Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 07:00


Terry-Pratchett-l-art-du-disque-monde.gif


Patrick Couton a un parcours atypique. Après avoir suivi une formation de traducteur-interprète à Tours, il décide de se lancer dans… la musique, son autre passion. Guitariste, banjoïste et spécialiste de l’autoharpe, il enregistre et tourne beaucoup avant de revenir à la traduction dans les années 1980, lorsque son ami Pierre Michaut lui propose de traduire Les Mémoires de Jim Thompson pour sa maison d’édition, l’Atalante, qu’il vient de créer et à laquelle Patrick Couton restera fidèle. Il traduit par la suite quelques polars (Howard Fast, Donald Westlake…) mais pas autant qu’il aurait aimé car c’est un passionné du genre. Le fait d’avoir eu l’écrivain Thomas Narcejac comme professeur de français et de latin y est pour beaucoup. Il se spécialisera dans les littératures de l’imaginaire, surtout la fantasy et la science-fiction, en traduisant le cycle de Corum de Michael Moorcock, Les Chroniques d’Alvin le Faiseur d’Orson Scott Card, le premier tome de La Compagnie noire de Glenn Cook et bien sur Les Annales du Disque-monde de Terry Pratchett. L’œuvre de l’écrivain anglais comporte plus d’une trentaine de tomes à ce jour et la traduction que Patrick Couton en a faite lui a valu la reconnaissance éternelle de tous les lecteurs de fantasy français tant il sait retranscrire le style déjanté, humoristique et typiquement anglais de Sir Terry Pratchett. Son travail remarquable a été récompensé par Le Grand Prix de l'Imaginaire en 1998, et le Prix Imaginales – prix spécial du jury – en 2002, pour l'ensemble de ses traductions du Disque-monde. Il a également traduit la trilogie des Johnny Maxwell, toujours de Terry Pratchett, qui est extérieure à l’univers du Disque-monde.  Rencontre avec un traducteur qui alterne entre musique et traduction.

 

 

 

Voyez-vous une ressemblance entre traduire un auteur et interpréter la musique d’un compositeur ?

Oui, parce que dans les deux cas on interprète. Le traducteur interprète la pensée de l’auteur, ce n’est pas la traduction simultanée comme le font les interprètes de conférence, mais il y a quand même une part d’interprétation. On adapte inconsciemment son propre style et en musique c’est la même chose. Sauf si on veut vraiment faire de l’identique. Je connais des gens qui font ça, qui font du Beatles comme les Beatles. En ce qui me concerne, ce n’est pas mon truc car quand j’interprète des compositions d’autres musiciens, je le fais à ma manière et, en traduction, j’ai tendance à le faire aussi. Normalement, il faut copier au plus près ce que dit l’auteur mais je ne trahis pas sa pensée pour autant, même si la formule « traduction-trahison » est souvent citée. On trahit toujours un peu, on ne peut pas faire autrement, je pense qu’il y a une part de soi qui intervient, j’en suis même à peu près sûr. Donc musique et traduction pour moi, effectivement, ça se ressemble.


Peut-on dire que le traducteur doit maîtriser la stylistique des deux langues, afin de cerner le style d’un auteur et être ainsi plus libre de le restituer fidèlement, comme le musicien doit intégrer le rythme, auquel il doit invariablement se soumettre, pour pouvoir ensuite s’exprimer par la mélodie ?

En musique c’est différent, car il m’arrive de changer carrément le rythme de la musique d’origine, je fais les choses à ma sauce. En traduction je ne vais pas aussi loin. J’essaie quand même de me tenir assez près de l’auteur, mais c’est évident que j’utilise un vocabulaire qui est le mien, en français, j’entends. Un autre traducteur utiliserait peut-être un autre vocabulaire, sans pour autant trahir la pensée de l’auteur. Il y a deux écoles en traduction : les sourciers et les ciblistes. Les sourciers sont ceux qui restent près de la source et collent vraiment au texte original, et les ciblistes c’est le confort de lecture comme dirait Pierre Michaut (l’éditeur) : le confort de lecture en priorité car un lecteur français ne doit pas sentir l’anglais derrière. Je pense que le truc, c’est d’être les deux à la fois. C’est-à-dire être très proche du texte anglais mais que le texte donne l’impression d’avoir été écrit en français. Il y a beaucoup de grands traducteurs qui font ça, je ne connais pas tous les traducteurs non plus, mais l’un d’entre eux que j’aimais beaucoup était Maurice-Edgar Coindreau qui était de la Roche-sur-Yon, qui a traduit notamment William Faulkner. Lorsque j’ai lu pour la première fois un livre de Faulkner en version bilingue, et comparé les deux textes, celui de Coindreau étaient quasiment identique au texte de Faulkner mais en même temps quand on lisait le texte français, ça allait de soi, comme s’il l’avait écrit en français, et ça c’est très fort.


Le travail d’un traducteur peut-il aussi être comparé à celui d’un musicien accompagnateur : un guitariste rythmique, par exemple, qui suit chaque changement de ton du soliste pour que celui-ci s’exprime librement ?

Normalement le soliste n’a pas à changer de ton comme ça sans prévenir. Dans la musique que je pratique, en tout cas, on est dans une tonalité, ou alors c’est prévu à l’avance. L’accompagnateur qui accompagne le soliste, il faut qu’il le suive donc dans les changements de ton. Non, mais ça dépend de ce qu’on entend par « changements de ton » parce qu’en musique, changer de ton c’est, par exemple, un morceau joué en do et on le passe en sol. Là, on change de ton carrément. Cela dit, dans la traduction, ce que vous entendez par ton peut être le niveau de langage. Il faut suivre l’auteur exactement, quand il évolue, c’est quasiment un chemin parallèle. Si l’auteur tourne à gauche dans sa façon de s’exprimer, il faut que le traducteur en fasse autant. Il faut vraiment suivre l’auteur dans ses humeurs. Si, à un moment, l’auteur devient drôle, il faut être drôle aussi autant que possible.
Terry-Pratchett-Je-m-habillerai-de-nuit.gif
Donc la musique et la traduction se ressemblent mais pas forcément à ce niveau-là. Il y a aussi un autre rapport entre la musique et la traduction : c’est au niveau de l’écriture et du rythme d’une phrase, par exemple. Il faut qu’une phrase soit bien balancée, qu’elle ait un rythme, des couleurs sonores, que ça sonne. Donc le choix des mots est parfois important, pour que ca sonne bien en français. C’est encore plus impératif lorsqu’on traduit une pièce de théâtre – cela ne m’est arrivé qu’une fois – car là, il faut bien garder à l’esprit que lorsqu’on traduit le texte, qui n’est que du dialogue, il faut que les phrases viennent bien en bouche. Si c’est des trucs imprononçables, les comédiens vont exécuter le traducteur !  Je me souviens lorsque j’ai traduit cette pièce…


La Descente d’Orphée de Tennessee Williams ?

Oui c’est ça. Je disais le texte à haute voix.

 

à paraître

avril 2011

 

Aujourd’hui, on peut facilement se documenter sur les références culturelles d’un pays évoqué dans un roman mais pensez-vous qu’il existe une différence entre un traducteur qui a vécu dans le pays d’où sont issus les ouvrages qu’il traduit, et qui est donc imprégné de sa culture, et un traducteur qui ne voyage pas ?


C’est un avantage d’avoir vécu dans le pays. Et plus on y vit longtemps mieux c’est. Moi je n’y ai pas vécu assez longtemps. Effectivement, Internet aide, maintenant, mais quand on connaît une culture, c’est plus facile, bien sûr.


Comme les références qui font appel à des connaissances qui ne s’apprennent pas dans les livres mais dans la vie quotidienne ?

Voilà, bien sûr. Toutefois les références évoluent parce que même si j’avais vécu aux États-Unis pendant cinq ans, il y a trente ans, ça serait dépassé. Là, je ne serais plus dans le coup.


C’est pourquoi on retraduit parfois ?

Oui mais ça dépend. Lorsqu’on retraduit un bouquin américain écrit dans les années 1920, par exemple, et qui a été traduit en France dans les années 1920. Une nouvelle traduction faite maintenant, avec le langage d’aujourd’hui, ne collerait pas forcément avec la langue des années 1920 utilisée par l’auteur américain à cette époque. On pourrait retomber sur des anachronismes ou des expressions qui n’avaient pas cours à l’époque, et ça ce n’est pas bien non plus. Je sais bien que l’on retraduit régulièrement Shakespeare mais on ne va pas mettre forcément des expressions actuelles. Si Shakespeare, à son époque, avait été parfaitement bien traduit par un Français, on ne pourrait pas faire mieux, on ne va pas retraduire/moderniser Molière ! Cela dit, Rabelais, on l’a modernisé… car c’est vraiment difficile à comprendre dans la langue de l’époque, pour un Français d’aujourd’hui. Les romans du Moyen-âge on est obligé de les réadapter un peu, mais en gardant un style un peu « ancien », parce que si on faisait ça à la façon de San Antonio cela ne collerait pas c’est sûr. Quoique Rabelais/San Antonio, il y a un certain rapport ! (rires)
 

Le traducteur André Markovitcz dit que « pour bien traduire l’anglais il faut avant tout bien connaître le français »…

Ah oui, bien sûr ! 


Certains traducteurs ne sont pas aussi à l’aise à l’oral qu’à l’écrit.

C’est mon cas ! Ce n’est pas indispensable de maîtriser l’anglais, enfin si, quand on le lit, il faut le comprendre ! Mais moi, lorsqu’on me demande d’écrire en anglais, je n’aime pas ça, ce n’est pas un exercice que j’ai pratiqué  beaucoup, mais quand je lis un bouquin en anglais, je n’ai pas de problème à le comprendre. Après, effectivement, la chose très très très importante, pour le traducteur, c’est de connaître la langue dans laquelle il traduit : le français. Il faut être très bon en français pour bien traduire parce que je connais des gens qui sont parfaitement bilingues, et on pourrait se dire qu’ils vont faire des traductions extraordinaires, mais le problème c’est qu’ils ne maîtrisent pas bien le français.
 Glenn-Cook-la-compagnie-noire.gif

Vous traduisez principalement des littératures de genre, notamment de la fantasy et du polar, est-ce que votre façon de travailler change selon le genre de l’œuvre ? Je pense à des auteurs très différents comme Orson Scott Card, dont les récits sont très structurés et documentés, Glenn Cook – pour le premier tome de La Compagnie noire – qui possède un style sombre qui tranche radicalement avec la production de fantasy actuelle, ou l’humour décalé et typiquement anglais de Terry Pratchett.

Je ne sais pas. Je ne me pose pas ce genre de questions. C'est-à-dire que j’entre dans l’ambiance du bouquin et donc suis inconsciemment le style de l’auteur, enfin j’espère ! Donc, effectivement, le premier Glenn Cook que j’ai fait, j’en ai bavé d’ailleurs, pas au niveau de l’ambiance à restituer mais parce qu’il avait des constructions très particulières et des phrases très courtes qui contenaient des tas d’informations pas faciles à mettre en français. C’était très difficile à traduire mais intéressant ! Il faut s’adapter à l’auteur. J’espère m’adapter, mais c’est inconsciemment.


Concernant ces littératures dites « de genre » ne pensez vous pas qu’elles sont sous-estimées en France ?

Oui, bien sûr, mais ça a toujours été comme ça en France. Effectivement dans les pays anglo-saxons, en Angleterre par exemple, les rayons Fantasy sont plus importants, il suffit de voir les chiffres de ventes de Terry Pratchett en Angleterre et en France. Il y a une différence monstrueuse, c’est incroyable, il vend des centaines de milliers d’exemplaires ! En Angleterre, ce n’est pas forcément la littérature fantastique et science-fiction, fantasy, c’est aussi la littérature policière, qu’ils ont toujours adorée.  Il y a des grands noms anglais qui sont restés quand même ! La littérature policière marche tout le temps dans ces pays. Ils ont toujours été plus portés sur les littératures populaires que les Français. C’est dommage.


Vous dites ne pas lire une œuvre avant de la traduire ?

Je sais, ce n’est pas bien ! (rires)


Cela se rapproche du style de Terry Pratchett qui déclare ne pas faire de plan, ne pas savoir, la plupart du temps, comment se terminera son histoire avant d’écrire la dernière page ?

Ah oui ? Je ne me souvenais pas de ça ! Je l’ai peut-être lu, effectivement, oui, mais je n’ai pas voulu faire comme lui, hein !  Je faisais déjà selon ce principe bien avant de traduire Terry Pratchett. Au début je lisais les bouquins puis après je me suis dit : à quoi ça sert ?...  Mais c’est mon cas personnel. En principe, il faut lire le bouquin avant de le traduire. Je ne dirais jamais qu’il faut faire comme moi, ne pas le lire. Moi, pour l’instant, ça marche dans mon cas, et puis comme je l’ai souvent dit à propos de Pratchett, il ya tellement de difficultés que le lire au préalable c’est décourageant. Je préfère aborder les difficultés les unes après les autres. Au fur à mesure qu’elles se présentent.


Justement, lorsque vous rencontrez une expression, ou un jeu de mots qui n’a pas d’équivalent en français, quelles sont vos méthodes pour ne pas trahir le texte ?

Je cherche ! Mais pas longtemps, parce que je suis un peu fainéant (rires). Je cherche cinq minutes et puis je laisse tomber, je fais autre chose, je prends un café, je regarde la télé... Euh oui, parce qu’il faut dire que je travaille aussi avec la télé allumée. Vraiment, je ne suis pas l’exemple à suivre ! Mais quand je suis concentré sur mon truc, je n’entends rien, et quand je bloque, je cherche un peu et puis… (soupir) Et comme j’ai un fauteuil à pivot, je me tourne vers la télévision pendant cinq à dix minutes et quand je reviens au bouquin, bing, ça vient ! Ça vient ou ça ne vient pas ! Mais très souvent j’ai la phrase qui me vient. Mais pas forcément pour les blagues. Les blagues, je cherche des fois un bon moment. Les références, on finit toujours par trouver, et les jeux de mots aussi, ce qui arrive souvent chez Pratchett.

Terry-Pratchett-Accros-du-roc.gif
Je me rappelle une fois où j’ai lu une référence à une chanson de Jacques Dutronc avec « Crack Boum Hue »  dans Accros du roc.

(Rires) Ah bon ? Je ne me rappelle pas ! Il devait certainement y avoir une référence à un chanteur populaire anglais. Dans Accros du roc j’en ai mis beaucoup, car il y en avait pas mal dans l’original. Avec des références parfois difficiles à trouver que même les lecteurs anglais ne voient pas, mais des tas de lecteurs de Pratchett en voient quelques-unes. Il y a trois ou quatre ans, il y avait un site qui répertoriait tout ça, très utile pour moi. Pour chaque bouquin, il avait des pages et pages avec les références précises. Par exemple, page tant, tel personnage dit cela, c’est une citation d’un sonnet de Shakespeare, ce qui montre qu’ils étaient très perspicaces car ces références sont ardues. Par exemple dans Accros du roc, encore une fois, il y avait beaucoup de références sur des chansons traditionnelles anglaises, et comme je connais pas mal la chanson traditionnelle française et que je connais des chanteurs traditionnels, je n’ai pas rencontré beaucoup de problèmes. Soit je trouvais moi-même la chanson française correspondante, soit je demandais à un copain : « Tu ne connaîtrais pas une chanson sur tel sujet ? ».


Comme cette référence dont vous m’aviez parlé auparavant sur l’expression : « Some Felonious Monk », qui faisait référence au jazzman Thelonious Monk et littéralement intraduisible…

Oui, c’était un personnage qui parlait d’un moine, qui une nuit entrait dans un temple pour voler un cor, l’instrument de musique, en or. Il s’agissait d’un voleur habillé en noir, et le personnage auquel il raconte l’histoire dit « j’en ai rien à faire de ton « felonious monk » (moine félon). Alors là je me suis dit : qu’est ce que je fais ? Il se trouve que le personnage était donc habillé tout en noir et que avant de rentrer il avait enlevé ses chaussures, il est donc allé en chaussettes pour aller voler le cor. Je l’ai donc traduit par « j’en ai rien à faire de ton moine en chaussettes noires » cela faisant références au groupe français Les Chaussettes Noires et le nom d’Eddy Mitchell est Claude Moine. Évidemment c’est plus dur à trouver, mais certains lecteurs l’ont remarqué. Mais j’ai mis un certain temps avant de la trouver !


Après tant d’années à traduire Pratchett, vous arrive-t-il d’être déçu d’un de ses livres ?

Ah non ! J’ai toujours autant de plaisir à le traduire, j’adore ça !


Et vous, vous arrive-t-il de vous décevoir ?

J’évite de me relire, mais parfois je suis obligé de retomber sur des passages que j’ai traduits, car dans certains bouquins il y a des références aux volumes précédents, pour les noms de personnages,  parce que j’ai beau noter, il ya toujours des choses qui m’échappent. Heureusement, j’ai tout dans l’ordinateur et je retrouve toujours.


Il vous arrive d’être en désaccord avec Pierre Michaut (l’éditeur) ?

Non, rarement. Il ne lit même pas les bouquins en langue originale. Je pourrais écrire n’importe quoi à des moments, du moment que ça se tient pour le lecteur ça pourrait passer (rires). Quand je finis ma traduction je l’apporte à Pierre et il met des annotations, ça peut-être une blague qu’il n’a pas comprise, des fois des changements de place de virgule, il ya toujours quelque chose, pas forcément à toutes les pages, mais ses corrections sont toujours les bienvenues, c’est très rare que je proteste. Je ne suis pas du genre à crier : « Nan, je veux ma virgule ici !! » (rires).Terry-Pratchett-a-science-du-disque-monde.gif


Lors de votre collaboration avec Lionel Davoust pour La Science du Disque-Monde avez-vous changé de manière de travailler ?

Non, pas du tout. On avait chacun des chapitres différents, le principe de La Science du Disque-monde est d’avoir un chapitre qui se passe dans le Disque-monde et ensuite un chapitre scientifique donc pas écrit par Terry Pratchett mais par les scientifiques Jack Cohen et Ian Stewart. Ils commentent scientifiquement et expliquent ce qui est dit dans la partie « rigolote » écrite par Pratchett. Je ne traduisais que la partie marrante et un autre traducteur, Lionel Davoust, traduisait le côté scientifique. J’avais le côté le plus facile !


Quelles sont les œuvres que vous avez particulièrement aimé traduire et pourquoi ?

Pratchett évidemment ! Et puis les premiers tomes des chroniques d’Alvin Le Faiseur d’Orson Scott Card, que j’avais lus avant de traduire, et j’avais beaucoup aimé, les suivants moins. Par contre je peux dire que je n’ai pas vraiment aimé Les Journaux de voyage de Jean-Jacques Audubon, c’était plutôt rébarbatif.


Aimeriez-vous traduire d’ une autre langue que l’anglais ?

Il faudrait que j’apprenne d’autres langues ! J’ai fait de l’allemand au lycée, j’étais d’ailleurs meilleur en allemand qu’en anglais. Mais je passerai trop de temps dans les dictionnaires. Cela dit, pour mon premier ouvrage (Vaurien, Mémoires de Jim Thomson), j’ai passé mon temps dans les dictionnaires, je vérifiais tout, maintenant mon vocabulaire s’est enrichi.


Discutez-vous parfois avec d’autres traducteurs de certains aspects/difficultés du métier ?

Non, on ne parle pas trop boutique. Éventuellement, on se demande : « qu’est-ce que tu traduis en ce moment ?». Pour ce qui est des difficultés, il y a un site internet, «les Babélistes », où la plupart des traducteurs de fantasy se retrouvent. Quand l’un d’eux a un problème avec un terme, une expression, il pose la question, obtient rapidement une dizaine de réponses et il choisit celle qui lui convient. Mais oui, il y a ce genre d’échange entre traducteurs, par mails.


Vous avez déclaré que vous aviez du mal désormais à lire de la littérature traduite et préfériez lire des auteurs français. Lisez vous en langue originale ?

En langue originale, c’est rare. Pierre m’a fait lire le prochain roman que je vais traduire, je l’ai lu avant, pour une fois ! Sinon, je lis des biographies de musiciens, qui ne sont jamais traduites en français.

En français, je lis peu, beaucoup moins qu’avant, j’ai moins le temps, mais j’aime beaucoup Simenon ! C’est un style d’écriture que j’aime beaucoup, qui paraît limpide, simple, et couler de source et puis pas tant que ça !


Vous vous considérez davantage comme un traducteur ou un musicien ?

Quand on me demande mon métier, je dis musicien. On me répond souvent : « Oui mais comme vrai métier ? » Pour la plupart des gens c’est un truc qu’on fait à côté. Mon vrai métier c’est musicien, et comme passe temps, je fais des traductions.


Justement, ça se passe comment l’organisation de la journée type de Patrick Couton ?

Le matin je me mets devant mon ordinateur pour traduire mais comme je le disais précédemment, dès qu’il ya une difficulté je m’arrête, pour regarder la télé et aussi, – j’ai toujours un instrument à portée de main –, je m’arrête, je joue vingt minutes, une demi-heure, pour travailler quelque chose, donc c’est mêlé. L’après-midi je traduis peu, on n’est pas efficace en début d’après-midi ! Et après entre 17 et 19 heures, là, on donne à fond car c’est la bonne heure pour le travail intellectuel.


Quels sont vos projets de traduction ?

Actuellement je termine un Pratchett, le quatrième volume de Thiphaine Patraque du Disque-monde, et puis après sans doute un premier roman d’un jeune auteur américain de fantastique SF. Pour dire, je l’ai lu avant celui-là ! (rires)


Et vos projets musicaux ?

Alors là, des tonnes ! Discographique déjà. J’ai deux projets de CD et j’ai l’idée d’un troisième, et sinon des projets de tournées. L’année prochaine, à partir d’octobre, je vais travailler une nouvelle fois pour les jeunesses musicales de France (JMF), concerts donnés dans toute la France à des scolaires. J’ai fait ça déjà il ya trois ou quatre ans, ça marche pas mal même s’il y a de moins en moins de bénévoles. Ils peinent actuellement à trouver la relève.

Merci, Patrick !


 

pos recueillis par Marine et François, L.P. éditeur.

 


 

Lire également :  Interview sur Vade-Mecum, site francophone des  Annales du Disque-Monde



Partager cet article

Repost 0
Published by Marine et François - dans traduction
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives