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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 07:00

le 23 novembre 2012

 

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À l’occasion de l’année France-Russie 2012, nous avons rencontré Marina Berger, jeune traductrice de russe. En effet, cette culture a été mise à l’honneur et un véritable engouement pour la littérature slave a été observé. Marina, habitant sur le bassin d’Arcachon, a accepté de nous parler de son travail et de son expérience de traductrice.

Nous l’avons contactée par téléphone au mois de novembre dernier. Notre entretien a duré un peu plus d’une heure durant laquelle nous avons pu échanger et partager nos cursus scolaire et professionnel.

Aujourd’hui, elle a à son actif dix livres traduits, la plupart en jeunesse ; citons Dina Sabitova, Un cirque dans une petite boîte, Bayard Jeunesse 2010 ; Sergueï M. Eisenstein, Dickens & Griffith, Genèse du gros plan, éditions Stalker 2007, nommé au prix Russophonie 2008.

Eisenstein--Dickens-et-Griffith.gif

Bonjour Marina, ravies de vous rencontrer, merci de nous permettre de découvrir ce métier et de le faire sortir de l’ombre. Commençons par parler du métier en général…

 

 

Quels sont les problèmes rencontrés avec la langue cible par rapport à la langue source ?

Pour moi, la plus grosse difficulté est quand il y a du vocabulaire précis et professionnel. Dans ce cas je vais en bibliothèque et je recherche sur internet. Étant donné que j'ai travaillé en Russie, je me suis créé un réseau de contacts auxquels je peux faire appel. Mais certains mots de la culture russe restent intraduisibles ; je tente alors de me rapprocher le plus possible ou de développer la phrase quitte à rajouter des informations supplémentaires. En jeunesse, cependant, le vocabulaire est plus simple et il y a donc moins de soucis à ce niveau-là.



Pourquoi avoir choisi le secteur de la jeunesse ? Avez-vous des enfants ?

Non, je n'ai pas d'enfant. Je n'ai pas vraiment choisi ce secteur ; aujourd'hui, c'est un marché vivant qui recherche des traducteurs russe/ français. Lorsque l'on m'a proposé, j'ai donc naturellement saisi les opportunités. De plus, je préfère traduire les livres jeunesse parce que je les trouve plus joyeux que les romans contemporains que je juge très noirs et tristes.



Quel genre et quelle tranche d'âge traduisez-vous le plus souvent ?

Surtout des romans pour adolescents (12-13 ans). Je traduis aussi des petits livres pour enfants mais il y a beaucoup moins de travail ; par conséquent ça peut être moins intéressant.



Est-il possible de vivre avec le revenu d’un traducteur de russe ?

Je pourrais en vivre, seulement c’est un travail précaire qui varie d’une année sur l’autre ; par sécurité, je préfère avoir un autre travail qui me laisse du temps pour traduire. Il est vrai qu’au cours même d’une année, la masse de travail est irrégulière ; de plus, mon compagnon étant architecte, il nous permet d’avoir une stabilité financière.



Combien de temps avez-vous pour traduire un livre ? Combien de temps mettez-vous ? Combien êtes-vous rémunérée par feuillet ?

Généralement l’éditeur prévoit la parution d’un livre deux ans avant, mais la traduction n’est demandée que six mois en amont. Pour ma part, si je n’ai qu’un seul ouvrage à traduire, et aucun autre travail en cours je peux mettre environ un mois pour terminer 200 feuillets.

Concernant la rémunération, sachant qu’un feuillet de 1 500 signes est payé 25€, je peux gagner jusqu’à 5000€.



Comment est organisé le milieu de la traduction en France ? Le métier de traducteur est-il reconnu ?

Depuis quelque temps, le milieu de la traduction est plus vivant. On trouve par exemple l’Association des traducteurs de France, mais aussi des blogs où l’on peut échanger, demander des conseils, s’entraider, etc. Il y a également une rencontre annuelle à Arles où l’on parle, planifie nos projets et où l’on met en place des moyens pour les concrétiser. Toutes ces manifestions, sont l’occasion pour nous, traducteurs, de se rencontrer et de s’associer pour pouvoir monter ensemble un projet.

Suite à ces événements, des revendications se sont dégagées telles que l’augmentation du prix par feuillet, des délais plus longs et une plus grande reconnaissance publique, à travers l’apparition de nos noms sur les couvertures par exemple.



Quelles relations entretenez-vous avec vos éditeurs ?

Avec mes éditeurs, les relations ne sont pas conflictuelles ; néanmoins, si je ne m’implique pas dans le suivi du livre traduit, je ne suis pas tenue informée des ventes et de la commercialisation en général. Il existe seulement un récapitulatif des ventes que nous fournissent les éditeurs à la fin de chaque année.

Par ailleurs, je me déplace souvent sur les Salons (ex. Salon du Livre de Paris), je participe à des conférences, ce qui me permet de rencontrer des éditeurs pour qui j’aimerais travailler comme Gallimard, et les autres grandes maisons à succès.



Avec les auteurs ?

Les seuls contacts que je vais avoir avec les auteurs seront par mail puisqu’ils ne sont que très rarement invités en France.


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Avec l’illustrateur ?

L’illustrateur peut me contacter pour connaître l’univers, les personnages, etc. s’il n’a pas le temps de lire la traduction en entier, afin d’avoir une meilleure cohésion texte-image, parce qu’il arrive que les textes ne soient pas illustrés en russe.



Avec la fabrication ? (Graphistes, maquettistes, paoistes, etc.)

Je n’ai aucun contact avec la fabrication. En cas de corrections (problème de compréhension) à apporter au texte, l’éditeur me prévient et s’il s’agit de coquilles ce sont les relecteurs qui corrigent.



Quelle est votre opinion sur le livre numérique ? Souhaiteriez-vous en traduire ?

Pour le moment, je n’ai jamais travaillé sur un livre numérique, mais je n’exclus pas cette possibilité.

Personnellement, je pense que ce phénomène est inéluctable mais qu’il y aura toujours un public pour le livre objet. Toutefois, cette problématique nécessite encore beaucoup de travail avant d’avoir une bonne organisation structurée.



Et maintenant parlons de vous …

Comment avez-vous choisi votre métier de traductrice ?

Après avoir fait des études de lettres avec le russe comme première langue, j’ai désiré approfondir ma connaissance de cette culture que j’aime beaucoup. Au cours de mes études, j’ai fréquemment travaillé sur des textes à traduire et j’y ai pris goût ; ce qui m’a poussé à tenter un master de traduction russe, que j’ai obtenu. Suite à ça j’ai rapidement trouvé du travail, car le russe est un secteur davantage ouvert que l’anglais par exemple ; on est donc plus facilement connu des éditeurs.

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Traduisez-vous uniquement le russe ? Seulement le thème ou la version ?

Oui, je ne traduis aucune autre langue slave que le russe, et uniquement en thème (russe-français).

Pour la version, c’est surtout les Russes qui traduisent, puisque les éditeurs préfèrent les traducteurs qui parlent la langue cible. Pour ma part, je pourrais avoir une proposition de version mais ce serait beaucoup plus fastidieux.



Avec quelles maisons d’édition travaillez-vous ?

En majorité, je travaille avec Bayard pour la jeunesse, Stalker pour des romans et des textes contemporains, j’ai également traduit un essai théorique sur l’architecture chez Infolio.



Pouvez-vous proposer à l’éditeur des livres russes ?

Il m’arrive de repérer des maisons d’édition russes que j’apprécie (par exemple Kompas, ou encore Samokat). je prends alors contact avec elles pour proposer mes services. Si la réponse de leur part est positive, je peux alors soumettre à Bayard cette traduction. Il est vrai que personnellement j’apprécie les maisons d’édition alternatives et de qualité.



Avez-vous déjà été tentée par le métier d’auteur ?

Non, je n’ai jamais écrit. Cependant, traduire des livres pour enfants laisse peut-être une plus grande part de création. En effet, il y a une latitude plus large pour interpréter le texte, on essaie de limiter le mot à mot et de fluidifier le texte.



Quelles sont vos méthodes de travail ?

Je suis assez solitaire. Je travaille chez moi dans un bureau mais je dois m’imposer des horaires comme un salarié, étant indépendante. Ça pourrait-être difficile avec l’absence d’échange, mais mon mari travaille également à la maison, je ne suis donc pas totalement seule.

Je fais aussi souvent des fiches de lecture données en salon par des éditeurs russes. Pour ce faire, je dois lire le livre et donner mon avis sur le titre. Si je l’apprécie et que l’éditeur décide de le publier on me confiera alors la traduction.

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Êtes-vous perfectionniste ?

Oui, d’une certaine manière, puisque, après l’avoir rendue, je repense régulièrement à la traduction en me disant que j’aurais pu faire autrement. Pendant que je travaille, j’ai « le nez dans le guidon », alors qu’avec le recul j’aurais modifié certains détails.



Quels sont vos outils de travail ?

Je travaille sur ordinateur, avec pour soutien un dictionnaire papier. Une fois la traduction terminée, j’envoie le fichier Word à l’éditeur qui met en page.


Merci beaucoup d’avoir pris du temps pour nous, de nous avoir apporté ces informations personnelles et professionnelles. En vous souhaitant une bonne continuation sur la voie de la traduction.


Pour suivre son actualité, retrouvez Marina sur http://marinabergertraductrice.blogspot.fr



Claire Garcin, Emma Boiveau, Lisa Magano, LP

 

 

 

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Published by Claire, Emma et Lisa - dans traduction
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