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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 07:00


Maël Rannou a 24 ans, et est le fondateur des éditions  L'Égouttoir et du fanzine Gorgonzola. Il publie régulièrement des articles sur des sites spécialisés comme Du9, Bodoï... L'ayant rencontré au cours d'un stage en bibliothèque en 2012, et enthousiasmé par son érudition et sa pensée autour de la BD, j'ai jugé intéressant de relater ici un entretien avec lui.



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Peux-tu évoquer le contexte de création de L'Égouttoir et du fanzine Gorgonzola qui y est affilié ? Quel était l'objectif initial ?

À la toute création de notre premier fanzine (qui s'appelait l’Égouttoir, et a donné son nom à notre structure) en février 2004, nous voulions simplement publier nos pages et celles des copains. Mais très vite le fanzinat sous cette forme a évolué. Nous n'avons fait que deux numéros et en octobre j'ai lancé Gorgonzola.



Comment se répartissent les rôles au sein de l'équipe, et quel est ton rôle en particulier ?

Je suis le rédacteur en chef de chaque numéro. C'est-à-dire que c'est moi qui contacte les auteurs, en choisis les éventuels thèmes, fais la sélection, m'occupe des devis, gère les traductions, la maquette... Il y a un comité consultatif composé de sept personnes à qui je présente les planches au fur et à mesure et qui peut aussi proposer des auteurs, des idées, etc. Ce chiffre de sept n'est pas figé, il s'agit principalement d'auteurs particulièrement investis depuis le début, devenus des amis, dont mon frère et moi jugeons l'avis intéressant.

Je dis mon frère et moi, car il y a un seul autre avis décisionnel dans la structure, c'est mon frère Gwendal. Nous avons créé l’Égouttoir ensemble, nous sommes les deux seuls membres du CA, et avons apporté une contribution financière égale. Dès lors, il a droit de veto sur tout. Globalement, il me laisse faire tout ce que je veux, en gérant le compte en banque et en venant sur les stands lors des salons. Il utilise cependant son droit de veto de temps en temps, sur une histoire tous les deux numéros environ. C'est important, car il arrive que les cinq autres n'aiment pas une histoire que j'affectionne, et elle passe, alors que si nous sommes six à aimer une histoire et que Gwendal dit non, elle ne passera pas.



Qui publie dans Gorgonzola ? Peux-tu dire quelques mots quant à la création et la fidélisation d'un réseau d'auteurs?

Avant de répondre, deux chiffres : nous avons publié depuis le début plus de 200 auteurs, de 13 pays différents. Cela comprend des professionnels chevronnés, cherchant à faire autre chose que leur production classique, à expérimenter, ou bien des auteurs qui souhaitent nous soutenir, par exemple des amateurs réalisant leur première publication.

La prise de contact est très simple. La plupart du temps, les auteurs ont un site, ou facebook. Cependant, c'est parfois un peu plus sioux : certains auteurs ont été le fruit de recherches plus complexes. Il y a aussi le hasard des rencontres en festival, et ceux qui nous contactent directement (relativement rares). Ceci dit, s'il est assez facile de contacter, cela ne veut pas dire qu'ils acceptent, mais généralement, mon enthousiasme et mon expérience (cela fait neuf ans que Gorgonzola existe, ils sont donc assurés de ne pas travailler dans le vide pour une revue qui ne paraîtra pas) convainquent. Et en neuf ans, on se constitue un réseau, mes activités comme critique de bande dessinée et attaché de presse m'ont permis de brasser beaucoup de contacts, et de tisser du lien.



Comment se passe la mise en contact, et avec quel enthousiasme ont-ils collaboré ? Qu'ont-ils pensé du projet ?

La plupart du temps, les auteurs sont enthousiastes. On peut distinguer plusieurs catégories : les auteurs fidèles, le socle de base, une douzaine que l'on retrouve à chaque numéro, sont en attente, réagissent à la parution... Les auteurs qui nous aiment bien mais sont de passage. On va les voir de temps en temps, à l'occasion, et ils pensent à nous s'ils ont quelque chose (il faut parfois les relancer). Et puis les « météores », ils sont passés une fois ou deux puis rien. Soit parce que nous n'avons pas plus communiqué, ou bien parce que je n'ai pas relancé, parfois même parce qu'ils ont arrêté le dessin (ça arrive plus souvent qu'on peut l'imaginer !).

Il va sans dire que je préfère tisser une relation, mais si les 200 auteurs m'envoyaient une contribution à chaque fois, j'aurais un séreux problème de place, chaque numéro est donc le fruit d'une réflexion, en me disant, une fois le socle d'auteur de base réuni : « avec qui ai-je envie de travailler cette fois-ci ? ». Après il y a les surprises, des choses qu'on n'attendait pas... Et Gorgonzola grossit donc à chaque numéro...



Quelle est la fréquence de vos publications ? Et combien de temps est nécessaire à la réalisation d'un numéro ? Comment décidez-vous  du contenu du prochain numéro et combien de temps à l'avance (donc combien de temps est nécessaire à la réalisation d'un numéro) ?

Gorgonzola sort une fois par an, normalement en octobre pour le festival de Saint-Malo, là on a tardé jusqu'en décembre. Pour cette année, j'enverrai un courriel collectif pour demander les contributions courant février, en donnant une deadline en juin, et des auteurs enverront encore des planches en août...

L'idéal serait de boucler tout un mois avant la sortie, comme ça on a bien le temps de régler les choses avec l'imprimeur, mais ça n'est quasiment jamais arrivé...



Cela me permet d'aborder la production proprement dite : comment optimiser la qualité tout en étant relativement limités financièrement ? Et quelles ont été les évolutions sur ce point ?

À l'origine nous faisions de la photocopie laser, le tout agrafé, c'était très « Do It Yourself ». J'aimais beaucoup, on faisait un numéro de 40 pages tous les trois mois. Mais je n'ai plus le temps pour ça, et désormais nous faisons un numéro annuel de 120 pages (le dernier en faisait 180 et pour le prochain nous allons augmenter à 220/240 pages, en augmentant le prix à 10€).

Aujourd'hui avec l'impression numérique (un autre procédé que l'offset, plus léger même si moins subtil, qui permet d'imprimer directement le fichier d'un pdf, sans nécessairement passer par les étapes intermédiaires obligatoires et coûteuses en imprimerie traditionnelle), on peut avoir de beaux résultats pour des sommes très raisonnables. Tout comme l'arrivée de la photocopieuse dans les années 70, l'arrivée de l'impression numérique a démocratisé le livre façonné.

Après, notre économie n'existe pas vraiment, chaque numéro permet de payer le suivant, avec des marges assez faibles : à chaque nouveau numéro les caisses sont quasiment vides. Ce ne serait pas viable si ce n'était pas une association où tout le monde est bénévole.



Ceci étant dit concernant la production, j'imagine que le projet a progressivement pris de l'ampleur, en termes de contenus, de thèmes mieux définis...

Gorgonzola a effectivement grossi. Aujourd'hui, si son économie reste souterraine, sa qualité d'impression comme de fond est professionnelle. Après, l'ambition est toujours la même, à savoir publier des bandes dessinées d'auteurs intéressants, avec une vraie démarche personnelle et produire ainsi une anthologie de ce qui se fait de mieux dans la création actuelle (selon mes goûts, évidemment).

Pour ce qui est du thème, il faut savoir que Gorgonzola n'en a pas. J'ai toujours eu du mal avec les collectifs à thèmes, c'est vrai que ça donne une unité mais bon, ça m'emmerde un peu. Cependant, on fait parfois des dossiers, généralement portés sur l'histoire de la BD. Il y en a eu deux depuis la nouvelle formule de 2008 : le dossier sur la BD Argentine dans le n°16 (pas vraiment un thème puisque après un long texte sur l'histoire de la BD argentine, il y avait 50 pages de BD argentine contemporaine sur des thèmes très divers), et ce n° 18 qui comporte un dossier sur la revue  Viper (et là encore, il s'agit d'un dossier de 35 pages sur les 180 que comporte Gorgonzola, ce n'est donc pas un thème global, plutôt un encart, une revue dans la revue).



À propos de ce dernier numéro, combien d'auteurs réunit-il, et pourquoi avoir choisi d'aborder la revue Viper ?  La recette reste t-elle identique à celle des numéros précédents ?

Le dernier numéro réunit 44 auteurs de sept pays (France, Belgique, Autriche, Finlande, États-Unis, Argentine et Québec – si si, c'est un pays, j'y tiens). La recette de chaque numéro consiste en des récits complets de bande dessinée, il n'y pas d'illustrations hors de la couverture et des pages de garde (et de l'éventuel dossier, qui n'est pas une obligation).

Dans le cas présent, il y a donc un dossier sur la revue Viper, qui était une revue de BD du début des années 80, très alternative, publiant de nombreux auteurs importants de la scène underground. Son thème était assez particulier puisqu'elle se consacrait quasiment exclusivement à la légalisation de la drogue, puis au bout de plusieurs numéros ça s'est élargi à l'étude des drogues au sens large (par exemple l'addiction au pouvoir, à la TV...), mais aussi du rock et de bandes dessinées expérimentales, même si le rédactionnel restait axé sur le cannabis et sa défense. Il reste que ça a été une revue importante car elle a publié les débuts de pas mal d'auteurs qui ont fait carrière après (ou pas d'ailleurs), mais qui en tout cas, avaient des choses à dire. Les années 80 ont été terribles pour la BD alternative, un tel support était rare et intéressant. Il reste que la revue est restée quasiment inconnue, bien que diffusée en kiosque à l'époque. Il s'agit donc de réparer un peu cette injustice, à notre échelle.

Le dossier comporte donc un article sur l'histoire de la revue, numéro par numéro et un entretien avec son rédacteur en chef. L'ensemble est illustré par des témoignages en dessin et bande dessinée d'auteurs de l'époque. Nous publions également la conclusion d'une bande dessinée réalisée pour le Viper n°12, jamais paru, dix-huit ans après sa conception ! Et enfin, il y a également un texte et deux dessins rendant hommage à Phil, un auteur belge décédé en avril, suivis de 10 planches de celui-ci.



Pour conclure sur Gorgonzola, a-t-il eu une éventuelle reconnaissance, un écho dans le paysage actuel de la bd ? De quoi es-tu le plus fier ?

Le fanzinat, c'est globalement assez ingrat, tu parles à un microcosme au sein du microcosme de la bande dessinée alternative. Mais il reste que, malgré tout, je continue et ne peux pas m'arrêter. J'adore voir chaque numéro, travailler avec des auteurs si talentueux, voir qu'ils me font confiance, tenter de faire mieux à chaque numéro. C'est gratifiant malgré tout.

Pour ce qui est de l'écho, on a eu un prix à Lyon il y a deux ans, et on est sélectionnés à Angoulême fréquemment (encore cette année), et je sais qu'on est dans le cercle de tête de la sélection, la presse parle un peu de nous, mais bon l'écho est à l'échelle de notre tirage... Si un millier de gens nous connaissaient, ce serait déjà énorme. C'est un peu rude mais si on n’a pas de lucidité on risque de tomber rapidement de haut, et on ne tient pas neuf ans !



Je pensais maintenant évoquer ton travail de scénariste, et notamment sur la chanteuse et musicienne Valaida Snow, pour la collection BDJazz.

Comment es-tu arrivé sur ce projet ? Pourquoi le choix de cette artiste méconnue, cela a-t-il été imposé ou bien est-ce un choix personnel ?

Ici c'est dans l'autre sens que ça s'est passé, un peu comme pour tous mes projets d'ailleurs, toujours ce côté volontaire. Je connaissais la collection et l'aimais bien, d'un autre côté, il y avait Emmanuel Reuzé, un auteur pro qui travaille dans Gorgonzola sur un récit assez passionnant, où il creuse un style charbonneux, jouant avec la matière, très beau. Je trouvais vraiment dommage qu'il n'ait jamais pu utiliser ce type de dessin sur un projet diffusé plus largement.

Il s'est trouvé qu'au même moment, mon père, passionné de jazz, a sorti un roman inspiré de la vie d'une jazzwoman inconnue, Valaida Snow. Il s'agit de la seule femme trompettiste dans l'histoire du jazz pré-60, et elle a été totalement oubliée, alors que c'était une star internationale avant la guerre ! Elle a eu une vie assez hallucinante, entre une excentricité absolue, des mensonges perpétuels et une fragilité touchante. À ce moment-là, j'ai eu le déclic, il y avait un destin à raconter – et en plus une musicienne brillante à faire découvrir –, et le dessin d'Emmanuel, dans son noir et blanc, très sensuel et habité, collait parfaitement avec le jazz.

Je suis allé voir le directeur de collection sur un salon, il a accepté le principe, attendu que nous produisions trois pages test, et a validé le projet. Après le reste n'est que de la cuisine interne.

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Comment se passe le travail de collaboration avec l'illustrateur, définir une approche, prévenir d'éventuels conflits... ?

Je ne travaille pas de la même manière avec mes dessinateurs. Dans ce cas précis, Emmanuel l'a vraiment vu comme une sorte de récréation entre deux gros projets, ça lui a pris un mois et il ne pouvait pas en prendre plus. Du coup, je lui ai fourni un scénario avec un découpage détaillé case par case, une description précise, etc. Il n'y a eu aucun point de conflit : il avait parfois des propositions sur le découpage, car à l'exercice, il peut arriver que telle ou telle case ne fonctionne pas aussi bien que prévu, mais c'est en même temps tout à fait normal et plutôt bon signe. Le dessinateur « sent » mieux la case en dessinant, que moi lorsque j'écris.



Je suppose que ça a été une expérience plutôt gratifiante... À renouveler ?

Il est justement prévu que je sorte un nouvel album chez BDMusic, dans la collection « BDBlues » cette fois, avec le dessinateur Jean Bourguignon. Le style de Bourguignon n'a rien à voir avec celui de Reuzé, c'est un brillant dessinateur humoristique, fana de musique rock et blues (il participe activement à  La Gazette du rock, fanzine de Lièges). La méthode de travail est cependant la même, et on travaille donc sur Skip James, un bluesman (plus connu que Valaida Snow), dont la musique me parle plus à vrai dire, car je suis fondamentalement plus amateur de blues que de jazz new Orleans. Il a un jeu de guitare très fin et surtout une voix très particulière, nasale et aiguë, un blues unique. L'album sortira en juin 2014, je viens de commencer à l'écrire et toi qui me lis, tu va me faire le plaisir de taper «  Skip James – Devil got my woman » sur Google et en prendre plein les oreilles.



Quelques questions sur un autre projet, En retard !, que tu scénarises également.

Tu travailles sur ce bouquin avec Yvang. Comment en êtes vous venus à travailler ensemble sur ce projet ?

Yvang est un vieux de la vieille à l’Égouttoir (il fait partie des cinq auteurs du comité de lecture), et également un ami. Je l'ai connu grâce au fanzine, c'est un baroudeur de la scène alternative, il avait son propre fanzine dans les 90', a participé à pas mal de projets majeurs (comme Stronx, Comix 2000, La Monstrueuse...), puis il a ensuite disparu, alimentant un blog fabuleux tout en se foutant un peu de la publication, puis il auto-éditait discrètement des opuscules fascinants.

Je l'ai contacté en 2005, et c'est devenu un auteur régulier. Il s'est d'ailleurs remis à publier dans plein de "zines" et à publier sa revue, Crachoir, qui est magnifique. Je ne dis pas que c'est grâce à nous, mais à ce moment-là, il semblait avoir envie de revenir et nous l'avons rencontré.

C'est un dessinateur brillant, à multiples facettes et il possède une grande aisance graphique. Il est aussi très rapide et gentil, ce qui lui a valu pas mal de boulots un peu ingrats. Il réalise ainsi une bonne partie du lettrage complexe (c'est-à-dire qui n'est pas faite à partir d'une police d'ordinateur classique) d'auteurs étrangers.


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En retard ! est un projet assez ancien. Nous avons dû le commencer en 2006 ou 2007, c'était parti d'une blague et un éditeur nous avait donné son feu vert (Pour ne plus nous répondre ensuite et faire le mort). Le projet a été plus ou moins enterré, je l'aimais beaucoup mais son format était assez particulier. Et en juin dernier, j'ai rencontré l'éditrice des  éditions Le Moule-à-gaufres au festival de Lyon, nous avons sympathisé, elle m'a dit de penser à elle si j'avais un projet. J'avais celui-là ! Bien sûr, il avait pris un coup de vieux donc j'ai réécrit des scènes, Yvang en a redessiné, on a rajouté des séquences. Mais ça fait très très plaisir de le voir sortir !

Avant de répondre à la suite je tiens à dire que ma collaboration avec Yvang est très différente de celle avec Reuzé. Je me contente de lui envoyer une description d'action avec les dialogues et c'est lui qui réalise tout le découpage pour le nombre de pages donné. Il retouche parfois, rajoute des scènes en arrière-plan, des petites choses très drôles. Il lui est même arrivé de rajouter un échange entre les personnages ! Ça ne me dérange pas car on fonctionne très bien ensemble, mais je le considère aussi comme un co-scénariste et non « seulement » un dessinateur (et coloriste!) sur ce projet. Ensemble nous avons fait plusieurs pages pour une revue,  Jade, avec le même principe de travail, il est bien rôdé et c'est très agréable.

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Et quelle forme aura cette bd, quel est le « public visé » ?

C'est un court récit de 32 pages au format carré destiné à un public jeunesse, à partir de huit ans. Il s'agit d'une petite fable écologiste, gentiment moraliste, jouant sur le principe des récits à tiroirs. On peut en voir des extraits  sur le site de l'éditeur



Une journée sur la ZAD

J'ai également lu que tu avais un projet qui sera publié chez l'éditeur nantais Vide cocagne. Je suis tombé sur un de leurs fanzines récemment, très humoristique et grinçant, est-ce que ce sur quoi tu travailles en ce moment va dans ce sens ?

En fait, Vide Cocagne, c'est assez varié : ils ont une grosse fibre humour un peu grinçant en effet (notamment la revue Alimentation générale), mais ils ont aussi un côté « BD sociale », engagée en tout cas. Le bouquin Dosta par exemple, qui parle des roms, ou Day Off qui aborde la question du chômage et de l'absurdité que peut prendre la recherche d'emploi. Ces bouquins sont parus dans une chouette collection, « Sous le manteau », qui replonge aux origines du fanzinat. Tous les mois, Vide Cocagne y publie un fanzine d'entre 16 et 24 pages, photocopié, agrafé, et vendu pas cher. Il y a aussi un abonnement, j'adore ce principe et avais très envie de bosser avec eux là-dessus.



Et du coup, de quoi sera-t-il question ? Sais-tu déjà avec quelle personne tu vas travailler ?

Eh bien, il me fallait un argument, et il se trouve que je suis allé à Notre-Dame-des-Landes pour soutenir les militants et défenseurs du territoire. J'y suis allé par hasard le jour de la charge la plus violente. Moi qui suis de gauche, j'ai été choqué par l'absurdité, la surdité du gouvernement, la violence d’État. J'ai aussi aimé les solutions collectives, la belle vision du monde qui se dessine là-bas, dans ce salutaire acte de résistance. Et j'ai eu envie de témoigner, de manière très premier degré, de ce que j'avais vu et de l'ambiance générale qui se dégage de tout ça.

Il se trouve que j'avais beaucoup discuté un mois avant avec  Ludovic Rio, un jeune dessinateur très classique dans le style, mais qui a justement une vraie réflexion sur le réalisme. Par ailleurs il est dessinateur reporter pour un journal en ligne consacré à la région d'Amiens, une sorte de Médiapart local (Le Télescope), il fait des reportages en bande dessinée avec un style et un ton qui collaient bien au propos recherché. Encore une fois il y a eu conjonction d'une idée, d'un dessinateur et d'un éditeur (j'avais croisé les éditeurs de Vide Cocagne sur la ZAD lors des manifs, je connaissais donc leur position).

D'ailleurs, l'ouvrage sera préfacé par Jeanne Puchol, auteure du très beau « Charonne – Bou Kadir » paru l'an dernier, et qui a obtenu le prix Artemisia il y a quelques jours. Sa BD, sur la guerre d'Algérie, aborde aussi les événements par le biais du je : elle prouve qu'on peut faire une bande dessinée réaliste et historique qui soit puissante intellectuellement, graphiquement intelligente, et vraiment adaptée à la bande dessinée. J'en suis très honoré. Je pense finir le scénario cette semaine et le bouquin devrait paraître en avril ou mai.

 

 

 

Comment procèdes-tu pour l'écriture ? Te diriges-tu vers un scénario très individualisé ou plus général (général, c'est-à-dire offrant différents points de vue, reflétant différentes situations) ?

Dans ce cas, c'est ultra-individualisé, je suis le personnage principal du bouquin, narrateur, et seule vue (tronquée sans doute, mais le but est de donner une perception) donnée dans le récit.


Propos recueillis par Nicolas, 2e année Bib.

Webographie

http://legouttoir.free.fr/

http://videcocagne.fr/

http://lemouleagaufres.com/

http://www.bdmusic.fr/

 

 


 

 


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Published by Nicolas - dans bande dessinée
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