Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 14:00

LEric-Emmanuel--Schmitt-Monsieur-Ibrahim.jpg


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Éric-Emmanuel SCHMITT
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran
Albin Michel, 2001





 

 

 

 

 

Biographie

Eric-Emmanuel-Schmitt.jpgNé en 1960, Éric-Emmanuel Schmitt est un dramaturge, nouvelliste, romancier et réalisateur franco-belge. Il est devenu aujourd’hui un des auteurs francophones les plus lus et les plus représentés dans le monde.

De 1980 à 1985, il a suivi des études à l’école normale supérieure d’Ulm à Paris, après deux ans de khâgne. Il en sort agrégé de philosophie.

Il se fait d’abord connaître par sa pièce de théâtre  Le Visiteur, rapidement suivie d’autres succès : Variations énigmatiques, Le Libertin, Hôtel des deux mondes, Petits crimes conjugaux, Mes Évangiles, La Tectonique des sentiments, Kiki Van Beethoven…  Il se lance par la suite dans le roman : La Secte des égoïstes,  La Part de l’autre, Lorsque j’étais une œuvre d’art...

Il a aussi écrit un cycle de cinq romans : Le cycle de l’invisible, cinq récits sur l’enfance et la spiritualité, qui rencontrent un immense succès : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran,  Oscar et la dame rose, L’Enfant de Noé, Le sumo qui ne pouvait pas grossir et Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus.

Ses pièces ont été récompensées par plusieurs Molière et le Grand Prix du théâtre de l’Académie française. Ses livres sont traduits en 43 langues et plus de 50 pays jouent régulièrement ses pièces.



Genèse du roman

Deuxième livre, dans Le cycle de l’invisible, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran est la biographie romancée (ou biofiction) de son ami Bruno Abraham-Kremer, comédien. La visite que celui-ci lui rend, en 2001, les longs moments d’échanges et de remémoration de leurs souvenirs d’enfance, donnent rapidement naissance au roman.  Les mots lui viennent facilement, naturellement, comme si ses pensées n’avaient qu’à se déverser sur le papier. En une semaine seulement, le roman est déjà prêt.

Éric Emmanuel Schmitt confie lui-même :

 

« Il y a des textes qu’on porte si naturellement en soi qu’on ne se rend même pas compte de leur importance. On les écrit comme on respire. On les expire plus qu’on ne les compose.

Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran fait partie de ceux-là. Ecrit en quelques jours sur un coin de table pour faire plaisir à un ami, il s’imposa à moi sans bruit et sans effort. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’il connaîtrait tant de succès ni qu’il ferait le tour du monde ; encore moins que dans beaucoup de pays, je deviendrai désormais " l’auteur de Monsieur Ibrahim ".

Bruno Abraham-Kremer, ami et comédien, vint passer quelques jours chez moi, dans ma maison irlandaise, après un voyage en Turquie durant lequel il avait marché dans les paysages arides de l’Anatolie, visité des monastères soufis, tourné avec les derviches pour prier… Il revenait tout imprégné de poèmes mystiques liés à l’Islam. Nous nous sommes mis à parler de Rumi, ce magnifique sage et écrivain, de l’humilité qu’il conseille, de la danse comme une prière. Au fur et à mesure que nous échangions, ma pensée s’élevait sur un tapis volant du côté de l’Orient.

Puisque une vie sage a souvent ses racines dans l’enfance, nous avons évoqué nos grands-pères, nous rendant compte qu’ils nous avaient marqués autant que nous les avions aimés. Sous les figures riantes et apaisées de nos aïeux, Monsieur Ibrahim montrait déjà son nez. Puis Bruno me raconta son roman familial, j’évoquais le mien…»

 Source :  http://monsieuribrahim.blogspot.fr/2011/04/commentaires-deric-emmanuel-schmitt-sur.html

 

 

 

Résumé

Dans les années 60, Momo (Moïse), onze ans, vit à Paris avec son père, un homme qui ne lui témoigne que très peu d’attention. Avocat de profession, celui-ci passe son temps à travailler et à lire d’obscurs ouvrages de droit et de philosophie dans sa bibliothèque personnelle.

 

« Je regardais la haute et profonde bibliothèque héréditaire, tous ces livres censés contenir la quitessence de l’esprit humain, l’inventaire des lois, la subtilité de la philosophie, je les regardais dans l’obscurité – Moïse, ferme les volets, la lumière bouffe les reliures – puis je regardais mon père lire dans son fauteuil, isolé dans le rond du lampadaire qui se tenait, telle une conscience jaune, au-dessus de ses pages. Il était clos dans le mur de sa science, il ne faisait pas plus attention à moi qu’à un chien – d’ailleurs, il détestait les chiens –, il n’était même pas pas tenté de me jeter un os de son savoir. Si je faisais un peu de bruit...

– Oh, pardon.

– Moïse, tais-toi. Je lis. Je travaille, moi...

Travailler, ça c’était le grand mot, la justification absolue...

– Pardon, papa.

– Ah, heureusement que ton frère Popol n’était pas comme ça.

Popol, c’était l’autre nom de ma nullité. Mon père me lançait toujours à la figure le souvenir de mon frère aîné, Popol, lorsque que je faisais quelque chose de mal. "Popol, il était assidu, à l’école. Popol, il aimait les maths, il ne salissait jamais la baignoire. Popol, il faisait pas pipi à côté des toilettes. Popol, il aimait tant lire les livres qu’aimait papa." »

 

Son père le charge de faire les courses et la cuisine, mais très avare, il surveille de près l’argent qui est dépensé.

Grandissant dans ce climat froid, lourd de silence, sans amour et sans parole, Momo décide à onze ans, de casser sa tirelire et d’aller rue de Paradis chez les prostituées, dit-il « pour se prouver qu’il est devenu un homme ». Afin d’être accepté comme client, il prétend avoir seize ans. Bien vite, Momo cesse d’être un simple client ; une relation de tendresse, presque maternelle apparaît entre les prostituées et Momo. Elles deviennent un peu comme ses mères, remplaçant sa véritable mère qui l’a abandonné à la naissance et qu’il n’a jamais connue.

Alors qu’il commence à fréquenter les prostituées rue de Paradis, il fait aussi la connaissance de monsieur Ibrahim, l’épicier qui habite dans la même rue que lui, rue Bleue et qui est connu comme étant « l’arabe de la rue juive ». En effet, après avoir dépensé 200 francs, rue de paradis, Momo se retrouve à sec. Il se met à voler son père et monsieur Ibrahim.

 

« Tous les jours, je fixais les yeux de monsieur Ibrahim et ça me donnait du courage.

Après tout, c’est qu’un arabe !

– Je ne suis pas arabe, Momo, je viens du Croissant d’Or.

J’ai ramassé mes commissions et suis sorti, groggy, dans la rue. Monsieur Ibrahim m’entendait penser ! Donc, s’il m’entendait penser, il savait peut-être aussi que je l’escroquais ? »

 

Un jour, la rue bleue devient le terrain de tournage d’un film et Brigitte Bardot vient acheter une bouteille d’eau dans l’épicerie d’Ibrahim. Grâce à un compliment habilement glissé, Ibrahim parvient à la lui vendre 40 francs. En voyant ça, Momo réagit :

 

« Quand même, vous avez un de ces culots, monsieur Ibrahim.

– Eh, mon petit Momo, il faut bien que je me rembourse toutes les boîtes que tu me chouraves. »

 

À partir de là, Momo et Ibrahim deviennent amis. Ibrahim devient comme un père pour Momo, le père qu’il aurait souhaité avoir. Momo continue à voir les prostituées. Les prostituées et monsieur Ibrahim, sont tout au long du récit, les personnes auprès desquelles Momo trouve de la chaleur humaine.

Un événement vient troubler ce cours des choses qui s’installe ; le père de Momo, licencié de son travail est de plus en plus dépressif et finit par abandonner Momo. Trois mois plus tard, on apprend qu’il est mort après s’être jeté sous un train. Pendant cette période, Momo fait comme si son père n’était pas parti, il fait les courses, cuisine et met la table pour deux. Il ne dit rien à monsieur Ibrahim, préférant lui parler en long et en large de la fille du concierge de son lycée dont il est tombé amoureux, une fille qui ne lui accorde pour sa part que très peu d’intérêt mais dont il veut absolument faire la conquête.

 

« Je devais me prouver qu’on pouvait m’aimer, je devais le faire savoir au monde entier avant qu’il ne découvre que même mes parents, les seules personnes obligées de me supporter avaient préférer fuir. »

 

La mort du père de Momo met les choses à plat. Le silence et les non-dits qui pesaient depuis tant d’années dans la vie de Momo sont enfin levés d’abord par Ibrahim qui a révélé le passé de son père : ses parents avaient été emmenés dans les camps de concentration alors qu’il était encore très jeune et il ne s’en était pas remis.

Des révélations sont aussi apportées par sa mère qui, ayant appris la mort de son ancien compagnon, est à la recherche de son fils. En colère contre sa mère qui l’a abandonné, Momo lui fait croire qu’il n’est pas son fils Moïse, mais Mohammed. Sa mère lui demande alors de transmettre les révélations qu’il fait à Moïse. Il apprend ou plutôt devine ainsi que Popol n’a jamais existé, et qu’il ne s’agissait là que d’une invention, d’un masque derrière lequel se retranchait son père pour voiler sa propre incompétence et son propre échec de père.

Momo ne désire pas aller vivre chez sa mère, il décide de vivre avec Ibrahim, et demande à celui-ci de l’adopter. La chose faite, Ibrahim décide d’acheter une voiture afin de partir avec Momo en voyage dans son pays natal.Momo et Ibrahim, font des milliers de kilomètres, traversent les pays, et prennent le temps de découvrir chacun d’eux avant d’arriver en Grèce. Là-bas, Momo rencontre Abdullah, un ami d’Ibrahim, il découvre la culture du pays, le soufisme (le courant mystique de l’islam), les derviches tourneurs et la danse mystique. Il découvre les bienfaits de cette danse qui l’aide à s’apaiser, à se défaire de sa haine et de la colère qu’il éprouve pour ses parents.

Malheureusement, pendant le séjour en Grèce, Ibrahim est victime d’un accident, il meurt peu après avoir légué son épicerie à Momo, et aussi un peu de sa sagesse, de son humour et de son amour de la vie. Momo retourne en France, à Paris où fait depuis lors tourner l’épicerie de monsieur Ibrahim. Il voit régulièrement sa mère, mais leur relation est un peu ambiguë. On se demande si la mère a vraiment compris qui était « Mohammed ».

 

« Ma mère, de temps en temps, elle vient me voir. Elle m’appelle Mohammed, pour pas que je me fâche, et elle me demande des nouvelles de Moïse. Je lui en donne. »

 

Mon avis

Un livre au style fluide, moderne et direct, qui aborde des sujets graves ou tabous avec de l’humour, de la finesse, de la justesse et beaucoup d’humanité. Il traite de l’enfance mal aimée et livrée à elle-même, de la relation parents enfants, de la sexualité du pré-adolescent, du racisme, du suicide et de la mort sans être moralisateur et résonne un peu comme un hymne à la tolérance, à l’amitié et la beauté de la vie, malgré toutes les difficultés et tous les drames qu’elle peut comporter.

Éric Emmanuel Schmitt a le talent de toujours préserver une petite part de mystère, il ne s’agit pas vraiment de suspens, tout est dans la suggestion ; il ne donne pas nécessairement et explicitement la réponse ou l’explication : Popol est-il vraiment une invention du père de Momo ? La mère de Momo sait-elle réellement que celui qu’elle appelle Mohamed est son fils ? Nous n’en avons l’affirmation nulle part.

Monsieur Ibrahim est aussi un peu un mystère vivant jusqu’à sa mort, à la fin du roman, c’est un homme qui parle peu. Bien que son humour parfois décapant révèle un peu de sa personnalité, on ne connaît pas son passé. On ne peut que l’imaginer :

 

 « – Vous ne m’avez pas répondu, monsieur Ibrahim, pour votre femme ? Pour votre femme ?

– Momo, pas de réponse, c’est une réponse. »

 

Dans ce livre qui raconte l’histoire de la rencontre et de l’amitié forte entre un vieil homme grec et musulman soufi, un peu seul, et un enfant français, juif, seul lui aussi car délaissé par ses parents, on sent les barrières et les préjugés tomber : nationalité, religion... On sent que le particulier et l’Universel, les particuliers entre eux ne s’opposent pas, qu’ils ont des choses à se dire, qu’ils peuvent s’enrichir l’un l’autre dans le respect de leur différence. Dans une époque incertaine, où la xénophobie et l’intolérance religieuse gagnent du terrain, c’est important.

A lire absolument !


Myriam Bluteau, 2e année Bib 2011-2012.

 

 

 

Eric-Emmanuel SCHMITT sur LITTEXPRESS

 

Schmitt-la-part-de-l-autre.gif

 

 

 

 

 

 

Article de Marlène sur La Part de l'autre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

article de Marie-Amélie sur Le Visiteur.

 

 

 

 

 

 

E E Schmitt Oscar et la dame en rose

 

 

 

 

article de Soizic sur Oscar et la dame en rose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives