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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 07:00

traductrice de Tigre, tigre ! de Margaux Fragoso,

éditions Flammarion, 2012.


Margaux-Fragoso-Tigre-tigre.gif
 

 

Marie Darrieussecq est née à Bayonne en 1969, elle est écrivain, traductrice et psychanalyste. Son premier roman, Truismes, publié en 1996, connaît un très grand succès ; il fait l’objet d’une quarantaine de traductions1. Depuis, elle a publié une douzaine de romans ainsi qu’un essai sur le plagiat (dont elle a été accusée à deux reprises), une pièce de théâtre et deux traductions dont elle nous parle ci-dessous.

Son prochain roman, Il faut beaucoup aimer les hommes2, paraîtra aux éditions P.O.L en septembre 2013.



Vous êtes un écrivain qui traduit ; que faites-vous de votre « langue » d’écrivain lorsque vous traduisez ? Vous parlez d’« aspect tricot » dans une interview donnée au magazine Next (Libération)3, est-ce à dire que vous traduisez en « technicienne » de la langue ?

Je pense que je mets ma langue au service d’une autre langue (ça fait un peu « french kiss »). Tout en gardant une liberté, peut-être une audace, qui vient de l’écriture.

Ovide-Tristes-Pontiques.gif

Au sujet de votre traduction de Tigre, tigre ! vous déclarez : « J’avais le devoir d’être fidèle, même si je n’aurais pas forcément dit les choses comme elle. » et plus haut : « Ce livre n’est pas « ma » Margaux Fragoso, au sens où j’avais « mon » Ovide. » Qu’est-ce qu’être infidèle ? Qualifieriez-vous votre traduction d’Ovide de belle infidèle ?

Ovide pouvait tout supporter. Mais je pense que je lui ai été fidèle, à ma façon. Margaux Fragoso, c’était son premier livre, je ne pouvais pas prendre les mêmes libertés. Et puis Ovide il n’y a rien à « améliorer », alors qu’avec un premier livre on est parfois tenté de se dire : « je n’aurais pas écrit ça comme ça ». Mais ce n’était pas mon livre, donc je traduisais mot à mot, dans l’espace d’une phrase correcte, fluide. Ovide, j’en ai fait mon Ovide.



Pour Tigre, Tigre ! avez-vous été relue ? Par qui ? Livre en main ?

Oui, bien sûr, par l’éditrice4, très attentivement. C’est un travail très agréable, à deux, quand on est bloquée, quand on n’a plus la solution toute seule. Je proposais souvent deux choix, par exemple. Fichiers en « main », c’est-à-dire au téléphone, chacune son texte sous les yeux, ou par mail. Avec Margaux Fragoso aussi, par mail, sur une dizaine de points.



Vous dites d’Ovide : « il est proche de nous », « il nous parle » et vous traduisez aussi aisément l’américain - langue jeune, métisse et mouvante - que le latin, une langue morte. Est-ce cela faire œuvre d’écrivain ?

Non, faire œuvre d’écrivain c’est écrire.

Par ailleurs le latin est aussi mouvant et métissé que l’américain, sauf que le mouvement s’est arrêté. Mais il y a largement autant de latins qu’il y a d’anglais aujourd’hui.



Au sujet de la traduction de l’américain vers le français, certains parlent actuellement de saturation de la production éditoriale. Quelle est votre position à ce sujet ? En tant que traductrice ? Que lectrice ?

45% des livres lus en Allemagne, par exemple, viennent d’une langue étrangère. Seulement 1% des livres lus aux USA viennent de l’étranger, 3% en UK. Le déséquilibre est surtout là. Les USA sont très fermés aux autres littératures, avec parfois des propos d’ignorants du genre « la littérature française est morte ». Le problème c’est que les maisons d’édition américaines sont très peu indépendantes du commerce au sens le plus vil.



Vous êtes vous-même traduite en plusieurs langues, vous arrive-t-il d’échanger avec vos traducteurs ?

J’échange avec les traducteurs qui le demandent, et ce ne sont pas les plus nombreux. J’ai tissé des liens d’amitié avec mon traducteur allemand, ma traductrice japonaise, et ma traductrice américaine.



Trois de mes camarades de classe ont interviewé une traductrice du basque, qui leur a parlé de façon très émouvante de son père, traumatisé par l’interdiction de l’euskara sous Franco. Vous êtes basque vous-même, votre connaissance de l’euskara est-elle suffisante pour la traduire ? Y  avez-vous déjà songé ?

J’y songe toujours mais je ne la parle pas, même si je suis relativement capable de la lire. Un jour j’y viendrai peut-être, pour traduire certains poètes importants, comme Joseba Sarrionandia5. Ma mère a été interdite de basque à l’école, bien sûr. Mais elle ne parlait que basque chez elle.



Que pensez-vous de cette phrase de Véronique Béghain, traductrice de l’américain (John Cheever notamment) : « on n’est pas responsable du discours que l’on va mettre en forme »6  ? Le traducteur est-il moins responsable que l’écrivain du contenu délivré au lecteur ?

Je ne traduirais jamais de livres dont je ne me sens pas responsable. Il faut que je sois en accord avec le livre, il faut que je l’aime, même.



Vous parlez de l’affaire des Versets sataniques dans Rapport de police : pensez-vous que la polémique (et sa médiatisation) peut être en partie à l’origine de la dimension d’engagement que l’on prête au traducteur ?

Le traducteur prend parti, sans doute, oui, bien que ce soit une vision un peu idéaliste (beaucoup de traducteurs sont d’abord pris à la gorge par des soucis économiques, ce qui m’est épargné). En tous cas j’ai trouvé Rushdie très injuste envers son éditeur français dans son dernier livre autobiographique.


Propos recueillis par Fanny Robert, Lp bibliothécaire

 

 

Notes

 

1. Truismes [archive], P.O.L http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=2-86744-527-2 consulté le 16 avril 2013

2.  Marie Darrieussecq lit des pages inédites de son roman à paraître « Il faut beaucoup aimer les hommes » à la librairie Mollat
http://www.mollat.com/player.html?id=65153896 consulté le 16 avril 2013

3.  « J’aime l’espèce de repos que procure la traduction. Ce que je vais dire va peut-être énerver les traducteurs, mais j’aime énormément traduire car il y a un aspect « tricot » : ça progresse malgré soi, la matière est déjà là, il suffit d’avancer (…) » in Next, septembre 20112

4. Tigre, Tigre ! présenté par Olivia de Dieuleveut, éditrice [vidéo], Flammarion http://www.rentreelitteraire-flammarion.com/rentree-litteraire-margaux-fragoso-4.html consulté le 16 avril 2013

5.  Joseba Sarrionandia [archive], blog 20 minutes
 http://lechemindagoue.20minutes-blogs.fr/archive/2009/05/22/joseba-sarrionandia.html consulté le 16 avril 2013

6.  Entretien avec Véronique Beghain, traductrice [article], Littexpress
 http://littexpress.over-blog.net/article-entretien-avec-veronique-beghain-traductrice-107742423.html consulté le 16 avril 2013

 

 

 

 

 

 

Bibliographie sélective

Traductions
Tigre, Tigre ! de Margaux Fragoso, éditions Flammarion, 2012
Tristes Pontiques d’Ovide, P.O.L, 2008

Romans et récits
Clèves, P.O.L, 2011

Essai
Rapport de police. Accusations de plagiat et autres modes de surveillance de la fiction, P.O.L, 2010

 

 

 

 

 

 

 

Marie DARRIEUSSECQ sur LITTEXPRESS

 

Darrieussecq Truismes

 

 

 

Article de Clémence sur Truismes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Clèves

 

 

 Article de Pauline sur Clèves.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Fanny - dans traduction
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