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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 07:00

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Éric CHEVILLARD

Oreille rouge

Minuit, 2005

collection Double, 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Perle de pluie et Flocon de Neige, étaient assises dans un bar aux odeurs de feu de bois, seules, face à leurs petits carnets de moleskine noire (ça fait écrivain). Maudissant la loi interdisant de fumer dans les lieux publics, elles n’osaient cependant pas s’installer en terrasse et braver l’averse bordelaise qui sévissait.


Après avoir refait le monde, elles se ressaisirent. Il y avait un ordre du jour, bien plus sérieux que les réformes du ministère de la santé. Pour bien faire les choses, elles auraient pu subtiliser la craie d'écolier du tenancier et inscrire, avec pleins et déliés : Consommé d'Oreille rouge sauce chevillardaise. Mais la population ayant généralement peu d'humour en matière d'alimentation, et manquant gravement de culture littéraire, elles avaient préféré garder ce sujet confidentiel, de peur de nuire au chiffre d'affaires de leur troquet favori.


Le sujet n’était pas tabou mais délicat. S’attaquer à Chevillard, quelle audace Mesdames et Messieurs ! Mais non. Perle de neige et Flocon de pluie n’y toucheraient pas. Elles le respectent trop. L'idée d'être le sujet d'un des aphorismes quotidiens ne leur déplaisait pas, pourtant, mais loin d'elles était l'envie d'être assimilées à des pipelettes intempestives.


Elles se lancèrent donc dans une discussion objective, tentant de déceler les petites faiblesses du roman, qu'elles savaient de toute façon beaucoup moins nombreuses que ses qualités.

Si vous voulez bien continuer à suivre (voyeuriste !) Perle de nuie et Flocon de pleige, il est primordial que — au cas où vous ne l'auriez pas lu (voyeuriste inculte !), et à la seconde condition que vous acceptiez de vous faire insulter sans pouvoir répondre — l'on vous instruise un peu sur l'ouvrage en question.


Oreille rouge est ce que l'on peut qualifier de récit de voyage (si, si, au bout, de quelques dizaines de pages, vous allez voir ; mais faut-il vraiment partir pour voyager ?...). Un écrivain (narrateur qui n'est pas Éric Chevillard, mais qui est en réalité Éric Chevillard, vous voyez l'genre ?), plus à l'aise dans la solitude du mythique bureau d'homme de lettres, est invité en résidence au Mali. Dire qu'Amadou et Mariam l'ont effrayé (http://www.youtube.com/watch?v=99WVI86gQeo&feature=related) serait un anachronisme ; il n'en est pas moins tendu, voire effrayé, à l'idée de ce départ. Reste qu'après quelques aventures sur ses terres d'origine, il va finalement s'envoler et atterrir en Afrique, puis tenter d'écrire, sous le titre d'Oreille rouge, son « grand poème africain ».

Nerle de peige et Plocon de fluie, assoiffées de boissons corsées et d'exotisme (ce à des moments différents), commandèrent deux petits noirs (des cafés) et s'étaient plongées dans la lecture du treizième roman (ne vous inquiétez pas, il en a écrit d'autres par la suite, pour conjurer le sort) de l'écrivain vendéen, (comme Lerne de peige - ou sa comparse, peu importe – et surtout comme Oreille rouge). Et comme le Mali a été plus inspirateur que la Mongolie, nos deux protagonistes, plus bavardes que critiques, se trouvaient ce jour-ci avec un vaste sujet à traiter.

N'ayant que vaguement entendu parler de Tombouctou, des Bambaras et du célèbre duo de chanteurs bamakois, nos deux lectrices aux noms météorologiques pensaient en savoir plus sur cette ancienne colonie française qu'est le Mali. Elles pensaient enfin apprendre à quoi ressemblent la vie près des lions, la cueillette des bananes, les bains dans les eaux du Niger. Et c'est bien ce que s'attendait à leur raconter Oreille rouge, ce genre de tableau avec des griots, des hippopotames, des excursions en pirogue. C'est même ce qu'il va raconter, à son retour. Parce que c'est ce qui intéresse les autres, ceux qui sont restés, ceux qui n'ont pas vécu l'aventure. Après tout, pourquoi devrait-il les décevoir, et pourquoi n'aurait-il pas le droit de ne dire que ce qu'il veut à propos de l'Afrique ? Il est maintenant le représentant de ce grand ailleurs à leurs yeux, il est l'Africain (il se la joue carrément à la Nobel de littérature !).


- Non mais, Perleuh deu pluie, il se moqueurait pas um'peu de nous, le Chevillareuh ?!


Mais bien sûr, qu'il se joue du lecteur, l'écrivain ! C'est sa patte, même. Quand Chevillard s'autobiographie, il s'étend plutôt sur le hérisson qui le perturbe. Quand il s'essaie au conte, il en parodie un des frères Grimm. Alors quand il voyage, peut-être ne voyage-t-il pas réellement. D'ailleurs (mais d'où ?), pourquoi voyager si l'on peut raconter son voyage sans l'avoir fait ? Le doute plane donc sur la véracité des faits (et le nuage  n'ombre pas seulement le roman de Chevillard...).


Quoi qu'il en soit, l'apanage du roman n'est pas de dire toute la vérité rien qu'la vérité (dites je l'jure). Et Oreille rouge n'est pas forcé d'être un récit de voyage, étant donné qu'Oreille rouge n'est pas un écrivain aventurier. Ce n'est même qu'un personnage, pas même un narrateur.


La discussion s'anime entre Neige de merle et Puits de flacons. Elles se sentent flouées. Elles n'arrivent même plus à mener leur dialogue, à se faire appeler par leur prénom. Que voulez-vous, c'est le narrateur qui commande. Et ici, il n'est pas doué pour les dialogues, et a du mal avec les prénoms « exotiques » (et parle de lui à la troisième personne). Il se prend pour un Chevillard. Pour un romancier.

Un roman fractionné, une écriture fragmentaire et un écrivain fragmentionné, telle serait la conclusion que Pluie de neige et Flocon de perle pourraient tirer de cette aventure livresque.  Oreille rouge est à mettre entre toutes les mains des aventuriers de canapé, et à déguster lorsqu’une envie d’exotisme vous pique, telle la mouche tsé-tsé.

 

Charlotte et Karen, L.P. librairie


Eric CHEVILLARD sur LITTEXPRESS

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Article de Pauline sur L'Autofictif

 

 

 

 

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Articles de Patrice et de Karen sur Le Vaillant Petit Tailleur

 

 

 

 

 

Article de Laura sur Les Absences du capitaine Cook

 

 

 

CHEVILLARD OREILLE ROUGE

 

 

 

 

 

Articles de Sophie et de Gaëlle sur Oreille rouge.

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Published by Charlotte et Karen - dans littérature de voyage
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