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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 07:00

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Ernest HEMINGWAY
Les Forêts du Nord
The Northern Woods
Traducteurs
Marcel Duhamel
Henri Robillot
Ott de Weymer
Gallimard
Folio bilingue, 2008




 

 

 

 

Ernest Hemingway est né en 1899 dans l’Illinois et mort en 1961. Il est le fils d’un médecin de campagne et d’une mère musicienne et peintre. Enfant, Ernest accompagne son père durant ses visites dans les réserves indiennes pour soigner les malades – à cette occasion il fait pour la première fois l’expérience de la douleur et de la mort – et il est sensibilisé à l’art par sa mère. Durant son enfance il partira souvent en vacances à Bear Lake, région des lacs du nord du Michigan et des forêts sauvages. Moments de partage avec son père, où il chassera, pêchera, moments où son père tentera de l’initier à la vie dans la nature et au courage physique et mental.

Il commence à être publié en 1916 dans la revue littéraire de son école. Il refuse d’aller à l’université – malgré les incitations de son père – et commence à travailler comme journaliste dans le Kansas. Quand la guerre éclate, il veut s’engager mais on le refuse à cause d’un œil défaillant ; de plus, son père le lui interdit. Il part quand même sur le front en Europe, rejoignant la Croix Rouge en tant qu’ambulancier. En 1918 il est blessé aux jambes par une explosion de mortier en sauvant la vie d’un autre homme ; il est alors considéré comme un héros, d’autant plus qu’il est le premier Américain à être blessé en Italie.

À son retour aux États-Unis il devient reporter, ce qui lui permet de rencontrer Elizabeth Hadley Richardson, qu’il épouse ; il se mariera trois autres fois. Vers 1922, il vient vivre à Paris avec son épouse ; c’est dans ce cadre qu’il va rencontrer les grands noms de son époque comme Francis Scott Fitzgerald, Sherwood Anderson, James Joyce, Gertrude Stein ou encore T.S. Eliot. Leur lieu de prédilection était la librairie « Shakespeare and Co », au cœur du quartier latin de Paris, tenue par Sylvia Beach, la muse des Américains expatriés à Paris.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Hemingway participe au débarquement et à la libération de Paris. Ensuite, il fait beaucoup de voyages, en Espagne, à Cuba et ne rentre aux USA qu’en 1960, mais sa santé s’est dégradée. En 1961, atteint de diabète et devenant aveugle, il se suicide. On découvre grâce à son dossier médical devenu accessible en 1991 qu’il était atteint d’hémochromatose, une maladie génétique qui provoque de sévères dommages physique et mentaux. Ce qui explique les nombreux suicides dans la famille Hemingway (son père, son frère, sa sœur et sa petite fille).

Quant à l’écriture d’Hemingway, elle est caractérisée par l’économie de mots et la litote ;elle influence largement le roman du XXème, tout comme sa vie d’aventurier et son image.

Ses œuvres ont rencontré un grand succès auprès du public du fait de la véracité avec laquelle il dépeignait ses personnages. Hemingway appartenait à la génération perdue comme Fitzgerald, reconnu aujourd’hui comme le chef de file du mouvement ; cependant Hemingway était tout de même considéré à son époque comme le porte-parole du mouvement. La génération perdue est celle des expatriés vivant à Paris, psychologiquement blessés et désillusionnés, qui se refugiaient dans des activités comme boire, manger, voyager, se quereller et faire l’amour. Hemingway obtient également une grande reconnaissance dans le monde littéraire puisqu’il reçoit le prix Nobel de littérature en 1954 et également le prix Pulitzer pour Le vieil homme et la mer en 1952. Parmi ses autres œuvres : en 1932, L’Adieu aux armes, en 1940, Pour qui sonne le glas, en 1964, Paris est une fête.



Les Forêts du Nord est un recueil dont les nouvelles sont elles-mêmes extraites d’un autre recueil, Les Aventures de Nick Adams, paru en 1972 (en 1977 chez Gallimard). Nick Adams est un alter ego d’Ernest Hemingway, c’est le nom qu’il avait choisi pour se désigner dans les histoires où il apparaissait. Ces nouvelles sont très courtes, racontent de tout petits événements, comme des esquisses dans le carnet d’un artiste. Des événements qui semblent sans importance, mais qui sont en fait des passages fondateurs dans la vie d’Hemingway.

Du fait que les nouvelles sont présentées comme les aventures de Nick Adams, les événements peuvent paraître sans intérêt et peuvent donner l’impression qu’ils manquent de sens. Il faut s’intéresser au fait que Nick est l’alter ego d’Hemingway et donc également à la vie d’Hemingway, pour comprendre l’intérêt des nouvelles. On peut donner deux sens à l’utilisation du nom Nick Adams : certains pensent que c’est l’évocation d’une période paradisiaque dans la vie d'Hemingway, une période révolue et à l’opposé de son état d’esprit au moment de l’écriture. Et que donc il la raconte comme si c’était une autre vie, d’où l’utilisation d’un autre nom, pour différencier le jeune Hemingway de celui qui écrit et qui n’est plus le même . D’autres associent ce nom au touch style, le style d’écriture d’Hemingway, dru, concis, les mots courts qui semblent arriver comme des coups. Hemingway veut faire table rase de toute psychologie et ne laisser  apparaître que les dialogues et les comportements. Il n’y a pas d’analyse des actions des personnages ni de commentaires expliquant les sentiments ou les réactions. Dans ses nouvelles, Hemingway se détache totalement de son personnage.



Les nouvelles

« Trois coups de feu » présente le jeune Nick seul dans la forêt et effrayé par la nuit noire et le silence qu’il associe à la mort. On voit donc le peur qui saisit le garçon et dont il ne peut plus se défaire. Son père lui avait laissé un fusil pour le prévenir en cas de problème pendant que lui et son frère pêchaient. Donc le jeune Nick tire trois coups de fusil et le silence est rompu, ce qui le rassure instantanément.

Dans « Le village indien », le père de Nick, médecin, est appelé par les indiens pour aider une femme en difficulté à accoucher. Nick l’accompagne et voit son père faire une césarienne à la jeune femme ; aussitôt après, on trouve le mari de la jeune femme qui s’est donné la mort.

Dans « Le docteur et la femme du docteur », le père de Nick se dispute avec des Indiens à propos de bois qu’il a trouvé et dont les Indiens insinuent qu’il l’a volé. La dispute l’amène à rentrer chez lui en colère. On découvre également la mère de Nick et les relations tendues et particulières qu’elle entretient avec son mari, puis le choix qui est fait par le jeune garçon entre son père et sa mère. Si l’on se réfère à la biographie d’Hemingway, cette nouvelle semble a priori inventée de toutes pièces.

« Dix indiens » décrit à la fois les Indiens et le regard que les Blancs portent sur eux. On y voit les Indiens complètement souls en train d’errer dans les rues ainsi que les relations qu’entretenait le jeune Nick avec une des Indiennes qui était son amoureuse mais qui en avait plusieurs autres en même temps ; elle brise le cœur du jeune Nick et lui fait donc subir son premier chagrin d’amour.

Dans « Le départ des Indiens », Nick raconte comment les Indiens qui vivaient auparavant prospères dans leur village, en exploitant leur ferme et en vivant simplement, ont changé avec l’arrivée des Blancs, comment à force de voir ces derniers, l’envie de vivre comme eux leur vient et les mène à leur perte.



Ces nouvelles relèvent de l’autofiction ; l’écriture est fragmentaire et spontanée et l’auteur utilise un personnage pour faire vivre ces moments de sa vie. De plus, il y a une part de fiction assumé dans ces récits.

On voit donc dans ces nouvelles des événements de la jeunesse d’un certain Nick Adams qui semblent sans réelle importance et sans véritable sens, sans doute du fait de l’absence de commentaire ou d’analyse de ces fragments de vie. Il faut donc s’intéresser à la vie d’Hemingway pour les comprendre. On assiste par exemple en toutes petites touches à l’apparition de la mère de Nick, une femme qui reste à la maison toute la journée, qui est plus que protectrice avec son fils au point de vouloir l’empêcher de vivre. Cette représentation de la mère d’Hemingway nous montre et nous explique les relations de l’écrivain avec ses parents ; en effet, les tentatives de protection n’ont fait que l’éloigner d’elle et le rapprocher de son père, créant une grande complicité entre les deux. Complicité que l’on voit bien dans les nouvelles, car presque tous les fragments racontés mettent en scène son père.
 
Ces passages sont donc des événements assez fondateurs dans la vie d’Hemingway ; en fait ce ne sont pas les événements en eux-mêmes qui le sont mais la prise de conscience personnelle qui s’ensuit pour le jeune garçon. Dans la nouvelle « Trois coups de feu », par exemple, on voit la peur du silence, de la mort :

 

« La nuit dernière sous la tente il avait éprouvé la même peur. Celle-ci ne le prenait que la nuit. Au début, il s’agissait plutôt de l’appréhension d’une réalité que d’une peur à proprement parler. Mais cela frôlait toujours la peur et en devenait une très rapidement, une fois que ça avait commencé. Quand il se sentit vraiment pris d’angoisse, il saisit le fusil, pointa le canon dans l’ouverture de la tente et tira trois coups. Le fusil bondit méchamment. Il entendit les balles siffler à travers les arbres. Dès qu’il eut tiré, il se sentit mieux. »

 

Cette nouvelle est en lien avec la suivante, « Le village indien » où le jeune garçon va faire sa première expérience de la mort. La deuxième nouvelle finit ainsi : « Dans le petit jour de l’aube, sur le lac, assis à l’arrière du bateau où son père ramait, il se sentait tout à fait sûr de ne jamais mourir. » ; ces deux événements lui permettent de dominer sa peur de la mort, son impression qu’il ne mourra jamais est due au fait qu’il comprend que l’on peut dominer la mort – par le suicide, ce qui est d’ailleurs la façon dont Hem’ mourra. En fait Hem’ parle beaucoup du courage dans ses différents œuvres, du fait qu’il succombait facilement à la peur dans sa jeunesse en partie à cause de son imagination débordante, ce qui était pour lui une grande honte d’autant plus que son frère vouit un véritable culte au courage.

Ces nouvelles mettent également en avant les relations d’Hem’ avec les femmes, notamment avec sa mère, mais également avec le jeune Indienne qui lui brise le cœur : « J’ai le cœur brisé, se dit-il. Du moment que je me sens comme ça, c’est que j’ai le cœur brisé. » On présente souvent Hem’ comme misogyne, ce que l’on peut donc expliquer par ses relations avec les femmes dans sa jeunesse, notamment avec sa mère.

Quant aux Indiens, ils ont une place plus ou moins importante dans le recueil, plus parce qu’ils apparaissent dans presque tous les fragments mais moins parce qu’ils n’être qu’un élément secondaire du récit. Ils font des petits travaux pour les Blancs, rendent de petits services, le père de Nick les soigne, Prudence Michelle est l’amoureuse de Nick mais Hem’ expliquera plus tard que les Indiens avaient seulement fait partie du décor, dans sa vie.


Perrine, 2e année édition-librairie 2012-2013

 

 

Ernest HEMINGWAY sur LITTEXPRESS

 

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Article d'A.J. sur Paris est une fête.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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Published by Perrine - dans Nouvelle
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