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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 07:00

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Les éditions Thèlème  ont vu le jour en 1989 à l’initiative d’Adeline Defay, aujourd’hui éditrice responsable de la maison. Aujourd’hui, on compte 150 livres audio « actifs » dans son catalogue, mais bien plus ont été enregistrés depuis les débuts de cette maison. Des classiques des littératures française et étrangères, de la poésie à la philosophie, en passant par le polar ou encore les ouvrages jeunesse, les éditions Thélème ont développé un catalogue d’une importance certaine et qui n’a cessé de s’enrichir.

 

 

 

Entretien avec Héléne Lotito,

assistante d’édition

aux Éditions Thélème 

 

 

 

Pouvez-vous nous expliquer comment s’est effectué le choix du nom de la maison ? Pourquoi les éditions Thélème ?


« Fay ce que voudras » est la devise de l’abbaye de « Thélème », dans Gargantua de Rabelais ; Thélème, c’est donc le début de l’utopie en littérature, un lieu où il n’y a pas de règles, simplement l’envie de s’instruire, au gré des découvertes de textes d’une part, et de comédiens d’autre part.

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L’aventure a commencé avec l’adaptation en livre audio d’A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, comment s’est développé ce projet ? 


Je n’étais pas là aux débuts des éditions Thélème, mais je sais que le projet aussi ambitieux et fou qu’il puisse paraître s’est imposé à l’éditrice dès le commencement. Ensuite il aura fallu plus de quinze ans pour le mener à terme ! 311 CD – 140 heures d’écoute ! la parution a eu lieu en 2006 et À la recherche du temps perdu est aujourd’hui le « best-seller » des éditions Thélème. Pendant 18 mois, l’idée s’est transformée en spectacles de lectures à la Comédie des Champs-Élysées puis au théâtre la Bruyère avec succès… et toujours « de grands acteurs » !

 

 

 

Ce coffret est-il à l’origine de votre désir de faire lire de grands auteurs par de grands acteurs ?


Sans aucun doute. Pourtant, aujourd’hui, les choix de textes s’orientent vers davantage de diversité, toujours de grands classiques, mais aussi des textes contemporains, jeunesse, des polars et même de la philosophie orientale !

 

 

 

Comment s’effectue le choix des voix, aujourd’hui ?


Les choix sont souvent le fruit des choix précédents ; une expérience a plu, on recommence ! Ainsi le coffret Baudelaire a appelé le coffret Rimbaud…

 

 

 

Il semblerait que les éditions Thélème doivent leur succès à une toute petite équipe  ; alors, comment s’organise le travail au sein de la maison ?


Qui a parlé d’organisation ?? Blague mise à part, l’éditrice insuffle les idées qui sont ensuite plus ou moins faisables… En interne, nous nous occupons de la production (droits des textes, enregistrements – rédaction des quatrièmes) mais toute la fabrication est externe (du graphiste à l’usine) ; nous nous occupons également de la diffusion auprès des libraires. La distribution (stock et facturation) revient aux Belles-Lettres.

 

 

 

Comment s’effectue le choix des textes ?


Principalement par coups de cœur. Et puis, en littérature, tout est question d’influences. Les acteurs nous parlent des auteurs qu’ils aiment et liraient avec plaisir. Et puis souvent un auteur appelle un autre auteur : Baudelaire et par enchaînement Rimbaud, puis Verlaine et pourquoi ne pas revenir à Victor Hugo ?

 

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Au sein du catalogue se côtoient textes classiques et contemporains. En 2009, vous publiez La Réserve de Russell Banks alors que le grand format est toujours sur les tables des libraires. Pourquoi un tel roman ?


A la création de la maison, le classique n’était pas du tout publié en livre audio. Il  s’est imposé comme une formidable opportunité. Mais depuis quelques années, le catalogue s’ouvre à des textes contemporains. Cela relève de la volonté  de la maison de faire découvrir des choses plus modernes.
De nouvelles maisons d’éditions de livres audio ont vu le jour qui ont permis d’envisager les choses différemment. Ces maisons étant liées à des grands groupes, (Hachette, Flammarion), le simple mot de « livre audio » est devenu moins obscur dans l’esprit à la fois du public mais aussi de la profession. Il est devenu plus envisageable de demander des droits pour enregistrer des textes contemporains.
La Réserve, c’était un test, et il s’est révélé très positif. Nous restons dans une démarche plutôt littéraire aux éditions Thélème, mais il était important d’ouvrir le catalogue et de faire des choix « symboliques », comme aussi l’enregistrement du Dahlia noir de James Ellroy l’année dernière qui nous  a permis d’exprimer notre démarche : une lecture est l’incarnation d’une écriture, non une interprétation de personnages, ni une théâtralisation de romans. Un roman qui a pour narrateur un homme, un flic en l’occurrence, lu par une jeune femme, dont la voix rappelle davantage la victime (le « Dahlia noir » justement). C’est un jeu que seule la lecture peut mettre en place, un jeu avec l’écriture et ses ambiguïtés, ses rouages internes, et non simplement la psychologie des personnages, le témoignage d’une époque, toutes considérations extérieures au processus narratif lui-même, au roman.

 

 

 

J’imagine que le texte n’était alors pas libre de droits ; comment s’organise l’achat de droits pour un livre audio ?

 

Auprès du service des « droits audiovisuels » qui s’occupent généralement des adaptations au cinéma et qui découvrent de plus en plus les adaptations en livres audio. Les maisons détenant les droits peuvent demander une rémunération pour céder les droits ou bien un pourcentage sur les ventes et bien sûr elles pouvent refuser la cession de droits (si l’acteur envisagé pour la lecture ne leur plaît pas, par exemple).

 

 

Vous avez également développé  de nouvelles collections comme la littérature de jeunesse ; comment  est née cette envie ?


Renouer avec une certaine idée des histoires pour enfants. Le registre reste encore une fois classique (Tom Sawyer, La Case de l’Oncle Tom, L’Appel de la forêt…).  Pour l’enfant, c’est un premier rapport au roman, et aux mots. Cette première expérience conditionne une grande partie de son rapport à la littérature dans sa vie d’adulte.

 

 

 

Votre maison est distribuée par les Belles Lettres. Si vous vous occupez vous-même de la diffusion, cela doit demander du temps et une bonne organisation. Depuis deux ans, le Salon du livre de Paris dédie un espace au livre audio. Est-ce que ce genre de manifestations vous aide à avoir une meilleure visibilité auprès du public?

Auprès du public, mais aussi des libraires justement, le rayonnement est important, et la présence au salon du livre a été remarquée par ceux que nous connaissons déjà. Le rapport est néanmoins pour l’instant de l’ordre de l’affectif ; tous les libraires n’ont pas encore essayé le livre audio, loin de là ! Mais certains férus nous aident réellement à être visibles.

 


 

Lorsque l’on parle livre audio, on pense souvent livre pour malvoyants. Et pourtant c’est une idée reçue. Nous vivons aujourd’hui dans une société pressée, en perpétuel mouvement. Les gens n’ont plus le temps de lire et le livre audio s’impose comme une alternative. Quel est le public des éditions Thélème ?


Le public du livre audio est extrêmement divers. Ceux qui adorent un auteur et qui veulent l’entendre lu, ceux qui admirent le travail d’un acteur, ceux qui veulent calmer les enfants dans la voiture, ceux qui font eux-mêmes beaucoup de transport, ceux qui se croyaient insensibles à la littérature et qui y reviennent par ce biais… tout le monde peut écouter et apprécier le livre audio, mais pour cela il faut essayer !

 

 

 

On peut donc vous trouvez en librairie, mais aussi sur internet. Les livres audio peuvent être commandés directement sur votre site. Qu’est ce qui vous a poussés à faire ce choix ?


La nécessité de se rendre le plus visible possible, et aussi d’être accessible à l’étranger car le public étranger constitue une partie non négligeable de notre public (apprentis en français ou expatriés pour qui le livre audio est une habitude – comme en Allemagne, en Belgique ou aux Etats-Unis…)

 

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Depuis quelques années, le marché du livre audio croît considérablement. Les grands éditeurs comme Gallimard ou Hachette créent leurs structures destinées à l’écoute d’œuvres littéraires. On découvre également l’émergence de prix récompensant les livres audio. Depuis votre arrivée aux Editions Thélème, quelles évolutions avez vous connues ?

 
Tant d’évolutions déjà : les éditions Thélème ont commencé par vendre des cassettes et aujourd’hui se posent les questions du mp3 et du téléchargement direct sur le Web…

Le support a finalement peu d’importance, c’est la lecture qui compte. Il y a parfois des couacs quand on croit que les gens sont équipés alors qu’ils ne le sont pas, mais les transitions se font naturellement. Quant aux prix, c’est très bon signe pour l’avenir du livre audio ! Les éditions Thélème viennent d’ailleurs de recevoir le prix du public des auditeurs d’Europe 1, « La Plume de Paon », pour le titre Le Portait de Dorian Gray, lu par Denis Podalydès de la Comédie-Française. Les spectacles ont également permis de défendre la lecture et Proust en particulier, le Salon également et la concurrence nous oblige à aller encore plus vite !
 

 

 

Propos recueillis par Lucile, L.P. éditeur.

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Published by Lucile - dans Entretiens
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