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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 07:00

sur la traduction de Jeu et Enjeux de l’auteur hongrois Laszlo P. Horvath

Nicole-Laurent-Catrice.JPG

 

 

Biographie

Après une enfance en Anjou puis à Paris, elle vit aujourd’hui en Bretagne.
Elle étudie quelque temps la langue bretonne pour des raisons culturelles et personnelles. En 1974, elle rencontre Angèle Vannier et fait partie du groupe qui se forme autour de la poétesse aveugle.

Professeur d’espagnol puis, de 1984 à 1997, chargée de programmation pour la poésie au festival des Tombées de la nuit de Rennes, poète et traductrice (anglais, espagnol, portugais, hongrois), elle anime des ateliers d’écriture depuis 1991. 

 

Elle fut secrétaire des Rencontres poétiques internationales de Bretagne de 1983 à 1993.



La traductrice vue par elle-même

« Est-ce un portrait ?
A ma naissance ma mère était en train d’éplucher des oignons...
A quatre ans je fauche le livre de poésie de ma sœur aînée que je lis dans mon lit.
Pension. L’horreur. Je collectionne les zéros et les poèmes de mon crû.
Un temps je me prends pour une future Marie Curie. Nulle en maths, je bifurque vers l’espagnol. Bonheur.
Un premier amour (malheureux comme il se doit) en Espagne qui m’inspire un recueil de sonnets classiques.
Mariage (mon père me nomme “poète et ménagère”...), premier enfant, deuxième enfant, troisième enfant, quatrième enfant, cinquième enfant. Un grand silence poétique de douze ans.
Découverte d’Angèle Vannier à la Maison de la Culture de Rennes un 13 mai. Petite révolution poétique. Nouveau début d’écriture. Comme on arrache ses pieds bottés de la boue profonde.
Déménage à Limoges. Expositions et amitié avec des peintres.
Retour en Bretagne, rencontre de Guillevic, Jacques Lacarrière...
Cheville ouvrière de diverses aventures : radio locale, Rencontres Poétiques Internationales de Bretagne, Tombées de la Nuit, ateliers d’écriture, récitals, traductions, complicité avec des plasticiens.
Ecriture, traductions, expositions, écriture, griffures, écriture, écriture. »


(Site de la maison des écrivains)

Jeu-et-enjeux.JPG
 
Entretien

Cette interview a été réalisée lors d’une rencontre à une Soirée poésie organisée par les éditions L’Harmattan, le lundi 24 janvier 2011.



Quel est votre parcours professionnel ? Comment en êtes-vous venue à la traduction ?

Je suis avant tout poète et me suis toujours intéressée à la poésie. Je suis de formation hispanique, j'ai enseigné l'espagnol et c'est par cette langue que je suis venue à la traduction.
Puis, par le biais de rencontres internationales de poésie, j'ai rencontré des poètes d'un peu partout  mais en lisant certaines  traductions, je me suis rendu compte que cela n'était pas rendu en bon français. Je leur proposai donc de retravailler le texte. Puis j'ai rencontré d'autres auteurs comme une poète lituanienne dont j'ai fait la connaissance à Salamanque, des poètes roumains, bulgares...



Votre travail est original puisqu'il s'est fait à quatre mains, comment organisez-vous le travail ? D'où est née cette collaboration ?

En effet, la traduction du poète Horvàth est née de ma rencontre il y a 15 ans avec Edith Illés-Euverte. Toutes deux nous avons rencontré le poète hongrois Attila József (premier auteur que nous avons traduit ensemble) en Bretagne avec lequel elle a eu un échange épistolaire... Puis nous avons pris l'initiative de traduire également Horvath. Edith, d'origine hongroise, me lit tout d'abord le poème dans sa langue, puis me le fait lire afin que je puisse comprendre toute l'importance des sonorités du hongrois, puis elle traduit au mot à mot ce qui me permet ensuite de retravailler le texte jusqu'à son résultat final.
Quand nous avons commencé à travailler ensemble, cela a été une réelle épreuve morale pour elle qui avait en quelque sorte rejeté cette langue, et lorsqu'elle a commencé à la réapprivoiser elle ne voulait aucun changement, elle a donc fait tout un travail intérieur pour arriver à ce résultat. Sa libération m'a permis de me libérer également et de ne plus rester prisonnière de quelque chose qui était insoluble.
Ce que je trouve intéressant, c'est quand par exemple, Edith Illés-Euverte me signale une expression familière, un régionalisme qui vont être difficilement transposables, c'est là que je dois rendre le mieux ces termes qui transmettent la vitalité du texte.
 


Quel est votre rapport avec la langue hongroise ?  J'ai pu voir que c'est votre seconde collaboration sur des textes de poètes hongrois, d'où vient l'initiative de les traduire ?

Le hongrois est une langue très difficile à traduire ; en effet, elle rime facilement, a une sonorité très « roulante », dit beaucoup de choses en peu de mots, et n'a pas de temps futur... Il fallait que je rende en français le rythme, le plus d’allitérations possibles.
Je suis contente car on m'a dit que l'on pouvait ressentir le hongrois à travers ma traduction, c'est très important pour moi car je tiens à être fidèle.
De plus, la notion de jeu est très importante, d'où le titre que nous avons choisi pour ce recueil qui est une sélection chronologique. Plus on avance dans le temps, plus la rime et le vers se libèrent. Les derniers poèmes ressemblent davantage à de la prose, on sent qu'il s'amuse excepté pour les trois derniers qui sont très émouvants.



Le célèbre poète et grand traducteur Philippe Jaccottet a toujours défendu l’esthétique de l’effacement dans le processus de traduction : « la plus haute ambition du traducteur ne serait-elle pas la disparition totale ? »
Que pensez-vous de cette théorie ? Vous semble-t-elle justifiée dans votre travail ?

Je veux faire de la traduction et non de l'adaptation ; je suis tout à fait d'accord avec cette esthétique de l'effacement ; ce n'est pas moi qui écrit c'est lui. Je tiens beaucoup au terme de traduction au sens propre ; d'ailleurs pour bien rendre cela, nous faisons énormément d'allers-retours du texte original au français, pour traduire un seul poème, c'est assez long.
De l'effacement, certes, mais il faut mettre tout notre savoir-faire de la langue française pour bien faire et la traduction est le meilleur moyen de réellement connaître un auteur.



L'auteur original du recueil s'est-il impliqué dans la traduction ? L'avez-vous sollicité lors de votre travail ?

Tout d'abord il faut savoir qu' Horvath ne connaît pas du tout le français, c'est un monsieur âgé de 80 ans qui a eu une vie très difficile de par le passé politique de la Hongrie ; il vit aujourd'hui à Budapest et ne sort pas du pays. C'est un auteur reconnu là-bas surtout pour ses pièces de théâtre qui sont toujours jouées.
Quand on avait un problème, Edith lui téléphonait, il nous arrivait de bloquer sur des mots, des expressions mais parfois j'avais de bonnes intuitions.

 Votre travail de traduction nourrit-il votre travail d'écrivain ?

Je crois que le fait d'avoir traduit un certain nombre de poètes d'Europe centrale et d'Amérique Latine m'a donné une sensibilité différente de la littérature, du monde, de la société. Cela influe certainement sur ma propre poésie. 



Georges Kassai, dans la préface « Éloge du jeu » évoque la difficulté de rendre compte de la « sonorité » du texte original. Quels moyens de la langue et de la poésie française avez-vous utilisés pour  suggérer ces effets ?

Georges Kassaï, éminent linguiste et spécialiste de la langue hongroise, que j'ai rencontré car nous avions choisi de traiter de la Hongrie, a accepté d'écrire cette préface et j'en suis très heureuse car il a su replacer le texte dans un contexte que je n'aurais pas été capable de rendre.
Quant aux effets de sonorités, nous sommes obligés de faire avec ce que nous offre la langue française, le français qui est une langue plus légère que le hongrois qui est plus dense et dur. On essaie de rendre compte de cela. Quand il y a un effet dans une langue, on peut trouver un effet ailleurs, on opère une sorte de déplacement. Avec le hongrois, les mots ne sont pas forcément aux mêmes endroits mais ce n'est pas grave tant que l'effet est rendu.



Quels textes aimeriez-vous traduire par la suite ?

Je viens de traduire seule un poète espagnol, Miguel Hernandez dont j'ai déjà traduit un premier recueil, mais je cherche encore un éditeur pour celui-ci.


 
Propos recueillis par Bérénice et Lucie, L.P.  éditeur


 

 

Bibliographie

Œuvres traduites

Poèmes : Poems, Kiril Kadiiski, édition bilingue français-anglais, L'Esprit des péninsules, 2007
Concerts célestes, suivi de Les Travaux de Dieu et de Mais qui, Kiril Kadiiski, Le Cherche midi, 2006
Paris scarabée, Tejera Nivaria, Éditions Virgile, 2003
La Foudre n'a de cesse (El Rayo que no cesa), Miguel Hernandez, Éditions Folle avoine, 2001
Vingt Poètes lituaniens d'aujourd'hui, avec Biruté Ciplijauskait, Éditions Petit Véhicule, 1997

Publications

Cairn pour ma mère, éd. La Part Commune, 2008
Rituels, Éditions du petit véhicule, 2007
Autodafé du temps, Éd. Carré d'encre, 2006
La Part du feu, Maison de la poésie d'Amay, L'Arbre à paroles, 2005
Angèle Vannier et la Bretagne, Blanc Silex, 2004
Table et retable, Maison de la poésie d'Amay, L'Arbre à paroles, 2003
Antología poética, Éd. associatives Clapàs, 2002
Corps perdu, Maison de la poésie d'Amay, L'Arbre à paroles, 2001
Corps perdu, gravures Isabelle Dubrul, atelier Tugdual, 2001
Les Irlandaises avec Anne Bernard Kearney, co-édition éditions des forges, éditions autres temps, 1999
La Sans visage, ERE, 1996
Anthologie de la poésie irlandaise du XXe siècle, sous la direction de Jean-Yves Masson, Verdier, 1996
Liturguia za kamaka, 1995
Le Peuplier, 1995
Je de cartes, 1992
Liturgie des pierres, Éditions du petit véhicule, 1989
Deuil m'est seuil, Éd. Caractères, 1987
Amour-miroir, 1983
Paysages intérieurs, 1980



Poèmes extraits de l’ouvrage

Pauvreté rime avec vérité

Un de mes enfants m’a demandé
combien j’ai gagné avec la poésie ?!
Du sel sur une plaie à vif
ne m’aurait pas fait plus mal…

Peu importe qui des trois m’a posé la question.
Ce n’était pas la question qui était méchante.
Mais pourquoi le nier, le commerce va mal.
Pauvre est la rime pour dire cette vérité.

Vérité ? Qu’est-ce qui est le plus important ?
La poésie ou bien le pèze, le fric ?
Pour un poète aujourd’hui mieux vaut être mort.

Qu’il ne s’aventure pas sur le marché
celui qui laisse la marchandise sous le comptoir
et se dupe lui-même à ce point.



Le plus souvent

Je ne sais pas combien de fois
une branche s’est cassée sous mon poids
Ni sur combien de pierres j’ai glissé,
dans combien de trous j’ai marché.

Mais peut-être ne me suis-je
pas toujours trompé
Le plus souvent j’ai bien joué
à tous mes jeux.
 

Bibliographie, recherches :


Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicole_Laurent-Catrice
La maison des écrivains : http://www.m-e-l.fr/Nicole%20Laurent%20Catrice,148



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Published by Bénédicte et Lucie - dans traduction
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