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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 07:00

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Fábio MOON & Gabriel BÁ

Daytripper : au jour le jour
Couleur : Dave Stewart
Traduction : Benjamin Rivière
éditions Urban Comics, 2012
prix Will Eisner
du meilleur récit complet en 2011.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Daytripper faisaitt partie de la sélection officielle du festival International de la bande dessinée d’Angoulême de 2013 : http://www.bdangouleme.com/78,selection-officielle

 
 
Présentation des auteurs
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Fábio Moon et Gabriel Bá sont deux frères jumeaux qui vivent à Sao Paulo au Brésil depuis qu’ils y sont nés en 1976. Leur œuvre a été plusieurs fois récompensée par le prix Will Eisner, et une autre bande dessinée également récompensée, Casanova, a été publiée en janvier 2013 aux éditions Urban Comics en France.

Pour plus d’informations sur leur travail, voici un lien vers leur blog (écrit en anglais) : http://fabioandgabriel.blogspot.fr/

 

Résumé
 
Daytripper raconte l’histoire, ou plutôt la vie d’un homme, d’un fils et d’un père. Un homme qui fut également un enfant, qui se transformera en vieillard, qui a vécu déjà, qui vit encore et qui vivra toujours comme on vivrait un rêve.

D’un point de vue concret, il s’agit d’une bande dessinée qui relate la vie sous tous ses aspects de Brás de Oliva Domingos, chroniqueur qui écrit sur la mort des personnes de son époque dans un journal quotidien de Sao Paulo, à travers dix chapitres devenus étapes de sa vie. Jusque-là, rien de bien anormal, mis à part un léger détail : chacune d’elles (ou presque) n’est pas présentée dans l’ordre chronologique et se clôt sur la mort du personnage principal, présentée en cartouches dans le style propre aux nécrologies qu’il écrivait lui-même.


 
Structure de l’œuvre
 
Cette œuvre se divise en dix chapitres caractérisés par un moment vécu par le personnage central à un âge défini de sa vie. Le lecteur peut alors découvrir que durant son existence, Brás de Oliva Domingos traverse des étapes déterminantes qui nous font redécouvrir des valeurs telles que l’amitié, la passion, l’innocence de l’enfance, l’importance de la famille, etc. Voici donc une liste des chapitres de Daytripper avec l’âge et les valeurs qui leur correspondent :

« Chapitre 1 : 32 ans ». Cette première partie fait découvrir au lecteur Brás de Oliva Domingos, sa situation professionnelle et familiale, mais ce qui nous interpelle c’est la place de la mort dans cette existence : le chapitre débute avec trois nécrologies et on découvre un apprenti écrivain plein de doutes, qui se questionne sur sa vie, la vie et la mort. Ainsi le ton général est donné, mais ce qui se dégage de ce chapitre « introductif » est avant tout un malaise vis-à-vis de la relation qu’entretient Brás avec son père, écrivain consacré, qui représente les craintes du personnage principal : échouer dans sa quête d’écriture, d’existence pleinement vécue et de reconnaissance des gens qu’il aime. Il joue le rôle d’un homme qui n’accepte pas sa position de fils et ne comprend pas l’héritage que lui transmet son père. C’est avec ces doutes qu’il succombe suite à un braquage qui a mal tourné.
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« Chapitre 2 : 21 ans ». Avec ce deuxième chapitre, le lecteur découvre le personnage principal plus jeune de onze années, en voyage avec son ami Jorge à Santiago, une région où le folklore est une part importante de la culture locale. Il y rencontre une jeune femme qui éveille en lui une certaine passion et lui fait réaliser le sens de sa vie et les rêves qu’il veut réaliser. Pourtant, cette passion le mènera jusqu’à la mort, puisqu’en voulant la retrouver il meurt noyé en mer.

« Chapitre 3 : 28 ans ». Ici, le lecteur retrouve notre héros en pleine déprime après que la femme qu’il a aimée dès le premier regard à Santiago sept ans plus tôt l’abandonne seul, avec ses idées noires et l’impression que sa vie est déjà terminée. Pourtant, par pur hasard, il aperçoit dans une boulangerie une  jeune femme qui illumine ses pensées : il sait que c’est elle, que c’est maintenant que sa vie va commencer. Il s’en va alors courir dans la rue pour la rattraper avec l’impression de se sentir tellement heureux qu’il pourrait s’envoler, avant qu’un camion ne l’écrase et mette fin à ses espoirs.

« Chapitre 4 : 41 ans ». Treize ans plus tard, nous assistons à un moment exceptionnel pour Brás. En effet, lui et sa femme Anna, qu’il a rencontrée dans  une boulangerie voilà plusieurs années (ou un chapitre), vont avoir leur premier enfant. La panique commence pour cet homme qui va devenir pour la première fois père. Cependant, ce tableau touchant est assombri par une triste nouvelle : s’il devient père, il devient également orphelin, car son père vient de mourir d’une crise cardiaque. Alors que son fils vient de naître, Brás se rend chez lui pour chercher des affaires pour son nouveau-né. Malheureusement, devant le bureau de son père, le chagrin l’envahit et comme celui de son père, son cœur s’arrête.

«  Chapitre 5 : 11 ans ». Il s’agit d’un chapitre particulier, car nous rencontrons Brás de Oliva Domingos alors qu’il n’était qu’enfant, entouré de sa famille, dans un ranch où il semble vivre une existence en dehors de toute réalité. Son enfance reflète l’innocence et les découvertes des premiers jours avant d’entrer dans un monde plus réaliste, plus adulte. Malheureusement, cette vie d’enfant n’est pas dépourvue de danger, et alors qu’il jouait au cerf-volant en plein centre-ville, il décède à cause d’une électrocution.

« Chapitre 6 : 33 ans ». Ici, Brás est rendu à un stade de sa vie assez simple : il a un emploi, une femme qui l’aime, un ami qui peut compter sur lui. Seulement voilà, ce dernier se pose quelques questions sur la vie. Suite à un accident mortel d’avion à bord duquel il aurait pu se trouver, Jorge s’interroge sur ce qui vaut la peine d’être vécu. Il contacte alors son ami Brás pour lui dire que c’est fini, qu’il va disparaître pour vivre comme il l’entend. Mais son ami ne compte pas en rester là : il décide de partir à sa recherche pour lui faire entendre raison, départ qui s’achève brutalement sur la route avec un accident de la circulation causé par deux camions.

 « Chapitre 7 : 38 ans ». Cinq ans après, Brás, devenu auteur célèbre, est toujours sans nouvelles de son ami jusqu’à ce qu’il reçoive une carte postale. Sa femme tente de lui faire entendre raison, ce qui ne l’empêche pas de repartir à la recherche de Jorge. Pourtant, lors de leurs retrouvailles, Brás réalise qu’il est trop tard pour son ami : ce dernier, devenu fou, le tue au beau milieu du désert avant de se suicider.

« Chapitre 8 : 47 ans ». Ce chapitre, plus particulier que les précédents, nous montre le quotidien d’Anna, la femme de Brás et de leur fils Miguel, la famille de Brás sans ce dernier, parti en tournée promotionnelle pour son livre. Le lecteur a alors le loisir d’observer l’importance qu’occupe sa famille pour Brás sans que ce dernier apparaisse. On découvre ainsi une femme qui aimera toujours son époux, et un fils qui a besoin de la présence de son père. Malheureusement pour lui, ce ne sera plus possible puisque celui-ci succombe des suites d’une opération en urgence pour traiter une tumeur.

 « Chapitre 9 : le rêve ». Cette dernière partie est difficile à comprendre, puisqu’il s’agit dans la majeure partie d’un rêve fait par Brás. Ce songe débute par un avertissement d’Iemanjá, la déesse des mers, qui l’avertit : il ne doit pas se contenter de suivre sa vie de loin, il lui faut la vivre pleinement sans quoi elle lui échappera. Puis, le lecteur suit l’évolution du personnage à travers ce rêve, en traversant différentes étapes de sa vie, notamment les chapitres précédents, et en rencontrant des personnages déjà aperçus auparavant comme son père, qui lui fait comprendre que c’est à lui de décider de sa vie, que s’il veut sortir de ce rêve et enfin se réveiller, c’est à lui de le vouloir. Sur ces bonnes paroles, Brás ouvre enfin les yeux sur un monde réel et pourtant plein de couleurs, et la première chose qu’il fait est de s’asseoir face à sa machine à écrire avec laquelle il se décrit comme un rêveur.
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« Chapitre 10 : 76 ans ». À travers ce dernier chapitre, le lecteur retrouve un Brás transformé en vieil homme, qui plus est atteint d’une tumeur au cerveau. Alors qu’on lui propose un autre traitement, il refuse pour pouvoir rentrer chez lui auprès de sa femme et vivre ses derniers instants comme il le souhaite. Puis, de retour dans sa maison, il voit son fils Miguel, déjà adulte et père d’une famille épanouie. Ce dernier confie à Brás une lettre que son père avait écrite le jour où Miguel est né. Brás, ému, lit alors la lettre et comprend enfin ce que son père voulait lui transmettre : la vie d’un homme se construit avec sa famille.

 

La vie et la mort
 
Pour Brás, la mort fait partie de la vie. D’ailleurs, Daytripper est, selon les frères Bá et Moon, une « humble méditation sur la mortalité ». En effet, ici le lecteur tourne les pages de ce livre comme celles de l’histoire de sa vie, il n’est plus simplement spectateur, il lit au même rythme que le personnage vit ce qui semble être ses derniers instants, voire les plus forts de sa vie.

La figure de la mort, sous la forme d’un esprit des eaux appelée Iemanjá, est présente dans deux chapitres de l’ouvrage (chapitre 2 et chapitre 9). Ainsi, elle lui conseille de cesser de voir défiler sa vie comme un rêve et de la vivre, sans quoi elle lui échappera : « Pour réaliser tes rêves… Tu dois vivre ta vie. Réveille-toi. Avant qu’il ne soit trop tard. »

Cet ouvrage nous permet de réfléchir sur un nouveau point de vue philosophique sur la vie et de la mort : sait-on réellement quand commence notre vie et quand elle prend fin ? Pourtant, qu’on ne s’y trompe pas : Daytripper ne cherche pas à nous montrer comment vivre pleinement sa vie, mais à quel point elle peut nous laisser un goût d’inachevé quand elle prend fin et à quel point il est important d’en prendre conscience.

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Graphisme
 
On trouve beaucoup de couleurs à travers les pages. Les traits de crayon sont plus évasifs et irréguliers dans les planches mettant en scène la vie réelle du personnage, tandis qu’au contraire, dans les scènes oniriques (avec l’esprit des mers notamment), les couleurs sont plus simples, elles ne sont pas travaillées avec des jeux d’ombres et des dégradés très détaillés ; les vignettes contiennent des teintes plus opaques.

 

Avis personnel
 
La première fois que j’ai lu Daytripper, j’ai été assez surprise par le déroulement de l’intrigue. Je ne comprenais pas ce qui se passait avec ce personnage. Il m’a fallu plusieurs relectures pour vraiment intégrer l’intérêt de cette bande dessinée, et lorsque je l’ai fait découvrir à ma sœur de seize ans, elle a trouvé l’histoire de ce personnage étrange, car « c'est bizarre, il vit sa vie comme s'il ne se passait rien ». J’avancerai ainsi qu’il s’agit d’une œuvre qui s’adresse davantage à un public mature et demande une certaine distanciation pour vraiment s’en imprégner.

En ce qui me concerne, j’estime qu’à travers cet ouvrage les frères Bá et Moon transforment la vie en une aventure hors du commun. En somme, c’est une œuvre puissante, puisqu’elle véhicule beaucoup de choses et de valeurs. Je m’accorde avec la dernière phrase de présentation de l’ouvrage sur sa quatrième de couverture, qui est la suivante : « Daytripper fait partie de ces livres que vous refermerez avec le sentiment d’avoir découvert quelque chose en vous dont vous ne faisiez que soupçonner l’existence. »

 
Sarah Dabin, 2e année Bibliothèques-Médiathèques

 

 

 


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Published by Sarah - dans bande dessinée
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