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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 07:00

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Éric-Emmanuel SCHMITT
Oscar et la dame rose
Albin Michel, 2002
Magnard, 2006



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oscar et la dame rose est le troisième volet des cinq récits du « Cycle de l’Invisible » écrit par le désormais très populaire et mondialement lu écrivain franco-belge Éric-Emmanuel Schmitt. Après s’être fait connaître par ses pièces de théâtre, l’auteur s’est attelé à l’écriture de ce cycle dont le thème commun est la religion : bouddhiste dans Le Sumo qui ne pouvait pas grossir, musulmane avec Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, judaïque avec L’Enfant de Noé. Dans l’œuvre dont nous traitons ici, Eric-Emmanuel Schmitt s’intéresse au christianisme. Oscar et la dame rose, c’est l’histoire d’un leucémique de dix ans, en fin de vie, qui écrit à Dieu sur le conseil d’une dame rose de l’hôpital. Celle-ci l’accompagnera dans ses réflexions durant les douze derniers jours de sa vie au point d’en bouleverser la sienne.

 
1ère et 2e lettres

 « On m’appelle Crâne d’Œuf, j’ai l’air d’avoir sept ans, je vis à l’hôpital à cause de mon cancer et je ne t’ai jamais adressé la parole parce que je crois même pas que tu existes. »

Ainsi se présente Oscar lors de sa première lettre à Dieu. Ces quelques mots dressent le portrait d’un garçon lucide et intelligent. En effet, malgré le silence des adultes et des enfants qui l’entourent, Oscar comprend très vite que sa greffe de moelle osseuse n’a pas réussi, qu’il est « devenu un mauvais malade, un malade qui empêche de croire que la médecine, c’est formidable. » Pourtant, une personne ne restera pas dans le silence de sa mort prochaine : Mamie-Rose, une dame rose franche aux mots parfois crus, qui n’hésite pas à se faire passer pour une ancienne catcheuse. Ses récits de combats sur le ring donnent à Oscar force et courage tout au long du récit. Le petit garçon et la vieille dame se rapprochent et Mamie-Rose commence à lui expliquer qui est Dieu, dont il n’a jamais entendu parler. Elle lui conseille d’écrire à Dieu pour lui livrer tout ce qui lui pèse. Oscar s’y attellera tous les jours et cela lui permettra de réfléchir sur sa vie. Puis, pour faire accepter le sursis qui s’impose à l’enfant, la dame rose invente un jeu : « À partir d’aujourd’hui, tu observeras chaque jour en te disant que ce jour compte pour dix ans ». Ainsi, Oscar se voit offrir une vie entière. Chaque jour va donc correspondre à chacune des différentes périodes de la vie que le petit garçon va découvrir. Apprenant officiellement qu’il va mourir en écoutant à la porte du bureau du docteur, Oscar découvre par la même occasion la difficulté de ses parents à recevoir une telle nouvelle. Sa réaction est alors égoïste et irréfléchie puisqu’il se met à détester ses parents. Il commence à être désespéré, angoissé. A ce moment-là, l’auteur évoque la difficulté de chacun à se rendre compte qu’il a besoin d’aide. Oscar obtient celle de Mamie-Rose qui sera autorisée à venir le voir tous les jours pendant les douze jours qui lui restent, selon l’estimation du docteur.

 
3e lettre : l’adolescence

Durant ce troisième jour, Oscar va découvrir « l’âge ingrat » : la puberté avec son lot de problèmes. Du côté des filles, le petit garçon avoue à Mamie-Rose qu’il s’intéresse à Peggy Blue. La dame rose le pousse donc à le lui avouer mais son ami Pop Corn lui fait croire qu’il est déjà le copain de Peggy Blue. C’est là qu’Oscar rencontre un nouveau problème, il embrasse Sandrine qui le met au défi devant ses copains : « En me retournant, je vois tous les copains qui m’observent. Pas moyen de me dégonfler. Faut être un homme. » Puis le petit garçon se retrouve face à ses parents à qui il parle peu et insolemment, comme un véritable adolescent. Finalement, Mamie-Rose convainc Oscar de retourner voir Peggy Blue qui lui demandera à son tour un baiser mais sincère, par amour. L’auteur n’omet donc aucun aspect de l’adolescence dans cette lettre et y intègre l’évolution et la compréhension qui s’effectuent dans l’esprit du garçon, aidé par la dame rose.

 
4e et 5e lettres : la vie adulte

Au cours de ses deux premiers jours d’adulte, Oscar continue de comprendre les filles et se marie avec Peggy Blue lorsqu’ils passent la nuit ensemble. Il découvre le sens des responsabilités lorsqu’il se pose la question des enfants : « C’est vrai, c’est pas tout d’avoir des gosses, faut encore avoir le temps de les élever. » Il subit également les difficultés à surmonter dans la vie familiale lorsque Peggy se fait opérer. De son côté, Mamie-Rose se rapproche de plus en plus d’Oscar et le défend même lorsque les infirmières le retrouvent dans le lit de Peggy. Mais cette relation de protection s’effectue dans les deux sens quand le petit garçon comprend que, malgré sa disponibilité, Mamie-Rose possède ses propres problèmes. Oscar décide alors de l’adopter pour la rassurer. Leur lien d’amour se tisse plus intensément à partir de ce jour-là. Enfin, la dame rose continue de faire connaître Dieu au petit garçon qu’elle emmène à la chapelle de l’hôpital. Elle lui montre la souffrance physique de Jésus-Christ sur la croix et son visage, au contraire, paisible. Elle lui explique que la souffrance physique est un fait à subir, comme la mort, et qu’il doit l’accepter. Elle lui apprend à ne pas avoir peur de mourir, à avoir confiance. Oscar commence à évoluer dans sa foi : il abandonne un vœu à Dieu parce qu’il reconnaît qu’il a vécu une bonne journée et parce qu’il sait s’en contenter.

 
6e lettre : la crise de la quarantaine

 À quarante ans, notre petit héros se confronte aux problèmes de couple. Sandrine est venue avouer à Peggy Blue qu’Oscar l’avait embrassée. Les événements s’enchaînent : quitté par sa femme, il se laisse embrasser par Brigitte, une enfant trisomique, sous l’œil indiscret d’Einstein, un copain. Oscar pense donc qu’il ne pourra plus récupérer Peggy. Mamie-Rose le console en lui expliquant que tous les hommes de son âge ont besoin de se rassurer : « Ils vérifient qu’ils peuvent plaire à d’autres femmes que celles qu’ils aiment. » Et elle lui conseille d’aller dire à Peggy Blue qu’il n’aime qu’elle.

 
7e lettre : les réconciliations de Noël

Pour sa cinquième dizaine et à l’occasion de Noël, Oscar va apprendre à demander et recevoir le pardon. Il commence d’abord avec Peggy Blue qui en est heureuse aux larmes : « Alors c’est curieux, on s’est retrouvés tous les deux à sangloter mais c’était très agréable. C’est chouette, la vie de couple. Surtout après la cinquantaine quand on a traversé des épreuves. » Ensuite, le petit garçon se rend compte qu’il va devoir supporter ses parents pour Noël alors qu’il les déteste toujours. Il organise donc sa fugue en montant clandestinement dans la voiture de Mamie-Rose. Après l’avoir découvert, la dame rose s’attelle à faire comprendre à Oscar le comportement de ses parents en lui expliquant que c’est la maladie qui leur fait peur mais qu’ils l’aiment tel qu’il est. Elle lui fait prendre conscience qu’eux aussi vont mourir, comme tout le monde, et que ce n’est pas parce qu’il sera le premier qu’il doit être égoïste. On remarque ici qu’Oscar reste un petit garçon qui ne reconnaît pas encore toutes les évidences. « Excusez-moi, j’avais oublié que, vous aussi, un jour, vous alliez mourir », ce sera la phrase clé qui améliorera désormais la relation du petit garçon et de ses parents. Ce sera le dernier Noël et la dernière sortie d’Oscar.

 
8e, 9e et 10e lettres : la vieillesse

De soixante à quatre-vingt-dix ans, Oscar va se rendre compte que vieillesse est synonyme de fatigue : il est content de rentrer à l’hôpital, il sort très peu de sa chambre et écrit des lettres de plus en plus courtes. L’émotion ressentie par le lecteur augmente doucement. Oscar continue de réfléchir sur les questions de la foi et de Dieu, mais aussi sur la vie et la mort. Il en tire sa propre conclusion : « Il n’y a pas de solution à la vie sinon vivre. » Le petit garçon aux questions enfantines est encore présent, mais Oscar commence à atteindre ce qu’on pourrait appeler la sagesse de l’âge. Ainsi, il va ôter des épaules du médecin le poids de la culpabilité qui le ronge à chaque fois qu’il vient voir Oscar. On observe une grande évolution chez le petit garçon devenu paisible. Pourtant, cela va disparaître le jour où Peggy Blue part définitivement de l’hôpital, son opération ayant réussi. En effet, il subit soudainement la solitude d’un veuf et en vient à dire à Dieu : « Aujourd’hui, je ne t’aime plus. » Sa foi n’est pas acquise, il est en colère contre Dieu.

 
11e, 12e, et 13e lettres : la fin de vie

Sur les trois derniers jours de sa vie, Oscar donne définitivement un sens à la vie qu’il essaiera d’expliquer à ses parents : pour lui, la vie est un cadeau. Dieu lui fera un autre cadeau, celui de le visiter en pensée. Il se réconcilie donc avec Dieu quand il voit l’aube se lever : « J’ai compris que tu étais là. Que tu me disais ton secret : regarde chaque jour le monde comme si c’était la première fois. » Il a atteint la finalité dont chacun peut rêver à propos de sa foi, du sens à donner à sa vie. Il se sent bien même s’il sait que c’est la fin pour lui comme en témoigne sa dernière lettre : « Cher Dieu, Cent dix ans. Ça fait beaucoup. Je crois que je commence à mourir. Oscar. » Le petit garçon n’a même pas ajouté son habituel « À demain ». Pour le lecteur, l’émotion monte crescendo.


14e lettre : Mamie-Rose

Une dernière lettre est écrite par Mamie-Rose, tel un épilogue qui confirme le décès d’Oscar. L’émotion est alors à son comble pour le lecteur qui découvre véritablement les sentiments qu’éprouve la dame rose pour son protégé. On comprend qu’Oscar l’a véritablement aidée dans sa vie, dans sa foi. On remarque alors que son attachement au petit garçon est inhabituel et c’est donc pour en éviter les conséquences qu’il y a normalement un règlement qui impose aux dames roses de ne visiter les enfants que deux fois par semaine.

 Finalement, Eric-Emmanuel Schmitt offre l’histoire d’une découverte de la foi qui laisse libre le lecteur de croire ce qu’il veut, mais aussi l’histoire d’une vie entière dont le personnage principal s’est pris au jeu, conscient de ne rester qu’un petit garçon mourant. Cette vie permet aux lecteurs de toutes générations de s’y reconnaître à un moment ou à un autre. De même, ce récit est accessible à tous par son écriture simple de petit garçon, mais aux réflexions profondes, et avec des paroles rapportées d’adulte qui sont celles de la dame rose. Enfin, ce récit montre, au travers des yeux de l’enfant, la difficulté et la douleur éprouvées par les parents qui vont perdre leur enfant prématurément. Des parents maladroits qui auront besoin de la force et du courage de leur fils pour s’en sortir.

 
Prolongement

Éric-Emmanuel Schmitt étant dramaturge, on peut retrouver Oscar et la dame rose sur les planches, mis en scène pour une seule actrice tenant le rôle de Mamie-Rose, rapportant elle-même les lettres d’Oscar. Une de ces adaptations françaises a été jouée par Danielle Darrieux à qui le livre est dédié.

Enfin, le roman a aussi été adapté au cinéma en 2009. Le film reste très fidèle à l’esprit du livre puisque c’est l’auteur lui-même qui l’a réalisé. Il prend tout de même la liberté de transformer la vieille dame rose en vendeuse de pizzas, mère de deux enfants, et dont on peut suivre la vie en dehors de l’hôpital.



Soizic, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

Eric-Emmanuel SCHMITT sur LITTEXPRESS

 

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Article de Marlène sur La Part de l'autre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

article de Marie-Amélie sur Le Visiteur.

 

 

 

 

 

 

 

 


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commentaires

Luna 22/06/2011 08:51


C'est un livre vraiment très émouvant : quand je l'ai ouvert, je ne m'attendais pas à un tel condensé d'émotion aussi intense. Pourtant le texte est tout bête, des lettres qui raconte des jours...
Mais ce qui se passe est loin d'être normal, même pour un petit garçon comme Oscar.
Je ne suis vraiment pas déçue d'avoir découvert ce livre !

Si ça t'intéresse, je viens de publier mon avis sur mon blog...
Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !!


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