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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 07:00

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ConviviaLitté recevait
Jeanne Benameur
le 10 février

à 13h
au CRM de l’IUT Michel de Montaigne
en partenariat avec La Machine à Lire

 

 

 

 

 

 

 

Dans le cadre de la première du projet ConviviaLitté, nous avons reçu l’auteure Jeanne Benameur. Ce moment d’échange était organisé en partenariat avec la Machine à Lire qui offrait à cette occasion à la vente les livres de Jeanne Benameur ; elle devait le soir-même participer à une rencontre proposée par la librairie. La rencontre, qui avait lieu au Centre de Ressources Montaigne de l’IUT, a réuni plus de quarante participants et était placée sous le signe de la convivialité, comme le nom du projet l’indique, avec une large proposition de mets à déguster. Nous tenons à remercier pour cela les membres de la promotion d’Année spéciale Bibliothèques-Médiathèques qui ont mis la main à la pâte, littéralement. Merci également aux enseignants de leur soutien et au personnel du CRM pour son accueil.

Nous recevions Jeanne Benameur non seulement pour qu’elle nous présente son travail d’écrivaine, puisqu’elle est auteure de romans pour adultes et pour la jeunesse, de pièce de théâtre, de poésie, d’essais et d’albums pour enfants, mais aussi pour qu’elle nous parle de son rôle de co-directrice de collection chez Thierry Magnier et chez Actes-Sud junior. Elle nous a affirmé sa satisfaction de prendre part à ce projet grâce auquel elle peut participer à une entreprise de succession et de transmission, deux notions qui lui sont chères.

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La discussion s’est tournée avant tout vers les textes de Jeanne Benameur afin d’en comprendre les thématiques prédominantes. Il est tout d’abord question de la symbolique de la falaise en rapport avec le sentiment d’effondrement, qui selon la propre définition de l’auteure revient à toucher le fond. Elle décrit la falaise comme une entité que rien ne semble attaquer ; ni le temps ni les intempéries ne parviennent à l’ébranler et pourtant, un jour, un morceau de roche s’éboule car c’est le fond qui l’a en réalité érodée. Jeanne Benameur estime qu’il en est de même avec les êtres humains : on ne voit pas toujours qu’une personne est attaquée au plus profond d’elle-même jusqu’à son effondrement. Ainsi cette thématique est-elle régulièrement mise en avant dans ses textes dans la mesure où elle a souvent été témoin de cet effondrement chez des proches.

La conversation évoque alors tout naturellement l’écriture de Jeanne Benameur. Elle explique que quand elle écrit, tout son être travaille pour faire sentir les choses dans leur justesse. Elle reconnaît volontiers que c’est le sentiment bien plus que le sens qui anime son écriture, ce qui l’amène à découvrir elle-même ce qu’elle veut dire uniquement en fin de travail. Le sens vient donc seulement après l’émotion, après ce quelque chose qui l’a touchée et mise en mouvement. Elle évoque alors le fait que, parfois, on sent les choses maJeanne-Benameur-003.JPGis on n’en a pas le temps et on ne s’arrête donc pas à les ressentir. Ce n’est que  plu s tard qu’ell es rejaillissent, imposant alors à l’auteur la nécessité d’écrire. C’est cette profonde nécessité qui selon elle lla pousse à écrire et non la seule et simple émergence d’une idée. A partir de là seulement se met en route l’imaginaire, la réflexion intervenant en dernier lieu et coulant de source avec ce qui a été écrit.

Quant à son rapport avec le lecteur, les images qu’elle insère dans ses textes lui appartiennent profondément et ne s ont pas présentes pour des raisons esthétiquez mais bien pour offrir un trajet intérieur au lecteur qu’elle considère comme son semblable. Dès lors, elle cherche à travers son écriture à s’adresser directement à lui dans ce qu’il a de plus profond afin de créer un lien. C’est aussi pour cette raison qu’on sent très présente la thématique du silence dans son écriture. En effet, il s’agit d’un moyen pour l’auteure d’atteindre ce qu’elle nomme le « troisième lieu ». Ainsi travaille-t-elle pour qu’il y ait d’un côté l’auteur qui est un être humain donnant forme à une nécessité, de l’autre le lecteur et enfin un troisième lieu où les deux précédents se rencontrent, créant ainsi un espace pour se rejoindre. Pour Jeanne Benameur, cet espace doit être le silence car elle aime laisser la place d’entrer pour imaginer, rêver et laisser réfléchir.

La complexité de son écriture amène nécessairement à s’interroger sur son approche de la traduction de ses œuvres. Elle estime elle-même que ses textes sont difficiles à traduire justement en raison de son écriture particulière fondée sur la sensation. L’exemple de l’adaptation des Demeurés en pièce de théâtre illustre par ailleurs très bien cette difficulté puisque la mise en scène a demandé deux ans de préparation. Il s’agissait là pourtant seulement d’une traduction dans un autre genre littéraire. La traduction en langue étrangère a cette difficulté supplémentaire que l’auteur ne peut pas toujours maîtriser le texte final publié. Jeanne Benameur a pu s’en apercevoir avec la traduction italienne, langue qu’elle connaît de par ses origines, d’un de ses romans. Ainsi a-t-elle pu mesurer les problèmes posés par une traduction car elle a constaté que par moments, cela ne cadrait pas avec ce qu’elle avait voulu dire. Mais elle ne peut pas intervenir sur toutes les langues et convient que, dès lors, le texte échappe à l’auteur lorsqu’il est exporté.

Jeanne Benameur est ensuite revenue sur les débuts de sa carrière afin de nous éclairer sur le choix appartenant à l’auteur concernant sonJeanne-Benameur-004.JPG éditeur. Elle nous apprend en ce sens qu’elle écrivait depuis longtemps déjà de la poésie mais sans parvenir à  la partager. C’est en fréquentant régulièrement une librairie et en se liant peu à peu d’amitié avec son libraire que ce dernier lui a proposé de la publier. Depuis, elle reste fidèle à son principe de ne jamais écrire sur commande, ce qui guide son choix d’éditeur. Sa rencontre avec Thierry Ma gnier a également été cruciale. En effet, ce dernier avait entendu parler des actions de Jeanne Benameur en tant que professeur dans un collège dit difficile et lui a donc demandé de rédiger un article pour sa revue. Elle a ensuite pris la direction de la collection « Le Monologue intérieur »  qui a été l’aboutissement de sa volonté de créer un espace réservé à l’expression de ce monologue chez les jeunes. Pour elle, ce monologue intérieur est l’incarnation d’un moment précis, de ce qui se passe à l’intérieur, ce qui implique qu’il soit inscrit dans le présent, sans narration et court.

Ainsi s’est conclue la première rencontre d’auteur organisée dans le cadre du projet ConviviaLitté, qui, on l’espère, a encore beaucoup à offrir et qui vise à rendre possible un échange d’expériences littéraires et éditoriales. C’est en suivant ce principe que Jeanne Benameur a terminé en nous conseillant de rester nous-mêmes afin d’apporter ce que l’on est dans l’exercice de nos futurs métiers. Rendez-vous le 29 mars pour la prochaine séance de ConviviaLitté.

 

L’équipe de ConviviaLitté

 


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Published by ConviviaLitté - dans EVENEMENTS
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