleurs revu depuis la parution de son livre, au salon du livre de Brive, j’ai profité de l’occasion pour lui dire la mauvaise réception de son ouvrage en Périgord ; il était confus et m’a demandé de transmettre ses excuses aux descendants heurtés par sa version des faits.

 

 

E.E.E. : Après la lecture de vos deux ouvrages, le récit de Teulé, semble très provocateur, ce qui dénature le drame. Mais il fait surtout peu allusion à la situation politique et économique, le contexte est sous-développé alors qu’il semble plutôt être l’élément déclencheur, que pensez vous de cette vision des choses ?


G. M. : C’est un homme des médias. Il cherchait alors un sujet sanglant à sensation, il est tombé sur cette affaire et a décidé d’en faire un livre. Là où j’ai tenu à être au plus près de la vérité, Teulé, lui, a laissé libre cours à son imagination pour en effet accentuer l’horreur de cette histoire en y ajoutant des scènes de torture supplémentaires, ainsi qu’une scène d’ébat sexuel inapproprié où la pauvre Anna Mondout devient une vile créature excitant les villageois. Pour ce qui est du contexte, Teulé ne replace pas les faits historiques comme j’ai pu le faire ; dans ma version, le crime n’arrive qu’à la 235e page, toute la situation politique, économique et sociale est donnée afin de faciliter la compréhension du lecteur. Pour moi, c’est l’image de l’écrivain qui fait dans la caricature, le rendu final en est presque inintéressant.

 

 

corbin-le-village-des-cannibales.gifE.E.E. : Alain Corbin, historien spécialiste du XIXe siècle, était déjà revenu sur les faits avec Le village des cannibales où il développe une théorie sur les mouvements de foule ; cependant son titre n’est-il pas un peu provocateur ?


G. M. : Lorsque j’ai rencontré Alain Corbin, nous avons abordé le titre donné à son ouvrage qui ne me paraissait pas être le plus convenable ; il m’a alors confié que son éditeur l’avait poussé à mettre ce titre quelque peu provocateur. Ce qui a été en sa défaveur lorsqu’il a voulu rencontrer le maire de Hautefaye, puisque ce dernier a refusé (comme il le fera avec Teulé), offusqué par ce titre mensonger. En effet, ce que l’on ne précise pas assez, c’est que la plupart des habitants même de Hautefaye n’ont pas participé à ce massacre collectif, certains ont même aidé à le protéger, et pour ce qui est des coupables, ils venaient en majorité des régions voisines. J’ai d’ailleurs une petite anecdote amusante sur l’ouvrage de Corbin : dans son analyse, il émet des doutes sur quelques-unes de mes sources, ce qui est acceptable, mais à l’inverse, il s’appuie sur un personnage, qui n’est autre que Rougier Le Rouge le seul personnage inventé du mon récit.

 


E.E.E. : À quand une nouvelle édition de cet ouvrage épuisé depuis déjà trop longtemps ?

 

G. M. : Tout comme pour le projet de film, plusieurs personnes sont intéressées par ce projet de réédition mais le passage à l’acte ne s’est toujours pas fait. Ce sera peut-être l’occasion d’apporter des modifications, notamment sur le titre.

 

hautefaye-fin.JPG

 

 

 

Propos recueillis par Élise, Elsa, Éva, L.P.

 

 

 

 

 

Lire l'article de Laure sur Mangez-le si vous voulez.

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Published by Élise, Elsa, Éva - dans Entretiens
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commentaires

annaparis 24/01/2017 16:14

Bonjour, j'arrive sur cet entretien après la diffusion de "Hondelatte raconte" évoquant ce fait divers dramatique, que j'ignorais totalement. Fan de vide-greniers, peut être vais-je trouver ce livre ('L'année terrible' bien sûr, j'ai une sainte horreur de Teulé après avoir lu "Le Montespan" qui était un ramassis de scènes sexuelles et d'élucubrations ineptes). Article fort intéressant !

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