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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 07:00

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Bibliographie de Susanne JUUL

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Aperçu des traductions du français vers le danois

 

Jean-Philippe Toussaint, La Salle de bain, Minuit, 1986
Sébastien Japrisot, La Passion des femmes, Denoël, 1987
Alina Reyes, Le Boucher, Le seuil, 1989
Didier Van Cauwelaert, Les Vacances du fantôme, Le seuil 1989
Sony Labou Tansi, L’Anté-peuple, Le seuil, 1989
René Belletto, L’Enfer, P.O.L et La machine, Ramsay, 1991
Régine Deforges, Noir Tango, Ramsay, 1991 et Lola, Ramsay, 1992
Julien Green, Les Pays lointains, Le seuil, 1992
Caroline Eliacheff, À corps et à cris, Odile Jacob, 1993
Philippe Djian, Lent Dehors, Bernard Barrault, 1994 et Sotos, Gallimard, 1994
Jean-Christophe Grangé, Les Rivières pourpres, Albin Michel, 1998

 


Traductions du danois vers le français, en collaboration avec Bernard Saint Bonnet

 

Jorn Riel,  La Vierge froide et autres racontars, Gaïa 1993
Jorn Riel,  Un safari arctique et autres racontars, Gaïa 1994
Jorn Riel, La Passion secrète de Fjordur et autres racontars, Gaïa 1994
Jorn Riel, Un curé d’enfer et autres racontars, Gaïa 1996
Jorn Riel, Le Voyage à Nanga, un racontar exceptionnellement long, Gaïa 1997
Jorn Riel, Un gros bobard et autres racontars, Gaïa 1999
Jorn Riel, La Maison des célibataires, Gaïa 1999
Jorn Riel, Le Canon de Lasselille et autres racontars, Gaïa 2001
Jorn Riel, Le Garçon qui voulait devenir un être humain, Gaïa 2002
Jorn Riel, Le Roi Oscar, Gaïa 2004
Jorn Riel, Les Ballades de Haldur et autres racontars, Gaïa 2004
Jorn Riel, Circulaire, Gaïa 2006
Jorn Riel, Une épopée littéraire, Gaïa 2006
Jorn Riel, Le Naufrage de la Vesle Mari et autres racontars, Gaïa 2009
Leif Panduro, L’Erreur, ou la relation rapide et approximative du cas Marius Berg, Gaïa 2002

 

 

Entretien

 

Nous sommes en fin d’après-midi aux Éditions Gaïa. J’ai rendez-vous avec Susanne Juul, l’éditrice1, dans la salle de réunion de l’entreprise.

Confortablement installée à la grande table, je sors mes quelques notes et questions qui me permettront de structurer mon entretien.

Traductrice avant d’être éditrice, Susanne a traduit plus d’une dizaine d’ouvrages2, seule. Ainsi que les dix premiers titres de l’oeuvre de Jorn Riel, auteur phare des éditions Gaïa, en collaboration avec Bernard Saint Bonnet.

Si j’ai choisi de m’entretenir avec Susanne Juul, c’était pour connaître son point de vue, son rapport à la traduction, en tant que traductrice et éditrice.

L’entretien a donc commencé par une question simple afin de situer un peu le contexte : 

 

 

Tu as fait des études ou suivi une formation pour en arriver à faire ce travail de traducteur ?

Je n’ai pas fait d’études en lien avec la traduction. Quand je suis arrivée en France, je ne parlais pas français. J’ai pris des cours de langue étrangère à Pau pour apprendre le français. Il y avait plein d’étrangers à ces cours, mais je me suis forcée à ne pas parler d’autres langues, à me concentrer sur le français pour progresser plus rapidement.

Comme il fallait que je fasse quelque chose, que je travaille, je me suis naturellement tournée vers la traduction, du français vers le danois.

Bien sûr, il y a des études possibles pour apprendre et faire de la traduction mais je pense que si ce n’est pas quelque chose de naturel à la base, alors ça ne sera pas plus facile.



Donc, tu es une grande lectrice à la base...

Oui, je me suis toujours intéressée à la littérature. Je lis beaucoup et depuis que je suis haute comme ça ! Le premier livre en francais que j’ai acheté c’est Le Petit Robert. J’ai passé des heures à lire les mots et essayer de comprendre leur traduction, puis chercher leur signification...



Et il y a une langue que tu préfères lire, d’un point de vue personnel ?

Je ne fais pas vraiment de différence entre les deux langues. Je ne m’arrête pas à la langue du texte. Mais j’ai quand même un rapport différent aux deux langues. Je sens que ce n’est pas pareil quand je lis du français, je continue d’apprendre. De toute façon, on continue toujours d’apprendre, même dans sa langue source, mais ça se voit moins.



Quelle est ta première traduction ?

Marc Cholodenko, du français vers le danois.




Elle était professionnelle ? Tu n’as jamais traduit dans un but personnel ?

Non. Je me suis adressée à des maisons d’éditions danoises. Personne ne m’a demandé mes diplômes. Ils voulaient savoir ce que j’étais capable de faire.


Pour ce premier roman, l’éditeur m’a tendu le livre en me demandant de traduire le premier chapitre. C’était un défi.



Cette première traduction t’a paru difficile, compliquée ?

Non, pas difficile mais passionnante ! Et il y a eu de bonnes critiques – dans les pays nordiques, il y a plus de critiques sur les traductions, alors que je ne vois pas vraiment comment un journaliste pourrait argumenter sur une traduction – qui m’ont permis d’avoir plus de propositions des maisons d’édition.



Est-ce que, selon toi, la lecture d’autres traductions peut aider ?

Oui, je pense que cela peut aider pour étudier, analyser le travail du traducteur.



Mais il n’y a pas un risque d’influence ?

Non, je ne pense pas. Ce n’est pas comme un auteur qui va s’empêcher de lire pendant qu’il écrit. Le traducteur suit le style propre au texte, à l’auteur. Il « recopie ».



Et donc, toi, tu es plutôt pour la traduction mot à mot ou pour « transformer » certains passages pour retranscrire au mieux le sens du texte ?

Je ne fais jamais de mot à mot. Le danois, c’est comme un train avec plein de locomotives. Si je traduisais mot à mot ça ne voudrait rien dire. C’est comme si je regardais par-dessus l’épaule de l’auteur quand il écrit, pour suivre le processus. J’essaie d’imaginer ce que ça donnerait s’il l’avait écrit en français. C’est ça le plus dur, le défi de la traduction. Ne pas trahir en restant fluide.

Pour moi, il ne faut pas que le lecteur se rende compte qu’il lit un texte traduit, que le texte lui semble « bizarre ».

Et si la traduction donne l’impression d’être mal écrite, c’est parfois parce que c’est le style du texte.
fifi-brindacier.jpg


Comme pour Dostoïevski, dont les premières traductions ne reflétaient pas du tout le style, pour mieux l’intégrer.

Oui, ou comme pour Fifi Brindacier, d’Astrid Lindgren (...) le traducteur n’a pas respecté parce qu’il n’était pas possible qu’une fille parle comme ça à l’époque. Et maintenant ils la retraduisent.


Jean-Christophe-Grange-Les-rivieres-pourpres.jpg
Comment tu choisis l’oeuvre ? il y a des critères en particulier ? il faut aimer le texte ?

Il n’y a pas vraiment de choix. Je prends les oeuvres qu’on me propose. Même si quand tu commences à être un peu connu, tu peux refuser des oeuvres si tu ne veux pas les traduire.

Mais je ne suis pas trop d’accord avec ça. Pour moi, ne pas aimer un texte ne veut pas dire qu’il sera plus dur à traduire. Les Rivières pourpres, de Jean-Christophe Granger, le dernier livre que j’ai traduit du français vers le danois, était très violent alors que je n’aime pas les livres comme ça. Et pourtant, j’ai aimé le traduire. C’était un défi.



Des conditions particulières pour travailler ?

Que je me sois avancée dans mon travail d’éditeur ! Mais surtout, me mettre dans une ambiance danoise. M’isoler, sans répondre au téléphone, pour pouvoir me replonger dans cette ambiance.



Jorn Riel est donc le seul auteur que tu as traduit du danois vers le français.

Oui, à deux, avec Bernard. Nous avons traduit tous les racontars de Jorn, soit dix tomes, sur une vingtaine d’années. (...) Après avoir appris à connaître l’oeuvre, ses personnages, son style, c’est devenu de plus en plus facile et de plus en plus rapide.



Tu n’as donc jamais traduit seule vers le français.

Seule, je ne prends pas le risque.



Mais ce n’est pas plus difficile de traduire à deux ?

C’est surtout plus long. Il y a beaucoup d’allers-retours et de relectures. Avec Bernard, je fais une première traduction, en restant très proche du texte, pas en mot à mot mais presque, pour faire passer le mieux possible ce que l’auteur a voulu dire. Bernard passe derrière pour corriger. Et je repasse derrière lui pour relire et vérifier que le texte colle au texte source.



Mais ça ne représente pas un risque pour la traduction ? On ne devient pas moins vigilant ?

Si, un peu. C’est pour ça que le travail de correcteur et d’éditeur est très important. Il est là pour contrôler et rappeler à l’ordre si nécessaire.



Est-ce que tu connaissais cet auteur avant de décider de le traduire ?

Oui, je le connais depuis que je suis ado. Ça m’a surprise qu’il ne soit pas publié en France. Alors j’ai pris contact avec sa maison d’édition pour le traduire et le publier en France. Son éditeur m’a donné son adresse personnelle pour que je lui parle de mon projet directement. Il a tout de suite été d’accord.

C’est comme ça qu’est né Gaïa Éditions, pour publier Jorn Riel.



Comment se passait le travail avec Jorn Riel ? Vous aviez beaucoup d’échanges ?
 
Non, pas beaucoup parce que nous n’avons pas rencontré beaucoup de difficultés dans la traduction. On pourrait penser, comme il y a beaucoup de descriptions, d’actions, de dialogues et d’humour... Mais c’est une écriture naturelle et concrète, donc simple à traduire.

jorn-riel-la-vierge-froide.jpg

La traduction évolue au fil du temps ?

Oui, elle change. C’est s’il n’y a pas d’évolution, pas de différences d’une traduction à une autre par exemple, qu’il faut se poser des questions. Si ça n’évolue pas, il faut être vigilant. On retrouve le rôle du correcteur et de l’éditeur dont je te parlais tout à l’heure.



Tu as rencontré des problèmes récurrents au cours de tes traductions ? 

Non.



Est-ce que tu fais relire tes traductions par une tierce personne ou la relecture se fait directement auprès de l’éditeur ?

La relecture est faite directement par l’éditeur, au moins deux fois, voire trois. Il vérifie d’abord le ton, le style. Puis il vérifie les fautes de frappe ou d’orthographe qui auraient pu se glisser dans les reports. Car il y en a toujours.



Qu’en est-il de ta rémunération ?

Elle est fixe, au feuillet, soit 1500 signes. Mais ça c’est en France. Si j’avais continué la traduction du français vers le danois, je gagnerais deux fois moins qu’ici. En plus, en France, les auteurs touchent des royalties, comme les auteurs. Mais pas au Danemark.



Pour toi, c'est un métier gratifiant ou angoissant ?

Je ne trouve pas ça angoissant. Et si ça l’est, il ne faut pas faire ce travail ! Comme je l’ai déjà dit, c’est un métier de passion donc oui, il y a un sentiment de gratification. Les traductions sont des défis.



Et est-ce que ça peut devenir une obsession du parfait ?

Oui, il y a un petit côté obsessionnel, perfectionniste. Et il le faut ! Sinon on ne persévère pas et le travail n’évolue pas ! Mais il ne faut pas que ça devienne trop extrême. Il est arrivé que des traducteurs ne rendent jamais un travail car ils n’en étaient jamais satisfaits ou qu’ils modifient trop le style. Il faut trouver un juste équilibre.



Pour toi, comment définit-on une bonne traduction ?

Je ne sais pas trop... une bonne traduction doit être plaisante à lire, cohérente, en bon français. Mais quand on trouve que ça ne va pas, on ne peut jamais vraiment savoir si c’est le texte ou la traduction qui ne va pas. Le plus dur c’est de savoir comment traduire un texte volontairement mal écrit.

Par exemple, dans les langues scandinaves il y a beaucoup de répétitions, à la différence de la langue française, alors que fait le traducteur ? c’est un dilemme.



Est-ce que, comme Umberto Eco, tu considères les notes de bas de page comme un échec ?

J’aime les notes de bas de page. Ça ne me dérange pas, mais c’est vrai que si on peut les éviter en rajoutant une phrase dans le texte pour expliquer, je le ferai. En tant qu’éditeur, ça dépend du texte.



Vois-tu le traducteur comme un auteur ?

Non. Le traducteur réécrit « juste » le texte. Ce n’est pas lui qui l’a imaginé. Même si c’est vrai qu’il a un côté créateur, qui est nécessaire.



Est-ce qu’il y a une traduction qui t’a marquée plus qu’une autre ?

Quasiment tous m’ont marquée car ils représentaient tous un défi différent. Il n’y a pas de traduction que je n’ai pas aimée, ou alors je les ai oubliées depuis ! Mais c’est vrai que je n’ai pas eu l’occasion de traduire le livre coup de coeur que j’aurais aimé publier.



Des conseils pour un jeune qui voudrait se lancer dans cette aventure ?

Lire beaucoup et s’entraîner beaucoup. Avoir la passion pour ce travail. Et être prêt à travailler sans relâche.
 

Propos recueillis par Clémentine, LP éditeur

 

 

Notes

 

1 http://www.gaia-editions.com/

2 Dont Jean-Philippe Toussaint, La Salle de bain, Jean-Christophe Grangé, Les Rivières pourpres, Alina Reyes, Le Boucher, Régine Deforges, Noir Tango, etc.

 

 

 

Liens

 

 

Entretien avec Susanne Juul (décembre 2010)

Rencontre avec Suzanne JUUL au festival Passeurs de monde(s)

http://www.gaia-editions.com/


Jorn Riel sur Littexpress

 

 


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Published by Clémentine - dans traduction
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