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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 07:00
directeur commercial des Éditions J.-C. Lattès.
Da-Vinci-code.gif

Q. — Le Da Vinci Code est sorti en 2003 aux Etats-Unis et en 2004 en Grande-Bretagne.  À quelle période avez-vous décidé de vous lancer sur le projet ?

Philippe Dorey — Nous avons acheté les droits du livre avant la sortie aux États-Unis, bien avant que l’on entende  parler de phénomène et de succès extraordinaire. À l’époque où Isabelle Laffont a acheté le livre, il n’était pas connu. En 2003, il a été traduit. La même année, il a été vendu à Pocket et il est sorti en mars 2004. Pour répondre à votre question le plus précisément possible, nous avons décidé de nous lancer dans l’aventure à partir du moment où un agent nous l’a proposé, avant la forte médiatisation qui a suivi.
davincicode-doubleday.jpg

Q. Comment se passent les relations avec les agents ? Êtes-vous en relation permanente avec les agents de Doubleday ?

Philippe Dorey — Non. Il ne s’agissait pas des agents de Doubleday mais d’agents qui traitent avec des éditeurs ou des auteurs. Aux États-Unis, travailler avec des agents est une pratique bien plus développée qu’en France. Donc, ce sont des agents indépendants qui traitent avec les éditeurs originaux et les éditeurs étrangers. Les éditeurs américains n’ont pas forcément les droits étrangers.


Q.
—  Qu’est-ce qui vous a séduit dans le projet ?

Philippe Dorey — Le sujet a séduit Isabelle Laffont. Le fait que l’intrigue se passe à Paris lui avait plu aussi, de même le fait que l’auteur aborde le personnage de Léonard de Vinci qui fascine toujours. Et puis nous  trouvions l’histoire cohérente. De plus, nous avions édité un livre sur les codes secrets environ deux ans auparavant qui avait bien marché.


Q.
—  Aviez-vous déjà édité les livres précédents de Dan Brown ?

Philippe Dorey — Non, le Da Vinci Code est le premier livre de Dan Brown que nous ayons édité. Il faut savoir qu’Isabelle Laffont a acheté les quatre livres dans un premier temps.


Q. —  Y a-t-il eu des enchères lors du rachat des droits ? Plusieurs maisons d’édition s’intéressaient-elles au projet ?

Philippe Dorey — Non, je ne crois pas.


Q. —  À combien d’exemplaires s’élevait le tirage initial ?

Philippe Dorey — Il était de 60 000 exemplaires me semble-t-il.


Q. —  Je suppose que vous aviez une volonté de couvrir l’ensemble des points de vente.

Philippe Dorey — La volonté oui, mais cela n’a pas été facile lors de la mise en place. Dan Brown était un auteur inconnu et, bien que le phénomène ait été en route, il y a beaucoup de gens qui ne l’ont pas vu ou qui voulaient ne pas le voir. Les libraires ont vraiment joué le jeu mais certains points de vente, comme les hypermarchés, nous ont moins bien suivis même s’ils se sont rattrapés par la suite. Il s’agit avant tout d’un succès de librairie.


Q.  —  Ce qui correspond aussi à la stratégie des grandes surfaces.

Philippe Dorey — Oui, le réseau des librairies crée les succès en France et tous les autres sont des réseaux suiveurs, comme les hypermarchés. Grâce au réseau des librairies, on a pu arriver à un très bon résultat.


Q. —  Quelle publicité a été déployée ? Y avait-il une forte publicité lors de la mise en place ?

Philippe Dorey — Non, pas tellement. Nous avons vraiment fait jouer le réseau de librairies pour essayer d’amplifier le bouche-à-oreille qui était en train de naître. Il y avait une rumeur positive, une rumeur de phénomène, et il a fallu aider à ce que la prescription et les ventes aillent dans ce sens. On a envoyé des marque-page aux libraires trois semaines avant la sortie du livre en leur disant de rester vigilants sur le phénomène naissant. Nous avions fait figurer sur les marque-page un petit jeu à propose de la Joconde. On y voyait Mona Lisa ainsi qu’un slogan : « Pourquoi cet homme sourit-il ? ». Nous avons essayé d’amplifier le phénomène mais c’est le fait qu’il soit déjà pris dans une mécanique heureuse qui a fait que le Da Vinci Code a rencontré son public.


Q. —  Après que le phénomène a été en marche,  avez-vous déployé une publicité plus large pour continuer de l’accentuer ? Ou n’y en avait-il plus tellement besoin ?

Philippe Dorey — Nous avons fait de la publicité par professionnalisme, je dirais. Je ne suis pas sûr que cela ait servi à grand chose. Le bouche-à-oreille est bien plus fort que toute publicité. Il s’agit de la meilleure publicité. Et puis, la presse a pris le relais. Nous avons également fait un peu de publicité à la radio. Mais, la presse a vraiment contribué à accentuer le bouche-à-oreille en en parlant comme du livre qui obtenait un succès hors du commun aux États-Unis. Il était numéro un depuis un an et demi. Les gens savaient que le Da Vinci Code était un bon roman, crédible, au sujet passionnant.


Q. —   À quelle date y a-t-il eu revente aux clubs de livres ?

Philippe Dorey — Pour France Loisirs, il s’agit toujours de neuf mois après la sortie du livre. Les ventes ont dû être faites en mars pour un sortie en début d’année 2005. Nous passons un contrat pour x millions d’exemplaires.
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Q. —  Y a-t-il eu une hésitation sur la revente des droits en poche entre Pocket et le Livre de Poche ?

Philippe Dorey — Nous avons proposé le livre à différents éditeurs de livres au format de poche et le plus offrant a obtenu les droits. Mais cette revente se passe bien avant la sortie en France du format standard.


Q. —  Combien de temps avant ?


Philippe Dorey — Pour certains livres, la revente des droits en poche peut aller très vite, parfois six mois avant la sortie en grand format. Dans le cas du Da Vinci Code, la revente a été rapide car le livre était déjà numéro un aux États-Unis. Les collections de poche ont donc été rapidement sollicitées.


Q. —  En ce qui concerne le choix de la couverture, est-ce la même que pour la version originale ?


Philippe Dorey — Pas exactement, mais nous en sommes toutefois proches. Nous avons gardé le principe du bandeau avec les yeux de Mona Lisa mais nous retravaillons toujours nos couvertures. S’il n’y a pas eu tellement de questionnements pour la couverture française, il y a en eu cependant plus à propos du titre. Nous avons hésité un certain moment entre « Code Da Vinci » et « Code de Vinci » mais le « Da Vinci Code »  était évident, d’autant plus que le film allait sortir et nous savions qu’il allait s’appeler le Da Vinci Code et que les distributeurs français l’appelleraient ainsi.


Q. —  Le repérage était plus facile ainsi.

Philippe Dorey — Oui, surtout que, bien que le titre soit en anglais, il n’est pas compliqué à retenir.

the_da_vinci_code-film.jpg
Q. —  Vous avez ressorti des grands formats avec la couverture du film. Combien de temps avant la sortie sur les écrans avez-vous procédé à leur mise en place ?

Philippe Dorey — Un mois avant la sortie du film pour l’ouverture du festival de Cannes au mois de mai 2006, aux environs de mi-avril.


Q. —  Est-ce que cela a bien relancé les ventes ?


Philippe Dorey — Oui, cela a bien relancé les ventes parce que l’on a beaucoup parlé du film même s’il n’a pas eu le succès escompté.


Q. —  Et vous avez également publié un album illustré du film.


Philippe Dorey — Nous l’avons publié bien avant la sortie du film pour la simple raison qu’il existait déjà aux États-Unis. Il est sorti pour les fêtes de fin d’année 2005 et il s’est très bien vendu. C’est un long-seller. Nous avons eu quelques problèmes de fabrication sur le livre, nous ne pouvions pas le réimprimer rapidement parce qu’il est très illustré. Il n’était cependant pas trop cher, aux alentours de 30 €.


Q. —  Vous avez donc sorti les grands formats avec la couverture du film puis l’album. Était-ce une réponse à la concurrence qui s’installait sur le thème du Da Vinci Code afin d’en garder le monopole ?



Philippe Dorey — Non, notre politique vis-à-vis du Da Vinci Code a été de publier intégralement l’œuvre de Dan Brown mais de s’en tenir là, autrement dit ne pas publier de commentaires. On nous a proposé tous les commentaires imaginables sur le livre que nous avons tous refusés et laissés à la concurrence. Nous nous en sommes tenus à l’édition des livres de Dan Brown, du roman Da Vinci Code dans toutes les éditions possibles. Il y en a eu trois plus un carnet de voyage, puis nous avons publié un livre autour du personnage de Robert Langdon intitulé les Ambigrammes, de John Langdon, et l’album du film.


Q. —  Le film a-t-il eu un gros impact sur les ventes ?

Philippe Dorey — C’est plutôt la médiatisation autour du film qui a fait revendre le livre et non le film en lui-même. Je ne crois pas que le film ait beaucoup relancé les ventes. C’est plutôt le fait que les gens en parlent, entre ceux qui l’ont vu en ayant vu le livre, ceux qui le liront après. Tout ce qui encourage le commentaire fait vendre.


Q. —  Selon vous, est-ce que l’adaptation cinématographique d’un livre peut marquer le tarissement d’une production littéraire sur le sujet ?

Philippe Dorey — Je pense qu’il n’y a pas de règle.


Q. —  Parce que le public pourrait être tenté d’aller voir le film et de ne plus prendre la peine de lire le livre.


Philippe Dorey — Dans la mesure où le livre était un énorme succès bien avant le film, ça n’a pas été le cas. De plus, la majorité des gens a pensé que le livre était beaucoup mieux que le film. Pour certains livres je pense que cela marque effectivement la fin de quelque chose, comme pour Le Nom de la Rose par exemple dont l’adaptation au cinéma est assez réussie. Mais dans le cas du Da Vinci Code, le film n’a pas eu un tel impact, le livre a continué à très bien se vendre jusqu’à la fin de l’année 2006.


Q. —  Il y a un nouveau roman de Dan Brown prévu pour bientôt, n’est-ce pas ?

Philippe Dorey — Nous prévoyons de sortir le nouveau Dan Brown, pas une de ses anciennes œuvres mais bien une nouveauté, cependant nous n’avons pas encore fixé de date. Nous ne savons pas si la sortie sera cette année ou l’année prochaine. Par contre, Anges et Démons sort au cinéma prochainement.


Q. —  Le prochain opus sera-t-il de la même veine que le Da Vinci Code ?


Philippe Dorey — Oui, l’auteur reprend le personnage de Robert Langdon après l’enquête du Da Vinci Code. L’intrigue se situe cette fois aux États-Unis autour de la naissance de la ville de Washington dont la création est totalement maçonnique.
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Q. —  Les autres titres de Dan Brown se sont-ils aussi bien vendus que le Da Vinci Code ?

Philippe Dorey — Non et c’est normal. Nous en avons quand même vendu 2, 5 millions d’exemplaires en grand format. Aucun livre ne se vend à ce rythme. Il est alors normal que les autres titres se vendent bien moins, même s’ils n’en restent pas moins de gros best-sellers. Le Da Vinci Code est un phénomène rare.


Q. —  Aviez-vous entrevu un tel succès ?

Philippe Dorey — Non, on ne peut pas prévoir un succès comme celui-là. Nous avions pensé que le roman serait un succès mais pas de cette ampleur, nous estimions des ventes environnant les 100 000 exemplaires. Le succès est compréhensible mais il n’était pas prévisible.


Q. —  Au sujet de la polémique suscitée par l’ouvrage, avez-vous reçu des plaintes ou des lettres ?


Philippe Dorey — Oui, nous en recevons d’ailleurs toujours un peu, c’est normal ; il s’agit d’un sujet qui remettait en cause mais de manière romanesque des grands sujets sensibles. Mais éditeurs comme auteur, nous avons toujours affirmé que ce livre est un roman. Il n’apporte pas de vérité et se contente de raconter une fiction autour de notre lot commun culturel. À partir de là, chacun peut entendre ce qu’il veut. Il y a eu des réactions et tous les livres de commentaire en ont fait leur succès.


Q. —  Vous aviez un droit de regard sur ce que produisait la concurrence pour éviter qu’il y ait plagiat ?


Philippe Dorey — Non. Nous serions intervenus si certains avaient repris ouvertement le titre ou la couverture, par exemple.

Propos recueillis par
Valentine Lelièvre, L.P. librairie.

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Published by Valentine - dans Entretiens
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