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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 07:00

Jean-Yves Reuzeau, né en 1951 à Laval (Mayenne), est un écrivain et poète français.
Jean-Yves-Reuzeau-Jungle.JPG
Il anime la revue Jungle, depuis 1977 et la revue Inuits dans la jungle depuis 2008. Il est l'auteur d'anthologies, de biographies de musiciens (Jim Morrison, Janis Joplin) et a publié des recueils de poèmes. Cofondateur des éditions Le Castor Astral à Bordeaux en 1975, ilJean-Yves-Reuzeau-Inuits-dans-la-jungle.gif a travaillé longtemps pour le label Elektra, celui des Doors. Il travaille également à mi-temps aux éditions de L'Archipel à Paris. Il a récemment publié une troisième biographie sur Jim Morrison, cette fois-ci chez Gallimard.

Faisant mon stage au Castor Astral à Pantin, j'eus la chance de côtoyer quotidiennement Jean-Yves Reuzeau. Je lui demandai donc si ça ne le dérangerait pas de m'accorder un peu de son temps dans le cadre de mes études pour un entretien, ce qu'il accepta immédiatement. Il m'accueillit chez lui, à deux pas du local de la maison d'édition. À peine franchi le seuil de sa porte, il me mit tout de suite à l'aise en me faisant couler un café et en me laissant regarder et piocher dans les livres qui garnissaient les murs de sa petite mais conviviale maison que la façade terne ne laissait aucunement présager.
 


Depuis quand écrivez-vous ?
 
Le souvenir le plus ancien que j'ai, j'étais en cinquième. C'est bizarre, l'écriture... Je me rappelle que j'avais commencé, quel âge je pouvais avoir ? J'avais vaguement écrit avant une sorte de petit récit qui se passait au temps des Romains, enfin disons que c'était de l'expression, mais là où j'ai vraiment senti que ça me travaillait quand même c'était bien en cinquième, là j'ai écrit des poèmes et j'avais écrit un récit de science-fiction, c'est bizarre, alors que c'est maintenant le genre littéraire que je déteste le plus... Mais en fait mes deux trois potes d'alors adoraient ça donc j'écrivais pas en cours mais en étude et ils s'arrachaient ça, ils lisaient ça, alors que c'était vraiment des trucs... heureusement que ça n'existe plus.

Voilà ça c'est les premiers souvenirs que j'ai. Mais la véritable affaire c'était quand même la poésie.
 


Et quand est-ce que c'est né ?
 
En cinquième c'était là mais de temps en temps ; là où vraiment ça a décollé c'était je dirais quand j'étais en seconde parce que là on était quand même quelques-uns à en écrire un peu et après ça a été mais j'ai peu publié, pour différentes raisons, mais ça me préoccupe tout le temps, voilà, j'y pense tout le temps, ça ne m'a pas lâché, je n'ai jamais lâché l'affaire, puis bon c'est ce que je préfère lire... regarde les livres de ma bibliothèque c'est des livres de poésie en priorité, c'est ma passion quoi...
 


Quels sont les premiers auteurs qui vont ont donné envie d'en écrire ?
 
Ce qui était le plus audacieux quand j'étais encore au collège c'était les surréalistes, c'était encore ce qui passait pour plus révolutionnaire, c'est ça qui nous excitait le plus, le surréalisme était encore ce qu'il y avait de plus attirant mais quand tu commences à en écrire et à en lire tu finis par tomber sur des poètes contemporains, alors tu te dis ok, oui d'accord, il y a le surréalisme mais il y a aussi autre chose, après tu achètes des anthologies, après tu lis des revues, après tu trouves dedans tes auteurs préférés et après tu vas vers les livres de ces gars-là... À l'époque il y avait un énorme phénomène de revues, il y en avait partout ; nous aussi d'ailleurs, on avait une revue de poésie qu'on vendait très bien mais ça s'est vraiment perdu par contre, il y en a encore mais avant elles se vendaient plus que maintenant, avant on arrivait à en rentrer en librairie il y a encore une vingtaine d'années... Aujourd'hui on en a une superbe mais les ventes sont misérables, je ne connais pas une revue qui se vende en poésie, je pense que c'est dû au manque de curiosité, aux rayons revues qui se sont resserrés et puis c'est chiant à tenir pour un libraire... et puis il y en a plus beaucoup qui s'y connaissent vraiment en poésie.
 

Il y en a quelques-uns encore...
 
Non je ne dis pas qu'il n'y en a plus mais il reste moins de cent libraires qui reçoivent les offices de poésie et sur les cent je dirais qu'il y en a peut-être quarante en France qui connaissent bien l'affaire quoi... allez cinquante je vais être sympa, ça va pas plus loin...
 


Combien de recueils avez-vous publiés ?
 
En fin d'année prochaine on devrait pas être loin de publier notre millième livre.
 


Non mais je parle de vous...
 
Le problème c'est que je fais difficilement la distinction entre les deux ; j'ai pas trop le temps de publier mes bouquins d'ailleurs parce que je passe mon temps à publier ceux des autres... Un truc que je vis moyennement bien parce que publier les autres c'est un peu comme si je me publiais, c'est assez bizarre ce qui se joue là, je suis aussi content quand je publie le bouquin d'un autre que quand je publie mon propre bouquin. C'est curieux. Je me fais engueuler par plein de gens qui me disent putain mais publie-toi au lieu de publier la poésie des autres.
 


Vous pourriez vous publier au Castor Astral en plus ?
 
Non je pense que je le ferais pas au Castor, bah non parce qu'on va dire : il se publie chez lui, il va à la facilité. Je pense que personne ne me le dirait vraiment mais ça ferait bizarre un peu donc si j'ai l'opportunité de le faire ailleurs je le ferai ailleurs. Sauf si je veux faire un livre super beau qui me fasse plaisir...
 


De quel héritage votre écriture est-elle redevable ? Qu'est-ce que vous avez d'abord essayé d'imiter en termes d'écriture ? Et maintenant où en êtes-vous vis-à-vis de vos influences ?
 
Tout au début tout au début un peu les surréalistes mais sans exagération et très vite j'ai été interessé par une poésie très réaliste et non plus surréaliste qui a vraiment été très percutante au début des années 1980, donc là on était un petit noyau, ça se passait autour des revues. À l'époque il y avait une revue qui s'appelait Exit qui était superbe ; attends je vais te la montrer... elle est dans des cartons. C'était une revue qui était beaucoup mieux foutue que les autres, qui travaillait avec des galeries, avec des peintres, etc. Donc là on était un noyau dur d'une douzaine d'auteurs qui parlaient beaucoup du quotidien dans leurs écrits... dont je me suis un peu dégagé ; ça évolue après, tu trouves une voie un peu à toi. Chacun a développé son travail mais à l'époque c'était vraiment une volonté, on voulait écrire vraiment sur le quotidien  il y avait des numéros spéciaux de revues sur le réalisme.
 


Et par quels procédés ? J'ai l'impression que vous avez une écriture assez cursive avec des phrases courtes...
 
J'ai presque toujours...
 


Cette manière est instinctive ? Ça me fait penser à des auteurs beat...
 
Oui, c'est sûr, je suis très marqué par ça car après les surréalistes je suis passé par la beat generation en gros, bon évidemment c'est plus diffus que ça... En gros il y a eu un peu de surréalisme et beaucoup de beat generation, c'est vrai que c'est ma grande découverte et puis sinon il y a eu des auteurs français comme Franck Venaille, Daniel Biga, la revue Chorus aussi qui était presque aussi importante que la revue Exit, voilà je te montrerai tout à l'heure quelques exemples, notamment un numéro sur le nouveau réalisme... je te le préterai mais tu me le rendras parce qu'aujourd'hui c'est introuvable. Voilà c'était ça ma base.
 


Et vous quand vous écrivez, ça marche comment ? Vous avez un sujet en tête ou c'est encore indistinct quand vous vous y mettez ?
 
En général je pars d'une idée ou ça peut partir... d'un vers qui apparaît comme ça et puis après le reste se développe autour. Mais des fois ça peut être un thème alors tu te dis : je vais écrire sur tel truc, ça peut être la mort de mon père, mais c'est un exemple extrême, c'est rare que ce soit aussi concret que ça. Mais ça peut être dans la journée, tu es marqué par un truc et tu te dis enfin tu sens que le poème va partir de là même si on ne sait jamais où il arrivera ; c'est avant tout une sorte de flash, un truc, une association de mots, le poème part d'un petit détail et souvent il arrive ailleurs, donc c'est assez excitant, tu te relis quelques jours après et tu te dis : putain je suis arrivé là et là, évidemment, c'est très étrange, tu pars d'un point et tu arrives à un autre, c'est ça qui est génial dans la poésie parce que tu ne peux pas dire ça d'un roman. D'un poème tu peux partir mais avec une contrainte tout de même qui t'appartient parce que tu as tes formes d'écriture. Par contre dans le développement du texte c'est bien ? tu es vachement surpris.
 


Donc ça peut donner des résultats inégaux entre différents poèmes ?
 
En général ils sont très proches dans la longueur, il y a quelques exceptions mais en général à cinq vers près ils font tous la même longueur.
 


Comme Kerouac dans Mexico City Blues qui s'était imposé d'écrire des espèces de chorus sur une page justement pour se donner..
 
Oui, moi, j'essaie justement de faire des poèmes d'une page, après c'est pas que ça s'épuise mais c'est ma longueur, quoi, j'ai écrit juste un très long poème que je te montrerai qui est peut-être ce que j'ai fait de mieux ; c'est bizarre parce que c'est un truc qu'on m'a commandé en plus... C'est la ville de Pantin qui m'a commandé un poème sur Pantin et évidemment comme ça faisait très longtemps que j'étais sur Pantin, c'était très imprimé en moi et tout d'un coup là, oui, il s'est passé un truc. Et c'est un poème qui est extrêmement structuré, assez peu différent de ce que je fais mais là il est vraiment par strophes ce que je ne fais jamais... C'est venu comme un chant, c'était très particulier, c'était un peu comme la dette que j'avais par rapport à la ville... où mine de rien j'ai vécu pendant presque quarante ans. Et je n'aurais jamais pensé à l'écrire de moi-même. Mais le nombre d'années ou j'ai vécu avait dû créer quelque chose tu vois.

Pour le coup, pour le faire, j'ai farfouillé dans la ville, j'ai cherché les noms de rues, des lieux, j'ai fait des recherches sur différentes choses. Tu verras le poème est très spécial.
 


Vous l'avez publié ?
 
Il a été publié par la ville de Pantin dans un petit recueil et aussi dans plusieurs revues. Dans ce recueil a aussi été publié un poète québécois Claude Beausoleil qu'on publie d'ailleurs au Castor Astral et qui vivait depuis quelques années à Pantin ; donc la ville lui avait également demandé. Aussi à Francis Combes qui dirige les éditions  Le temps des cerises qui a aussi un moment été installé à Pantin ; donc on était trois, en fait, je ne connais pas d'autres poètes qui vivent à Pantin, et puis il y avait aussi dans le recueil des photos de Pantin faites par des photographes de la ville.

Mon poème s'appelle Spleen de Pantruche ; le poème est très construit, chaque strophe est bâtie rigoureusement, avec un nombre égal de vers, c'ést assez long, je n'ai jamais écrit un truc aussi long en poésie.
 


Comment son écriture s'est-elle faite ?
 
Le gros du truc... Je m'y suis mis un soir à 21h et je l'ai terminé à 8h du matin. Après, j'ai retravaillé dessus mais il était globalement écrit à la fin de la nuit. Et je n'ai jamais travaillé sur la même durée un seul et même texte, c'était inédit. C'était pas une transe, faut pas charrier mais j'avais vraiment... J'avais rassemblé toute la matière, j'avais plein de notes de trucs, c'était bon et après ça s'est enchaîné.
 


Vous avez l'habitude d'écrire la nuit toujours ?
 
Ouais, essentiellement. J'écris presque toujours la nuit.
 


Vous êtes allongé et vous vous levez ?

Non, je ne suis pas allongé, je suis à mon bureau. Et surtout depuis quelques années j'écris presque toujours directement sur mon écran. Avant, je m'étais dit : jamais je n'écrirai sur un ordinateur mais toujours à la main et puis après, l'ordinateur, tu te rends compte que c'est tellement plus facile, tu rectifies un truc, en plus tu visualises mieux ce que tu es en train de faire. C'est la déformation de l'éditeur mais tu visualises mieux la mise en page, donc ça m'aide...
 


Mais vous ne pensez pas que ça a pu modifier votre rapport à l'écriture ?
 
Pas tant que ça... Je ne crois pas. Au contraire, je dirais que ça la facilite un peu même...
 


Vous avez l'impression d'être plus en direct avec...
 
Ah ouais je trouve ça plus excitant que d'écrire sur une feuille. Aujourd'hui, ce que je peux écrire sur un carnet c'est vraiment juste une note dans le métro que j'aurais peur de perdre. Maintenant je n'écrirai jamais un texte hors que devant mon ordinateur. Je crois que je n'y arriverais plus d'ailleurs. Car maintenant c'est bizarre mais j'ai un rapport avec la machine qui est quasiment... Parce que si tu veux, j'ai un gabarit et mes poèmes sont écrits directement mis en page. Et même quand j'écris des bios, je me fais un gabarit et j'ai besoin de voir ce que ça donne en bouquin.
 


Parce que ça fait partie même de l'esthétique... ?
 
Ouais, ouais, en plus ça me cadre, j'ai l'impression que ça me concentre sur le truc. Ça m'aide vraiment... Oh oui, c'est rarissime maintenant que j'écrive un poème sur une feuille, pour ne pas dire jamais.
 


Vous êtes aussi un écrivain biographe sur les musiciens, Les Stones, Janis Joplin ou The Doors.. Ma question est de savoir pourquoi s’intéresser à ces figures tutélaires du rock ?
 


Disons que moi, j'ai trois passions dans la vie, c'est le foot, le rock et la littérature.
 


C'est vrai que vous avez aussi écrit des livres sur le foot ?
 
Ouais... Bref quand j'étais adolescent... on peut aussi rajouter les filles... il y a que quatre trucs qui m’intéressaient. Ma passion pour la poésie a coïncidé avec le rock et c'était presque aussi dense ; après, si tu veux, c'est logique que j'aie travaillé dans le disque même si c'est arrivé par hasard. C'est même bizarre que je n'aie pas eu l'idée de le faire avant. Ça s'est fait naturellement mais un peu tard, finalement. Donc pour moi, littérature, rock et blues, ça s'imbrique. Donc, quand j'étais ado, la nuit, j'écoutais la musique sur le transistor parce qu'à l'époque il y avait pas internet, donc l'info elle arrivait soit avec les potes avec lesquels on se passait des disques et sinon les émissions de radio le soir et la nuit. Donc j'écoutais ça, comme j'ai toujours été disons pas insomniaque mais j'ai quand même toujours eu du mal à dormir la nuit. Puis un jour quand j'avais 15, 16 ans tout d'un coup je suis tombé sur un morceau des Doors...
 


C'est comme ça que vous les avez découverts ?
 
Ouais et je me suis dit : putain, ce truc-là c'est pas comme d'habitude. Il s'est vraiment passé un truc très fort et donc je suis resté fidèle aux Doors mais ça n'a pas été une obsession. Et puis un jour, après, ça a été un enchaînement. Un jour, on m'a proposé d'écrire un tombeau (genre littéraire qui vient du Moyen-Age), c'est un texte que tu écris en l'honneur de quelqu'un. Donc j'avais un copain qui était éditeur et qui avait créé la collection Tombeaux et il m'a demandé d'en écrire un. Choisis ce que tu veux il m'avait dit, sur un écrivain, donc ; je voulais le faire sur Emmanuel Bove car c'est mon romancier préféré mais bon comme pour lui aussi c'est d'ailleurs pour ça qu'on était pote, lui il l'a fait  donc, après, il m'a laissé choisir et c'est là que l'idée de Morrison est venue. Mais bon, oui, il avait écrit mais il était évidemment connu surtout comme musicien. Alors que la collection s’intéressait essentiellement aux écrivains.
 


C'est d'ailleurs vous qui avez contribué à ce qu'il soit plus reconnu comme un écrivain...
 
C'est un peu mon cheval de bataille. Ma thése c'est que c'est un écrivain qui est devenu chanteur. Je suis persuadé de ça. Il est venu à la musique presque par hasard ; adolescent, il n'écoutait presque pas de musique. Il s'était dit que la musique serait un très bon moyen pour faire lire et découvrir sa poésie. Il jouait très très vaguement du piano puisqu'il avait envoyé bouler les études de piano très très vite parce que ça lui cassait les pieds. Puis après il n'était pas du tout instrumentiste. Il n'avait jamais imaginé chanter avant de rencontrer Manzareck (organiste des Doors). Puis il ne pensait même pas être chanteur, il voulait être là et proposer ses textes. Mais Manzareck lui a dit qu'il fallait qu'il soit le chanteur. Intuitivement c'était là puisqu'il avait déjà des débuts de mélodies en tête. Quand Manzareck lui a demandé qu'il lui montre ses poèmes, Morrison les lui a chantonnés. Mais c'est pas pour ça que c'était un musicien du tout. Cependant il avait un sens de la mélodie. Comme un poète peut avoir une sorte de rythme, c'est d'ailleurs pour ça que j'adore entendre les poètes lire leurs propres poèmes, même si ce n'est parfois pas très bien tu sens qu'il y a un rythme qui vient de l’intérieur. Parfois c'est très chiant mais parfois il y en a qui l'ont vraiment et là tu sens qu'il se passe quelque chose.
 
Jean-Yves-Reuzeau-Jim-Morrison.gif

Ce qui est interessant avec les Doors, c'est aussi ce que vous montrez dans votre dernier livre publié chez Gallimard, c'est que c'est le groupe de rock qui a inclus dans la littérature un genre qui était très populaire... leur a en quelque sorte donné ses lettres de noblesse...
 
C'est que déjà tous les quatre étaient des étudiants, ce qui était assez inédit par rapport aux autres groupes de rock d'alors issus de milieux assez populaires. Ce n'était pas du tout leur cas. Le père de Morrison était le plus jeune amiral de la marine américaine ; le père de Krieger (guitariste du groupe) était assez bourgeois. Les deux familles des deux autres étaient moins favorisées mais c'était quand même la bonne middle class. Aucun ne venait des bas-fonds. Et c'étaient de jeunes intellos tous un peu marqués par l'éclosion de la beat generation. Même si sur le coup le batteur était celui qui n'y comprenait rien, il trouvait les textes de Morrison très bizarres. Jean-Yves-Reuzeau-Jim-Morrison-Castor.gifAprès c'est peut-être lui qui a le mieux vieilli en gardant son intégrité vis-à-vis de cette expérience contrairement aux deux autres qui se sont empressés d'exploiter l'image de leur défunt chanteur. Densmore (le batteur) l'a mieux compris au fil du temps, l'a vachement bien absorbé. Aujourd'hui son discours est nickel à l'inverse des autres.
 
 

Comment pourriez-vous qualifier votre livre Jim Morrison ou les portes de la perception publié chez Le Castor Astral ?
 
C'est une anti-bio, c'est un texte littéraire.

 

 

En même temps j'ai paradoxalement l'impression qu'il y a dans celui-la une plus grande volonté de toucher au mystère Morrison par ce procédé d'écriture... avec ces paroles de chansons ou de ses poèmes qui sont insérées au fil des pages de cette espèce de chant incantatoire...
 
Je pense que l'esprit est là mais c'est tout sauf une bio. Ce qui m'a excité là-dedans c'est d'aller vers l'esprit de Morrison et de jouer sur d'autres trucs comme le dédoublement de personnalité, c'est un truc qui m’intéresse. En aucun cas c'est l'histoire vraie de Morrison. C'est comme des morceaux de.
 


C'est ça qui est intéressant, c'est parce que c'est fragmenté.
 
Oui et puis c'était un peu un hommage à sa poésie, à la beat generation.
 


Vous avez donc écrit trois livres sur Jim Morrison, pourquoi ce ressassement ? Qu'est-ce qui vous fascine ?
 
Le personnage m'a toujours séduit. Même s'il n'avait pas été aussi connu... voilà, ça a été une rencontre quand j'avais 15, 16 ans. Ce gars-là m'a parlé, quoi, après il est resté toujours présent. Mon meilleur ami qui vit au Québec, lui aussi on a la même histoire à ce niveau-là. Il a été marqué très jeune par Morrison, il l'a vu d'ailleurs sur scène à cette époque-là. C'était central et quand il est venu ici, on a partagé cette passion. Et donc il m'a entretenu dans ce truc-là. Puis le coup de grâce, c'était la commande de ce pote et de son tombeau. Puis un jour, j'ai été contacté par un gars qui travaillait chez Librio musique qui m'a proposé d'écrire une biographie sur Jean-Yves-Reuzeau-Janis-Joplin.gifMorrison, ce que je n'aurais pas fait spontanément, tu vois. Ça a été le pas décisif.  Le librio a eu beaucoup de succès. Comme les gens se parlent, un jour j'ai été contacté par Gallimard, on m'appelle on me propose pour une collection de faire un livre sur Morrison ; au début je refuse puisque j'en avais déjà écrit un, je ne voyais pas ce que je pourrais faire de plus. Il me demande si j'ai une autre idée et je lui dis : oui, j'aimerais écrire une biographie sur Janis Joplin. Il me répond : peut-être, il fallait qu'il en parle au comité de lecture. Un mois et demi ou deux après, il m'appelle et me dit oui, donc je la fais. Il avait beaucoup aimé la bio sur Janis Joplin, il me dit : il faut absolument qu'on en fasse un autre ; il y a eu une réunion et on a déterminé les vingt sujets les plus importants à faire dans la collection et c'est le nom de Morrison qui apparaissait en cinquième. Il m'a dit : c'est toi sinon je vais le demander à quelqu'un d'autre ; je leur ai demandé quelques semaines de réflexion, car quand c'est ton sujet tu deviens chatouilleux, tu t'imagines quelqu'un qui va lire machin pour raconter les mêmes âneries que les autres... donc je me suis dit : il faut que j'y aille mais pas de gaieté de cœur. Même si j'avais été un peu frustré en écrivant celui de chez Librio, il était trop court, je devais répondre à la contrainte qu'imposait la collection. Donc finalement je l'ai fait. Mais maintenant c'est bon je ne vois pas ce que je pourrais dire de plus. Enfin si, peut-être que si Bourgois réédite les œuvres complètes de Jim Morrison peut-être que je ferai la préface ou un truc comme ça.
 


Ils vont les rééditer ?
 
Ça me titille, cette histoire. En plus j'étais dans les meilleurs termes avec Christian Bourgois, il était très sympa avec moi. Les œuvres complètes ne sont plus disponibles, Bourgois continue à rééditer les recueils de Morrison mais séparément en collection de poche. Je vais bientôt voir son fils, je vais lui dire qu'il y a un problème, là, pourquoi ne pas rééditer les œuvres complètes ? Même s'ils ne le feront pas car j'ai entendu une histoire sur un problème contractuel... Je pense qu'il faudrait tout retraduire. Ça a été traduit par des gars qui étaient passionnés du truc mais qui n'étaient pas traducteurs donc... Hervé Muller c'est n'importe quoi ce qu'il a fait. J'ai beaucoup de respect pour lui, c'est génial qu'il l'ait fait en plus dans un super esprit mais tu ne t'improvises pas traducteur.
 


En plus Morrison tenait vraiment à chaque mot, à chaque phrase et leur imbrication sans quoi le sens final voulu partait en éclats... Est-ce que c'est traduisible d'ailleurs ?
 
Ca c'est le problème de toute poésie. Oui, à la limite, ce que je pourrais encore faire c'est m'occuper de ça, pas de la traduction mais comme j'en connais de très bons je pourrais les aiguiller sur ce travail. Sinon, en termes d'écriture sur Morrison, je ne vois pas ce que je pourrais faire de plus.
 


Et sinon en tant qu'écrivain qui écrit sur un autre écrivain, que pensez-vous de la valeur littéraire des écrits de Morrison ?
 
Ce qu'il ne faut jamais perdre de vue c'est que c'est un gars qui est mort à 27 ans ; donc il y en a qui disent parfois : oui mais ce n'est pas si génial ; d'accord mais n'oubliez pas que c'est les œuvres complètes de quelqu'un qui est mort à 27 ans. On ne connaît pas beaucoup de poètes qui sont morts à 27 ans qui ont vraiment une œuvre si cohérente et puis il y a de la quantité. J'aurais bien aimé voir ce qu'il aurait écrit à cinquante ans surtout s'il s'était consacré exclusivement à l'écriture, ça aurait pu être phénoménal. Je trouve que c'est déjà super bien pour un poète de vingt-sept ans. Il y a des choses vraiment intéressantes. Il y a des fulgurances.
 


C'est aussi une écriture très inédite, très cinématographique, comme si l'on était l'oeil de la caméra des choses qu'il nous montrait...
 
Mais il a fait des études de cinéma...


 
Justement ce qui est intéressant c'est qu'il a réussi à retranscrire ça dans l'écriture poétique.
 
Ça justement c'était son affaire, son créneau.
 


Ça se ressent même dans ses chansons d'ailleurs
 
Ouais, ouais...
 


Bon, merci de m'avoir consacré un peu de votre temps.
 
Je t'en prie.


Propos recueillis par Maxime, AS édition-librairie

 

 

Liens

 

 

Le Castor astral

 

Inuits dans la jungle.

 

 

Jim MORRISON sur LITTEXPRRESS

 

Jim Morrison Ecrits

 

 

Article de Marion sur Ecrits.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 


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Published by Maxime - dans Poésie
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