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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 07:00

Couverture-La-Part-de-l-autre.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Éric-Emmanuel SCHMITT
La Part de l’autre
Albin Michel 2001
Livre de Poche 2003


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

B(ibl)iographie

Voir la fiche de Marie-Amélie sur Le Visiteur .


Analyse

Tout livre commence par une couverture. Sur un fond oscillant entre le sépia et le noir, une moitié de portrait d'Adolf Hitler nous fixe d'un œil morne, vide. L'autre moitié, en négatif, ne peut pas être identifiée comme étant l'autre moitié de son visage, mais l'interprétation que j'ai choisi d'en faire reprend le titre du roman : elle est la « part de l'autre », ce qu'Hitler aurait pu devenir (on peut noter l'absence de sa célèbre moustache), ou bien la part d'Hitler qui sommeille en chacun de nous.

Dès la toute première page de La Part de l'autre, le ton d'ensemble du roman est donné : « La minute qui a changé le monde ». En ce 8 octobre 1908, soixante secondes ont suffi pour qu'Adolf Hitler prenne le chemin au bout duquel se trouve celui que l'on connaît, le monstre, le tyran, l'inhumain. Mais est-ce réellement le cas ? Soixante secondes, aussi longues puissent-elles paraître lorsqu'elles ne sont que douleur et souffrance, peuvent-elles réellement changer un homme ? Naît-on monstre ou le devient-on ? C'est là toute la problématique de l’œuvre de Schmitt.

Avant même de commencer l'écriture de cet ouvrage, l'auteur s'est retrouvé confronté à son propre entourage et, plus terrible encore, à ses propres peurs. Dans le journal qu'il a tenu pendant la rédaction de La part de l'autre, Schmitt écrit que certains de ses amis lui ont plus que conseillé d'abandonner son projet, de peur que « les lecteurs pressés, les journalistes... » n'associent son nom à celui d'Hitler, et par extension, au nazisme. Il décrit également l'accouchement difficile de son roman ; plus il se plongeait dans l'écriture, plus il s'investissait, s'assimilait à Hitler, écoutant du Wagner, ne voulant plus faire l'amour, ayant mal aux genoux... Cette aventure, Schmitt l'a vécue dans sa chair, en perdant le sommeil et le sens de la réalité (« Un vélo passait. J'avais cru reconnaître un shrapnel » [un shrapnel est un obus rempli de balles])
   
À la lecture de La Part de l'autre, on ne peut que se demander : « Et si c'était moi ? » ; tout le génie de Schmitt repose sur la structure même du récit : on suit deux histoires en une, l'une retraçant l'histoire quelque peu romancée du véritable Hitler, et l'autre celle de ce qu'aurait pu devenir « Adolf H. » s'il avait réussi le concours d'entrée à l’École des Beaux-Arts de Vienne. Les deux histoires sont indépendantes l'une de l'autre à partir du 8 octobre 1908, date à laquelle Adolf Hitler est recalé au concours.
   
Cet échec apparaît comme l'élément déclencheur de la descente aux enfers d'Hitler ; persuadé d'être un génie, il s'acharne malgré tout, mais finalement ne fait que rêver sa vie, se convainquant lui-même de sa supériorité sur les autres hommes. Mais est-ce réellement cela qui a fait d'Hitler celui que nous connaissons aujourd'hui ? Un échec est-il forcément à l'origine d'une telle décadence ?
   
C'est là que le rôle du deuxième Hitler, « Adolf H. », celui qui a réussi le concours, prend toute son importance : il est celui qui permet de montrer que tous les choix que nous faisons comptent, que notre destin n'est pas tracé d'avance. Adolf H. a lui aussi fait des erreurs, subi des échecs, il a lui aussi souffert, mais n'a pourtant jamais sombré dans la folie noire et destructrice du véritable Hitler.
   
Une simple maxime servira ici de conclusion : « Avec des « Si », on pourrait refaire le monde ».



Critique personnelle

Ce livre m'a contrainte à me poser des questions sur moi-même : que serait ma vie si j'avais fait tel choix à la place d'un autre ? Où serais-je, qui serais-je ? Mais surtout, j'ai été amenée à réfléchir sur mes propres côtés sombres, sur ce qui pourrait les exposer au grand jour. Je pense pouvoir avancer sans risquer de me tromper que la plupart des lecteurs de La part de l'autre ont effectué ce cheminement.
   
Plusieurs personnes de mon entourage ont été choquées de voir Hitler en couverture du livre que je lisais, encore plus lorsque je leur ai expliqué qu'il s'agissait d'un roman réécrivant l'Histoire ; cela m'a permis de constater, tout comme Eric-Emmanuel Schmitt, qu'il existe encore un véritable tabou à propos de ce pan de notre histoire.



Citations

« – Tu es un vrai peintre, Adolfo, un vrai peintre !

Hitler se leva brusquement. Tous le regardèrent avec crainte. Il se sentit bien.

– Bien sûr que je suis un vrai peintre ! »


« N'arrête pas de douter, c'est ce qui fait ce que tu es. Un homme fréquentable. Cela te donne un sentiment d'insécurité, certes, mais cette insécurité, c'est ta respiration, ta vie, c'est ton humanité. Si tu ne voulais pas en finir avec cet inconfort, tu deviendrais un fanatique. Fanatique d'une cause ! Ou pire : fanatique de toi-même ! »


« Qu'est-ce qu'un monstre ? Un homme qui fait le mal à répétition. A-t-il conscience de faire le mal ? Non, la plupart du temps. Parfois oui, mais cette conscience ne le change pas. Car le monstre se justifie à ses yeux en se disant qu'il n'a jamais souhaité le mal. C'est juste un accident de parcours. Alors que tant de mal se fait sur cette planète, personne n'aspire au mal. Nul n'est méchant volontairement, même le plus grand rompeur de promesses, le pire des assassins ou le dictateur le plus sanguinaire. Chacun croit agir bien, en tout cas en fonction de ce qu'il appelle le bien, et si ce bien s'avère ne pas être le bien des autres, s'il provoque douleur, chagrin et ruine, c'est par voie de conséquence, cela n'a pas été voulu. Tous les salauds ont les mains propres. »


Aurore, 1ère année bibliothèques 2011-2012

 

 

Eric-Emmanuel SCHMITT sur LITTEXPRESS

 

Schmitt-la-part-de-l-autre.gif

 

 

 

 

 

 

Article de Marlène sur La Part de l'autre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

article de Marie-Amélie sur Le Visiteur.

 

 

 

 

 

 

E E Schmitt Oscar et la dame en rose

 

 

 

article de Soizic sur Oscar et la dame en rose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Aurore - dans Uchronies
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commentaires

cyruliszin 28/09/2012 11:58

cette chronique me donne le coup de pouce nécessaire à ressortir de ma bibliothèque ce livre acheté il y a quelques mois à cause de l'auteur que j'apprécie, mais je remets toujours devant lire en
priorité les livres prêtes. merci de me donner l'envie de le retirer des étagères

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