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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 07:00

Patrick Honnoré est traducteur du japonais depuis une dizaine d’années. Il compte environ cent ouvrages traduits à son actif, toutes catégories confondues (BD, Manga, littérature adulte et jeunesse). Il travaille pour les éditions Picquier, Casterman, Hachette, Milan, Bayard, les éditions du Rocher, les éditions In 8, Cornelius, Delcourt ou Pika entre autres et vit pleinement de son métier aujourd’hui.
Yumeno-Kyusaku-Dogra-Magra.gif
Nous proposons ci-dessous une synthèse des propos recueillis plutôt qu’un verbatim de notre conservation.

 

 

 

Son parcours

Après une maîtrise de lettres modernes à Aix-en-Provence, Patrick Honnoré part pour Tokyo. Passionné par le Japon, il souhaite aussi apprendre une langue rare et demandée par les entreprises, notamment dans le monde du commerce qui l’intéresse. Après y avoir passé un certificat de capacité en langue japonaise puis un doctorat en sociologie comparée, il s’installe à Tokyo et travaille pour diverses entreprises, en tant qu’interprète et dans les relations internationales. Il y restera près de quinze ans, jusqu’en 2003. C’est peu avant cette date qu’il découvre Dogra Magra de Yumeno Kyūsaku, le premier titre de fiction qu’il lit en japonais. Séduit par le livre, il décide de le traduire, d’abord par plaisir, puis il se prend au jeu et, sur les recommandations de Corinne Quentin, traductrice et agent,il envoie les cent premières pages à divers éditeurs. Son envie de traduire devient une véritable envie de faire découvrir ce texte au plus grand nombre de lecteurs possibles. Philipe Picquier, séduit par le texte, accepte. La traduction dure cinq ans et Patrick Honnoré retourne en France en 2003, pour assister à la parution. Par chance, le gouvernement japonais lance à ce moment un programme d’aide à la traduction qui concerne une vingtaine de titres, dont Dogra Magra fait partie. Cette publication donne alors à la fois de la crédibilité au traducteur et de la visibilité au texte, à son éditeur et au programme. La carrière du traducteur est lancée et cette première traduction l’incite fortement à poursuivre et à se consacrer pleinement à ce métier. Pour asseoir sa crédibilité, il passe rapidement un DEA de littérature comparée à son retour en France, car ses diplômes japonais n’y sont pas reconnus.



Ses traductions

Patrick Honnoré travaille avec sa femme,japonaise, qui réalise souvent une première traduction des œuvres qu’il adapte ensuite au français, et à qui il demande conseil sur les nuances de la langue. Sa volonté de traduire a d’abord été celle de faire passer au public français un texte qu’il aimait, mais aussi de permettre à la littérature japonaise de sortir de ce qu’il nomme la « soupe » traditionnelle des stéréotypes du zen, de la musicalité des textes mise en avant par les traducteurs qui gomment souvent leur humour et leur profondeur. Il a pu constater cela à de nombreuses reprises, et cela l’a encouragé à proposer des traductions plus fidèles. Il s’y emploie donc pour tous les genres. Il ne traduit cependant pas la littérature japonaise ancienne, dont l’écriture est trop différente, autant par son fond que par sa forme et qu’il qualifie de « langue étrangère ». Il est souvent sollicité mais propose aussi deTaniguchi-Terre-de-reves.gifs textes japonais aux éditeurs, avec une volonté de trouver le bon texte, que l’auteur soit connu ou non, et pas  seulement un coup commercial. En effet, les bestsellers sont représentés par des agents et il ne s’y intéresse donc pas. La difficulté de proposer un texte se rencontre aussi pour les ouvrages de bande-dessinée et de manga, car les éditeurs français et japonais sont la plupart du temps en lien direct concernant ces publications.

Parmi les travaux qui  comptent le plus pour lui, ily a sa première traduction, Dogra Magra de Yumeno Kyūsaku (Picquier), qui a lancé sa carrière, dont il apprécie et recommande toujours autant la lecture, mais aussi Terre de rêves de Jiro Taniguchi (C asterman, 2005) et d’autres titres du même auteur, qui lui a permis d’être reconnu par un plus large public, grâce au nom prestigieux de l’auteur. La traduction de NonNonBā de Shigeru Mizuki (éditions Cornélius), prix du meilleur album au 34e Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême en 2007, tout comme ses traductions d’Osamu Tezuka et de Ushida Hyakken, des auteurs-phares au Japon ont eu le même effet-levier sur sa carrière. Aujourd’hui, son ambition est de proposer au lectorat français, au fil de ses traductions, de nouveaux auteurs japonais plus jeunes et contemporains et à l’écriture différente, pour sortir la littérature japonaise des clichés cités précédemment.
Shigeru-Mizuki-Nonnonba.gif


Le travail des textes

Pour traduire au mieux un texte, l’essentiel, selon Patrick Honnoré, n’est pas de coller aux mots, mais de les prendre dans leur ensemble, pour saisir au mieux ce que l’auteur a voulu faire passer et rendre en français le même rythme, la même émotion, positive ou négative. Il s’agit de trouver une égalité des termes, qui lui vient plutôt naturellement. Il ne s’enferme pas dans l’unité de la phrase mais analyse et retranscrit ce qu’il nomme « l’unité organique » du récit : sa signification et ce qu’il implique (ressenti, effets sur le lecteur, significations, etc.). La traduction se fait donc de sens à sens, et il se met à la place de l’auteur et du personnage pour cela.
koushun-takami-battle-royale.gif
Patrick Honnoré considère que le principal problème de la traduction de la langue japonaise repose sur un problème de transcription, « un problème de français ». C’est une langue complexe à traduire, il estime qu’elle ne correspond qu’à 70 % au français par sa structure, surtout à cause de la forte différence entre la ponctuation dans les deux langues. En japonais, la ponctuation fait partie du texte, elle doit aussi faire l’objet d’une traduction. La difficulté comme le défi pour le traducteur est donc d’y rester fidèle et de ne pas perdre le ressenti du texte et son rythme, très souvent perdu lors des traductions. La tournure des phrases, tout comme les images qu’elles apportent sont aussi des difficultés à surmonter, bien qu’elles soient moindres. C’est pour ces raisons,estime Patrick Honnoré, qu’il faut s’attacher au sens du récit en lui-même. Si l’éditeur juge une scène trop « dure » dans sa traduction (notamment en jeunesse), c’est que la traduction n’est pas acceptable ainsi. Elle ne retranscrit pas l’intention de l’auteur de faire passer une émotion, comme la peur d’un personnage par exemple, et doit être retravaillée. Pour Patrick Honnoré, enfin, l’intraduisible commence lorsqu’il ne maîtrise pas la langue, et qu’il ne peut comprendre les subtilités du texte. Ce n’est pas le cas pour le japonais courant, mais c’est la raison pour laquelle il ne traduit pas le japonais ancien ou d’autres langues. Le traducteur considère aussi que, dans le cadre de la littérature jeunesse, l’auteur comme l’éditeur ont déjà pris les précautions nécessaires pour que le texte corresponde au lectorat. Dans sa traduction de Battle Royale de Koushun Takami (Calmann-Lévy), il a conservé les effets rendus par le texte et sa brutalité car ils sont liés à l’intention de l’auteur de choquer. Il reste ainsi fidèle à sa méthode de traduction : ne jamais trahir l’auteur, et au contraire restituer parfaitement son œuvre et son style, quels que soient le genre, le sujet, ou le public visé.



Propos recueillis par Chloé, LP

Sa bibliographie complète sur le site de la librairie Dialogues :
 http://www.librairiedialogues.fr/personne/patrick-honnore/928976/




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Published by Chloé - dans traduction
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