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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 07:00

Premières Impressions


A l'heure convenue, je me suis présenté à l'Atelier. Comme dans tout atelier d'artiste digne de ce nom, il régnait une légère ambiance de capharnaüm avec, en fond sonore, un vieux rock. Cet Atelier est le « quartier général » de quelques auteurs de bande dessinée girondins. S' y retrouvent notamment J-.D .Pendanx, N. Dumontheuil  La porte est à peine franchie que l'on est déjà dans l'ambiance. En effet, une fois la  vue d'ensemble de l'atelier saisie, mon regard se fixe sur un homme à sa table à dessin. L'objet de ma venue est assis à sa table, attendant mon arrivée en travaillant sur sa prochaine parution. Et je dois avoir avouer avoir eu une certaine gêne à le déranger en pleine création. Cependant, une fois son dessin terminé, il s'est entièrement consacré à moi pour mon plus grand plaisir. Il a par ailleurs été très chaleureux, et très ouvert. Nous avons donc tout d'abord commencé par aborder le parcours qui l'a amené à devenir l'auteur connu et reconnu qu'il est devenu.

   
Et avant la bande dessinée ?

   
N. Dumontheuil n'a pas toujours été l'auteur de bande dessinée que l'on connaît aujourd'hui. Il lui a fallu quelques annéesavant de se lancer réellement dans la création. En effet, après des études d'art appliqués, il a fait un BTS pour se spécialiser dans l'expression visuelle. Il a par la suite fort logiquement intégré une agence de pub où il réalisait divers croquis ou dessins. Et c'est d'ailleurs cet emploi qui l'a en quelque sorte incité à se lancer dans la bande dessinée. Car malgré la stabilité financière que représentait cet emploi, il a quand même pris peur  à l'idée de rester dans cet univers sans jamais pouvoir en sortir par la suite. Alors après 4–5 ans de bons et loyaux services, il décide de se consacrer entièrement à la bande dessinée.


   
Un auteur fidèle ?

   
Cette décision se concrétisera par la parution en 1993 de L'enclave parue aux éditions Dargaud, un album écrit Dumontheuil-Qui-a-tue-l-idiot.gifet élaboré au cours de la période où il travaillait encore dans la publicité. C'est d'ailleurs pour cela que le projet a été présenté terminé à tous les éditeurs, chose peu courante dans le monde de l'édition. Et puis « les choses étant ce qu'elles sont », il décide pour le projet suivant de changer d'éditeur. C'est alors la maison Casterman qui l'accueille en son sein et publie Qui a tué l'idiot ? en 1996. Cet album sera également celui de la consécration pour N. Dumontheuil, qui se verra récompenser par le titre du meilleur album de 1997 à Angoulême.

Ce prix marquera le début d'une longue collaboration avec Casterman. En effet, il publiera encore six titres pour cet éditeur. Et puis, en 2007, quelques divergences de points de vue et surtout une envie d'ailleurs l'amèneront à collaborer avec Futuropolis.  Il y découvrira notamment une nouvelle façon de travailler. En effet, l'éditeur n'a pas hésité à lui proposer certaines modifications, parfois judicieuses, parfois non, tout en lui laissant le choix de prendre en considération ces suggestions. N. Dumontheuil considère d'ailleurs cette démarche comme fort intéressante car l'éditeur peut être amené à soulever des problèmes que lui-même n'avait pas perçus. Mais cela n'est intéressant, pour les deux parties que s'il s'agit d'un dialogue. Chez cet éditeur il publiera deux séries, Bigfoot ( 3 tomes ) et Le Landais volant ( 2 tomes parus, le 3e est en création tandis que le 4e en est à la phase d'écriture).

dumontheuil-big-foot-1.gif
   
Bigfoot

   
Cette série publiée en trois tomes a unanimement été appréciée par la critique. Elle s'inspire d'un roman de Brautigan, The Hawkline Monster. Mais, en fait, le roman n'est que le point de départ de la bande dessinée. Car N. Dumontheuil ne voyait pas l'intérêt d'adapter un roman en bande dessinée. Pour lui, la bande dessinée est un moyen comme un autre de parler de soi et en même temps de toucher les gens. Ainsi, il s'est inspiré des personnages du roman et a décidé de faire faire autre chose aux deux personnages. Il les a donc sortis du huis-clos dans lequel l'auteur les avait enfermés, et à partir de là, les liens avec le roman se sont faits de plus en plus rares, jusqu'à devenir quasi inexistants.


   
Le Landais Volant

    landais-volant-pl.jpg
dumontheuil Le Landais volantComme je l'ai dit précédemment, le 3e tome de cette série en est à la phase du dessin. Le 4e en est, lui, à la phase de l'écriture. N. Dumontheuil n'est aucunement gêné par ce chevauchement de ses productions. Au contraire, il les recherche. Cela lui permet d'alterner les projets et ainsi de ne pas s'enfermer dans un seul et même projet. Enfin, cela lui permet, une fois le 3e tome terminé et paru, de ne pas rester à ne rien faire. Il peut tout de suite embrayer sur un autre projet. Il ne reste donc pas deux à trois mois à végéter sans projets, une situation qu'un auteur de bande dessinée ne peut se permettre trop longtemps, car compliquée à vivre financièrement parlant.

  
En ce qui concerne l'oeuvre elle-même, il m'est bien sûr impossible d'éviter le sujet concernant le personnage principal, directement inspiré par son ami dessinateur J.-D. Pendanx. N. Dumontheuil ne nie bien évidemment pas ce lien, mais ce n'est là qu'une inspiration et à l'heure actuelle le personnage vit sa propre vie, indépendamment de J.-D. Pendanx. Il reconnaît d'ailleurs totalement oublier ce lien lorsqu'il écrit ou dessine les aventures de son personnage.

   
En résumé, cette série narre les péripéties d'un Français, quelque peu crédule et plein de préjugés, parti séjourner en plein coeur de l'Afrique. Directement inspirée par les voyages qu'a effectués N. Dumontheuil en Afrique, cette histoire parle de sujets forts et notamment du racisme et des préjugés que peuvent avoir les Européens sur ces pays et leurs populations. Afin de toucher son lectorat, N. Dumontheuil avoue tirer sur deux cordes : l'humour et l'émotion, le sentiment. Selon lui, cette combinaison permet d'exalter les moments forts, et notamment lorsqu'ils sont précédés par des moments amusants et humoristiques.


   
La rencontre avec les fans


Comme tous les auteurs, N. Dumontheuil est sollicité par nombre d'organisateurs, de libraires ou par son éditeur, pour être présent à divers festivals. Même si il accepte assez régulièrement, environ une fois tous les deux mois, il avoue qu'il n'en est pas un grand adepte. Pour apprécier ces rencontres avec ses lecteurs, il aimerait qu'il s'agisse vraiment de rencontres et non «  d'un travail à la chaîne ». De plus, il reconnaît également obéir à une certaine obligation envers son éditeur mais aussi envers son lectorat. D'ailleurs, il n'hésite pas à exprimer ses préférences en matière de festivals. Ainsi, Bastia est l'un de ses favoris du fait qu'il y a moins de visiteurs et qu'ainsi il a beaucoup plus de temps pour discuter et échanger avec ses lecteurs. Il déplore ainsi  que les grands festivals ne satisfassent que la consommation de masse des lecteurs qui aspirent à avoir des exemplaires uniques. C'est pour toutes ces raisons qu'il tente d'espacer les dédicaces et  de conserver un certain plaisir à satisfaire son lectorat. Au sujet du plaisir de dessiner, il m'avouera également préférer l'écriture d'un scénario à la réalisation du dessin.


Et c'est sur cette notion de plaisir que je le quittai, le laissant reprendre son dessin interrompu...

Matthieu, L.P. librairie






   

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Published by Matthieu - dans Entretiens
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